photo Alina Reyes
*
Que vais-je faire de ces quelques coquillages ramassés l’autre jour sur la plage, à Saint-Malo ? Tout en travaillant à mon œuvre d’écriture en cours, je suis travaillée par le désir de faire œuvre d’art plastique. En arts plastiques, je ne suis qu’une petite amateure, mais cela n’empêche pas que ce genre de travail, de recherche, de création, a une grande importance pour moi. Chaque être humain doit exercer sa capacité d’invention, faire œuvre de recherche, quel que soit le domaine de recherche qui l’appelle.
Qu’est-ce que l’art ? La recherche. Qu’est-ce que l’art ? La condition du vivant. Pas seulement la condition de l’homme vivant : la condition du vivant. J’appelle art tout travail d’invention, que ce soit celui de la chenille qui se transforme en papillon, celui de la plante qui fleurit, celui de l’oiseau qui chante, fleurit et danse sa cour d’amour, celui du mathématicien qui ouvre des mondes, etc. Que ce soit en art ou en littérature ou bien en sciences, en technologie, en cuisine, etc. Notre vie aussi peut être une œuvre d’art. À condition de sortir de l’existentialisme affirmé ou diffus qui nous enjoint d’ « exister », qui donne comme condition à atteindre notre être la nécessité de développer notre existence, une existence qui prend le sens de place dans la société et de visibilité dans le monde, une existence qui est enflure de l’ego et destruction de l’être, l’être originel qui nous est donné et que nous n’avons nullement à conquérir, l’être-enfant dont nous avons seulement à préserver la vie en nous, la fraîcheur, l’inventivité, à les faire fructifier en adultes. La différence entre un·e grand·e artiste et un·e artiste amateur·e vient de la qualité et de la quantité d’être et de temps investi dans l’art en question. Rien d’autre. Tout enfant est artiste, tout enfant invente.
J’ai écouté avec grand intérêt la conférence d’Anish Kapoor au Collège de France, et je regarde avec grand intérêt aussi les vidéos d’Arte sur des artistes, dans la série Rendez-vous chez les artistes et dans la série l’atelier A. Je ressens le désir de retourner dans les rues avec mon caddy à la recherche de choses à récupérer pour en faire autre chose. Je ressens le désir d’accompagner mon travail littéraire par un travail de recherche qui déborde la littérature, qui déborde l’art aussi, qui prenne toute la vie. Je l’ai écrit il y a 27 ans : il faut inventer sa vie. Ce qui revient à la donner. Inventer, c’est, étymologiquement, venir dans ; alors qu’exister, c’est sortir de ; or on ne peut sortir de soi si on ne descend pas d’abord en soi, épuiser le soi : c’est par le fond qu’on sort de soi (comme lorsqu’on jouit, qu’on soit homme ou femme). L’existence existentialiste n’est qu’un oubli de l’être profond et une enflure du soi superficiel, porteuse des pires et des plus dévastatrices valeurs, comme la grenouille dans la fable de La Fontaine, fonctionnant à l’envie, à la compétition, à la stupidité, à la morbidité. Nous voyons malheureusement ce que cela donne politiquement en ce moment, avec la montée des néofascismes en Europe et outre-Atlantique.
*



hier matin à Asnières les Courtilles, photos Alina Reyes






























Hier à Saint-Malo, photos Alina Reyes




Aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes


images Alina Reyes
Départ de Paris, il fait encore nuit


Le jour se lève en route, avec des nuées roses et bleues
Des moineaux nichent à la station d’essence


où des marcheurs vont
Nous voici tout près
puis sur le pont
À gauche de l’image, la gendarmerie. Aujourd’hui l’armée est là, elle rend hommage aux réservistes, avec musique et discours (nous verrons ça d’en haut dans quelques images)
La statue de l’archange brille tout là-haut, toute petite d’en bas

O connaît le Mont comme sa poche, il nous conduit hors de la rue marchande
La marée est forte ce samedi, le Mont est une île à notre arrivée, puis très vite la mer se retire




Vue du cimetière où reposent quelques rares habitants et religieux
Ce goéland à la patte blessée attend les touristes pour être nourri
L’armée procède à sa célébration, tandis que les sables réapparaissent
La rampe par où était montée la nourriture des prisonniers pendant la Révolution

L’une des meurtrières de la forteresse
À l’arrière-plan, on distingue l’autre îlot de la baie, Tombelaine





Je continue à suivre O


Nous nous installons tous les deux pour deux heures dans les rochers au bord de l’eau, où nous observons les mouettes, les goélands, la pêche des cormorans et même des phoques. Il me photographie, je le photographie.
L’après-midi, l’eau a laissé place au labyrinthe des sables