Le parfait amour

du RER, de nuit

Depuis lundi, la rentrée, la grande joie.

Heures de cours, heures de bonheur.

Ça devient vraiment génial. Et ce n’est qu’un début.

Avec mes élèves je file le parfait amour. Je pèse mes mots.

L’amour socratique, l’agapé, sans une ombre au tableau.

Mes élèves ont du génie.

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du RER, de jour

du RER, de jour

du RER, de nuit

du RER, de nuit

rer nuit

Aujourd’hui à l’aller et au retour du lycée, photos Alina Reyes

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Reproduction interdite

René Magritte, "La Reproduction interdite"

du rerphotos Alina Reyes

la défense vue du rer

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Le soir, de retour du lycée, ma joie est trop grande pour que je puisse lire. Je rêve à la fenêtre du RER, aujourd’hui je l’ai laissée entrouverte et j’ai passé mon petit appareil photo à travers. Encore une journée pleine de choses très fortes. C’est de la vie intense, intense. Comme j’aime.

Après avoir invité mes élèves ces derniers temps à réfléchir, en lien avec les textes étudiés, sur ceci :

Charles Allan Gilbert, "All Is Vanity"

Charles Allan Gilbert, « All Is Vanity »

et ceci :

Édouard Manet, "Un bar aux Folies Bergère"

Édouard Manet, « Un bar aux Folies Bergère »

je leur ai donné à méditer cette autre composition, cet autre miroir :

Diego Velasquez, "Les Ménines"

Diego Velasquez, « Les Ménines »

et puis, en même temps que la fin de l’énigmatique roman de Poe représenté dans l’image, Aventures d’Arthur Gordon Pym :

René Magritte, "La Reproduction interdite"

René Magritte, « La Reproduction interdite »

et je leur ai montré ce film inspiré de ce tableau, qui a contribué à leur inspirer beaucoup de remarques profondes :

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Septième jour de cours : du roulis, et puis ça roule

paris vu du bus,

Il faisait très chaud dans la salle où nous avions deux heures de cours, c’était l’après-midi du dernier jour de la semaine, nous avons eu un problème technique pour passer une vidéo (sur les Ménines)… beaucoup de conditions pour que la classe de seconde, déjà portée sur le bavardage, soit vite surexcitée – et elle l’a été. Mais tant pis, après tout le bazar fait partie de la littérature, caverne d’Ali Baba, auberge espagnole. Et ce qui a été dit a été dit, et perçu malgré tout. Je sais que ce que je leur demande de comprendre n’est pas facile, c’est sans doute aussi pour cela qu’ils s’agitent. Et le bateau tangue, mais le vent est dans les voiles, ça avance. Ensuite ce fut l’atelier d’écriture, en deux fois une heure avec la classe de première en deux groupes. Là tout n’est que luxe, calme et volupté. Comme dit le poète. Ce qui s’y passe, que ce soit avec cette classe ou avec la classe de seconde, est extrêmement fort, tendu, et dans cette tension de la littérature en train de sortir de son creuset, autant les forces profondes sont puissantes et bouleversées, autant le déroulement de l’action est apaisé, de façon presque extatique, et cathartique. Je suis exténuée à l’heure où j’écris ces mots, après cette journée, je n’ai pas la force de dire vraiment ce qu’il en est, et puis je n’en ai peut-être pas envie non plus, c’est tellement intime. Ce qui se passe là, quand cela se passe, de nous à nous, circulant par l’esprit et la voix de l’un à l’autre. C’est là que la littérature, la littérature vraie, vivante, réelle, vient avoir lieu, jaillir, brute, active.

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paris vu du bus 1

paris vu du bus 2

paris vu du bus 3du bus pour rejoindre le RER ce matin à Paris, photos Alina Reyes

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Jour sans cours mais au lycée

réfléchir

réfléchir

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Je n’ai pas de cours le jeudi, mais j’étais quand même au lycée ce matin à 8 heures, pour assister au cours de ma collègue et tutrice (j’irai voir aussi d’autres collègues expérimentés, c’est infiniment plus instructif que les cours administrés à l’Espé). Puis j’ai passé le reste de la journée, jusqu’à 17 heures (ajouter deux heures de transport à l’aller et deux autres au retour, mais l’être humain s’habitue à tout, du moins à tout ce qui relève de son choix délibéré) (merveilleuse souplesse), le reste de la journée donc, à préparer différentes choses, imprimer, faire des polycopiés de ce que j’ai prévu pour mes prochains cours… et corriger les 70 copies de leur devoir en classe du cours précédent. Long travail, mais je voulais absolument vérifier s’ils avaient bien assimilé ce qui avait été dit depuis trois semaines que je leur fais cours, et qui consiste essentiellement à comprendre le rapport entre l’extérieur et l’intérieur d’un texte ou d’une œuvre d’art – toute la réflexion que nous avons menée sur les sens propre et figuré de, justement, « réfléchir » et « se figurer », à partir de textes que nous avons analysés. Le contrôle consistait donc, avec des différences dans le mode de questionnement entre les 1ère et les 2nde, à réfléchir sur un autre texte, que nous n’avions pas encore lu, et sur deux images que nous n’avions pas commentées non plus, pour voir s’ils avaient acquis la capacité d’appliquer le discernement appris sur d’autres supports. Eh bien quasiment tous, à des degrés divers, ont réussi à articuler cette réflexion. J’en suis heureuse, car elle est à mon sens capitale, et nous allons continuer à travailler dans ce sens.

« réfléchir », photo Alina Reyes

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Sixième jour de cours : une journée adorable

L'étoile du matin, vue ce matin du RER
L'étoile du matin, vue ce matin du RER

L’étoile du matin, vue ce matin du RER

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Une journée au lycée tout entière adorable, avec un ou deux ou trois moments tout spécialement adorables. Celui où cette élève qui a tant de difficulté à écrire, celle qui redoutait le plus cet exercice « atelier d’écriture » au début, a bondi de joie en voyant le sujet du jour, s’y est jetée avec enthousiasme, puis a manifesté vivement sa hâte de lire la première le texte qu’elle avait écrit (alors qu’à la première séance elle m’avait suppliée de ne pas lire). Et puis cet autre élève en difficulté, qui fait toujours le réfractaire, qui après ses deux heures de cours de l’après-midi avec moi (où il clamait au début n’avoir absolument pas le temps de venir, sinon quand irait-il faire ses activités sportives ?), et qui vient me voir après le cours en prétendant qu’il ne savait pas s’il avait encore cours avec moi, s’il devait rester pour le prochain cours avec l’autre groupe – alors qu’il savait parfaitement qu’il venait de faire son atelier d’écriture avec son groupe, le premier, et qu’il avait donc fini sa journée, comme chaque semaine.

Le matin quand j’ai donné les questions du devoir en classe aux Première, nouvelle révolte des élèves, qui se sont récriés que ce n’était pas comme ça, qui se sont mis à m’instruire sur la façon dont je devais leur faire des contrôles, sur les normes que je devais respecter, et à répéter qu’ils ne comprenaient rien à ce que je demandais, etc. Complètement formatés tout au long de leur scolarité, ils se sentent comme devant un abîme dès qu’on les conduit sur d’autres modes de pensée. Bien entendu ils ont quand même fini par faire le travail, et près de deux heures après, quand ils m’ont rendu les copies, je leur ai expliqué pourquoi je les faisais travailler ainsi : imaginez, leur ai-je dit, un prof de sport qui vous ferait faire sans cesse le même et unique exercice, par exemple soulever cinquante kilos avec le bras droit, et rien d’autre. De quoi auriez-vous l’air, au bout de quelque temps ? Eh bien c’est pareil avec le cerveau. Les exercices qu’il faut savoir faire pour le bac nous nous y entraînerons, mais il faut d’abord assouplir l’intelligence. Bon, tout s’est bien fini, ils se sont inscrits pour préparer des exposés sans problème. Je les adore tous, et c’est comme si chacune de mes classes était, dans son ensemble, un Rimbaud, que j’anime. Faisant ces cours, je fais de la littérature vivante, extraordinairement vivante.

 

Un chantier, vu ce soir du RER

Un chantier, vu ce soir du RER

photos Alina Reyes

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Techno Parade 2017, Paris, en 30 photos

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J’ai entendu arriver de loin la Techno Parade alors j’ai traversé la Seine, je l’ai rejointe et je l’ai photographiée. J’aime la danse, la musique, l’énergie, la couleur, la fête. Un garçon m’a demandé un câlin, on l’a fait, d’autres m’ont demandé de les photographier, un autre est venu parler avec moi, puis un peu plus tard est revenu me dire au revoir.

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techno parade 2017 29les camions les moins drôles sont à la fin

techno parade 2017 30sur le passage, restent des musiciens

et sur la Seine, le ciel est bien beau

cielcet après-midi à Paris, photos Alina Reyes

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À la splendeur abandonnée

Les athlètes de C215, photo Alina Reyes

Ce matin à 5 heures, retour à ma thèse laissée de côté depuis la fin août pour cause d’entrée dans le métier de prof. Tout m’est bonheur. Tout est littérature, tout est poésie, à qui est en soi poésie. Splendeur de ma thèse pleine de littérature, et elle-même littérature. L’univers chante comme l’oiseau que j’entends à l’instant.

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Les athlètes de C215, photo Alina Reyes

Les athlètes de C215, photo Alina Reyes

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Quatrième jour de cours : profonde satisfaction

ce matin en Y allant, photo Alina Reyes
ce matin en Y allant, photo Alina Reyes

ce matin en Y allant, photo Alina Reyes

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Quand je suis dans le train de retour, le soir, je ne peux pas lire, toute à ma rêverie, mon bonheur, ma joie. Ce que j’ai vécu avec mes élèves me transporte, je regarde défiler la banlieue avec amour, puisque c’est là qu’ils habitent. J’ai à améliorer quelques points techniques dans mes cours mais ce n’est rien, l’essentiel est là. Je sais que ma méthode est bonne, même avec ses défauts techniques (ne pas assez donner de consignes pour la tenue du classeur par exemple – mais justement je ne voulais en donner qu’un minimum, je veux développer leur autonomie, de même que pour la discipline – cela m’est reproché alors je vais composer avec ça, alors que je serais arrivée à un bon résultat en prenant juste un peu plus de temps – forcément, la liberté prend un peu plus de temps à s’apprendre que les règles). Je sais que la méthode de l’Éducation Nationale, malgré tous ses trucs pédagogiques, n’est pas bonne, parce qu’elle perd en route le vrai esprit de la littérature, l’esprit de la liberté, de l’intelligence autonome, de l’imagination (elle croit développer tout ça mais ce n’est qu’une caricature de tout cela qu’elle inculque). Les études le prouvent, les élèves ne lisent quasiment rien d’autre que les lectures obligatoires (qu’ils lisent à moitié), et une fois partis de l’école ne lisent plus, et même ne se souviennent plus de rien de ce qu’ils ont appris en cours de lettres. Je ne sais pas si les miens liront, mais ce que je sais c’est qu’ils n’oublieront pas ce que nous faisons ensemble et qu’ils n’ont jamais fait. Je sais que cela ouvre des portes dans leur tête, que cela leur donne accès à des choses, à une personne en eux qu’ils n’imaginaient pas. Et ce n’est qu’un début.

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Athlète de la foi

à Paris ce matin en allant prendre le bus (puis le RER), photo Alina Reyes
à Paris ce matin en allant prendre le bus (puis le RER), photo Alina Reyes

à Paris ce matin en allant prendre le bus (puis le RER) pour la fac de Gennevilliers, photo Alina Reyes

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Nouvelle journée à l’Espé, il y a eu du mieux. Le matin un cours sur la lecture, les façons de susciter la lecture chez les élèves, où j’ai eu enfin le plaisir de voir une vidéo où l’enseignante faisait réfléchir une classe de première L au sens d’un texte. Il semble que ce soit peu habituel, puisque la professeure nous a demandé si nous trouvions cela monstrueux (alors qu’il ne s’y disait vraiment rien d’extraordinaire), et nous a « appris » que c’était une bonne chose de ne pas se limiter à leur faire repérer les genres, les registres etc. d’un texte.  Elle a demandé si nous pensions que ça pouvait marcher, et je me suis permis de témoigner en trois mots que je l’avais fait avec mes seconde et mes première et que ça avait très bien marché, que la classe chaque fois avait bien participé. L’après-midi une discussion entre néoprofs sur ce que nous avions commencé à faire les uns et les autres, sur ce que nous comptions faire, sur ce que nous pensions bon de faire etc., c’était bien intéressant. Et voilà, oui je suis toute vibrante pour ce travail, dans ce désir d’enseigner, et c’est la joie.

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