Réflexion sur les arts de la récupération. Et deux tableaux « récupérés »

Peint sur une peinture trouvée dans une benne à déchets dans la rue. Acrylique sur bois 52×76 cm




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J’ai goûté la saveur de la récupération d’objets dans la rue il y a longtemps, lorsque j’étais à New York chez un jeune couple d’artistes, dont le garçon ramassait en ville des choses, notamment du papier kraft et du carton, pour en composer des œuvres. Juste avant mon départ, il glissa dans ma valise l’une de ces œuvres, sans me le dire, et je la trouvai à mon arrivée à la maison, de l’autre côté de l’océan. (Depuis, il est devenu écrivain).

J’aime les objets récupérés parce qu’ils ont une histoire. Et parce qu’ils sont chargés de poésie, du fait d’avoir une histoire et du fait d’être devenus inutiles, d’un point de vue utilitaire. C’est alors qu’il est possible de les transcender. De les ressusciter.

Les ressusciter, c’est chaque fois opérer une résurrection en soi-même.
L’art de la récupération est comparable à celui de la traduction. La différence étant que lorsqu’on traduit un chef-d’œuvre, on ne peut que faire de son mieux pour ne pas trop l’abîmer, alors que lorsqu’on récupère un objet usé ou mal achevé, on espère lui donner une valeur supplémentaire. Cependant les deux arts ont en partage l’art de la transformation. L’art de la vie.

L’exégèse, telle que je l’ai pratiquée dans ma Chasse spirituelle (gracieusement disponible ici) est à la fois art de la traduction et art de la récupération, notamment des textes religieux – qui ne sont pas devenus inutiles mais souvent pire, dangereux parce que mal lus. L’histoire et la poésie sont aussi des arts de la récupération, récupération du temps et récupération du réel.

Dans mon travail de plasticienne amateure, j’ai souvent pratiqué la récupération d’objets divers, naturels (cailloux, bois…) ou manufacturés, par exemple avec Madame Terre. Et j’ai repeint trois tableaux trouvés dans la rue : des fleurs, un perroquet, et aujourd’hui cette petite maison dans la forêt. S’y ajoute cette œuvre réalisée sur le fond et le cadre d’un miroir brisé, que j’avais déjà peints une fois, dans un tout autre style, et que j’ai entièrement recouverts de rouge hier, pour en faire une nouvelle œuvre – puisqu’il s’agit d’un ancien miroir, j’y ai mis des effets de miroir, avec une photo peinte prise dans des miroirs de l’Institut du monde arabe, des bouts de dos d’emballage de paquets de chewing-gums qui miroitent, un portrait datant de mes 36 ans, et des extraits de mon roman Le Boucher.

Il n’y a pas de résurrection sans transcendance. Toutes les autres voies mènent à la mort. Je suis super vivante :-)
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Technique mixte sur bois, 38×48 cm (le tableau est beaucoup plus lumineux en vrai, et d’un rouge plus vif, que capte mal la photo)


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Petit journal du jour, et une peinture

Acrylique sur toile 50×50 cm


telle que je l’ai trouvée dans la rue


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Depuis lundi dernier, pause dans ma traduction de l’Iliade. J’ai repeint cette toile trouvée dans la rue il y a quelques mois, je suis en train d’en repeindre une autre, trouvée dans un conteneur de déchets dans la rue aussi.

Je cours, environ une fois par semaine, parfois moins, et cependant je progresse plutôt bien. J’en suis à courir plus de trois kilomètres à plus de 9 km/h. Pour m’y être mise si tard, à mon âge et avec ma foulée de femme petite, sans parler du traitement anticancer bien fatigant, je trouve que je ne m’en sors pas trop mal, et je pourrai peut-être un de ces jours participer à une course de 5 km, même si j’arrivais dernière je serais contente de l’avoir faite. En tout cas c’est déjà une grande satisfaction.

Quand je peins le temps passe à la fois très lentement et très vite, si je ne me forçais pas à sortir je pourrais rester toute la journée sur la toile. Peindre est aussi une grande source de satisfaction.

Et puis tout le reste va bien aussi. La vie est belle.

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Une chasse spirituelle (publication intégrale)

Voici ma Chasse spirituelle, « Opéra des métamorphoses », gracieusement disponible en 10 pdf.

« L’Ouvrante », présentation : Une Chasse spirituelle (1)
– « Acte premier, Littératures » (début : Préhistoire, littérature, mythes, coquille, grotte, étoile… « L’être s’en est allé habiter ailleurs, mais où ? ») : Une Chasse spirituelle (2)
– « Acte premier, Littératures » (suite : Shéérazade, puis… mille et un auteur-es. « Pas de trajet, mille trajets, et les pauses ne sont pas indiquées », comme dit Henri Michaux) : Une Chasse spirituelle (3)
– « Acte premier, Littératures » (deuxième suite : la Pitié-Salpêtrière et Nuit Debout au prisme de la littérature) : Une Chasse spirituelle (4)
— « Acte premier, Littératures » (troisième suite et fin de cet acte : Molière, Poe, Rimbaud et Nouveau, Kafka, et beaucoup d’autres. « Nous t’affirmons, méthode ! » s’écrie le poète des Illuminations) : Une Chasse spirituelle (5)
– « Tableau : des Anciens » (avant d’entrer dans le deuxième acte, quelques passages traduits d’auteurs anciens, du grec et du latin) : Une Chasse spirituelle (6)
– « Acte 2 : Bible et Évangile » (traductions et commentaires) : Une Chasse spirituelle (7)
– « Tableau : des Modernes » (avant d’entrer dans le troisième acte, quelques poètes de différentes langues, toujours dans mes traductions) : Une Chasse spirituelle (8)
– « Acte trois : Coran » (essentiellement, commentaire) : Une Chasse spirituelle (9)
– « Dénouement » : Une Chasse spirituelle (10)

Plus d’un million de signes pour déchiffrer des myriades de signes laissés par les humains depuis l’aube de l’humanité. À travers les structures anthropologiques de l’imaginaire, et à travers certains faits historiques, apparaissent, dès avant Homo Sapiens et jusqu’à nos jours, des invariants et des variations de ce qui fonde notre être-humain, tel qu’il s’exprime à travers ses constructions et élaborations poétiques. Qu’il s’agisse d’un cercle de stalactites dressées par des Néandertaliens dans la grotte de Bruniquel ou de mystères que l’auteure éclaire dans les « Illuminations » de Rimbaud, qu’il s’agisse de l’expérience de dépassement de l’humain par l’humain dont témoignent une Vénus préhistorique, un sonnet de Shakespeare, des textes de Victor Hugo ou d’Edgar Poe, l’Odyssée ou les Mille et une nuits, une peinture de Vélasquez ou un tableau de Magritte…

De très nombreuses productions de l’imaginaire humain sont convoquées, analysées, comparées, à la lumière notamment de la pensée des Présocratiques, et de toutes disciplines et sciences susceptibles d’éclairer cette recherche. Sont interrogés les mythes convoqués aussi bien par Freud que par la Bible ou le Coran, deux Livres dont l’auteure donne de nombreuses analyses. Et, à travers des exemples choisis, diverses formes du mal à l’œuvre dans l’Histoire, passée ou contemporaine, comme dans la littérature de nombreux siècles. Enfin, les explorations de poètes aptes à transcender la malédiction de la violence par illuminations et bonds « hors du rang des meurtriers », selon la formule de Kafka.

Le livre entier, en ebook ou livre papier, est disponible ici

Voir aussi : « Pourquoi je publie en ligne »

En couverture du livre, l’une de mes peintures

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Reine

"Penetrations", acrylique et feutres acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique et feutres acrylique sur toile 38×46 cm

(C’est la troisième fois que je repeins cette toile. Pour l’améliorer et pour éviter d’acheter d’autres toiles. Ça coûte cher et je manque de place )

Vu en rêve un aigle splendide, prodigieux, aux plumage épais et chamarré, posé sur ma table de travail ; je lui ai ouvert la fenêtre, il a pris son envol.

Ce matin, peint en écoutant la Messe du Couronnement, de Mozart, que j’ai chantée dans un chœur il y a vingt ans. Grâce au beau lecteur de CD reçu pour mon anniversaire, l’autre jour, j’écoute et réécoute beaucoup de musique. Je traduis, je lis, j’écris. J’en ai encore beaucoup sous la pédale, si Dieu continue à me prêter vie il y aura de belles publications, et sinon il y en aura aussi, avec les centaines de pages déjà écrites et bonnes à publier quand le moment sera venu. Quelle paix d’être entrée dans l’éternité.

Homère et Maïakovski

"Maïakovski", collage sur papier 31x41 cm

« Maïakovski », collage sur papier 31×41 cm

« Il y a dans la mer fortement agitée,
En face de l’Égypte, une île appelée Phare »

Homère, Odyssée, chant IV, v.354-355 (ma traduction)

Un jour, inch’Allah, j’apprendrai assez de russe pour pouvoir traduire le grand Maïakovski. En attendant le grand Homère (dont je suis en train de traduire toute l’Odyssée) fait très bien l’affaire. J’aime les poètes qui se coltinent l’univers, et j’aime me coltiner l’univers des poètes.

La grande syntaxe de l’être, avec Ptolémée

"Ways" Technique mixte sur papier 31x41 cm

« Ways »
Technique mixte sur papier 31×41 cm

« Je sais que moi je suis mortel, éphémère ; mais quand,
Des astres, je cherche le cours incessant, spiralant,
Mes pieds ne touchent plus terre mais c’est de l’ambroisie,
Nourri par Zeus lui-même, qu’alors je me rassasie. »

Ptolémée, Anthologie Palatine, IX.577 (ma traduction)

« Qu’on n’objecte pas à ces hypothèses, qu’elles sont trop difficiles à saisir, à cause de la complication des moyens que nous employons. Car quelle comparaison pourrait-on faire des choses célestes aux terrestres, et par quels exemples pourrait-on représenter des choses si différentes ? Et quel rapport peut-il y avoir entre la constance invariable et éternelle, et les changements continuels ? Ou quoi de plus différent des choses qui ne peuvent aucunement être altérées ni par elles-mêmes, ni par rien d’extérieur à elles, que celles qui sont sujettes à des variations qui proviennent de toutes sortes de causes ? Il faut, autant qu’on le peut, adopter les hypothèses les plus simples aux mouvements célestes ; mais si elles ne suffisent pas, il faut en choisir d’autres qui les expliquent mieux. Car si après avoir établi des suppositions, on en déduit aisément tous les phénomènes comme autant de conséquences, quelle raison aura-t-on de s’étonner d’une si grande complication dans les mouvements des corps célestes ? »

Ptolémée, Almageste (ou la Grande syntaxe), XII, 2, trad. Halma, 1813

L’auteur selon Peter Brook

"Théâtre" Technique mixte sur bois 45x30 cm Ces vers de Paul Valéry sont gravés au fronton du théâtre de Chaillot à Paris

« Théâtre »
Technique mixte sur bois 45×30 cm
Ces vers de Paul Valéry sont gravés au fronton du théâtre de Chaillot à Paris

Dans ces passages de L’Espace vide (livre important dont j’ai déjà donné d’autres extraits), Peter Brook parle de l’auteur de théâtre (et je me sens concernée, me considérant moi-même comme une auteure de théâtre même si mes textes n’ont pas l’apparence de textes de théâtre – en particulier mes textes de non-fiction, comme mes livres Voyage ou Une chasse spirituelle, pour l’instant hors circuit, dont la scène est l’espace mental de qui lit).
*
« En théorie, peu d’hommes ont autant de liberté qu’un auteur de théâtre. Il peut évoquer l’univers entier sur la scène. Mais (…) il est malheureusement rare que l’auteur de théâtre se donne la peine de relier le détail qu’il a choisi à une structure plus large.
(…)
Qu’un auteur explore la profondeur et les ombres de sa propre existence ou qu’il explore le monde extérieur, dans les deux cas, il croit son univers complet. Si Shakespeare n’avait pas existé, il serait tout à fait compréhensible que nous établissions une théorie selon laquelle les deux genres d’auteurs ne peuvent en aucun cas cohabiter. Il y a quatre cents ans, il était donc possible à un dramaturge de présenter dans une même situation conflictuelle des événements du monde extérieur et les sentiments intérieurs d’hommes complexes, isolés en tant qu’individus, l’immense tension de leurs craintes et de leurs aspirations. Le drame élisabéthain, c’était la révélation, c’était la confrontation, c’était la contradiction, et cela conduisait à l’analyse, à l’engagement, à la reconnaissance et, en fin de compte, à l’éveil de la compréhension.
(…)
Pourtant, un nouveau théâtre élisabéthain, fait de poésie et de rhétorique, serait une monstruosité.
(…)
L’auteur contemporain est encore prisonnier de l’anecdote, de la cohérence et du style. Il est également conditionné par les valeurs qui subsistent du XIXe siècle, à tel point qu’il trouve inconvenant le mot d’ « ambition ». Et pourtant, il en a infiniment besoin. Si seulement il était ambitieux ! Si seulement il voulait décrocher la lune !
(…)
Bien que l’auteur nourrisse son œuvre de sa propre existence et de la vie qui l’entoure – le théâtre n’est pas une tour d’ivoire -, le choix qu’il fait et les valeurs qu’il exalte n’ont de force qu’en fonction de leur théâtralité. (…) Même l’auteur qui ne s’intéresse pas au théâtre en tant que tel mais seulement à ce que lui, l’auteur, essaie de dire, se trouve forcé de commencer par le commencement : s’attaquer à la nature même de l’expression théâtrale. Il n’y a pas moyen d’y échapper, à moins que l’auteur n’accepte d’enfourcher un véhicule d’occasion, hors d’état depuis longtemps, et vraisemblablement incapable de le mener où il veut aller. Le problème essentiel de l’auteur et le problème essentiel du metteur en scène vont de pair. (…) Si l’on veut que la pièce soit entendue, alors il faut savoir la faire chanter. »

Peter Brook, L’Espace vide, Points Seuil (Londres 1968, éd du Seuil 1977 pour la traduction française, par Christine Estienne et Franck Fayolle)
Autres extraits du livre ici

Marcher dans les airs, Capitole et #MeToo : journal intime et chronique publique

Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Refait cette nuit ce rêve très ancien et récurrent où je marche en lévitation à plusieurs mètres au-dessus du sol, m’élevant à volonté au-dessus de la ville et du paysage, goûtant la caresse des feuillages bruissants. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort et malgré ma joie je veillais à ne pas me laisser emporter, à tenir fermement ancrée dans les airs comme sur terre.

Je continue à actualiser la note sur l’affaire du Capitole, en espérant une destitution de Trump, qui est d’autant plus dangereux qu’il est loin d’être seul. Très soutenu par une large partie de la population et par des groupes d’extrême-droite violents – suprémacistes, néonazis, etc. – dont le but déclaré est de déclencher une guerre civile. Ceux qui, ici en France, pleurnichent parce que les réseaux sociaux ont enfin pris leurs responsabilités en fermant les comptes de Trump sont très inquiétants eux aussi. C’est avec ce genre de faiblesse face aux forces de mort, de complaisance avec les semeurs de mensonge, et de déni des libertés et responsabilités individuelles (en l’occurrence celle de ces réseaux sociaux privés) qu’on laisse monter et s’installer les fascismes.

« «Toujours nier» : c’est la réponse de Donald Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les accusations de harcèlement sexuel. » Nécessaire tribune de l’historienne Laure Murat dans Libé aujourd’hui : La sinistre exception culturelle du #MeToo à la française (en accès libre). Elle note que « Si les cas de pédocriminalité ne sont pas les seuls du #MeToo à la française, loin s’en faut, ils ont été, et de loin, les plus médiatisés, les seuls à vraiment retenir l’attention et à être pris au sérieux » et que « Ces affaires, portées par la presse, écœurent le public mais n’ébranlent pas les institutions. Comme si l’essai n’était jamais transformé, ni l’événement suivi d’une réforme de fond ». La marque d’une vieillesse délétère du pays, qui n’a élu un président jeune que parce qu’il était porté par des vieux, étant lui-même vieux dans sa tête depuis son enfance, et resté à la fois immature et vieux, parfait représentant de la caste intellectuelle qui se tient au pouvoir et empêche les réformes de fond des mentalités et la libération des vieilles dominations.

"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4

Pour mieux voir mes derniers collages, peintures etc., et leurs détails voir mon compte Instagram

Journal du jour

"Piano", technique mixte sur papier A4

« Piano », technique mixte sur papier A4


"Human Being", technique mixte sur papier A4

« Human Being », technique mixte sur papier A4

J’avais demandé pour Noël un CD du Sacre du Printemps, j’ai eu un coffret collector de 38 enregistrements de l’œuvre par autant de chefs et d’orchestres différents sur plus de soixante ans. Bel exercice d’écoute pour quelqu’un qui comme moi pratique la traduction. Magnifique à écouter tout en peignant, ce que je fais depuis Noël donc, et qui n’est peut-être pas sans influence sur mon inspiration. Le coffret est sorti en 2012 pour le centième anniversaire du Sacre (1913) et il est devenu une rareté : O a fait plus de quarante kilomètres à vélo dans le froid et la pluie pour aller le chercher là où il l’avait repéré en ligne. Voilà un cadeau !

M’étant un peu blessée au yoga (petite chute sur le coccyx) puis en courant et en marchant (syndrome du piriforme), j’ai fait des exercices à la maison pour guérir tout ça et j’ai évité de sortir pendant quelques jours. C’était aujourd’hui ma première promenade de l’année, je l’ai faite avec O, nous sommes allés voir les canards au jardin des Plantes, c’était de circonstance, par ce froid du même nom. J’adore les canards. Et tous les oiseaux. Et tous les animaux. Toutes les plantes, toutes les pierres, tout.

Comme je ne pouvais pas rester assise trop longtemps avec ma petite blessure, j’ai moins traduit ces jours derniers, mais ça va mieux et je m’y suis remise. Je m’amuse et je me désole tout à la fois de constater le sexisme de la plupart des traducteurs qui m’ont précédée. Quand Homère dit que Pénélope est sage, intelligente, eux traduisent « chaste » (même si l’adjectif grec n’a pas du tout ce sens ; du reste quand Homère l’applique à un homme, ils ne traduisent jamais par chaste mais bien par son sens réel). Quand Homère dit qu’Hélène « à la longue robe » va se coucher auprès de Ménélas la nuit venue, eux traduisent « aux longs voiles », la fantasmant sans doute comme une espèce de Salomé se livrant à une danse suggestive devant Hérode. Quand Hélène évoque son impudence passée, avec le mot grec qui signifie à la lettre « regard de chien », ils lui font dire « ma face de chienne », ce qui est comme si on faisait dire à un philosophe cynique qui parlerait de son cynisme « chien que je suis » parce que cynique, à la lettre, signifie « de chien ». Quand Homère dit qu’Hélène est semblable à Artémis aux flèches d’or, ils traduisent « à la quenouille d’or » – là aussi en dépit du fait que ce n’est pas du tout le sens du mot grec – d’ailleurs que ferait Artémis, déesse de la chasse, d’une quenouille ? Bref, contrairement à Homère, ils ramènent sans cesse les femmes du texte à la condition domestique et inférieure qu’ils ont intériorisée. Ne serait-ce que pour ça, ma traduction ne devrait pas être inutile.

"Human History", technique mixte sur papier 24x32 cm

« Human History », technique mixte sur papier 24×32 cm

La mort aboie, l’humanité passe

J’ai fêté le passage à l’année 2020 avec beaucoup de monde dans un vieux cimetière à Édimbourg. On ne parlait pas encore de pandémie mais ce lieu était en quelque sorte prémonitoire. Thomas de Quincey, qui y repose, songerait peut-être que le coronavirus a réveillé les humains de l’opium de l’existence moderne dans laquelle ils sont plongés et qui leur donne un sentiment de toute-puissance, presque d’immortalité. Non nous ne sommes pas tout-puissants, oui des forces nous dépassent, toutes microscopiques qu’elles puissent être. Oui l’humain a pourtant sa grandeur, notamment grâce à la science qui permet de réagir et de sauver souvent. Et non il n’aime pas être réveillé, et perdant un opium il en cherche un autre, qu’on l’appelle complotisme ou tout autre délire occultiste lui permettant de fuir le réel.

Cette fois nous avons célébré le passage à 2021 en amoureux, O et moi, à la maison, avec du champagne et en regardant le très excellent film Parasite, de Bong Joon Ho, que nous n’avions pas encore vu, parabole sur l’état du monde actuel. D’autres dangers nous guettent, l’art nous en prévient mais nous ne sommes pas obligés d’y sombrer. Et l’art, la littérature, comme la science, peuvent nous fournir aussi des contrepoisons et des vaccins.

Voici les dernières petites peintures que j’ai réalisées ces derniers jours, entre le 29 décembre et le 1er janvier.

"Dragon", technique mixte sur papier A4

« Dragon », technique mixte sur papier A4


"Underground River", technique mixte sur papier A4

« Underground River », technique mixte sur papier A4


"Bouquet final", technique mixte sur bois 48x33 cm. J'ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu'un avait jetée dehors et que j'ai récupérée

« Bouquet final », technique mixte sur bois 48×33 cm. J’ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu’un avait jetée dehors et que j’ai récupérée


fleurs,-min
"Painting", technique mixte sur papier A4

« Painting », technique mixte sur papier A4


"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

« Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow », technique mixte sur papier A4. D’après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j’ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

Lignes et points. Temps et supports pour méditer

"Avenue", technique mixte sur carton entoilé 55x38 cm

« Avenue », technique mixte sur carton entoilé 55×38 cm

Sans méditation suffisamment profonde, nous sommes ballottés par la vie comme des jouets dans la tempête. Par manque de réflexion, nos actes nous entraînent sur des voies néfastes, produisent des effets néfastes. Les fins d’année, comme toutes les fins, sont propices à des méditations spéciales. On a l’habitude de considérer l’année écoulée, et de se projeter dans celle qui vient avec de bonnes résolutions, etc. Mais il est intéressant aussi de profiter des moments de congés que nous offrent un ou quelques jours fériés pour méditer sur le temps présent, sur l’éternel présent, d’ici, de maintenant et de tout le temps. Des très nombreuses formes et techniques de méditation que nous pouvons pratiquer, apprendre ou inventer – j’ai souvent ici parlé du yoga, notamment – le dessin, la peinture, le coloriage sont parmi les plus agréables et les plus efficaces pour « se vider la tête » des pensées parasites, y jouir de la paix et y laisser naître des pensées fraîches. Peinture et dessin sont des formes premières de l’écriture et sont bénéfiques au mieux lorsque lecture ou contemplation s’assortissent d’une pratique personnelle, si humble soit-elle.

J’ai écrit il y a quelques mois ceci, fruit d’une méditation qui me donne encore à méditer :

"Intérieur fourré", technique mixte sur papier A4

« Intérieur fourré », technique mixte sur papier A4

« Les hommes préhistoriques traçaient-ils dans les grottes des lignes superposées parce qu’ils avaient remarqué, ou senti, le phénomène de la superposition des phénomènes ? Quelque chose se passe dans tel espace, et se repasse, de façon décalée mais très comparable, dans tel autre espace, pour un même être situé dans les deux espaces. Si ce quelque chose est chargé de morbidité et si les deux espaces se rencontrent et se renforcent mutuellement, alors le risque mortel devient plus grand. Nos ancêtres préhistoriques, comme nous avaient besoin d’apprendre à réchapper des risques mortels, et la superposition des traits pouvait être, consciemment ou non, une expression conjuratoire du risque, parce qu’elle était d’abord le signe d’une connaissance. »

"Harmonic Attractor", technique mixte sur papier A4

« Harmonic Attractor », technique mixte sur papier A4

(Mes dernières repeintures d’anciens dessins)

Noël, sacre du printemps : originalité dans la création (avec Haruki Murakami)

"Life Is a Gift", technique mixte sur bois (fond et cadre d'un vieux miroir brisé) 38x48 cm

« Life Is a Gift », technique mixte sur bois (fond et cadre d’un vieux miroir brisé) 38×48 cm


Pourquoi faisons-nous des cadeaux aux enfants, et les présentons-nous comme venus du ciel ? Parce qu’eux-mêmes, en naissant, sont des cadeaux venus du ciel. La vie est un cadeau qui nous vient du ciel à chaque naissance, les nôtres, celles des autres ; et les cadeaux que nous faisons et recevons à l’âge adulte rafraîchissent en nous l’enfance. Noël est la fête de l’origine, de la joie que donne la survenue de l’original – ai-je songé cette nuit en lisant ces mots d’Haruki Murakami dans son livre Profession romancier, alors que j’ai demandé pour Noël un CD du Sacre du printemps, que j’ai tant et tant écouté dans ma jeunesse et que j’ai follement envie de réécouter :

"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

« Chant du monde », technique mixte sur papier A4


"How many People in the Universe ?", technique mixte sur papier 42x30 cm

« How many People in the Universe ? », technique mixte sur papier 42×30 cm


« Les Beatles. J’avais quinze ans lorsqu’ils sont apparus. Je crois que la première chanson d’eux que j’ai écoutée à la radio était Please Please Me, et j’en ai eu la chair de poule. Pourquoi ? Parce qu’il y avait là des sonorités que je n’avais jamais entendues. Tout simplement, j’ai trouvé cela génial. J’ai du mal à expliquer ce qu’il y avait là de si incroyable, mais c’était époustouflant. Environ un an plus tôt, j’avais ressenti une impression presque analogue en écoutant pour la première fois Surfin’ USA, des Beach Boys, à la radio. « Ah, ça, c’est extraordinaire ! » « Complètement différent ! »
En y repensant aujourd’hui, je comprends que mon émotion était due à l’originalité exceptionnelle des Beatles et des Beach Boys. Ils émettaient des sons que personne n’avait produits jusqu’alors, ils faisaient de la musique comme personne jusque-là. Qui plus est, d’une qualité sans pareille. Et ils avaient quelque chose de tout à fait spécial. C’était tellement clair qu’un adolescent de quatorze ou quinze ans pouvait le saisir immédiatement, même en écoutant ces chansons sur un pauvre transistor. En somme, l’affaire était toute simple.
Mais où résidait l’originalité de leur musique ? En quoi étaient-ils différents des autres musiciens ? Il me paraît extrêmement difficile de donner une réponse logique et argumentée à ces questions. Pour le jeune homme que j’étais, c’était une tâche impossible, et aujourd’hui encore, alors que je suis écrivain de métier, j’ai beaucoup de mal à le faire. Pour pouvoir fournir ce genre d’explication, il faudrait avoir les compétences d’un expert, mais, même avec cet éclairage théorique, le résultat ne serait peut-être pas très concluant. En fait, tout va bien plus vite quand on écoute leur musique. Écoutez-la, et vous comprendrez.
(…)
On pourrait dire la même chose du Sacre du printemps, de Stravinsky. Quand cette œuvre a été donnée à Paris en 1913, le public a été sourd à sa nouveauté et s’est livré alors à un chahut monumental, resté célèbre. Cette partition qui allait contre toutes les conventions avait stupéfié l’assistance. Mais, au fil des représentations, les réactions hostiles se sont calmées, et de nos jours Le Sacre du printemps est devenu extrêmement populaire. (…) Quand le public d’aujourd’hui écoute Le Sacre du printemps, il n’y a ni tumulte ni stupeur, les auditeurs étant néanmoins capables de ressentir la fraîcheur intemporelle et la puissance de cette œuvre. Cette émotion est en somme une référence mentale des plus précieuse. Un repère essentiel auquel ceux qui aiment la musique se raccrochent, et qui, pour une part, sert de base à leurs jugements de valeur. Pour aller à l’extrême, disons que, entre ceux qui ont entendu Le Sacre du printempset ceux qui ne l’ont pas entendu s’est instaurée une certaine différence dans la profondeur de leur compréhension musicale.
(…)
Pour qu’un créateur puisse être qualifié d’« original », il doit, à mon avis, satisfaire à ces conditions fondamentales :
1) Il faut qu’il possède un style qui lui soit propre (sonorités, manière d’écrire, formes, couleurs), clairement différent des autres, et qui doit être perceptible immédiatement.
2) Il faut qu’il ait la faculté de retrouver de la nouveauté. De se développer avec le temps. De ne pas stagner. Il doit posséder en lui-même une force de renouvellement spontanée.
3) Il faut que ce style personnel devienne un standard avec le temps, qu’il soit intériorisé dans l’esprit du public, qu’il soit érigé pour partie en norme. Qu’il devienne une source d’inspiration pour les créateurs suivants. »

*
Joyeux Noël !

Travailler comme au monastère

Voici mes dernières repeintures, et en fin de note mes derniers « haïkus dans la rue ».

"To Meditate", acrylique sur toile 24x30 cm

« To Meditate », acrylique sur toile 24×30 cm


"Sirens", acrylique sur toile 30x30 cm

« Sirens », acrylique sur toile 30×30 cm

C’est une bonne chose que d’être en retraite, on peut travailler beaucoup plus. Je veux dire, le travail salarié a ses bonheurs, et ses côtés intéressants comme tout travail, mais souvent on y perd beaucoup de temps, soit à accomplir des tâches qui ne font pas partie de notre métier (des tâches administratives par exemple), soit à ne rien faire entre deux temps de travail. Une fois débarrassé de ces inconvénients, on peut vraiment user de son temps dans un plein éveil, une pleine joie. Pendant notre « vie active », travailler est un gagne-pain pour nous et nos enfants, si nous en avons. Une fois en retraite (j’aime le caractère spirituel de ce mot), travailler devient un luxe que nous pouvons nous offrir et offrir aux autres : nous voici bénévoles, d’une façon ou d’une autre. Travailler ne coûte rien, ou presque rien, mais rapporte beaucoup de joie, la joie d’être en train de le faire, de créer, de se donner, et la joie du travail accompli. Si notre travail consiste à créer des œuvres, nous pouvons avoir besoin de matériaux et de matériel plus ou moins cher, mais il est toujours possible de faire à l’économie – par exemple, j’ai longtemps peint sur des morceaux de bois trouvés dans la rue, et maintenant, plutôt que d’acheter sans cesse de nouvelles toiles, je repeins fréquemment mes anciennes œuvres, qui étaient loin d’être des chefs-d’œuvre ; j’apprends ainsi à améliorer mon travail.

Pour l’écriture, le confinement ne m’aide pas. Difficile de me concentrer à la maison, où je ne peux pas m’isoler. J’allais travailler dans les bibliothèques, je n’y vais plus depuis le début de l’année car même dans les moments où certaines étaient de nouveau ouvertes je préférais éviter d’y passer des heures sans pouvoir enlever le masque, et dans des conditions sanitaires malgré tout incertaines. Mais j’arrive à traduire, et c’est ce que je fais depuis que je me suis lancée dans la magnifique aventure de la traduction de l’Odyssée. (Ma traduction des trois premiers chants se trouve ici, et – la suite se poursuit en privé mais je compte bien, inch’Allah, donner un jour à lire tout le splendide poème, qu’il faut retraduire régulièrement car la langue et la perspective changent avec le temps et les traducteurs et traductrices).

Ma maison est mon monastère, où je fais retraite chaque jour. Dans l’islam, on dit que la mosquée est partout dans l’univers, que n’importe quel endroit peut faire office de mosquée. Je trouve cela magnifique. Et je me dis que c’est la même chose pour le monastère (du reste, la vie idéale dans l’islam correspond à une vie de monastère, réglée, joyeuse et paisible) : tout lieu peut nous être monastère, quand nous désirons faire retraite, nous retirer du monde sans pour autant nous retirer de la vie.

haikus dans la rue 13-min
Flaque dans l’allée
L’enfant y jette son pied
Tout le ciel y bouge

haikus dans la rue 14-min
Le vent léger bruisse,
la pluie glisse sur les plumes,
boucle les cheveux

haikus dans la rue 15-min
Poires, noix, raisins,
surabondantes corbeilles,
piques des châtaignes

haikus dans la rue 16-min
Flèches des antennes
twistant sur les toits avec
une feuille rousse

Vivre bien. Quelques réflexions autour de la création, du sport, de la cuisine, etc.

"Village", acrylique sur bois 56x48 cm

« Village », acrylique sur bois 56×48 cm

Toujours toute au bonheur de traduire chaque jour l’Odyssée, de peindre quand il me plaît, de me sentir plus souple, solide et musclée que jamais grâce au yoga quotidien et de temps en temps à la course – quand je m’y suis mise, vers la fin de l’été, je ne pouvais courir que quelques dizaines de mètres d’affilée, puis ce fut quelques centaines de mètres et maintenant je me rapproche des 2000 mètres assez tranquillement. C’est évidemment très modeste mais peu importe, l’important est de sentir qu’on est capable de solidité, d’endurance et de joies physiques et mentales. Je me disais que je devrais peut-être faire un test cardiaque pour ne rien risquer en me mettant à courir à cet âge, mais j’ai lu un très bon truc tout simple : si l’on peut monter quatre étages, ou 60 marches, en une minute, sans courir, c’est que le cœur est bon. J’ai fait le test sans me presser, sans m’essouffler, il m’a fallu 38 secondes – donc je peux y aller, continuer à courir sans crainte. Tout cela je le fais malgré des moments de grande fatigue et d’autres problèmes physiques dus à mon traitement anticancer mais je ne le fais pas contre les problèmes, je le fais parce que j’aime le faire, c’est tout.

« Créer c’est résister », répète-t-on. En réalité cela ne signifie pas grand-chose, et puis résister doit-il être le moteur de la vie ? Résister est nécessaire dans les situations d’agression, mais il faut aussi savoir se détacher des situations d’agression, et vivre, tout simplement, malgré l’agression. Ne pas se déterminer par rapport aux agressions. Que la création, le fait de créer, ne soient pas déterminés par un phénomène de réaction comme la résistance. Sinon elle reste une création de niveau inférieur. C’est cela qui rend le militantisme souvent si triste. Mieux vaut une création-agression-gratuite, par exemple. Dans l’opération de la « Marianne qui pleure », dont j’ai parlé hier, il aurait mieux valu ne pas accompagner l’acte d’un texte – un de ces textes qui ne sont en rien des actes. Je ne nie pas l’intérêt ni la nécessité d’une création comme résistance, je refuse de la réduire à cette fonction. Si je cours, ce n’est pas pour opposer une résistance à l’air. Et pourtant je cours. De la même façon je veux pouvoir dire Et pourtant je crée.

Quand nous réalisons une recette de cuisine de façon personnelle, nous créons. Pas pour résister, pour le plaisir de cuisiner et pour nous régaler et régaler les gens qui en mangeront. Pour vivre, vivre bien. Résister est souvent nécessaire mais ce n’est pas vivre bien. Faire en sorte d’être bien dans notre corps et dans notre tête, c’est vivre bien. Agir gratuitement c’est vivre bien. Agir n’est pas nécessairement créer, créer n’est pas agir quand la création n’est qu’une idée de création, une croyance de création comme en ont tant d’intellectuels qui s’imaginent créer alors qu’ils ne font que manier les outils qu’on leur a appris à manier. Action et création se rejoignent quand elles restent à distance des contingences. Je ne suis pas une yogini pour rien.

Nativité

"Nativité", technique mixte sur toile 30x30 cm

« Nativité », technique mixte sur toile 30×30 cm

J’ai repris cette toile pour la troisième fois, afin de la rendre plus lumineuse, plus joyeuse, plus animée, en adoptant délibérément un style naïf (ce qui signifie « natif », selon l’étymologie, et nous renvoie donc à la Nativité, comme l’étymo– d’étymologie, qui signifie la vérité, le réel). J’ai changé les couleurs, ajouté des collages et des pochoirs. Le livre et la plante viennent respectivement d’un ticket et d’une brochure de la BnF. Les personnages viennent d’une carte postale reproduisant une icône orientale traditionnelle. L’œil, les astres voyageurs et le tourbillon multicolore dans le ciel viennent de cartes postales reproduisant mes propres dessins et peintures. Mon cadeau de Noël au monde ce sont mes manuscrits prêts pour la publication et ceux qu’il me reste à travailler encore – quel que soit le moment où les uns ou les autres seront effectivement publiés. Je le dis en toute naïveté, comme ma petite peinture-icône. Cela me réjouit et peut-être d’autres s’en réjouiront aussi.

Nouvelles du monde et du jour

"At Home", acrylique sur toile 30x30 cm

« At Home », acrylique sur toile 30×30 cm


"Penetrations", acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique sur toile 38×46 cm


"Tree of Life", technique mixte sur toile 40x40 cm

« Tree of Life », technique mixte sur toile 40×40 cm


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Face au Covid 19, je note deux attitudes parmi ceux qui l’ont contracté : il y a les gens qui se demandent où ils ont pu l’attraper, et ceux qui craignent d’avoir pu le transmettre à d’autres. Dans la première catégorie, nombre d’ex-minimisateurs de la maladie, qui leur semble n’être rien tant qu’elle ne touche que les autres, et qui devient tout lorsqu’ils en sont eux-mêmes atteints. Survolant le texte de Michel Onfray tout au très long duquel il narre ses affres de covidé, comme s’il était le premier au monde à avoir été atteint par le virus, j’ai souri dans ma tête en songeant que si Nietzsche, dont se réclame Onfray, remarquait avec justesse que les chrétiens n’ont pas des têtes de ressuscités, on peut remarquer aussi que bien des nietzschéens sont loin d’avoir des têtes et des corps de surhommes.

Je continue à traduire, avec immense bonheur, Homère. Mais j’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction. Sans doute en donnerai-je quelques autres morceaux à l’occasion et on pourra toujours lire les trois premiers chants dans leur entier ici, ici et .

De mes trois dernières peintures ci-dessus, les deux dernières sont des repeintures.

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Odyssée, Chant IV, v. 1-58

technique mixte sur papier 10x16 cm

technique mixte sur papier 10×16 cm

C’est la fête des lumières chez Ménélas ! Voici donc nos deux jeunes héros arrivant, incognito, chez l’illustre roi. Plus je traduis Homère, plus je le sens proche, ce génie, au point d’en être au bord des larmes, de joie et aussi de mélancolie de n’avoir pu le connaître de son vivant. Heureusement, il y a longtemps déjà, il m’a visitée en rêve et m’a donné à manger sa tête, d’où s’élevait une nourriture en forme de spaghetti multicolores.
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Ils arrivent au fond du ravin de Lacédémone
Et se rendent au palais de l’illustre Ménélas.
Ils le trouvent offrant chez lui à de nombreux convives
Un repas pour les noces de son fils et de sa fille
Irréprochable, qu’il envoie au fils d’Achille, briseur
De rangs ennemis. Jadis à Troie il l’avait promise
D’un signe de tête, et les dieux maintenant les marient.
Il la fait donc conduire avec des chars et des chevaux
Dans la fameuse ville des Myrmidons, où il règne.
Il marie aussi la fille du Spartiate Alector
À son petit dernier, le vigoureux Megapenthès,
Né d’une esclave – car les dieux n’annonçaient plus d’enfant
À Hélène après qu’elle avait eu son aimable fille,
Hermione, semblable à la rayonnante Aphrodite.
Ainsi festoient, dans la grande et haute maison,
Les voisins et les parents de l’illustre Ménélas,
Qui se réjouissent ; parmi eux chante un divin aède,
Jouant sur sa lyre tandis que deux danseurs, en rythme,
Cabriolent et tournoient au milieu de l’assemblée.
Et c’est devant les portes du palais que le héros
Télémaque et le splendide fils de Nestor arrêtent
Leurs chevaux. Alors qu’il sort, le noble Étéonée,
Diligent serviteur de l’illustre Ménélas, les voit,
Et va par la maison les annoncer au berger des peuples,
Lui adressant, debout près de lui, ces paroles ailées :

« Voici deux étrangers, ô Ménélas, nourrisson de Zeus,
Deux hommes qui ont l’air d’être de la race du grand Zeus.
Dis-moi, devons-nous dételer leurs chevaux rapides,
Ou les envoyer ailleurs où ils seront accueillis ? »

Grandement indigné, le blond Ménélas lui répond :

« Jusque là tu n’étais pas insensé, Étéonée,
Fils de Boéthos ; mais voilà que tu parles en enfant.
N’avons-nous pas tous deux mangé maintes fois chez des hôtes
Étrangers avant de revenir ici ? Que Zeus
Nous préserve de la misère à l’avenir ! Dételle
Les chevaux des hôtes, amène-les prendre part au festin. »

Il dit. Étéonée s’élance à travers la grande salle,
Presse les autres diligents serviteurs de le suivre.
Ils détachent du joug les chevaux couverts de sueur
Puis vont les attacher aux mangeoires des écuries,
Leur apportent de l’épeautre qu’ils mêlent à l’orge blanche,
Appuient ensuite le char contre un mur tout brillant,
Et font entrer les hôtes dans la divine maison
Du roi nourrisson de Zeus. En la voyant, ils s’émerveillent :
C’était comme si l’éclat du soleil ou de la lune
Tombait de la haute maison de l’illustre Ménélas.
Après l’avoir contemplée à en rassasier leurs yeux,
Ils entrent dans les baignoires bien polies pour s’y laver.
Des servantes leur donnent le bain et les effleurent d’huile,
Puis leur enfilent des tuniques et d’épais manteaux de laine.
Ils s’assoient sur des trônes auprès de l’illustre Ménélas.
Une servante s’avance, apportant l’eau dans une belle
Aiguière d’or, la verse dans un bassin d’argent,
Qu’ils se lavent les mains, puis étend une table polie
Devant eux. La digne intendante leur apporte le pain
Et maintes nourritures qu’elle offre libéralement
De ses provisions. Le découpeur leur présente des viandes
Diverses et place devant eux des coupes d’or.

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le texte grec est ici
dans ma traduction le premier chant entier , le deuxième , le troisième
J’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction, mais la traduction se poursuit !

Odyssée, Chant III, v. 404-468 (ma traduction)

"Méditation", pastel inspiré d'un dessin, non signé, vu sur un mur dans la rue l'autre jour

« Méditation », pastel inspiré d’un dessin, non signé, vu sur un mur dans la rue l’autre jour

Jaccottet a raison quand il dit, dans l’une des notes de sa traduction, qu’à lire l’Odyssée il apparaît qu’au temps d’Homère le grand dieu, c’est Athéna plutôt que Zeus. Et j’ajouterai, notamment d’après le passage d’aujourd’hui, que le monde d’Athéna est magnifiquement sensuel. D’une sensualité qu’on pourrait qualifier de virile, d’après l’idée qu’on se fait de la virilité, et qui est pourtant au moins tout autant féminine, puisque Athéna est une déesse, même si, le plus souvent, elle se manifeste sous la forme d’un homme, même si Homère, pour parler d’elle, emploie les deux genres – n’est-ce pas le propre de tout dieu suprême d’être doté des deux genres ?

La prochaine fois, nous arriverons à la fin de ce troisième chant et nous quitterons Nestor. Goûtons encore les festivités sacrées en son palais, en ce moment du texte où tout s’emballe, dans un fantastique ballet de mouvements.
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Lorsque paraît, née du matin, Aurore aux doigts de roses,
Le cavalier Nestor de Gérènos saute du lit
Et va s’asseoir dehors sur les pierres polies
Qui se trouvent devant les portes élevées,
Blanches, brillantes, comme huilées ; sur elles jadis
S’asseyait Nélée, conseiller aussi sage que les dieux.
Mais dompté par la mort, il était parti chez Hadès ;
Et maintenant, siégeait là Nestor de Gérènos, gardien
Des Achéens, sceptre en main. Autour de lui se rassemblent
Ses fils, sortis de leurs chambres nuptiales : Échéphron,
Stratios, Persée, Arètos, et aussi, beau comme un dieu,
Thrasymède. En sixième vient le héros Pisistrate,
Et ils lui amènent Télémaque, semblable aux dieux.
Le cavalier Nestor de Gérènos leur dit alors :

« Dépêchez-vous, mes chers enfants, d’accomplir mon souhait,
Que je me concilie la première des dieux, Athéna,
Qui s’est manifestée à moi pendant le festin du dieu.
Que quelqu’un aille dans la plaine chercher une génisse,
Qu’un autre aille à la noire nef de Télémaque au grand cœur
Et ramène tous ses compagnons en n’en laissant que deux ;
Qu’un autre aille chercher le fondeur d’or Laerkée,
Afin qu’il répande l’or sur les cornes de la génisse.
Quant à vous autres, restez rassemblés ici et dites
Aux servantes de préparer dans l’illustre maison
Un festin, d’apporter les sièges, le bois et l’eau claire. »

Ainsi parle-t-il, et tous s’empressent. La génisse arrive
Du pré, les compagnons de Télémaque au grand cœur arrivent
De leur nef rapide et bien proportionnée, le fondeur d’or
Arrive, outils de cuivre en mains pour pratiquer son art,
L’enclume, le marteau et la pince bien ouvragée
Avec lesquels il travaille l’or. Puis arrive Athéna
Pour recevoir l’offrande. Et le vieux cavalier Nestor
Donne l’or. Alors le doreur, l’ayant travaillé, le verse
Sur les cornes de la génisse, afin que la déesse
À cette vue se réjouisse. Stratios et le divin
Échéphron l’amènent par les cornes. Arètos arrive
Des appartements avec l’eau dans un bassin fleuri
Et dans l’autre main les grains d’orge en corbeille. Thrasymède
Le belliqueux, hache tranchante en main, s’apprête à l’abattre.
Persée tient le vase pour le sang ; et le vieux cavalier
Nestor répand l’eau et l’orge, et priant ardemment Athéna,
Commence par jeter dans le feu des poils de la tête.
Aussitôt accomplies les prières et répandu l’orge,
Le fils de Nestor, l’hypercourageux Thrasymède,
S’avance et frappe. La hache sectionne les tendons
Du cou, brise les forces de la génisse. Des cris
Stridulés montent des filles, des brus, de la digne épouse
De Nestor, Eurydice, aînée des filles de Clymène.
On soulève ensuite la victime, on la tient au-dessus
De la vaste terre ; et Pisistrate, chef des soldats,
L’égorge. Un sang noir jaillit d’elle, la vie quitte ses os.
Aussitôt on la découpe, vite on tranche les cuisses,
Toujours selon le rite, et on les couvre de graisse
Des deux côtés ; on place dessus d’autres morceaux crus.
Le vieillard les brûle sur les éclats de bois, les arrose
D’un vin couleur de feu. À ses côtés des jeunes tiennent
Les broches à cinq branches. Une fois les cuisses rôties
Et les entrailles mangées, on hache le reste, on l’embroche
Et on le fait cuire sur des piques tenues en main.

Pendant ce temps, la belle Polycaste donne le bain
À Télémaque. La plus jeune des filles de Nestor,
Fils de Nélée, le lave, l’effleure d’huile onctueuse,
Puis lui enfile une tunique et un beau manteau.
Quand il sort du bain, il a l’allure des immortels.

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le texte grec est ici
dans ma traduction, le premier chant entier est , le deuxième
à suivre !

Odyssée, Chant III v. 301-330 (ma traduction)

"Nicht Schlafen", collage

« Nicht Schlafen », collage

En ce moment je regarde des séries finlandaises. Elles sont très bien faites et les personnages de femmes y sont fortes et libres, mentalement et physiquement. Cela ne date pas d’hier sans doute, on sait que dans ces terres du nord de l’Europe ont été retrouvées des tombes de guerrières et de cheffes, et je me souviens aussi des puissantes femmes du Kalevala. C’est d’un grand soutien dans ce pays, la France, encore si latin, si peu égalitaire, si raide et empoté dans les relations et les conventions sociales. Ces pays, ces peuples devraient être davantage un exemple pour nous.

Nous en sommes à la troisième et dernière partie de ce discours de Nestor à Télémaque, la voici :
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Tandis que Ménélas, amassant beaucoup de vivres et d’or,
S’élançait avec ses nefs parmi des humains d’autres langues,
Égisthe resté chez lui machinait ses perfidies.
Sept ans durant il régna sur Mycènes riche en or,
Ayant tué l’Atride et soumis le peuple à son joug.
Mais la huitième année, pour son malheur, le divin Oreste,
Revenant d’Athènes, tua l’assassin de son père,
Le fourbe Égisthe, meurtrier de son illustre père.
L’ayant tué, il donna aux Argiens le repas funèbre
Pour son odieuse mère et pour le lâche Égisthe.
Le même jour, revint Ménélas au vaillant cri de guerre,
Chargé d’autant de richesses qu’en pouvaient porter ses nefs.
Et toi, mon ami, n’erre pas plus longtemps loin de chez toi,
Que ces arrogants n’y dévorent pas tous tes biens
En festoyant, rendant ainsi ton voyage inutile.
Pour ma part je te conseille vivement d’aller
Chez Ménélas. Il vient de revenir de l’étranger,
De contrées dont nul parmi les hommes n’espère en son cœur
Revenir, une fois égaré par les tempêtes
Sur une mer si vaste que pas même les oiseaux
Ne la passent dans l’année, tant elle est grande et terrible.
Mais pars donc maintenant avec ta nef et tes compagnons.
Si tu veux y aller à pied, voici un char, des chevaux,
Voici aussi mes fils, qui te serviront de guides
Jusqu’en la divine Sparte où est le blond Ménélas.
Prie-le alors de te parler avec sincérité ;
Il ne te mentira pas, car c’est un homme sensé. »

Ainsi dit-il. Et le soleil plonge, l’obscurité vient.
Parmi eux, Athéna aux yeux de chouette prend la parole :

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le texte grec est ici
dans ma traduction le premier chant entier , le deuxième
à suivre !

Message

J’ai un message à vous transmettre.
Il est arrivé ce matin pour vous dans ma tête :
« Dis-leur que je suis parti voir ailleurs si j’y suis.
Qu’ils se démerdent.
Signé : Dieu »
– Mon Dieu, ai-je dit, je ne peux pas leur dire ça !
– Et pourquoi pas ?
– Ça pourrait tomber dans l’oreille de personnes bonnes, justes, gentilles, qui ont besoin de savoir que tu es avec elles !
– Qui ça, tu ?
– Mais toi, Dieu !
– Ne m’appelle pas Dieu. Alors elles sauront que je suis avec elles.
– Quand même, je ne peux pas dire ça.
– Et pourquoi ?
– Ils ne veulent pas me reconnaître.
– Qu’importe ? Ne te connais-tu pas toi-même ?
– Qu’importe ? Je veux qu’ils se connaissent.
– Alors dis-leur que je suis parti voir ailleurs.
– Je leur tendais le miroir, qu’ils se voient en train d’être incapables de me reconnaître. Qu’ils se connaissent, ainsi.
– Pour quoi faire ?
– Pour qu’ils puissent s’en sortir, sortir de leur prison.
– Mais ne t’emprisonnais-tu pas pour eux, dans ce miroir ?
– Ça importe ?
– Hahahahaha !

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"Moving", acrylique sur toile 61x46 cm

« Moving », acrylique sur toile 61×46 cm

Odyssée, Chant III, v. 153-200 (ma traduction)

"Tetris Egg", acrylique, technique mixte sur bois 56 x 48 cm

« Tetris Egg », acrylique, technique mixte sur bois 56 x 48 cm

Tout en continuant à traduire, je continue à lire aussi les autres traductions en français. En fait celles que je préfère sont celles qui n’essaient pas de rivaliser en poésie avec Homère mais rendent dans une prose ordinaire le sens du texte aussi fidèlement que possible. Pour les traductions à prétention poétique, j’ai déjà dit ce que je pensais de celle de Bérard, toujours aussi désastreuse à mesure que j’avance dans le texte. J’aimais bien celle de Jacottet au début, mais il s’avère d’une part qu’elle manque trop de fidélité au texte source, d’autre part que son style, quoique réellement poétique, est trop différent du style archaïque d’Homère ; celui de Jacottet coule clair et limpide comme une calme rivière dans la verdure, celui d’Homère fait son chemin dans la rocaille, le vent et les vagues. Leconte de Lisle a le mieux rendu ce caractère archaïque de l’épopée homérique. Pour moi, j’essaie de le rendre aussi mais de façon moins spectaculaire, tout en l’écrivant au XXIe siècle, avec la langue d’aujourd’hui. Et j’essaie d’être fidèle au texte grec, autant que possible. Par exemple, dans le passage d’aujourd’hui, nous avons une épithète pour la mer qui signifie « qui a le caractère d’énormes cétacés, de monstres marins ». La plupart traduisent « l’immense mer », ou « le gouffre marin ». Moi je trouve une formule pour dire le mot baleines, car tout de suite c’est un puissant imaginaire universel qui s’éveille, et c’est celui qu’a voulu Homère. Il y a aussi une épithète pour les femmes qui signifie « qui porte une ceinture sur les hanches causant de larges plis au vêtement ». Les uns ou les autres traduisent « les femmes aux larges ceintures » ou bien « à la taille fine » ou encore « aux ceintures dénouées » – autant de sens faux (Jacottet justifie sa « taille fine » en disant en note « voyez les statuettes crétoises », mais ça n’a rien à voir justement, il ne s’agit pas du tout du même habillement ni de la même silhouette). Une autre épithète, pour le vent, signifie « qui produit un son aigu ». Les traductions qui donnent quelque chose comme « tempétueux » ne sont pas assez justes. Il faut se mettre dans la situation décrite par le texte pour comprendre ce dont il s’agit et le rendre, de même que pour la nef que certains disent « ballottée par les flots » ou « en forme de croissant » alors qu’en suivant le sens au plus près on comprend que les rameurs travaillent des deux côtés à faire tourner et repartir le bateau.
Voici la seconde partie du récit de Nestor à Télémaque, parti sur les traces d’Ulysse.
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« Au point du jour nous tirons nos nefs sur la vaste mer,
Y chargeant nos biens et les femmes aux hanches ceinturées.
Cependant la moitié des soldats se tient à distance,
Restant auprès de l’Atride Agamemnon, leur berger.
Nous qui avons embarqué, nous partons ; à toute vitesse
On file : un dieu aplanit la mer aux énormes baleines.
Arrivés à Ténédos, nous offrons des sacrifices
Aux dieux, espérant le retour. Mais Zeus n’en veut pas encore.
Funeste, il suscite à nouveau une mauvaise querelle.
Certains remontent à bord, retournent leur nef en ramant
Des deux côtés. Le sage Ulysse aux ressources variées
Les conduit vers l’Atride Agamemnon, pour l’assister.
Quant à moi, ayant rassemblé les nefs qui me suivent,
Je m’enfuis, pressentant les maux que nous réservent les dieux.
Le martial fils de Tydée fait se lever ses compagnons
Et fuit aussi. Plus tard, le blond Ménélas nous rejoint
À Lesbos où nous délibérons sur notre long voyage :
Passerons-nous au-dessus de la rocailleuse Chios,
La laissant à notre gauche vers l’île de Psyrie,
Ou bien au-dessous de Chios, près de Mimas battue des vents ?
Nous demandons au dieu un signe ; il nous l’envoie,
Nous révélant qu’il nous faut fendre par le milieu la mer
Vers Eubée, afin d’échapper au plus vite au malheur.
Un vent sifflant se lève, soufflant favorablement.
À toute allure on file à travers les routes poissonneuses ;
Dans la nuit on arrive à Géreste. Ayant traversé
La grande mer, on brûle maintes cuisses de taureaux
Pour Poséidon. Le quatrième jour, les compagnons
De Diomède, dompteur de chevaux et fils de Tydée,
Arrêtent en Argos leurs nefs bien proportionnées.
Moi je poursuis vers Pylos, et le vent que le dieu envoya
Ne tombe pas. Ainsi suis-je arrivé, cher fils, sans savoir
Lesquels des Achéens se sont sauvés, et lesquels sont morts.
Mais tout ce que j’ai entendu dire en me reposant
Dans mon palais, il est juste que je t’en fasse part ;
Je n’y manquerai pas. Les Myrmides à la lance furieuse
Sont bien rentrés, dit-on, sous la conduite du glorieux fils
Du magnanime Achille. Bien rentré aussi
Philoctète, le fier fils de Péas. Et Idoménée
A ramené en Crète tous ses compagnons réchappés
De la guerre et de la mer. Pour l’Atride, vous avez su,
Même en habitant loin, son retour, et la triste fin
Qu’Égisthe lui trama – et qu’il paya misérablement.
Comme il est bon qu’un homme laisse un fils après sa mort !
Car celui-ci s’est vengé du meurtrier de son père,
Du fourbe Égisthe qui avait assassiné son glorieux père !
Et toi, ami, beau et grand comme je te vois,
Sois vaillant, que les hommes du futur parlent bien de toi ! »

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le texte grec est ici
ma traduction du premier chant entier , du deuxième chant
à suivre !

Silhouette : mon journal en images

journal en images 1-min
Samedi, en rentrant de courir où, à mon tout petit niveau de débutante, je progresse bien et avec joie.
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journal en images 2-min

Dimanche, j’ai réalisé ces deux collages : « Woman Bridge » et « Trumpet of Time ». J’ai aussi téléchargé une appli pour voir mes progrès à la course. L’appli compte aussi les autres sports, et indique les calories dépensées : 700 entre le yoga et la marche (promenade) ce dimanche.

journal en images 3-min
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journal en images 4-min

Aujourd’hui lundi nous sommes allés à vélo, O et moi, à l’île aux Cygnes, vingt kilomètres aller-retour par les bords de Seine. Profitons du temps quand il est beau et tant qu’on n’est pas confiné. Entre le yoga, la marche et le vélo aujourd’hui, 900 calories dépensées et surtout, un corps et un esprit bien aérés.

journal en images 5-min

à Paris ces jours-ci, photos Alina Reyes

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