Dépasser

tailleur-de-bifacePeinture G.Tosello

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Marchant, il me semblait écrire pour ma thèse. Pédalant dans la côte contre le vent, également. Je dis il me semblait : je sentais que je faisais cela dans ce mouvement de ma pensée en train de commencer un nouveau voyage. Ulysse une fois arrivé ne reste guère. J’avais mis un e, écrit arrivée, et tapant plus vite que mon ombre je l’ai enlevé avant même qu’il n’apparaisse. J’écoute de savants professeurs, des hommes sûrs, je lis lentement, je remodèle, sculpte mon cerveau, y compris en marchant, en faisant du vélo, des photos. Préparer le matériau. Comme toujours, je suis mon propre matériau. Je prépare mon corps, ma pensée, pour la longue nuit d’amour et l’aube avec ma promise, la poésie (les textes de mon corpus). Je pars d’une certaine façon de la mort de l’homme annoncée par Foucault*. En fait c’est un dépassement. Je pars de mon propre dépassement, et du dépassement de l’homme accompli dans le premier voyage. Je vois les choses autrement. Autrement qu’elles ne sont approchées d’habitude. Ma méthode est autre. Elle œuvre en moi seulement pour le moment, il faut encore évider le bloc de pierre avant de songer à ciseler vraiment la forme, cette forme que je ferai apparaître à partir de la mort de l’homme, de son dépassement.

*Foucault s’est expliqué plus tard sur sa fameuse expression de Les mots et les choses – on peut sur ce sujet écouter ici en vidéo les cours d’Alain de Libera (Inventio subiecti) (qui parle aussi notamment de Me Eckhart, sans faire les (énormes) contresens que j’ai entendus l’autre jour ailleurs. Faire confiance à ses propres lectures, puis à celles de personnes fiables – ou bien se passer de culture intellectuelle, car mal comprise elle fait plus de mal que de bien).

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Aujourd’hui à Paris 6e et 5e

1Cloître des Cordeliers, fac de médecine : une exposition peinture et poésie, et une autre sur la fête des morts au Mexique2 3 4 5 6 7 8910 11 12Pour déjouer la surveillance et échapper au harcèlement sans fin de « la fausse parole », comme dirait Armand Robin, prendre des précautions comme avec la Stasi, aller dans divers cours de façon aléatoire…

13 14 15« La Bocca della Verita » au jardin du Luxembourg16 17 18 19 20dans le square en face du musée du Moyen Âge, la louve romaine, et derrière, Montaigne à la chaussure lustrée comme si on y prenait son pied21photos Alina Reyes

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Archéologie

Mon goût très ancien de l’archéologie, ma quête de la vérité dans l’origine, mon amour de l’originel, vient de ce que j’ai vécu neuf mois in utero avec un autre enfant qui est resté à l’état d’embryon, et sorti du ventre de notre mère avec moi (et il est fort possible que je porte de ses gènes). C’est aussi pourquoi j’ai vivement aimé, dès ma toute petite enfance, toute figure d’  « autre », d’étranger, et pourquoi j’ai adopté, adolescente, El Desdichado, Don Quichotte, Ulysse…, frères de l’autre monde, et dans La nuit de décembre de Musset :

Un étranger vêtu de noir
Qui me ressemblait comme un frère.

C’est aussi pourquoi j’ai pris pour nom d’auteur une histoire de double.

J’ai revu ce que j’avais vu,
La face humaine et ses mensonges.

Mais mon frère de l’autre monde, la Solitude, m’a gardée dans le bonheur de la vérité.

Ce que je pense, le fruit de mon travail, je ne le partagerai plus sur Internet comme je l’ai fait ces dernières années, parce que ce que vous donnez, des prédateurs avides le souillent, forcent votre porte, démolissent par bêtise l’inconnu qui les fascine et qu’ils ne peuvent comprendre, par manque de vérité en eux. Mais ma pensée embrasse tout, dans l’espace et dans le temps, elle est déjà toute entière en puissance dans sa forme embryonnaire, je la porte tandis qu’elle grandit, selon le temps qu’il lui faut, tout cela, la construction, l’élaboration, la révélation d’un être, est d’une extrême violence et d’une absolue beauté.

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Choses vues du jour

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14la seule eau de source de Paris : place Verlaine à la Butte aux Cailles ; j’en ai rempli une bouteille et je l’ai ramenée à la maison15 16 la belle piscine de la Butte aux Cailles17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28j’ai ramassé au square René Le Gall quelques gravillons et feuilles mortes pour un peu de jardinage intérieur29malheureusement à côté de cette belle oeuvre de Seth, il y a toujours des soldats lourdement armés, pour garder une école juive

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aujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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