Débâcle au sommet

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Les orages ont fait quelques dégâts au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Les orages ont fait quelques dégâts au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Le préfet de police de Paris a menti sous serment devant l’Assemblée nationale.

Le président de l’Assemblée nationale veut faire interdire un roman.

Le secrétaire général de l’Élysée, « n° 2 de l’Élysée, bras droit du président de la République », fait l’objet de deux plaintes auprès du PNF (parquet national financier) pour « prise illégale d’intérêt », « trafic d’influence » et « corruption passive ».

Le président de la République, loin de son nervi jouant désormais les gros bras auprès d’une autre star de la téléréalité dans un autre royaume pourri, est retranché dans un fort (avec piscine ponctionnée aux contribuables).

Le vieux monde tourne à la farce, signe de son épuisement.

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Début de la fin

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ces jours-ci à Paris 13e, photo Alina Reyes

ces jours-ci à Paris 13e, photo Alina Reyes

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Chaleur. Changement climatique. Quand vient un épisode de fin du monde, que ce soit à l’échelle de la planète ou dans notre vie personnelle, si la sagesse, l’intelligence, le cœur, l’invention, le courage, ne guident pas notre adaptation, la folie et la mort s’emparent sans retour de ce qui est.

L’Union européenne active ce matin la « loi de blocage » contre les sanctions américaines en Iran, afin que les entreprises basées en Europe ne se conforment pas au diktat de Trump. Espérons qu’elles auront le courage et la sagesse de cesser d’obéir aux États-Unis, camp avancé de la folie destructrice en cours.

Patrimoine français. La mission de Stéphane Bern fait flop. Cette façon qu’a Macron de s’entourer de médiocres en tous genres en dit long, malheureusement, et ne peut rien apporter de bon. Nous avons besoin de mobiliser toutes les excellences.

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Macron et en même temps Benalla. Macron vs la République, et toujours le mensonge

Screenshot_2018-07-27 Pour Benalla, C'est exactement le même geste que j’ai fait à Macron quand il a pris un œuf - YouTube

4-8-2018

Ajoutons le coffre-fort subtilisé, le passeport diplomatique et l’immunité qui va avec… Macron et Benalla étant en vacances, il fallait bien punir quelqu’un de tant de forfaitures accumulées. C’est fait : Booba et Kaaris sont en prison. Ils sont artistes, noirs de peau, des remplaçants idéaux pour l’institution judiciaire qui n’ose juger les représentants de la banque et de la violence d’État.

2-8-2018

En fait il apparaît de plus en plus que Benalla se conduisait et continue à se conduire en chef de tout un tas d’actions souterraines illégales. Et que Macron, entre autres, se laissait manipuler par lui. Ce n’est pas si étonnant. Tant de gens, y compris parmi ceux qui paraissent forts, se laissent manipuler crapuleusement.

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Aux dernières nouvelles : En Marche et l’Elysée version milices, ça se confirme. Macron se prend pour un Dalton. Note retrouvée prouvant que Benalla préparait bien une réorganisation de la sécurité. Armes non déclarées retrouvées au siège de LREM ; et après le coffre-fort et les armes subtilisées par Benalla à son domicile, sa clé USB cachée, pour faire chanter l’Élysée ?

Par ailleurs,  contredisant l’Elysée sur le rôle de Benalla, dans leurs procès-verbaux d’audition consultés par « Le Monde », les trois policiers mis en examen dans l’affaire évoquent des liens directs entre le chef de l’Etat et son ex-collaborateur.  

Pour voir ou revoir les auditions des commissions d’enquête de l’Assemblée et du Sénat : Taranis News

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31-7-2018 On apprend ce soir que Benalla a utilisé deux fois son badge pour entrer à l’Assemblée, les 16 et 17 mai, pendant sa période de suspension (du 4 au 19). Son avocat avait affirmé que ses tickets de carte bleue attestaient qu’il était en Bretagne pendant toute cette période. Le monde du mensonge sans fin.

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Manipulation des réseaux sociaux. Il y a eu l’affaire de la vidéo illégalement mise en ligne par des comptes LREM. Et ce matin, une suspicion du côté de Twitter, qui a bloqué cette nuit un grand nombre de comptes qui dénonçaient l’affaire Macron-Benalla.

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LIVE : COMMISSION D’ENQUÊTE PARLEMENTAIRE SUR L’AFFAIRE BENALLA (SÉNAT) : https://youtu.be/ldocX9c8GgE

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La commission d’enquête parlementaire du Sénat continue ce mardi. Pour mémoire : en vidéo, le best-of de la semaine passée 30-7-2018 Sur cette vidéo de Taranis News, on voit Benalla avec la police le 1er mai, au coin du jardin des Plantes et du McDo.

Voici aussi la nouvelle vidéo, publiée par France Info et Médiapart, qui après une première vidéo publiée par Libé l’autre jour, confirme que Benalla et Crase se sont livrés à d’autres violences le 1er mai, avant la Contrescarpe. Notamment contre un couple qui, du fait des violences, quittait la manif par le Jardin des Plantes. Ils ont alors croisé ceux qu’ils ont pris pour des flics et qui, parce que la jeune femme apeurée filmait, se sont mis à les molester, ont plaqué le jeune homme face contre terre, ont effacé le film sur le portable de la jeune femme. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur les chefs d’accusation de violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique, d’usurpation de signes réservés à l’autorité publique, d’immixtion dans l’exercice d’une fonction publique, d’atteinte arbitraire à la liberté individuelle, de dégradation volontaire d’un bien en l’espèce d’une vidéo et d’introduction frauduleuse dans un système de traitement de données personnelles. D’autres ont-ils été victimes du sadisme de Benalla lors de cette manif, ou d’autres manifestations où il s’est trouvé aussi (le 17 avril par exemple) ? Cette nouvelle vidéo montre au passage que Benalla a éhontément menti sur son rôle lors de ce 1er mai au JDD qui lui a complaisamment servi la soupe. Macron protège (et arme jusqu’aux dents, voir ci-dessous après les vidéos) un type qui se fait plaisir en violentant ses concitoyens.

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Le colonel Lionel Lavergne qui dirige le GSPR a comme les autres esquivé les questions, mais les sénateurs font un très bon travail en mettant en évidence patiemment les contradictions dans les déclarations qui lui sont faites. Je viens d’entendre le colonel dire que l’arme que Benalla possédait était d’après les déclarations de ce dernier un Glock 43, une arme différente de celles du GSPR. Or je lis maintenant dans Le Point que Benalla est allé remettre ses armes à la justice, comme il y était obligé : des Glock 17, 26 et 19 – les deux premiers étant utilisés par le GSPR, le dernier par les gendarmes, les trois par le GIGN. Benalla possédait aussi un fusil à pompe. Et, selon le Point, encore une autre arme qu’il n’a pas encore remise, une arme en dotation – alors que le colonel Lavergne vient d’affirmer qu’il n’avait pas d’arme en dotation. Résumons : Benalla était lourdement armé (d’après le colonel, personne d’autre que les gens du service de sécurité n’a d’arme à l’Élysée ; or Benalla, officiellement, n’appartient pas au service de sécurité) ; il avait accès au secret défense ; il avait accès à l’Assemblée ; il avait sa propre voiture de police sophistiquée ; il avait une autorisation pour diriger un service de sécurité privé ; il avait aussi une habilitation à transporter des fonds ; il était surprotégé par l’Élysée, au point que des membres des forces de l’ordre ont témoigné qu’ils n’osaient pas lui désobéir, quoiqu’il n’eût pas à leur donner d’ordres. Voilà de quoi s’acheminer avec Macron vers un joli putsch sur la République.

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Taranis News retransmet la Commission d’Enquête Parlementaire sur l’affaire Alexandre Benalla au Sénat, en direct, REPRISE : https://youtu.be/JvIG-8C7m8k

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29-7-2018 Benalla : « mon père a essayé de m’enlever trois fois ». Un peu comme font les méchants Français avec Macron (« qu’ils viennent me chercher »). Ces deux-là en ont, des malheurs en commun ! on comprend qu’ils aient envie de jouer les bons papas l’un de l’autre – tout en se victimisant éhontément, et même en se donnant des airs de martyrs, quand ils sont coupables.

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Excellent (ne pas oublier que Benalla a été jugé en 2016, après qu’une femme, « probablement membre de sa famille », l’avait accusé en 2015 de « violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) supérieure à 8 jours – il a finalement été relaxé « sans que les motifs du jugement en explicitent les raisons ») :

  * « Les mille et une tâches d’Alexandre Benalla à l’Élysée », titre Le Point. Autant que les nuits de Shéérazade. Voici tous les médias courant après la brute orientale. Une fascination pour une inquiétante et familière étrangeté qui ne date pas d’hier et qui se perpétue  à l’encontre de personnages aussi bien à la Nabilla qu’au Benalla, donc, en passant par son aboutissement d’épouvante, le tueur terroriste. Qu’importe qu’il mente comme un arracheur de dents – et comme tous les autres politiques autour de lui. On finira peut-être par comprendre quel attrait il a pu exercer sur le petit blanc Macron, le « seul responsable » qu’on finit par oublier – il ne fait pas le poids de sex-appeal pour colons à côté de son jeune protégé grassouillet à la lèvre bien ourlée.

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28-7-2018

Haha. Benalla a eu un badge H pour pour pouvoir entrer à l’Assemblée nationale seulement parce qu’il voulait profiter de la salle de sport, raconte-t-il. Or il se trouve que les salles de sport de l’Élysée où il travaillait sont bien meilleures, celle de Matignon aussi, celle de l’Assemblée étant la pire de toutes, explique cet article. Qu’il ait eu besoin de mentir pour justifier ce badge dit assez que Macron, qu’il protège, le lui a fait avoir pour un tout autre usage, pas du tout démocratique.

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Benalla impliqué dans une autre arrestation violente de manifestants quittant paisiblement la manif nassée et gazée par le Jardin des Plantes, révèle Libé. Par ailleurs, plusieurs photos sur lesquelles un barbu de la même corpulence que Benalla apparaît derrière le couple Macron lors de son long week-end du 12 mai à Brégançon et à Porquerolles, jettent un sérieux doute : il serait bon de vérifier si Benalla était bel et bien avec eux en ces jours où il était censé être mis à pied et parti en Bretagne. La République de Macron est donc une France où n’importe quelle barbouze protégée et privilégiée par le président a le droit de violenter les Français. Quelle que soit la suite donnée à cette affaire, il restera que Macron, aux yeux des Français comme à ceux des étrangers, a définitivement salement sali, défiguré, ridiculisé sa présidence.

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27-7-2018 Sur Twitter

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* Screenshot_2018-07-27 Pour Benalla, C'est exactement le même geste que j’ai fait à Macron quand il a pris un œuf - YouTubeBenalla protégeant Macron après un jet d’œuf au Salon de l’Agriculture   Le fait d’évoquer ce moment hier dans Le Monde n’était-il pas pour Benalla une façon de transmettre un message comme : je te protège encore, je ne parlerai pas, ce que je dirai ne te fera pas de mal ?

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26-7-2018 « Notre commission est entravée par la volonté d’un homme : Emmanuel Macron et par ses relais à l’Assemblée nationale aux ordres de l’Élysée » Ce qui se passe est la continuation de ce qui était en train de se passer, ce dont l’affaire Benalla est le symptôme : une tentative de court-circuiter la République et ses instances démocratiques. « L’État est pris en otage par un clan, dirigé par Emmanuel Macron, (qui) donne des ordres pour essayer d’étouffer la vérité », dit aussi Guillaume Larrivé, qui ajoute : « Depuis plus d’un an, s’est installé progressivement un système, que j’appelle l’État-Macron, qui veut museler les libertés des Français et museler les institutions. Et ce qui se joue aujourd’hui à l’Assemblée est vraiment très grave. La tentative de verrouillage de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale est un scandale. »

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25-7-2018 J’ai deux questions à poser.
Premièrement : comment se fait-il que depuis quelques jours, chaque fois que j’actualise cette note, instantanément Google Analytics m’annonce que quelqu’un situé à Antony est en train de la lire, juste actualisée donc ?
Deuxièmement : comment se fait-il que Macron, qui se complaît à s’appeler « chef », soit pour commencer si peu maître de ses pulsions politico-sexuelles morbides qui lui ont fait former l’affaire Benalla ? * Dégoûtée par la réaction faux-cul et plaintive de Macron (« trahi », « qu’ils viennent me chercher »), je ne voulais même plus parler de cette affaire qui s’avère chaque jour plus grave, pourrie de mensonges et d’atteintes à la démocratie et à la République. Benalla après avoir « trahi » donc, a été prétendument mis à pied quinze jours… tout en continuant à percevoir son salaire complet, dont l’Élysée refuse de dire le montant. Je ne vais pas reprendre toutes les nouvelles de cette affaire digne d’un régime fasciste, tant dans les faits que dans l’esprit. Ce qui m’a décidée à reprendre cette note, c’est la lecture d’un article de L’Obs racontant les autres violences policières de ce jour-là : le comportement de voyous de la police s’avère ahurissant. Cela ne fait qu’empirer depuis ces dernières années, il faut savoir que n’importe qui (pas seulement les « casseurs », qui servent à justifier la violence en retour de la police) passant près d’une manifestation ou manifestant pacifiquement peut être l’objet de brutalités démesurées de la police. Quand les citoyens ont des raisons d’avoir peur de la police, ça va mal. Quand ils ont des raisons d’avoir peur d’une police parallèle, sans foi ni loi, irresponsable, protégée par le chef de l’État, comme l’illustre Benalla et ses sbires, le pire est là. LREM criminelle de freiner les auditions des responsables et du premier d’entre eux, comme il le dit avec grandiloquence, comme si c’était la gloire du « chef », comme il s’appelle lui-même  : Macron.

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24-7-2018

Ce soir je vois que BHL et Macron, chacun à leur façon guignolesque, sortent les violons. Pitoyable. Nous assistons en direct à la manifestation de bassesse de privilégiés, les uns prêts à tout accepter du pouvoir pourvu qu’ils restent privilégiés, les autres prêts à tricher encore et se déshonorer jusqu’au tréfonds pour garder le pouvoir. Observons, c’est une bonne façon de mieux comprendre l’Histoire. * « Dans le bus des Bleus, par exemple, c’est sorti dans la presse, il était très agité ». Très agité ? Drogué ? Benalla imposé par passe-droit de l’Élysée : « Il était plus une nuisance qu’autre chose », dit Rocco Contento, secrétaire départemental Paris du syndicat de police Unité SGP Police FO.  Interview. Par ailleurs Benalla avait fait entrer plusieurs barbouzes à l’Elysée, qui gênaient aussi le travail des professionnels (et comment faire confiance à ces gens ?)

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Pour mémoire ce matin : ce n’est pas un, mais deux appartements qui avaient été octroyés à Benalla quai Branly (avec 180 000 euros payés par les contribuables pour les relier en un vaste duplex de 200 m2) ; et le port d’armes qui lui a été délivré par le préfet sur demande de l’Élysée après plusieurs refus des ministères, l’a été de manière illégale – et des témoignages révèlent qu’au moins plusieurs mois avant d’obtenir par passe-droit ce permis, il portait déjà une arme. Chaque jour apporte son lot de révélations sur les privilèges invraisemblables accordés à ce personnage par le président de la République. Certains internautes suggèrent (comme me semble-t-il un dessin de Plantu) que la raison de cette folie est qu’il avait les moyens de faire chanter Macron ; d’autres, plus souvent, voient en lui un amant couvert de cadeaux par Macron. Il n’est pas impossible d’envisager les deux raisons « en même temps ». L’une ou l’autre, ou les deux à la fois, constituent une atteinte gravissime à la République. * Les deux personnes agressées par Benalla à la Contrescarpe étaient en fait un couple de presque trentenaires présents sur la place, et qui, dégoûtés de voir la police charger des gens pacifiques, ont lancé deux objets (une carafe et peut-être un verre pris sur une table du café) en direction des CRS. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est ce que chacun sait s’il a participé à des manifestations, ou s’il y a assisté : la police a très souvent ce genre de comportement qui consiste à  charger un rassemblement pacifique. Comme si elle cherchait à provoquer les violences. Inévitablement, certaines personnes répliquent à l’agression, et c’est l’escalade. Les violences policières blessent gravement et tuent. Exciter la violence dans les manifestations est une façon d’affaiblir ou de réduire à néant la contestation. Une tactique politique indigne, qui s’est si bien installée dans notre pays que l’agression du couple à la Contrescarpe, bien que filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, n’a provoqué nulle réaction des médias le 1er mai. Car oui, c’est vrai, on y est habitué, la police fait parfois bien pire. Et la police, en étant ainsi instrumentalisée, participe à réduire la démocratie. Qu’un Benalla qui n’en fait même pas partie puisse impunément se comporter comme elle et même prétende la gouverner, voilà ce qui nous menait tout droit à la fascisation du régime, avec un président et son brutal protégé s’octroyant des pouvoirs démesurés. Il était vraiment temps que les contre-pouvoirs réagissent, il est vraiment temps qu’ils aillent jusqu’au bout de leur action.

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23-7-2018 colonne macronAprès l’audition du ministre de l’Intérieur et du préfet de Paris, qui tous deux renvoient les responsabilités vers l’Élysée, les députés d’opposition demandent l’audition d’Emmanuel Macron. On avance. Puisque c’est bien du fait de l’Élysée, et plus précisément par Macron, qu’ont été non seulement autorisés mais ordonnés, au mépris des règles et des institutions, tous les dysfonctionnements qui ont donné à Benalla toutes ses prérogatives indues, y compris apprend-on maintenant, une habilitation « secret défense ». * On se moque de Gérard Collomb parce qu’il affirme que jusqu’ici il ne connaissait pas l’omniprésent Benalla. Mais le pauvre homme, qui vient d’une ville très pieuse, veut peut-être juste dire par là qu’il ne le connaît pas bibliquement, lui.   C’est drôle comme en France on ne cesse de se vanter d’être des gens libérés sexuellement, alors qu’on est tétanisé, comme dirait Libé, face à la dimension sexuelle de cette affaire : aucun média, aucun responsable n’ose poser ouvertement la question de la nature de la relation avec Macron qui a valu à Benalla tant de protection et de cadeaux. Des allusions dans les images, c’est tout ce qu’on ose.  En parler, c’est tabou. Tant que la vérité ne sera pas cherchée tout entière, personne ne sera satisfait. Outre la pensée politique pourrie de Macron, il y a une raison, une source à cette affaire. Il faut aller au bout. * Cette grosse colonne veinée en Une de Libération aujourd’hui évoque si subtilement une bite en érection, n’est-il pas ? Mais après le coït, l’hypocrite est plus que triste. * On n’entend pas les lécheurs qui parlaient d’un « roman français » à propos des amours de Macron, faisant allusion au goût de jeunes hommes pour des femmes plus âgées dans L’Éducation sentimentale de Flaubert ou dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, rectifier leurs références. Pourquoi pas Éden Éden Éden de Guyotat, par exemple ? La conseillère « littéraire » de Macron, l’écrivante Leïla Slimani, formée à prix d’or dans les ateliers d’écriture de Gallimard, devenu industriel en casseroles, si elle avait un peu lu pourrait conseiller ce texte pour sa valeur politique, ou encore ceux d’Hervé Guibert pour leur valeur sociale – enfin, les références moins usées et moins fausses que celles du dix-neuvième siècle, quoique malheureusement toujours valables pour tout un monde bourgeois, ne manquent pas pour éclairer l’affaire Macron. Macron est cramé, la seule bonne nouvelle dans cette situation déplorable est que les contre-pouvoirs fonctionnent encore dans notre pays. Jusqu’à quel point ? C’est ce que nous verrons.

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22-7-2018

On apprend que Benalla pilotait un projet de services secrets pour l’Élysée. Macron lui avait donné les moyens d’écouter toutes les communications du GSPR, et il était question de lui donner, pour ces services spéciaux, la salle qui avant que Macron ne la ferme, ne voulant plus de journalistes au palais, avait été la salle de presse de l’Elysée. Difficile de faire symbole plus éclatant de la confiscation de l’information, du pouvoir, de la démocratie. * L’examen de la révision constitutionnelle suspendu jusqu’à nouvel ordre. Cette affaire devrait faire réfléchir d’autant plus avant de donner ses chances à une constitution qui renforcerait les pouvoirs du président de la République. Népotisme, abus en tous genres, la porte ouverte à un régime dictatorial où des barbouzes pourraient se voir propulsés aux plus hautes fonctions, court-circuitant les institutions. C’est exactement ce que Macron était en train de faire. Les aventuriers de son genre sont dangereux en politique. Il est salutaire que la presse se réveille, étonnant qu’elle ait accepté si longtemps tant de signaux de communication alarmants, tels Jupiter ou Versailles (y compris, Macron le dit, le Versailles de Thiers), symboles d’arriviste et de parvenu grisé par le pouvoir au point de perdre tout discernement et de se croire tout permis, comme si notre pays n’était pas une démocratie de longue date. * Actualisations du 21-7-2018 Je reposte ce tweet, sans commentaire :


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Nouvelle révélation qui a provoqué une suspension de séance à l’Assemblée : Benalla avait un badge d’accès du plus haut niveau à l’Assemblée nationale, où normalement il n’a rien à faire. Le droit et la démocratie sont constamment bafoués dans cette affaire de fous.

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Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l'agriculture le 24 mars 2018. — WITT/SIPA Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l’agriculture le 24 mars 2018. — WITT/SIPA

Ce que les médias ne disent pas en paroles, ils le disent en images. Alors qu’on ne pouvait quasiment pas voir une image d’Emmanuel Macron sans Brigitte Macron, maintenant, avec Emmanuel Macron, c’est Alexandre Benalla qu’on voit, partout, tout le temps, (jusqu’à ces tout derniers jours, lors du 14 juillet mais aussi lors d’une sortie à Giverny, quoique l’Élysée ait menti en prétendant que Benalla ne sortait plus du palais). En fait il était là mais on ne le voyait pas parce que Brigitte Macron faisait écran. Maintenant les médias montrent que l’affaire Benalla est en fait l’affaire Macron. Que le responsable direct et très impliqué est Macron. Puis, par certaines images de regards humides ou comme celle-ci, sur 20 minutes ce matin, où apparaît la deuxième alliance de Macron, son alliance de la main droite (son fameux « en même temps »), que le problème prend sa source dans la relation étroite, trop étroite, entre les deux hommes. Trop étroite au sens où elle confère au garde du corps des privilèges complètement exorbitants et antidémocratiques. Que François Mitterrand ait logé Anne et Mazarine Pingeot aux frais du contribuable là où Macron a maintenant logé Benalla suggère un parallèle en forme de vieux secret des familles bien moisi. Mais Mme Pingeot, autant qu’on sache, ne disposait pas en plus d’un salaire de 10 000 euros par mois, d’une voiture de police suréquipée, d’armes, d’avancements inouïs dans la hiérarchie, etc., et ne se permettait pas de tabasser les journalistes ou les jeunes dans la rue. Macron devrait partir.
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J’actualise cette note chaque fois que je trouve un témoignage qui vaut d’être connu.

Le jeune homme à terre reçoit des coups de pied dans le ventre, se fait écraser la main
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« il lui met un coup de poing dans la nuque »
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Comme si c’était d’hier, je me souviens du soir du 1er mai où S., rentrant de répétition, m’a montré, écœuré et en colère, la vidéo qu’il venait de découvrir sur fb du tabassage place de la Contrescarpe. Lui-même, pacifique, depuis le lycée a été plus d’une fois violenté sans mesure par des flics pour être intervenu alors qu’ils violentaient une jeune femme. Cela lui est arrivé avant-hier encore. Cela m’a beaucoup peinée.

Il faut juste ARRÊTER ça. Il est grave que la police tabasse les jeunes, les gens. Il est gravissime que des gens qui ne sont pas de la police, comme Benalla, le privilégié façon république bananière, puissent violenter impunément les citoyens, journalistes, manifestants ou autres. Macron affiche sa loi du fric, par laquelle on se permet tout, on violente la démocratie. Cette affaire est malheureusement aussi significative que celle du vieux prêtre qui gifla un bébé qu’il devait baptiser.

La République me rappelle l’église catholique, ses abus, ses violences sur les gens, sur les jeunes en particulier, et son incapacité à les admettre, à voir leur gravité et à en sortir. Mais à force d’abus, que reste-t-il de l’église catholique ? Peut-être Macron et Benalla abusent-ils parce qu’ils ont été eux aussi abusés, d’une façon ou d’une autre. Quoi qu’il en soit, ce n’est évidemment pas une raison. Il faut arrêter le cercle vicieux, mortel. Le Monde et les médias qui couvrent l’affaire font œuvre salutaire pour la République et pour la démocratie.

 

Emmanuel Macron le jour de sa profession de foi (il a été élève dans une institution jésuite)

 Emmanuel Macron le jour de sa profession de foi (il a été élève dans une institution jésuite)

Qu’est-ce que rien ? Déterminations de l’être

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Comme le pronom indéfini on, qui peut être pronom personnel lorsqu’il est employé à la place de nous, rien est à l’origine un nom : on vient du latin homo, « homme » (en ancien français hom, om ou on, tantôt nom et tantôt pronom), rien vient du latin rem, accusatif de res, « chose, être, affaire, fait » (« chose publique » dans république, faut-il le rappeler à M. Macron qui dans son nihilisme existentialiste – l’être ne serait pas donné, il faudrait y accéder en s’accrochant de toutes ses longues dents à la société – déclarait le 29 juin dernier qu’il y a « des gens qui ont réussi et des gens qui ne sont rien » – qui, donc, ne feraient partie ni de l’humain ni de la république). C’est avec des « ils ne sont rien » qu’on (pronom indéfini) remplit les camps de la mort. Parménide a bien spécifié que ce qui est, est ; et que ce qui n’est pas, n’est pas. Dire « des gens qui ne sont rien », c’est-à-dire « des gens qui ne sont être », « des gens qui sont néant », c’est tout simplement une faute de logique. On ne peut être non-être, on ne peut être néant (du latin populaire negens), littéralement non-gens : on ne peut être à la fois gens et non-gens. Nihilisme et confusion, nuit et brouillard.

Rien peut être un nom (un rien, des riens). Le plus souvent, il est employé comme pronom indéfini (rien ne va plus). Quelle est sa nature dans la négation ? Selon les grammairiens, pronom indéfini ou adverbe. Essayons d’y voir plus clair.

Si nous transformons en affirmative la proposition négative ce n’est rien, nous obtenons c’est quelque chose. Pour il n’est rien : il est quelqu’un. Que rien puisse être remplacé par des pronoms indéfinis indique qu’il est également pronom indéfini dans une telle configuration.

Mais quelque chose et quelqu’un sont-ils toujours de simples pronoms indéfinis quand nous disons c’est quelque chose ou il est quelqu’un ? Ne peuvent-ils avoir une valeur adverbiale, être adverbes comme lorsque, par antiphrase, rien est employé à la place de l’adverbe rudement (« C’est rien bath ici » Queneau) ? Un pronom représente ou remplace un nom. Que fait un adverbe ? Il modifie, précise, détermine le sens du verbe ou du mot (l’adjectif bath dans l’exemple précédent) auquel il s’ajoute. Si nous pouvons remplacer ces pronoms indéfinis par d’importance ou par sans importance, groupes nominaux à valeur adverbiale, (« cela n’est rien » : « cela est sans importance »), ou par les adverbes beaucoup ou peu, n’est pas parce qu’ici ils modifient le verbe, deviennent adverbes ? Avec rien, être ne prend-il pas le sens de compter pour (« n’être rien » : « compter pour rien ») ? N’être rien, dans la philosophie de l’être et du néant où l’être n’est que s’il se fabrique et s’il compte, c’est en fait n’avoir rien, socialement parlant, n’avoir pas de costard pour vous maquiller le manque d’être. Nu, le roi n’est plus roi, mais seulement ce qu’il est : un on, un homme déterminé par la société, dont l’être est mangé par l’indéfini.

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Macron le petit (note régulièrement actualisée)

mur cimetiere

mur cimetiere

 

21 mai 2017. Œdipe roi, peste dans la cité

20 mai 2017. Nouvelles révélations sur les intentions de Macron, Nyssen, Blanquer, Alvarez… et signes d’un néofascisme masqué

19 mai 2017. J’actualise cette chronique avec ce billet sur la compromission de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, avec la secte anthroposophique  et la dérive politique qu’elle contribue à révéler.

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18 mai 2017. Je paraphrase le titre du fameux pamphlet de Victor Hugo pour récapituler ici mes réflexions de ces derniers jours sur l’arrivée au pouvoir de M. Macron, porté par les médias de notre pays en si mauvaise position dans le classement international sur la liberté de la presse, notamment parce que les grands médias sont détenus chez nous par une poignée de milliardaires qui s’en servent d’instrument publicitaire pour imposer la politique de leur choix – ou du moins tenter de le faire, car les Français restent des citoyens aguerris qui ne se laisseront peut-être pas faire si facilement.

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Le nouveau président de la République française incita les jeunes Français à rêver de devenir milliardaires. C’est là le sens vulgaire de l’expression « vouloir réaliser ses rêves ». Même si bien souvent heureusement, les rêves en question sont moins bas, vulgaires, insignifiants et dévalorisants que celui qui était exprimé là. On peut rêver à de grandes et belles choses, comme d’acquérir un bel et bon métier et de le faire avec soin, de fonder une famille libre et heureuse, de faire des voyages pleins de rencontres et de sens, etc. Et ces rêves peuvent être réalisés. Ou bien, parce que la vie a son mot à dire, parce que l’humain n’en est pas le maître absolu, elle peut nous embarquer dans une autre direction.

C’est alors qu’il faut prendre de la distance avec l’expression « réaliser ses rêves ». Apprendre à ne pas la prendre au pied de la lettre. Car la vraie façon de réaliser ses rêves, la façon profonde, qui met en accord avec soi-même, avec l’humanité et avec tout le vivant, tout le cosmos, c’est d’aller souplement dans la vie, avec assez de grâce et de philosophie pour réaliser comme malgré soi ses rêves non triviaux, les rêves semblables à ceux que nous faisons la nuit, que nous nous en souvenions ou que nous les oubliions. Ceux-là, les rêves profonds, rêves de la nuit ou rêves du jour qui font et poursuivent leur vie comme sans nous, déterminent non l’existence, la couche superficielle de l’être, celle qui est appelée à mourir, mais l’être pur, qui se joue de la temporalité et nous porte à l’accomplissement intime, à l’union avec l’universel. À condition bien sûr de ne pas se laisser polluer, mener et dominer par des rêves triviaux et vulgaires, qu’ils viennent de nous-même ou de quelque fausse autorité.

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Le placebo est réputé pouvoir guérir des maux sans gravité. Mais avant cela, il a désigné au Moyen Âge l’office catholique des morts, du fait de la traduction en latin du psaume 116, dédié au culte des morts, par saint Jérôme : où le texte hébreu dit « je marche », il a traduit, allez savoir pourquoi, « je plairai ».

En désignant les pleureuses et pleureurs qui devaient faire le show lors des offices des morts, il en vint à désigner la faux-culterie. Religieuse et aussi sociale, de ceux qui faisaient en sorte de plaire aux puissants.

Le placebo marche, il faut croire. Puisqu’il en est venu à désigner un médicament. Faux, il est vrai. Mais ça peut plaire, du moins tant que l’absence de vrai soin ne risque pas de tuer. Ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, concernant la santé de l’humain et de la planète.

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« … la propension à traiter la production et l’échange marchand comme des phénomènes naturels existant en soi ne cesse de progresser dans les proclamations du capitalisme tardif. Des généralités abstraites comme la conjoncture, la croissance ou le seuil de rentabilité peuvent bien avoir acquis le statut d’entités intentionnelles indépendantes, il est néanmoins difficile à ceux qui en subissent les effets de croire pleinement et à tout moment que ce sont ces choses qui, par elles-mêmes, gouvernent le destin de milliards d’humains, et non ceux qui s’en font les oracles intéressés. »

Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard 2005

Dans beaucoup de sociétés traditionnelles, il n’existe pas d’apartheid dans le règne du vivant, de séparation entre l’humain, l’animal, le végétal. Le monde contemporain, notamment à partir des religions issues de la Bible, coupe l’homme du reste du vivant, qu’il est censé dominer. Or, si nous traitons de plus en plus les êtres du monde naturel (dont nous faisons pourtant partie) en objets inanimés seulement bons à être exploités, c’est d’une part que nous procédons de la même façon entre humains, les uns exploitant, pillant et détruisant les autres, d’autre part que les dominants sont sous la coupe d’une divinité qu’ils ont forgée, le profit, à qui ils ont donné tout pouvoir de gouverner leur existence, comme si elle était dotée d’une âme, la leur peut-être, qu’ils leur ont vendue.

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En déclarant qu’il voulait « rendre aux Français confiance en eux », M. Macron me rappelle le pape qui disait l’autre jour aux malades à Fatima : « n’ayez pas honte ».  Ou ces père ou mère qui répètent à leur enfant des choses du genre « ne sois pas si complexé ». Cette rhétorique par la négation est une façon de diminuer l’autre, de lui imposer une image négative de lui. C’est du harcèlement moral déguisé en bonne intention, une hypocrisie destructrice.

Pourquoi les malades devraient-ils avoir honte, monsieur Bergoglio ? Pourquoi les Français n’auraient-ils pas confiance en eux, monsieur Macron ? Ce n’est pas en eux qu’ils n’ont pas confiance. C’est en vous qu’ils n’ont pas confiance. Ce ne sont pas les malades qui font honte à l’Eglise, ce sont ses responsables indignes. Ce ne sont pas les enfants qui sont « complexés », ce sont leurs parents qui projettent sur eux leur mal-être et leur en font porter le poids.

N’essayez pas de faire porter aux Français le poids de votre propre incapacité, monsieur Macron, vous qui vous êtes lancé en politique dépourvu de toute conscience politique, au service du marché et de ses sbires. Ayez confiance, les Français sauront ne pas vous laisser régner sur eux. Même les enfants peuvent échapper à l’emprise de leurs parents. Même les malades peuvent être libres. Comment des citoyens depuis longtemps exercés à la citoyenneté se laisseraient-ils diminuer par une marionnette du marché ?

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Des élections ont eu lieu, le peuple est censé avoir changé son personnel politique, et comme chaque fois le personnel en question a beau se présenter comme renouvelé, neuf, rajeuni – tout le monde sait bien que quels que soient les masques, c’est toujours la même armée de larbins, de cabotins, d’aguicheurs appointés qui s’apprêtent à continuer à faire tourner la baraque bourgeoise dans les règles d’un art qui n’en est pas un, les règles de la commodité, de l’immobilité franchouillarde, roublarde et vulgaire, si haut promet-on de lever la jambe comme au cabaret.

Faut-il se pincer pour ne pas se laisser endormir, se laisser tomber en catalepsie avec les cataleptiques et les cacochymes, se laisser entraîner au vieux jeu du chat et de la souris, si vieux jeu qu’il lui faut se corser d’armes et de sensations elles aussi à prétention nouvelle, de sensations en tout cas susceptibles de faire tourner les médias des milliardaires et de l’État subventionneur, préposés à tromper l’ennui de plus en plus plombant de la chose ? Faut-il congédier le personnel (politique) ? Si oui, comment ? Révolution ? Violence ?

Après la violence revient l’ordre bourgeois, la mort, l’ennui. Une autre voie, plus solide, manifeste l’indifférence, la conscience de la supériorité du vivant et du vrai sur le mort et le faux. Hauteur. Distance. Si nos valets sont indignes, impuissants, vendus, passons-nous donc de valets. Nous pouvons nous amuser à les moquer d’autant mieux que nous les voyons comme ils sont : des pantins essayant d’attirer l’attention sur la place publique en prétendant gouverner une maison qui ne leur appartient pas et ramasser la recette qu’ils escomptent misérablement retirer de leur farce. Pendant qu’ils se démènent, les gens vivent et réinventent la vie. La poésie échappe aux valets du monde, c’est-à-dire à ses notables. Et la vie poétique est la vie, la seule : révolution permanente qui « renverse les puissants de leur trône », tout simplement en leur retirant le trône de sous le cul : en les affaiblissant par tous les moyens, à commencer par le fait de ne pas leur donner de majorité pour gouverner.

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Monsieur Macron a déclaré vouloir être un président jupitérien. Il s’est fait passer le pouvoir avec une propagande et une emphase napoléoniennes. Mais s’il rappelle un Napoléon, pour l’instant, c’est celui que Victor Hugo dans un pamphlet célèbre appela « le petit » : Louis-Napoléon Bonaparte, jusque là plus jeune président d’une république française, élu à ce poste en 1848 à l’âge de quarante ans – avant de s’imposer au pouvoir par le coup d’État du 2 décembre 1851. Dans une semblable démangeaison d’autoritarisme à la romaine, où monsieur Macron parle de président jupitérien, monsieur Louis-Napoléon parlait de « démocratie césarienne ».

« Le citoyen Louis-Napoléon Bonaparte, écrit Victor Hugo, déplia un papier et lut un discours. Dans ce discours il annonçait et il installait le ministère nommé par lui, et il disait : « Je veux, comme vous, citoyens représentants, rasseoir la société sur ses bases, raffermir les institutions démocratiques, et rechercher tous les moyens propres à soulager les maux de ce peuple généreux et intelligent qui vient de me donner un témoignage si éclatant de sa confiance. »

Puis il y eut la suite. Il semble que Victor Hugo décrive les dirigeants d’aujourd’hui, qu’ils se nomment Macron ou autres, interchangeables qu’ils sont dans leur répétition d’une très vieille politique, comme on peut le voir :

« M. Louis Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent qu’il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l’ambition.

Alors il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent.

(…) Dans ses entreprises il a besoin d’aides et de collaborateurs ; il lui faut ce qu’il appelle lui-même « des hommes ». Diogène les cherchait tenant une lanterne, lui il les cherche un billet de banque à la main. Il les trouve. (…)

M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte.

(…) Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon.

(…) Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c’est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde ; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l’Élysée, en répond à l’Europe »

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logo-millenium-footerLes éditions Actes Sud sont passées de la publication de l’auteure Nina Berberova à celle du produit Millenium (les romans, pas la boîte de nettoyage dont le logo illustre cette note parce que cela revient au même). Sa directrice, Françoise Nyssen, nommée ministre de la Culture, est lauréate du prix Veuve-Clicquot de la femme d’affaires. Et c’est bien ce qu’elle est, à la tête d’une maison qui fait du business, rachète d’autres maisons ou des parts d’autres maisons : son métier consiste à faire de l’argent. Voici donc la fin de l’exception culturelle à la française entérinée dans la politique ultralibérale qui a commencé à la détruire, et notamment à détruire sa production littéraire et ses auteurs, depuis déjà plusieurs années, dans un mouvement qui s’accélère comme ailleurs, notamment dans le domaine de l’art, qui a précédé cette dérive.

Confier la Culture à une femme d’affaires de l’édition, c’est mépriser les droits des auteurs et plus généralement de tous les créateurs concernés par ce ministère. Seuls s’en sortent, et de plus en plus seuls s’en sortiront, ceux qui accepteront de faire le jeu du marché, de se soumettre à la demande des éditeurs et autres détenteurs de l’argent produit par le travail des créateurs. La situation de ces derniers est comparable à celle des agriculteurs : il s’agit toujours de culture, mais ceux qui engrangent les bénéfices et polluent la nature et la pensée en les exploitant ne sont pas ceux qui produisent un travail honnête. Ceux-là sont de plus en plus souvent réduits à la misère, tandis que les groupes (d’édition, ou autre) et leurs dirigeants continuent à s’enrichir et à dévorer les plus petits.

Cette nomination est emblématique d’un gouvernement qui ne comprend plus de ministère de logement, à l’heure où de plus en plus de pauvres se retrouvent et meurent dans la rue, qui ne comprend plus qu’un secrétariat d’Etat pour l’égalité des droits des hommes et des femmes mais pas de ministère pour les droits des femmes, ni pour les droits des enfants… Un gouvernement méprisant les opprimés et négligeant le nécessaire travail pour l’égalité des chances dans tous les domaines parce qu’il est tout entier tourné vers les forces de l’argent. Un gouvernement de banquiers et de détenteurs de confortables comptes en banque. Vous savez, ces gens qui ne vous considèrent que lorsque vous leur apportez de l’argent et se comportent comme les plus vils usuriers dès que vous venez à en manquer. Ne donner qu’aux riches, c’est visiblement la philosophie de ce nouveau gouvernement.

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