Multiplication des pains, façon « inconnus »

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Après avoir l’autre jour recommencé à multiplier les Post It dans la ville, j’ai commencé aujourd’hui à y multiplier mes livres. Tout cela dans un mouvement général de multiplication des « pains », en ligne aussi : mes articles parus ces jours derniers sur de multiples sites, où les textes peuvent rencontrer des lecteurs de multiples horizons : Agoravox ; Bellaciao ; Médiapart ; Lundi matin ; aujourd’hui Paris Luttes Info… Ce n’est pas fini, et pour ce qui est des distributions de pains dans la ville, ce n’est qu’un début, j’ai d’autres idées.

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Mon premier pain de livre distribué. Je me suis assise sur un des rares bancs libres au jardin des Plantes, j’y ai déposé ce livre composé de deux nouvelles, j’ai fait la photo, j’ai attendu un peu. Une famille de quatre musulmanes est arrivée, les fillettes sont allées jouer, les deux femmes, dont l’une voilée, se sont assises. Au bout de quelques instants, je me suis levée, je suis partie, laissant le livre. L’une des femmes m’a appelée : – Madame, c’est à vous, ce livre ? – Non, ai-je dit. – Ah très bien, alors je vais le lire, a-t-elle dit toute contente en le prenant.

J’ai poursuivi mon chemin, ravie de ce premier coup.

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Derrière cette fenêtre ouverte par ce temps printanier, des personnes travaillaient dans un bureau. J’ai déposé sur le rebord cette nouvelle bien plus chaude que le climat et la météo, et j’ai continué mon chemin, quelqu’un s’en emparera bien.

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Je suis entrée derrière un restaurant où se trouvaient des poubelles et aussi des vélos des employés. Tout près, à côté des fleurs, j’ai déposé ce petit roman.

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Puis je suis retournée au jardin travailler à merveille, assise dans l’herbe, bras nus.

À suivre !

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« Toute la mémoire du monde » et tout le bonheur des humains : bibliothèques

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Le bonheur est dans la bibliothèque, cours-y vite, cours-y vite !

Pour commencer cette note de vidéos sur quelques bibliothèques, ce court-métrage si littéraire, voire surréaliste, d’Alain Resnais sur la BNF : Toute la mémoire du monde, qui date de 1956 (il me plaît que ce soit l’année de ma naissance), tourné juste après Nuit et brouillard. J’ai travaillé vers 1989 dans cette bibliothèque, sur le site Richelieu, avant la construction de la nouvelle BnF. J’y allais avec mon chéri, j’y ai écrit une bonne partie de mon deuxième roman, Lucie au long cours. La caméra du cinéaste se promène dans les artères de la bête comme une pensée dans un cerveau ou dans un livre. Les humains y apparaissent petits, éphémères, et au service de l’écrit, bien plus vaste et durable qu’eux : et cette humilité est toute leur grandeur.

D’autres films d’Alain Resnais sur ce blog, dont le magnifique Les statues meurent aussi : ici

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Et voici la merveilleuse aussi bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France, jouxtant l’Académie française, où j’allai travailler quelques années plus tard, toujours avec mon chéri, alors que nous avions maintenant deux tout-petits que nous déposions le matin à la crèche en chemin. Nous nous installions à une table près d’une fenêtre, afin de pouvoir rêver tour à tour en contemplant la Seine et en regardant les allées et venues d’un bibliothécaire dans les galeries supérieures.

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Umberto Eco se déplaçant dans sa bibliothèque personnelle. Je rêve d’avoir tous mes livres avec moi, mais j’en ai perdu beaucoup, notamment quelques belles éditions qui ont été mangées par les souris à la montagne quand je n’y étais plus. Un jour, sans doute, j’aurai de nouveau de l’espace et j’y reconstruirai un palais de livres…

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En Colombie et en Turquie, des éboueurs ont bâti des bibliothèques avec des livres récupérés dans les poubelles et en font profiter la population. Dans plusieurs pays dont en France, on trouve des micro-bibliothèques publiques dans les jardins ou autres lieux de la ville, où chacun peut déposer et prendre des livres librement. Tout est possible en matière de transmission de livres. Ici il s’agit aussi de transmission de langue, puisque les bibliothèques accueillent des migrants de toutes parts pour les aider à apprendre le français.

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Jacques Duclos raconte sa bibliothèque. J’ai beaucoup entendu parler de lui dans mon enfance, mon père l’aimait beaucoup, et ma foi c’était un homme de valeur (et originaire de mes montagnes, qui sont aussi celles de ma grand-mère paternelle, qui m’a transmis je crois quelque chose de ce pays) :

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Pour terminer, cette extraordinaire bibliothèque en Chine – non pas l’immense qui vient d’ouvrir, avec son architecture tape-à-l’œil et ses rayonnages remplis de faux livres, mais une bibliothèque aux murs de brindilles frémissantes dans la forêt, où l’on entre en franchissant une passerelle.

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Des photos de quelques-unes des bibliothèques dans lesquelles je travaille ces dernières années : ici

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Révolution permanente. La ville en jaune

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Aujourd’hui des photos de jaune dans la ville, de la musique, et les paroles d’une chanson de Moustaki que je classe dans la catégorie « Poètes du feu de Dieu ». Il a été de ceux qui ont enchanté mon adolescence – je n’imaginais pas alors que quelques années plus tard, il me lirait, mais c’est ce qui se produisit. Ainsi la révolution permanente des Gilets jaunes donnera-t-elle aussi ses fruits. Déjà nous pouvons contempler et humer ses fleurs, la prise de conscience, le réveil qu’elle a introduits dans un pays sous anesthésie, paralysé par les communicants tueurs de pensée depuis des années, processus achevé par l’entièrement faux et sot Macron et son entièrement faux et débile gouvernement.

J’ai repris mon action poélitique #PostIt, avec des post-it jaunes cette fois. Je fais toutes les nuits des rêves fantastiques. Jamais je ne me suis sentie mieux de ma vie.

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jaune 16-minHier à Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

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Sans la nommer

Je voudrais, sans la nommer
Vous parler d’elle
Comme d’une bien-aimée
D’une infidèle
Une fille bien vivante
Qui se réveille
A des lendemains qui chantent
Sous le soleil
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne,
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
 
Je voudrais, sans la nommer
Lui rendre hommage
Jolie fleur du mois de mai
Ou fruit sauvage
Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui traîne en liberté
Ou bon lui semble
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne,
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
Je voudrais, sans la nommer
Vous parler d’elle
Bien-aimée ou mal aimée
Elle est fidèle
Et si vous voulez
Que je vous la présente
On l’appelle
RÉVOLUTION PERMANENTE
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
Georges Moustaki

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Art du jardin partagé et Art Brut politique

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art du jardin partagé 3-min*

C’est toujours un bonheur de se promener dans les jardins partagés, d’y contempler la végétation et les petites œuvres d’art bricolées par les jardinières et jardiniers pour en faire des lieux doucement festifs. Le mouvement des Gilets jaunes me fait penser à l’Art Brut. Rappelons la définition qu’en donnait son concepteur, Jean Dubuffet, en 1949 :

 

art du jardin partagé 8-min

 

« Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquelles donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écritures, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe».

 

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Sachant que l’humain a la politique en partage avec les grands primates – signe que la politique ne nécessite pas, pour être conduite, d’intelligences supérieures – il est rafraîchissant et bienfaisant d’assister à des manifestations politiques réinventées, qui apportent de l’art dans cette discipline sinon simiesque, trop simiesque.

 

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art du jardin partagé 9-minAujourd’hui au jardin partagé du square René Le Gall, à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Le temps de méditer et de créer

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balade 2-minOù est le lecteur ?

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balade 3-minOù sont les promeneurs ?

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balade 4-minOù sont les oiseaux ?

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balade 5-minOù est le bateau ivre ? (L’homme aux semelles devant, sculpture de Jean-Robert Ipoustéguy en hommage à Rimbaud, dit par Verlaine « l’homme aux semelles de vent » )

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balade 7-minOù sont les gens ?

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balade 9-minPourquoi pêchent-ils la ferraille avec un aimant ?

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balade 11-minOù allons-nous ?

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balade 10-minOù joue la lumière ?

Hier à Paris, photos Alina Reyes

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Jung raconte qu’il a pris conscience de lui à l’âge de onze ans. Moi, je l’ai raconté aussi, ce fut à l’âge de deux ans, dans la lumière, vêtue d’un maillot de bains jaune.

Après cette belle balade en amoureux, j’ai fait cette nuit des rêves excellents, auxquels je veux obéir.

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Gilets jaunes, acte 8

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D’abord hommage et respect à Christophe Dettinger, dit le Gitan de Massy, champion de boxe qui s’est illustré vaillamment et en grand style sur la passerelle Léopold Sedar Senghor (du nom d’un très grand poète) face à la machine des forces de l’ordre qui ne cessent de mutiler et violenter. J’ai trouvé ce commentaire parfait sur un compte twitter intitulé Macron démission à propos de cet homme : « Je le connais, il fait partie de mon club de poésie ». C’était avant que son identité soit connue, et bien sûr c’était de l’humour. Mais je reprends la phrase à mon compte et au sérieux. Oui, c’est ce que j’appelle un poète, et son acte, de la poésie.

 

Et parce que les Gilets jaunes savent être vivants et joyeux, se rassemblant dans le désir de justice, de vérité, de dignité, de fraternité, faisant passer au second plan leurs diverses opinions (tout en veillant, souhaitons-le, à ne pas se laisser récupérer par des idéologues et religieux de toutes sortes), hommage à eux aussi :

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Vallée de Barèges

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Dans la série « Habiter poétiquement : des lieux en photos », voici celles que j’ai faites ces jours derniers dans la vallée de Barèges. Par un Noël sans neige mais doux et radieux (alors que plus bas, Lourdes est restée sous une chape nuageuse de plomb), ce fut l’occasion de faire de magnifiques balades en famille – il va falloir s’y habituer, et les stations devraient s’y faire, au lieu d’investir dans de dévastateurs et coûteux équipements pour maintenir les domaines skiables : il n’y a pas que le ski dans la vie, et la montagne fait toujours un bien fou.

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barèges 2-minFace à la grange, les crêtes à isards et les couloirs d’avalanche

barèges 1-min*

barèges 2-min-1Du plateau du Lienz, la vallée de la Glère, un départ pour l’ascension du pic du Néouvielle

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barèges 1-min-1La Piquette. Tout change tout le temps à la montagne, tout en ayant l’air immobile. Selon les lumières, les heures, les saisons… et aussi selon la perspective. Le même massif, vu d’un autre côté le lendemain :

barèges 12-minLe triangle pierreux à gauche de la photo est celui de la photo précédente, mais cette fois la perspective ne cache pas la crête saupoudrée de neige qui le surmonte à l’arrière.

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barèges 4-minLe gave qui a dévasté la vallée en 2013 coule maintenant dans son lit élargi.

barèges 5-minUn tag dans un recoin en haut du village de Barèges

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barèges 3-min-1Apparaît au-dessus des toits le splendide massif de l’Ardiden

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barèges 9-minEncore la Piquette, à l’arrière-plan, et devant à gauche la forêt de la Laquette

barèges 10-minDe nouveau l’Ardiden

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bois et os ; et lux perpetua luceat eis

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barèges 14-minLe pic de l’Ayré avec sa forêt (« ma » forêt)

barèges 15-minMontagnes à estives et pics altiers, les Pyrénées encaissées et sauvages

barèges 16-minDerrière la crête, le pic du Midi avec son observatoire et son antenne

barèges 17-minLe village de Sers ; à l’arrière-plan celui de Betpouey. La route et le gave descendent vers Luz

barèges 18-minLa lumière dessine

barèges 19-minLe ciel et la montagne s’épousent

barèges 20-minRetour de balade, à Barèges la nuit tombe

barèges 3-minet à la grange, c’est toujours Noël

ces 25, 26 et 27 décembre 2018, photos Alina Reyes

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Danser. Sur les cendres et sur l’herbe verte

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Le terroriste de Strasbourg a été abattu par les forces de l’ordre. Tous les scénarios possibles de son acte devaient aboutir à cette conclusion, tôt ou tard.

Le ministre de l’Éducation nationale veut interdire aux enseignants de critiquer l’Éducation nationale sur les réseaux sociaux. Prochaine étape : le Premier ministre voudra interdire aux citoyens de critiquer le gouvernement. Tout va très bien, madame la marquise.

La seule façon de soutenir ceux qui luttent contre le monde inique c’est d’être soi-même en lutte, réellement, par toute sa vie, tout son corps, pas seulement en discours et autres divertissements (au sens pascalien) militants.

Je suis retournée danser avec un appétit féroce, cet après-midi, après le cours de danse de mardi et avant le cours de yoga de demain. Le corps exulte, il le faut ! pour la paix de l’esprit.

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paris 13e 10-mincet après-midi à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Pas un jour sans danser

détail d'une de mes anciennes peintures
Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

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Effet du hasard ou d’une communication des âmes ? Sans nous être concertées, nous sommes arrivées toutes les trois vêtues de rose vif et de noir pour le cours de danse. La prof nous a fait répéter la chorégraphie en nous tenant les unes les autres par l’épaule, afin que nous dansions vraiment ensemble, que nous sentions physiquement les vibrations et les mouvements d’un corps à l’autre, que nous les accordions ainsi plus finement, avant de danser à la fois individuellement et ensemble. Avec nos morphologies différentes, nos peaux de couleurs différentes, nos âges différents, nos personnalités différentes, nous avons été, chacune et ensemble, heureuses.

Il faut savoir danser seul·e pour pouvoir danser ensemble, et réciproquement. L’une des plus belles inventions des Gilets Jaunes est cette façon de faire mouvement ensemble, en réunissant différentes sensibilités sans pour autant se ranger rigidement derrière une idéologie directrice. Jusqu’ici, ils ont réussi cette chose difficile sans se laisser défaire par les tensions qu’une telle composition génère, et cette réussite est ce qui stupéfie le plus les classes représentantes et garantes de l’ordre social institué, de plus en plus raide à mesure qu’il vieillit. Cette souplesse du mouvement, qui évoluera, s’effacera peut-être mais pour réapparaître plus forte, est un signe de jeunesse à venir pour notre monde.

En face, du côté de l’ennemi (ce n’est pas le peuple qui en fait son ennemi mais lui qui se prouve chaque jour ennemi du peuple), rigidité des genoux et vieilles ficelles machiavéliques. Un attentat tombant à point pour alimenter les « théories du complot », cela prouve seulement que le peuple ne peut avoir confiance en un président et un pouvoir utilisant obscènement au 20 h à la télé le drame des migrants et la question pourrie de l’identité nationale pour détourner des exigences de justice sociale, des exigences de justice. La justice demande la justesse, et pour trouver la justesse, il faut apprendre à danser.

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détail d'une de mes anciennes peintures

détail d’une de mes anciennes peintures

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Voir aussi le mot-clé Danse

et notamment ces vidéos de marches et danses

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Kundalini yoga et batiks d’Akiko Iwasaki

ong namo
Akiko Iwasaki, "Notion d'inexistence du temps"  (avec mon reflet en train de le photographier)

Akiko Iwasaki, « Notion d’inexistence du temps » (avec mon reflet en train de le photographier)

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Comme coussin de yoga, j’ai pris mon livre Voyage, épais avec ses mille pages, et je l’ai enveloppé d’un chèche, retenu autour du livre par un lacet de chaussure. J’aime bien savoir que je médite et pratique des exercices assise sur mon travail, sur toutes ces pages entièrement dédiées à la spiritualité, entourées d’un foulard de nomade du désert. Au jour où, pour les chrétiens, le Christ a été crucifié, au jour et à l’heure où les musulmans, à la mosquée toute proche, se rassemblent pour la grande prière, je pratique avec d’autres femmes et hommes, dans une salle de danse, le kundalini yoga, qui exerce l’esprit à travers le corps et donne paix, joie et vision de la vérité.

Les catholiques m’ont très maltraitée, par sexisme, puritanisme, autoritarisme et imbécilité. Après avoir voulu les aider, je les ai quittés, les voyant décidément irrécupérables. Les musulmans m’ont laissée tranquille, du fait qu’ils n’ont quasiment pas de clergé. La spiritualité islamique me convient parfaitement, et la grande prière où nous étions tous et toutes réunies dans le jardin intérieur de la Grande mosquée constituait un moment absolument splendide. Malheureusement le recteur a décidé de mettre les femmes à part en leur assignant une salle à l’entresol ; ne pouvant accepter ça, j’ai cessé d’aller prier à la mosquée. Au même moment, donc, dans notre salle de danse toute proche, guidée par la professeure, nous récitons le mantra Ong Namo Guru Dev Namo, c’est-à-dire : « Je m’incline face à la l’énergie première et créatrice, je m’incline face à la sagesse subtile et divine » ou : « Je m’incline devant la subtile sagesse divine, le divin enseignant intérieur ». Nous enchaînons les postures et les exercices, les chants, les récitations, les souffles, les méditations (tête voilée parfois), et pour finir nous récitons le mantra Sat Nâm, qui signifie « Je vois, je suis (être), la vérité », puis nous nous inclinons comme dans la prière islamique et nous nous redressons avec le sourire.

Akiko Iwasaki, une artiste qui organise des stages de batik, exposait les siens jusqu’à hier dans un couloir du même bâtiment. Leurs titres à eux seuls constituent des poèmes, et, associés à leur dessin, un beau support de méditation, de rêverie, de réflexion :

"Examen de la double fente, Mécanique quantique"

« Examen de la double fente, Mécanique quantique »

"La gravité"

« La gravité »

"Le jardin du temple au pavillon d'argent"

« Le jardin du temple au pavillon d’argent »

"Printemps"

« Printemps »

"Sukhumvit soi"

« Sukhumvit soi »

"Sutra du cœur"

« Sutra du cœur »

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Au grandes femmes, les peuples reconnaissants. Journal du jour

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quilt (patchwork 2*

En sortant de la salle de la mairie du 5e où j’avais visité l’admirable et émouvante exposition « L’Amérique comme patchwork. Les États-Unis au fil de leur kilt », voyant en face, au fronton du Panthéon, la fameuse inscription « Au grands hommes, la patrie reconnaissante », je l’ai trouvée très datée, malodorante et périmée. Je suis la première à admirer les grands hommes, mais j’admire encore plus les grandes femmes, car elles ont dû, pour accomplir leur œuvre, fournir en plus l’énorme combat que nécessite le dépassement de l’hostilité de la société envers les femmes. La société est hostile aux génies (sauf, au bout d’un moment, plus ou moins longtemps après leur mort), et doublement aux génies féminins, et triplement aux génies féminins issus du peuple ou racisés. Les femmes ont évidemment autant de génie que les hommes, mais il leur est beaucoup plus difficile de le réaliser, à cause du combat qu’elles doivent mener contre les multiples et puissants obstacles sans cesse placés sur leur chemin.

Dans la journée d’hier, j’ai découvert plusieurs grandes femmes. D’abord donc, avec cette exposition, les humbles faiseuses de patchwork américaines (là-bas on appelle ça des quilts), qui dans leur art du quotidien ont parfois atteint des sommets de beauté, tout en luttant politiquement : elles se réunissaient entre femmes pour coudre collectivement certains patchworks, en profitaient pour discuter, et parfois utilisaient leur travail pour défendre des causes comme celles des femmes ou des Afro-américains (les photos suivent). Puis, en repartant, devant mon ancien immeuble, rue Saint-Jacques, un portrait de la résistante Berty Albrecht. Et une fois rentrée, dans la lettre de la bibliothèque Buffon, la musicienne et chanteuse zimbabwéenne Stella Chiweshe (les vidéos suivent).

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street art sethhier à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Je comprends Léonard de Vinci et Franz Kafka, qui n’ont pas publié de leur vivant. Grâce à quoi ils n’ont pas eu à se plier aux exigences du marché, ils ont pu construire leur œuvre en toute liberté, en lui laissant l’apparent désordre nécessaire, qui est l’ordre de la vie. De toutes façons quand vous faites une œuvre puissante elle n’est jamais comprise de vos contemporains. La compréhension vient peu à peu, avec le temps.

J’ai rêvé que des gens s’attaquaient lâchement, à plusieurs, à O. Je poussais un cri, courais pour le défendre, tout en sachant qu’ils me frapperaient aussi. Je suis sortie délibérément de ce cauchemar malheureusement inspiré par la réalité, je me suis levée, j’ai repris mon collage de la nuit afin de le terminer pour un cadeau que je dois faire aujourd’hui, jour de fête à la maison.

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Et voici la musique, avec Stella Chiweshe et son mbira, « piano à pouces » dont elle continue de jouer à 72 ans, régal des tympans :

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