Odyssée, Chant I, v.144-157 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

Joueur de cithare sur un vase grec. Encyclopedia Britannica (wikimedia)

Joueur de cithare sur un vase grec. Encyclopedia Britannica (wikimedia)

Je progresse à la course, c’est très euphorisant. J’alterne toujours les temps de course et les temps de marche, mais je tiens la course sur des distances de plus en plus longues. Pas très longues car je pars de loin, n’ayant pas couru depuis le lycée, mais je commence à dépasser les 400 mètres d’un coup, à un bon rythme et sans m’épuiser (je n’ai pas de cardiomètre, j’ai 64 ans, je préfère y aller prudemment). Puis je marche d’un bon pas puis je recommence à courir quelques centaines de mètres, etc., pendant 30 à 35 minutes une à deux fois par semaine. C’est un début ! Au retour je fais une petite séance de yoga supplémentaire, d’étirements contre les courbatures. Je me rappelle que lorsque j’ai commencé à faire du yoga quotidiennement, l’été dernier, les séances me paraissaient fatigantes et il y avait des postures que j’avais du mal à tenir, alors qu’aujourd’hui je fais très aisément les mêmes séances et les mêmes postures. Je me dis que je devrais progresser de la même manière pour la course, et j’espère aussi pour cet exercice et pour cette course de fond que va être ma traduction de l’Odyssée. Voici les vers du jour, exposant le contexte dans lequel nous suivrons ensuite le dialogue entre Télémaque et Athéna. (À la fin du passage, les autres traductions disent que Télémaque se penche vers la tête de la déesse mais ce n’est pas ce que dit le texte, et pour cause : comme nous l’avons vu hier, il lui a donné un siège élevé, et s’est assis près d’elle sur une banquette inclinée, plus bas qu’elle donc – je vérifie les mots un par un, c’est l’avantage de ne pas avoir trop l’habitude de la langue source, cela pousse à des découvertes ou des précisions ; cela m’est arrivé plusieurs fois, pour ce texte ou pour d’autres que j’ai précédemment traduits d’autres langues).
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Puis entrent les arrogants prétendants, s’asseyant
À mesure sur les sièges hauts ou inclinés.
Des hérauts leur répandent de l’eau sur les mains,
Des servantes entassent près d’eux des corbeilles de pain,
Des jeunes gens élèvent des cratères de boisson.
Alors ils mettent la main sur les mets, servis tout prêts.
Après avoir bu et mangé, les prétendants ont
Grand désir dans le cœur de s’occuper à autre chose :
Au chant et à la danse, le surcroît d’un repas.
Un héraut place donc une superbe cithare
Entre les mains de Phémios, qui doit chanter de force
Auprès des prétendants. Il joue et tire de sa lyre
Un beau chant. Et Télémaque, s’approchant de sa tête
Pour qu’on ne l’entende pas, dit à Athéna :

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le texte grec est ici
à suivre !

Mise en page et running

Ce matin au retour de mon running

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Je continue à travailler à la préparation du livre papier Une chasse spirituelle, en complément de l’ebook. Quand il sera prêt, j’enverrai l’info à la presse, et on verra bien s’ils traitent un livre autoédité comme un livre publié par un éditeur établi. Que chacun fasse son travail honnêtement, sans calculs ni manœuvres, et tout ira bien. S’ils ne veulent pas le faire, tant pis. J’ai vu ou revu plusieurs films de Clint Eastwood ces jours derniers, c’est intéressant de retrouver le monde tel qu’il va mal, en effet, dans ses fictions. J’ai apprécié tout particulièrement la fin de l’un d’eux, où Clint Eastwood dit au cinglé qui se croit indispensable face à lui en incarnant le mal : « je n’ai pas besoin de toi ». Non, la vie n’a pas besoin d’actes retors, elle a juste besoin de s’en débarrasser quand ils prétendent la régenter.

Deuxième running ce matin. Quel bonheur. J’y vais doucement bien sûr, n’ayant quasiment pas couru depuis le lycée, ce qui fait un bail. J’ai lu les conseils, j’alterne course et marche, et cette fois j’avais préparé une playlist sur mon téléphone, la musique aide bien. J’espère retrouver au moins en partie les bonnes dispositions que j’avais pour le 400 mètres au collège. Quoi qu’il en soit ça fait du bien et c’est bon aussi pour me préparer au voyage à vélo que nous projetons, O et moi (je ne pourrai jamais suivre son rythme de très bon vététiste de montagne alors je louerai un vélo électrique, qui apporte une assistance dans les côtes tout en nécessitant quand même des efforts). En rentrant j’ai fait une petite séance de yoga après running, des étirements pour éviter les courbatures. La vie est belle.
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Ce matin au retour de mon running

Ce matin au retour de mon running


à Paris, photos Alina Reyes

De la littérature, du sport

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"Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous" Franz Kafka. Un café dans mon quartier, photo Alina Reyes

« Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » Franz Kafka. Un café dans mon quartier, photo Alina Reyes

Il y a un problème avec la littérature. Un jour, l’un de mes éditeurs m’a dit, en parlant d’un autre éditeur et de ses amis – si l’on peut parler d’amitié dans ce milieu : « tu ne sais pas de quoi les libertins sont capables ». Il avait raison : non, je ne le savais pas. Comment se fait-il que je ne le savais pas, alors que j’avais lu tant de livres, y compris de libertins ? Eh bien, c’est que la littérature fonctionne comme une religion à l’envers : on n’y croit pas. Le lecteur non-criminel ne croit pas que le mal décrit dans la littérature puisse être commis dans la réalité par des amateurs de littérature, ni a fortiori par des écrivains. La littérature tenant du sacré, on imagine que ses pratiquants sont, sinon saints, du moins sages, magnanimes et serviteurs de la vérité. C’est le constat que fait à peu près Vanessa Springora dans Le consentement. Elle était jeune adolescente à l’époque où elle a été confrontée à une réalité toute contraire, mais ce genre d’enfer peut s’ouvrir sous vos pieds à tout âge. Certaines personnes vont sans doute tomber de haut en apprenant, grâce à une enquête du New York Times (et pas des journaux français), que Christophe Girard, l’un des « amis » et soutiens de Matzneff, est maintenant accusé lui aussi, documents à l’appui, d’avoir abusé d’un adolescent. Ouvrons les yeux : la littérature est pour tout un tas de gens l’alibi de leur vie criminelle. C’est pourquoi la littérature est en si mauvais état aujourd’hui dans notre pays : à force d’être utilisée comme façade, une façade maquillée mais faite de pourriture, elle s’écroule, et les maisons qui l’ont abritée vont tomber aussi.

Pour ma part, tout en continuant à lire j’en suis à « l’autre tigre », comme dit Borges, celui qui n’est pas dans les livres. Après avoir marché quinze jours sac au dos, ce matin j’ai enfilé ma tenue de yoga, je suis sortie et je me suis mise à courir. La prochaine fois que nous voyagerons, O et moi avons décidé de le faire à vélo.