Réouverture de la BnF par temps de pandémie et nouveau poème d’Edgar Lee Masters

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Ce lundi c’était la réouverture de la BnF pour les chercheurs. Images, et deuxième poème des Voix sous les pierres, où l’on pourra reconnaître tant de gens des médias et de la politique, en ce jour de remaniement ministériel comme avant.

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Aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes
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Le chroniqueur Whedon

Être capable de tout savoir sur tout, et l’endroit et l’envers,
Être de tous les bords, être tout, à chaque instant tourner la veste,
Pervertir la vérité, en faire un instrument,
Tirer sur la corde des bons sentiments, des passions
À des fins malfaisantes,
Porter un masque comme les acteurs grecs –
Un journal de huit pages – derrière lequel on se cache
Pour beugler dans le haut-parleur :
« C’est moi, le géant ! »
Mener de ce fait la vie d’un voleur à la tire,
Empoisonné par les paroles anonymes
De votre âme réfugiée dans la clandestinité,
Étouffer les scandales pour de l’argent
Et les exhumer aux vents de la vengeance,
Ou vendre des articles
Pour briser les réputations, les corps si nécessaire,
Vaincre à n’importe quel prix, mais non point en risquant sa vie,
Tirer gloire d’un pouvoir démoniaque, miner la civilisation
Comme un enfant paranoïaque pose une bûche sur la voie
Pour faire dérailler l’express…
Être chroniqueur, comme je l’étais,
Puis reposer ici, près de la rivière, à l’endroit
Où s’écoulent les égouts du village,
Où l’on déverse les ordures, les boîtes vides et le produit
Des avortements clandestins !

Edgar Lee Masters, excellemment traduit par Patrick Reumaux

des voix sous les pierresVoir note précédente pour brève présentation du livre et autre épitaphe

Poésie, esprit de conquête. Armel Guerne, Melville, Rimbaud

Moby-Dick

bnf,-minAujourd’hui à ma table au rez-de-forêt de la BnF. Quelle merveille de pouvoir se faire apporter n’importe quel livre quand on a soudain envie, au cours du travail, de le consulter. Je m’y rends sur Turquoise, ma monture (mon vélo) et y passe des journées entières.

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Voici des passages de la très belle préface du grand Armel Guerne à sa traduction de Moby Dick – j’ai photographié la page, je la recopie ici, avec une pensée pour les chercheurs d’avant notre technologie, comme Marcel Schwob par exemple, qui devaient recopier à la main toutes les pages qu’ils voulaient conserver des livres consultés à la bibliothèque. N’importe, quand on aime, on ne compte pas son temps.

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« Laissons là la littérature. Expliquer l’homme par l’œuvre ou l’œuvre par l’homme, dès qu’il ne s’agit plus d’un simple littérateur, n’offre pas le plus petit semblant d’intérêt s’il s’agit de pénétrer l’un ou l’autre. L’homme et l’œuvre vivent ensemble, pour les mêmes raisons, sous les mêmes astres, et ils sont l’un et l’autre de sanglants et douloureux miroirs où se reflète différemment la même chose. La vie, comme l’œuvre, d’un authentique poète (non pas un « créateur », ainsi qu’on se plaît à dire, mais un « obéissant », un perpétuel conquérant spirituel à son corps défendant) est quelque chose sans loisir, un combat de tous les instants, un inimaginable duel à mort, sans repos de nuit, sans répit de jour, que ne comprennent absolument pas ceux qui ont du temps à perdre ici-bas – c’est-à-dire presque tous les hommes – ni et surtout ses plus proches témoins. Car les faits ne sont rien, je le répète, rien que des occasions apparemment visibles entre toutes les occasions manifestement invisibles et d’autant plus invitantes, d’autant plus importantes ; ce qui compte, ce sont les signes et le dessin que dessinent ces signes dans l’ordre où ils se sont présentés, lesquels restent toujours encore à découvrir, à inventer. »

Puis, à propos des folles aventures en mer et dans le monde du jeune Melville, qui, notons-le, ont précédé son œuvre comme celles de Rimbaud ont succédé à son œuvre, Guerne écrit :

« Latitudes, horizons, mondes et univers, terres et cieux – humanités prodigieuses… Comme à tous ceux qui ne traînent pas lamentablement derrière leur propre vie, mais qui portent en eux ce feu dévorant et sacré, on est frappé ici de la rapidité fabuleuse, du nombre et de la profondeur inimaginables de ces « expériences ». L’esprit est prompt, on ne le dira jamais assez. Le génie, de même. Et l’on fera mieux de ne pas trop prendre Herman Melville pour un voyageur. Ce voyage, il l’a habité à peu près comme un météore. Il y a mis autant de temps qu’il en a fallu à Rimbaud pour visiter le paysage de son génie. »

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Paris est une fête

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J’ai vécu ou voyagé dans des endroits plus grandioses ou plus humbles, mais partout où j’ai vécu j’ai été en fête. La culture de la fête officielle, comme celle de la Nuit Blanche aujourd’hui, ne me paraît pas forcément mauvaise (quoiqu’elle soit meilleure quand les fêtes ont un sens, une histoire) mais donne une expérience de la fête bien fade par rapport à celles des fêtes spontanées, en compagnie, ou plus intimes encore.

C’est la joie qui me fait photographier ce que je vois en chemin.

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paris est une fete 1-minDes gens qui répètent des chorégraphies sur les parvis de la BnF, en début d’après-midi quand j’arrive et en fin d’après-midi quand je repars… paris est une fete 2-min

Une plaque et des affichages sauvages en face de la Sorbonne…paris est une fete 3-min

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paris est une fete 8-minLes toits de la Sorbonne vus de l’intérieur… paris est une fete 9-min

Toujours à la Sorbonne, la bibliothèque Jacqueline de Romilly sous un plafond ailéparis est une fete 10-min

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Les affichages dans les couloirs de la facparis est une fete 12-min

 La grande cour avec encore quelques étudiants en fin de journéeparis est une fete 13-min

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Et retour dans les ruesparis est une fete 15-min

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En passant devant la mairie du Ve, je vois qu’il y a une expo, j’entre (et je vois d’abord une pétition pour sauver les bouquinistes en demandant leur inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco)paris est une fete 17-min

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En fait c’est le vernissageparis est une fete 22-minHier et avant-avant-hier à Paris, photos Alina Reyes

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Chirac n’est plus, la vie continue

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C’est J., 23 ans, qui nous l’a appris ce matin : « Chirac est mort ». Ajoutant : « Quand j’étais petit, je croyais que c’était le maître du monde. »

Avec l’annonce de cette mort, la France retombe un peu en enfance. Ah le bon vieux temps ! Les hommes politiques, c’est comme les poètes, on les aime mieux morts que vivants (et c’est leur seul point commun). Pour moi ce qui reste de Chirac c’est le musée du quai Branly, qui est bien beau, bien intentionné mais qui a dépouillé l’ethnologie et le musée de l’Homme pour une mise en spectacle des « arts premiers » plus superficielle. O tempora, décidément.

Cette fois je suis allée travailler à la BnF par un troisième chemin, passant notamment par la rue du Chevaleret. Et j’ai photographié le Street Art au passage, en ethnologue amateure du quotidien. Voici donc les images du jour.

 

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paris 13e 13-minla Station F, « plus grand campus de start-up du monde »

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paris 13e 16-minet la BnF, grand bonheur

paris 13e 17-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Occupation du Cinéma La Clef, travail à la Bibliothèque Nationale et Street Art à la Pitié-Salpêtrière

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Hier en passant devant ce cinéma, le seul et dernier cinéma associatif de Paris, où j’allais souvent avant sa fermeture, voir des films qu’on ne voyait pas ailleurs, j’ai vu qu’il était occupé par un collectif qui demande au propriétaire le droit de le rouvrir. J’ai parlé un peu avec les personnes présentes, il y a un site où tout est expliqué et où l’on peut suivre leur action : La Clef Revival.images du jour 2-min

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Ce matin en allant à l’hôpital j’ai croisé Jeanne d’Arc en gilet jaune et un grand tag sur le chemin de leur dernière manif.images du jour 3-min

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Une fois à l’hôpital j’ai parlé yoga avec un radiologue yogi, nous étions tous les deux ravis.

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Et cet après-midi je suis allée pour la première fois travailler à la BnF. images du jour 6-minDans le calme de la salle de lecture G, à côté de merveilleux rayonnages pleins de toutes sortes de dictionnaires de dizaines de langues.

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Au lieu de revenir chez moi en passant par les quais comme à l’aller, j’ai fait le trajet du retour, à pied aussi (5 ou 6 km aller-retour, une agréable balade), en passant par la Pitié-Salpêtrière, où j’ai photographié ces toutes nouvelles et joyeuses œuvres de Street Art.images du jour 8-min

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images du jour 10-minHier et aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Architecture : quelques images de la BNF et des environs

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Je désirais encore prendre deux ou trois petites plantes à la jardinerie, cette fois j’ai fait l’aller-retour à Vélib. Et sur place j’ai un peu marché et pris quelques images de bâtiments, les voici.

bnf et autour 3-minLa BnF, avec ses escaliers et sa dalle de bois, et les nuages reflétés dans ses quatre grands livres ouverts. Il faudra que j’aille y travailler.

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J’ai déjà photographié cette sculpture devant un immeuble d’entreprise avenue Pierre Mendès France, et il me semble qu’elle a été rénovée (mais je ne trouve plus la photo, quelque part dans le labyrinthe de ce blog, pour le vérifier), elle est encore mieux qu’avant :

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bnf et autour 4-minJ’ai encore photographié cet immeuble sous plusieurs points de vue. Dans ce quartier neuf, quand la lumière est belle, c’est vraiment magnifique.

bnf et autour 9-minIl s’agit d’un immeuble de logement social dessiné par l’architecte Bernard Bülher, quai d’Austerlitz sur l’îlot Fulton, où se trouvait la Tour 13, que j’avais photographiée toute peinte par des street artists avant sa démolition (ainsi que la péniche Le Corbusier, qui a coulé depuis) : ici

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J’aime bien aussi les jeux de couleurs autour des fenêtres de cet immeuble :

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Mon reflet (avec sac pour les plantes) dans un mur de verre couvert de phrases multicolores :

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Retour sur l’avenue Pierre Mendès France, je reprends un Vélib et je rentre avec mes plantes

bnf et autour 7-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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