Écriture et image

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C’est l’un des thèmes essentiels de ma thèse, Poétique du trait. Pour la penser, j’ai souhaité le faire d’abord avec mes mains. Je travaille sur Internet depuis de nombreuses années, j’ai eu de nombreux blogs, de pages de réseaux sociaux… comme autant d’œuvres éphémères, de work in progress en ligne, un travail apparenté dans mon esprit à celui du Street Art, que je photographie beaucoup, assistant au fil du temps à ses transformations sur les murs de la ville et à ses transformations de la ville. J’ai un ordinateur depuis la fin des années 80, j’ai écrit par ce moyen les milliers et les milliers de pages de mes livres, de mes articles et de bien d’autres textes. Et là, pour ma thèse, pour des raisons notamment intellectuelles, poétiques et politiques, j’ai eu envie de revenir à l’écriture manuscrite, que je n’ai d’ailleurs jamais abandonnée, à la pratiquer délibérément, tout en la mélangeant avec des tapuscrits et des imprimés, et à la joindre au trait, aux traits formés par moi-même avec des stylos, des feutres, des crayons, des pinceaux, sur les pages écrites ou non, et aux images, par collages ou récupération dans un but à la fois documentaire et poétique.

Je dois en être à une centaine de pages d’écriture ornées – comme on dit grottes ornées pour les grottes préhistoriques, toutes proportions gardées. J’en ai rephotographié quelques-unes ce matin, telles qu’elles sont dans leur classeur, lui-même posé pour l’occasion sur l’une de mes peintures sur bois. De temps en temps, j’ai masqué un peu le texte. Mais il ne s’agit pas du texte définitif de la thèse, il s’agit, toujours, du work in progress : parallèlement, la thèse s’écrit et s’ordonne sur un ordinateur, nourrie de ce témoin qu’est l’œuvre manuscrite.

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© Alina Reyes

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Le grand Miyazaki dessine une petite chenille

Ayant pris six fois sa retraite, et avant de redevenir papillon, Hayao Miyazaki, après Le vent se lève,  met au monde une petite chenille pour encore un long-métrage. C’est émouvant de le voir dessiner (et on reconnaîtra la musique de Totoro). Je crée une catégorie Work in progress pour l’y mettre, ainsi que Judy Watson Napangardi, Billy Childish, Bilal Berreni et d’autres, si je les retrouve ou à mesure que je les retrouverai, que j’ai mis ici en train de travailler.

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Les lignes et les couleurs époustouflantes de Judy Watson Napangardi

JUDY WATSON NAPANGARDI-min

 

Voici une présentation de cette grande artiste, puis des vidéos dans lesquelles on la voit peindre.

« Judy est née dans le milieu des années 1930 à Yanungkanji et morte en 2016. Judy montre une vigueur exceptionnelle pour une femme aborigène de son âge et de son gabarit (elle est petite et menue comme Minnie Pwerle). Les motifs, très probablement inspirés par le site sacré de Mina Mina sont particulièrement dynamiques et très riches en couleurs, marque des artistes de Yuendumu. Au Temps du Rêve, des Bâtons à Fouir (kuturu) ont émergé de la terre à Mina Mina et Kimayi.

Les Femmes vont s’en saisir pour leur voyage vers l’Est. Durant leur périple elles réalisèrent des cérémonies, chantant et dansant et créèrent des sites sacrés comme Janyinki. » Source et suite

« Il est dit que dans le temps du rêve, deux créatures ancestrales émergèrent du sol. Ces créatures plutôt femmes, avaient noms Napangadi et Napanangka. Autour d’elles la terre était sans relief, sans lumière et sans vie. Elle désirèrent alors ardemment que le monde prenne vie et se se mirent à le chanter, et par leur puissance mentale peut-on dire, l’eau parut sous forme des lacs Mina Mina.

Elles en furent joyeuses et se mirent à danser entre les points d’eau en formant deux lignes sinueuses qui s’entrecroisaient. Alors un végétal apparut : la liane Ngalyipi. (mot qui signifie « petit serpent »). Elles s’en firent des ceintures et continuèrent à danser. Alors surgirent les fruits et les racines qu’elles collectèrent avant de poursuivre leur route. »  Source et suite

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Bilal Berreni

Chaîne de l’évolution (Zoo Project) from Antoine Page on Vimeo.

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Bilal Berreni est mort en juillet dernier à Detroit, tué d’une balle dans la tête, à l’âge de vingt-trois ans. Le corps du street artiste, connu sous le nom de Zoo Project, a été identifié il y a seulement quelques jours. L’article de Métro donne des liens pour mieux le connaître. J’ai envoyé ce mot à ses proches et à ses amis :

L’œuvre de Bilal Berreni est puissante, elle me va droit au cœur. Sa démarche est impressionnante aussi. Je ne le connaissais pas, mais je tenais à le dire à ses proches et à ses amis. C’est un grand artiste, je me sens proche de lui et je suis triste qu’il soit mort. Mais tout vivant, il était déjà passé du côté de la vie éternelle, cela se voit en le regardant travailler.

Je vous invite à contempler ce film si vous avez 14 minutes, ou quand vous les aurez. Tout y est beau : le cadre, le geste, le résultat.

ajout du 22 décembre 2014 : voir aussi l’hommage de ses amis restaurant cette oeuvre  : ici