Journée du patrimoine et de la manif climat-gilets jaunes

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Quand je suis arrivée aux Gobelins, la manif s’y annonçait aussi. Police partout (justice nulle part). Mais je m’en suis tenue à ma décision de ne pas faire de photos, contrairement à mon habitude. Et je suis partie visiter ce bâtiment romantique à deux rues de là, dit le « Château de la Reine Blanche », ouvert en cette journée du patrimoine. Une guide était en train de nous expliquer toute son histoire et celle du quartier, en remontant aux Romains – très intéressant. Mais de plus en plus il fallait faire abstraction des énormes détonations qui retentissaient à mesure qu’étaient lancées, à quelques dizaines de mètres, grenades lacrymogènes et autres sur les manifestants. Et puis le nuage de lacrymo nous a rejoints. Sages visiteurs, nous avons essayé de continuer à passer outre, un mouchoir sur le nez, mais ça piquait fort et au bout d’un moment certains sont partis, d’autres comme moi, certains avec enfants, se sont réfugiés à l’intérieur, dans la tour du petit château. Songeant à ce que devaient prendre les gens qui étaient directement dans la manif, alors que c’était déjà difficile pour nous qui étions dans une rue à l’écart. Quelle tristesse d’en être là, de réprimer les manifestants pour éviter de faire de la politique réelle.

Je suis rentrée chez moi en passant au milieu de dizaines et dizaines de policiers qui bloquaient tel passage, autorisaient tel autre. Plus tard, en fin d’après-midi début de soirée, j’ai parcouru l’avenue des Gobelins pour photographier, quand même, les traces laissées par la manif, tags, affiches, et quelques détériorations au sol.

 

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Ces gilets jaunes-là ne sont pas des manifestants mais des agents de nettoyage

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tags manif 29-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Trous noirs, trous blancs, trouducs, faux-culs et vrais savants, revue de presse

 

Macron, en substance : « Pendant la répression des Gilets jaunes, il n’y a pas eu de mort. Une vieille dame a seulement été tuée. » Et : « Je veux éradiquer la violence. » (à la télé) Très bien, commence par l’éradiquer dans tes propos et dans ta politique, c’est toi et tes pareils qui l’avez créée.

Bolsonaro, en substance : « J’espère remporter le trophée #BalanceTonPrésidentPorc » (sur FB)

Nothomb, en substance : « Tout le monde regarde Netflix, catastrophe pour l’édition. Heureusement, mes livres à moi continuent à se vendre. » (à la radio) Peut-être parce qu’elle les produit en série ?

Moix (Yann), en substance : « Déjà quand mon petit frère avait deux ans et moi six, il m’obligeait à essayer de le noyer dans les toilettes. Après ça a été les juifs, puis… etc., etc. » (dans Je suis partout) Personnellement, contrairement à lui qui fut entretenu par ses parents jusqu’à trente ans, j’ai travaillé tous les étés tous les jours dès mes douze ans pour payer mes fournitures scolaires et mes vêtements. J’aurais pu y voir une maltraitance – c’en était une, mais j’avais à cœur de dépenser ce qu’il restait de mes petits salaires en achetant des cadeaux de Noël pour mes frères et sœurs, et d’en envoyer une part au Secours Populaire – et sévissait aussi à la maison l’  « éducation » à coups de martinet et autres vexations physiques et verbales. Une fois adulte j’ai connu longtemps la grande pauvreté sans pour autant chercher à écraser quiconque, bien que des bourgeois et fils de bourgeois soumis aient continué à essayer, en vain, de me soumettre. Que faut-il savoir pour rester libre et heureux ? Savoir vivre.

Un historien enseignant au Collège de France, à propos de la chaire de Littérature de cet illustre établissement de recherche, textuellement : « En fait ce type de lecture et d’enseignement reste très plan-plan » (dans la Revue du Crieur) Plan-plan manque en effet de profondeur, de hauteur et sans doute de quelques autres dimensions. Quel fantastique cours je créerais pour eux, si j’y enseignais !

Carlo Rovelli, en substance : «La matière noire pourrait bien être constituée de trous blancs. » (dans Pour la Science)

 

Manifestation des enseignants de l’Éducation nationale à Paris le 18 mai, en 33 images

 

Vraiment, de me trouver au milieu de cette manif, j’avais envie de pleurer, en pensant à la maltraitance infligée par l’État français aux élèves et aux profs – que j’ai vécue, contre laquelle j’ai protesté, sur place à l’Espé et dans mon lycée et aussi sur ce blog (l’institution par la voix du DRH de l’académie m’a menacée de porter plainte et finalement ma tutrice de l’Espé m’a fait convoquer dans un commissariat de police ; la plainte a été classée sans suite mais il n’en serait sans doute plus de même avec la loi Blanquer qui veut museler les profs). Et puis, successivement, deux de mes jeunes collègues de l’Espé, qui étaient dans la manif à des endroits différents, sont venues me voir, et ça m’a fait chaud au cœur. Je regrette mes élèves, mais je n’accepte pas de me plier aux absurdités énormes de l’institution et de l’enseignement que nous sommes censés y donner (du moins en Lettres, voir ici et ). Voici mes photos de la manif, prises boulevard de Port-Royal :

 

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manif des profs 33-minAujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Aux arbres citoyens

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Castaner fait adhérent d’honneur de Génération identitaire. Houellebecq bientôt décoré de la légion d’honneur par Macron, en présence de Finkielkraut. Il faut ajouter au chef-d’œuvre d’Orwell : « DÉSHONNEUR EST HONNEUR ». Ils sont déjà légion dans cette catégorie où se rassemblent ceux qui ont à compenser leur manque de génie. (Déprime totale à l’Élysée, nous annonçait-on il y a quelques jours. D’où la prime au miroir houellebecquien ?)

Qu’est-ce que le génie ? Le génie de la vie, tel qu’il peut se contempler par exemple dans le bel élan d’un arbre, dans son exubérance, son élégance, son amour de la lumière, du ciel et de la terre.

Tous les enfants sont des génies, avant que des adultes déshonorés ne s’emploient à détruire en eux le génie qu’ils leur jalousent. Restons toujours les plus intelligents, les plus vivants. Non pas enfants des hommes, mais enfants de la grâce.

 

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arbres 4-minCes jours-ci au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Nul

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Macron démolit à coups de hache l’héritage politique du Conseil National de la Résistance et en même temps rend hommage aux résistants du plateau de Glières. Macron rend hommage aux résistants du plateau de Glières et en même temps nasse et tabasse les résistants qui défendent l’héritage politique du Conseil National de la Résistance. Macron = zéro. Parfaite réaction des Gilets jaunes sur place hier dans la montagne : ils lui tournent le dos.

Macron mini-remanie son gouvernement avec trois mini-proches. Cercle de plus en plus rétréci : un petit zéro.

Un pas d’un côté, un pas de l’autre côté : Macron ne va nulle part.

 

crâne-heure-minsource de la Vanité

 

P.S. Je ne lis pas les mails des harceleurs, ils se fatiguent pour rien.

 

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ces jours-ci au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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La farce fasciste de la macronie

poupee_anale_nationaleOn apprend que l’Élysée a truqué des vidéos avant de les diffuser illégalement sur des comptes twitter anonymes pour les relayer auprès des médias, afin de protéger Benalla tabassant des manifestants déguisé en policier.

Pour Geneviève Legay aussi, Macron a menti. Une énième fois. Les images dont disposait le préfet prouvaient qu’elle a bien été renversée par un policier, chargeant en meute et la poussant des deux mains. Une fois, j’ai échappé de peu à une pareille violence, dans une manifestation que je photographiais. Les robocops arrivent sur vous, froids, brutaux et cuirassés comme des blindés, ça m’a fait le même effet que lorsque j’ai failli être écrasée par une voiture en traversant. L’instinct d’esquiver au dernier moment – ça se joue à une fraction de seconde. Votre vie ou votre mort. Geneviève Legay aurait pu en mourir, comme Clément Méric, poussé au sol par un facho. Il était tout jeune. L’âge n’est pas en cause. Ce qui est en cause, c’est la violence fasciste.

L’équipe médicale (street medics) qui voulait la secourir quand elle gisait, la tête dans son sang, en a été empêchée, embarquée en garde à vue pendant dix heures et dans des conditions indignes. La blessée est restée par terre sans secours jusqu’à l’arrivée des pompiers, dix minutes plus tard. Geneviève Legay est toujours hospitalisée. Le préfet a placé un vigile devant sa porte, et il lui est interdit (officiellement par l’hôpital) de recevoir les journalistes auxquels elle voudrait parler. Tel est le fascisme de la macronie.

BHL ment à la télé. Une énième fois. Il accuse les Gilets jaunes de chasser les Roms. Schiappa, elle, accuse l’émission Envoyé spécial de populisme. Elle préfère pour sa part se rendre dans des programmes plus élevés, comme celui d’Hanouna, qui insulta grossièrement l’avocat Juan Branco il y a quelques jours et se rendit chez Jean-Marie Le Pen lui lécher longuement les pieds.

Le pape François refuse de se laisser baiser l’anneau par les fidèles. Il leur retire vivement sa main, sans qu’on sache si c’est par peur des microbes ou pour atténuer un peu l’image d’une église abusive. On pourrait penser qu’il y a du progrès, mais l’abus se transporte chez Macron, qui se rend dans les écoles distribuer la bonne parole propagandiste et toucher les cheveux des petits garçons. Telle est la farce fasciste. Elle était décrite dans mon livre Poupée, anale nationale, où la marionnette fasciste met des gants avant de serrer les mains des électeurs et se rend dans les écoles visiter les enfants pour s’assurer du vote de leurs parents.

Ce samedi les enseignants vont manifester avec les Gilets jaunes. L’une de ceux qui travaillent à l’Espé, où sont formés les profs, m’envoya un jour à la police, parce que j’osais critiquer ce qui se passe dans l’Éducation nationale. La réforme Blanquer, dite très orwelliennement « école de la confiance », doit abonder dans son sens en interdisant aux enseignants de critiquer l’institution qui les brutalise. O et moi sommes très soulagés que notre dernier fils ait renoncé à entrer dans cette carrière devenue invivable. Pour rappel, parmi mes témoignages sur mon expérience de néoprof :

Faillite de l’Éducation nationale

L’Espé meurtrier

Et plus généralement, sur le quotidien du métier et de son apprentissage : tags prof de lettres et Espé

… autant de textes qui devraient être bientôt hors-la-loi d’un État qui bafoue les lois et les droits.

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Papy fait de la résistance sur Agoravox

Papy_fait_de_la_resistance*

Attention, âmes sensibles s’abstenir. En ces temps de trouble instauré par la macronie, dans les rues la police mutile, frappe et jette à terre les opposants politiques, avec la bénédiction du président qui leur recommande d’être sages comme les flics se félicitaient de tenir une classe bien sage en faisant agenouiller des enfants mains derrière la tête. Et sur Internet, les frappes verbales sont tout aussi abjectes. Voici quelques-uns des commentaires publiés à la suite de mes articles sur Agoravox. Longtemps j’ai supporté l’agressivité de commentateurs (dont beaucoup de bourgeois retraités, vivier du vote Macron) tombant sur les rares femmes qui écrivent sur ce média comme des assoiffés de revanche, d’autant plus soucieux de prouver leur supériorité d’hommes qu’ils ont de quoi en douter sérieusement. Je ne signalais aux modérateurs que les commentaires violemment racistes, islamophobes, antisémites ou sexistes. De temps en temps la modération les effaçait au bout de quelque temps. Finalement il s’est produit un effet de meute et j’ai opté pour le blocage des commentateurs abusifs ou qui participaient à un raid. L’un d’eux s’est alors fendu d’un article pour dénoncer ma prétendue censure, article évidemment malhonnête qui a donné lieu à plus de 600 commentaires renchérissant sur la dénonciation. Agoravox en a supprimé quelques-uns, ainsi que sur certains de mes articles, mais rien n’arrête les harceleurs (pratiquement tous anonymes), certains s’inscrivent sous différents pseudos afin de pouvoir revenir harceler quand ils ont été bloqués. Qu’il y ait tant d’imbéciles n’est guère étonnant hélas, mais le plus moche est sans doute l’attitude d’Agoravox, qui loin de m’apporter un quelconque soutien, a permis qu’un contributeur publie un article contre une contributrice après avoir participé à ces attaques minables.

Voici quelques captures d’écran.

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agoravox 9Deux ou trois commentateurs protestent quand même un peu contre le « lynchage » en cours

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agoravox 11L’auteur de l’article, Fergus, ignore ce qu’il a lui-même écrit dans « son » article où il cite ma déclaration. D’autre part il répète qu’il a un « problème personnel » avec moi. Soit il est cinglé, pour avoir un problème personnel avec quelqu’un qu’il ne connaît pas, soit il parle, sous anonymat, pour quelqu’un qui me connaît.

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agoravox 12Quelques-unes des bonnes blagues sexuelles, sorties de quelque almanach Vermot porno ; j’en passe (de toutes façons je n’ai pas lu les plus de 600 commentaires)

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agoravox 13Ce 16 mars, j’avais publié sur Agoravox cet article, publié aussi ici ; c’est ce qui les a rendus fous, c’est là qu’ils se sont mis en meute. Le même commentateur, JC Lavau, s’en est pris ensuite dans plusieurs commentaires à ma mère, de façon insultante voire ordurière et diffamatoire. Exemple :

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Il y a eu aussi des commentaires sur mon physique, sur ma vie privée, etc. Il faut croire que tout cela est normal chez Agoravox, puisqu’ils n’ont pas bougé. Et voilà donc l’idée que se font les commentateurs de ce site – dont des macroniens, rendus furieux aussi par mes critiques de la macronie – de la liberté d’expression.

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Il est regrettable que le site ne soit pas mieux tenu, car l’idée en est intéressante. Mais il est devenu bien souvent un dépotoir de la vieille France rancie, raciste et sexiste, qui trouve là à s’exprimer sans frein.

Dommage, car certains contributeurs ne sont pas si mauvais, et les lecteurs et lectrices viennent de différents horizons, raison pour laquelle j’avais décidé d’aller leur parler là. Je l’ai fait. Passons à autre chose, ailleurs peut-être et d’abord, toujours, ici même !

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Commune libre jaune de Montmartre

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Quelle joie de voir ce samedi, pour l’acte XIX, Montmartre jaune de monde comme une montagne au printemps sous les crocus perce-neige ! Quel symbole, cette banderole déployée en haut du Sacré-Cœur, laide bondieuserie architecturale construite pour « expier les fautes de la Commune » ! Cette réappropriation par le peuple vivant de cette basilique aujourd’hui encore à tendance intégriste, qui occupe le lieu pour tenter d’effacer le souvenir des Communards assassinés là en masse sur l’ordre de Thiers – massacreur de peuple auquel Macron rendit hommage à Versailles. Oui, l’esprit de la Commune était revenu là, elle fleurissait, vivait, chantait, se réjouissait parmi les manifestants de cette belle journée en forme d’apothéose de la semaine ! Tandis que le pouvoir avait érigé autour de ses sanctuaires un véritable mur d’acier, gris et froid, gardé par des armadas de policiers et de soldats, où se tenait, cadenassé dans sa peur, le sempiternel menteur qui ne veut pas, en fait, qu’on aille le chercher.

Une nouvelle fois, dans toute la France, les Gilets jaunes sont sortis au plein air, et la macronie sans courage ni valeur s’est cachée, violence anonyme, derrière ses murs et ses armées. Encore une fois, la violence anonymisée des unités de police a tenté de reporter sa faute sur le peuple violenté. Et le peuple a montré qu’il était toujours debout, et qu’il continuerait.

« À l’absurde imposé, mécanisé, répond aujourd’hui la violence », écrivait l’historien Alphonse Dupront dans son livre Du Sacré. Après avoir noté que « nos sociétés modernes, effrénées de réglementation et donc de mépris de l’homme, s’acharnent à paralyser, à tarauder ou détruire les puissances de la vie » ; et constaté que « la médiocrité cristallise jalousies de son pouvoir et sa jouissance inquiète jusqu’à férocement, par tous moyens, s’en faire une citadelle. » Comme aujourd’hui, pouvons-nous ajouter, le fait la médiocratie macronienne.

 

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Mais rien n’arrête les puissances de vie. On reproche aux Gilets jaunes un manque d’organisation ? Il n’est qu’apparent : ces gens sont vivants, ils ont plus d’instinct qu’il n’en reste aux élites formatées, et cet instinct, la plus intelligente des intelligences comme disait Niezstche, leur fait suivre la voie de la vie, si déraisonnable puisse-t-elle paraître. « Le scandale de la déraison libère ici l’irrationnel, cette force souterraine qui est puissance d’exister et d’accomplir », poursuit l’historien habité du sens spirituel de l’histoire.

Une force souterraine qui jaillit comme les fleurs dans les champs au printemps. Voilà ce que j’ai vu dans cet acte XIX des Gilets jaunes. J’ai vu la belle France, comme disait Georges Darien dans son livre éponyme : « Voleurs et assassins — les Riches — sont parvenus, grâce à la terreur et à l’ignorance qu’ils imposent et entretiennent, à obscurcir complètement la signification du mot : Patrie. Avec l’aide de leurs deux valets, le Prêtre armé du mensonge et le Soldat qui brandit un sabre, ils ont réussi à interdire à ceux qu’ils ont spoliés la compréhension du mot (…) non contents d’avoir à leur service le prêtre et le soldat, ils ont enrôlé dans leur garde les pions et les sous-diacres de l’écritoire : et ces drôles, s’emparant du mot qu’il ne faut pas qu’on comprenne, le déguisant davantage encore sous le clinquant des phrases et les oripeaux de la déclamation, sont arrivés à en faire un spectre qu’ils opposent aux plaintes et aux demandes des Pauvres — ce mot, qui doit être la synthèse de toutes les revendications sociales ! La Patrie, aujourd’hui, — et, hélas ! depuis si longtemps ! — la Patrie, c’est la somme des privilèges dont jouissent les richards d’un pays. » Et Georges Darien conclut, à propos des pauvres qui se lèvent contre l’iniquité : « s’ils savent faire usage d’une politique très simple, dédaigneuse des vieux rouages de la politique bourgeoise, ce succès se manifestera très rapidement. »

Un événement comme celui de la Commune n’implique pas la violence ni le crime en retour, mais le fait que le crime ait lieu est simplement une preuve (non nécessaire) de la réussite de la Commune. Qui, comme tout événement juste, continue à vivre, à être en mouvement – qu’il ait été tué ou non. Simplement cela ne se passe pas dans le monde apparent, le monde que nous croyons réel alors qu’il est mortel et sans cesse mourant, mais dans le monde profond, d’où il fleurit, se manifeste ici et là dans l’espace et le temps, tout en étant à la fois l’un des moteurs et l’un des guides de l’humanité.

Malgré la volonté de crime et l’accomplissement du crime, ce qui (de l’événement juste) a été fait, en pensée, en parole ou en action, continue à se faire : rien n’a pu l’empêcher de se faire, rien ne pourra l’empêcher de continuer à se faire, rien ne pourra le défaire qu’il ne s’en renouvelle, qu’il n’en renaisse ou n’en ressuscite. Ce qui lui donne sa force est justement de n’avoir pas cédé à la tentation de se protéger par une organisation qui entrerait d’une façon ou d’une autre en contradiction avec ce qu’il est (comme cela fut fait dans l’instauration des régimes communistes), et qui tôt ou tard assurément le conduirait à sa fin (comme c’est arrivé) : le communisme léniniste ou maoïste est fini, contrairement à l’esprit de la Commune, qui est resté pur, donc viable.

La Commune ne s’est laissée ni récupérer, absorber par le système dominant, ni laissée aller à la tentation de se maintenir et de vaincre par un système de domination qu’elle aurait elle-même mis en place. Dans l’un et l’autre cas, elle aurait signé elle-même sa mort, à plus ou moins long terme. Or, nous le voyons bien, elle est toujours vivante – c’est-à-dire non pas identique dans ses manifestations à ce qu’elle fut lors de son apparition, mais identique en son « idée » et changée en ses expressions selon le mouvement naturel, non forcé, de la vie. Et elle est encore toute jeune. Comme dit la chanson communarde : « C’est la canaille… eh bien j’en suis ! »

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Montmartre fut le premier quartier que j’habitai à Paris il y a bientôt trente ans, il reste en mon cœur, et parfois dans mes rêves, la nuit.

Dans mon roman Forêt profonde, le Sacré-Cœur est changé en mosquée (dans un sens symbolique, spirituel, bien sûr)

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Chronique de la macronie et basta ! Journal des jours heureux

Après le constat sur les faux-monnayeurs en place, les déplacements de joie, rues, jonglages, zazen et autres jeux.

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Quel serment frappé à votre effigie allez-vous mettre en circulation ici, vous [Louis Bonaparte], le faux monnayeur de l’honneur ! Victor Hugo

Brigitte Macron, bronzée qui fait du ski fraîchement botoxée, appelle ses concitoyens à la non-violence, tandis que son mari, bronzé qui fait du ski, démantèle le pays et mutile les gens à coups de LBD, annonce qu’il envoie maintenant l’armée contre eux, plutôt que d’apporter des réponses politiques à leur demande de justice. Pourquoi ce couple me rappelle-t-il l’abbé Le Morandais, selon qui le viol des enfants par les curés vient d’une demande de tendresse des enfants, lesquels adorent embrasser les vieux sur la bouche ? Et pourquoi LaREM me rappelle-t-elle le pape François, qui refuse la démission de Barbarin ?

Bien loin de chez nous, en Australie, un prélat abuseur, jusqu’à ces dernières semaines n°3 du Vatican, a pris pour six ans de prison ferme, le juge ajoutant : j’ai bien conscience que vu votre âge et votre état de santé vous ne sortirez probablement jamais de prison, mais c’est ainsi, vous n’êtes pas un bouc émissaire, c’est bien vous, cardinal Pell, qui êtes jugé et condamné. Le parquet aux ordres est plus clément en France avec les abuseurs et leurs complices. Mais tout n’est pas perdu chez nous. Le Sénat a décidé de transmettre à la justice, pour faux témoignage, les cas de Benalla et de Crase, mais aussi de trois autres proches de Macron, Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne.

La débâcle de Macron sur tous les plans signe son imposture. On n’en finirait pas d’énumérer les dysfonctionnements et les violences qu’il a fait subir à la République, à la chose publique, en moins de deux ans de fonction. On n’avait jamais vu ça, mais on aurait pu le voir si Ségolène Royal – qui justifie aujourd’hui le recours à l’armée contre le peuple – avait été élue. Sa campagne était empuantie par une semblable imposture totale, et également soutenue, ouvertement ou non, par nombre d’ « intellectuels » à la BHL qui ont ensuite soutenu Macron. Il y a là toute une bande de faux monnayeurs qui manœuvrent dans les nouvelles caves du Vatican (Gide étant l’un des auteurs préférés de Macron, qu’il me pardonne de lui emprunter ses titres) que sont les médias, pour leurs propres intérêts de classe. J’ai annoncé leur danger, représenté par Macron, dès l’élection de ce dernier, en mai 2017, comme je l’avais fait quand Royal en était l’expression, en février 2007. Les hommes et les femmes politiques passent – enfin, pas tant que ça en France où ils s’accrochent en dépit de tous leurs échecs ou condamnations en justice. Ils passent, mais restent les mêmes et se reproduisent ceux qui les soutiennent, ceux qui manœuvrent pour les faire élire, la caste des clercs, des intellectuels médiatiques, de ceux qui se rendent aux convocations de Macron afin d’être instrumentalisés pour sa publicité comme Brigitte Macron instrumentalise les enfants pour faire aussi sa propagande, en vantant la non-violence alors que le régime pratique de façon inouïe en république toutes sortes de violences, langagières, policières, sociales, économiques, morales.

Le destin des faux-monnayeurs, c’est de finir en prison. Si on ne les expédie dans une prison à barreaux de fer, comme celle de Pell en Australie, ils s’emprisonnent eux-mêmes, socialement et mentalement, dans une spirale de plus en plus infernale, qui les oblige à se cadenasser, se replier toujours plus sur leur petit milieu, et à employer des armes dégueulasses contre les civils qui exigent de n’être plus payés de mots : dans l’enfermement de ceux qui doivent vivre derrière les barreaux de leur déshonneur.

*22-3-19 : une certaine Zahra Mouloud a plagié ce texte sur Facebook, et refuse de le créditer après que je lui ai demandé de le faire. Une occasion de rappeler mon texte sur Sollers plagiaire

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Quant à nous, notre honneur est intact, et notre bonheur de vivre aussi. En travaillant, en marchant, voici les images de ce jour et d’hier.

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mouffetard 3-minUn beau Christophe Dettinger. J’apprends ce soir, quelques minutes après avoir posté cette image, qu’il a été suspendu de ses fonctions à la mairie d’Arpajon. Qu’est-ce que ce pouvoir qui confisque une cagnotte ouverte pour l’aider puis prive ce père de famille, travailleur exemplaire, de son emploi ? Honte, honte, honte à ces bourgeois ligués contre le peuple, honte à Macron et à toute sa clique.

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autour de la rue Mouffetard et au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Échos de la basse-cour

Le combat contre Macron vire au combat de coqs. Un jeune mâle, coqueluche des friqués, pas encore sorti de sous l’aile de sa mère, s’étant fait porter au sommet du tas de fumier, suscite plus d’adversité dans la basse-cour qu’un mâle usé à la même vieille place. Surtout quand le pioupiou en question chante sur tous les toits, cocorico, qu’il est le nouveau roi d’Europe. De quoi hérisser les plumes des autres coquelets de sa caste (Ruffin, Branco) et de la prochaine reine du poulailler étoilé (AKK). Tout comme celles des pigeons et autres volatiles du peuple qui n’ont pas l’intention de laisser l’ergoteur leur marcher sur les arpions.

Branco rue dans les brancards, Ruffin plus malin que Mélenchon au lieu de se dupliquer en hologrammes façon science-fiction flippante se répand en cinéma bon enfant sur le peuple électeur. Le travailleur, la travailleuse qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts se mettent debout comme un seul gilet jaune, sévèrement tabassé par les poulets de la macronie. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, caquètent les gallinacées contents de leur sort dans le meilleur des mondes. En embuscade, la poularde Le Pen lorgne sur le tas de fumier. Pourquoi n’y poserait-elle pas sa crotte, elle aussi ?

Cette fantaisie poulaillère et son illustration font suite à mon article précédent sur l’architecture-poulailler et la fausse pensée, qui envisagent les humains comme élevages à parquer et rentabiliser.

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Ceux qui défigurent le monde, et ceux qui l’envisagent autrement

samaritaine didier ryknerBernard Arnault, l’homme le plus riche de France, le financeur de la campagne de Macron (qui habille gratuitement Brigitte Macron) a détruit le bâtiment historique de La Samaritaine au cœur de Paris, datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, pour le remplacer par un de ces trucs en verre qui deviennent de plus en plus laids avec les années, et déparent lamentablement avec les immeubles environnants. Et « pour construire cela, il a fallu piétiner allègrement tous les règlements existants, parce qu’on ne refuse rien à Bernard Arnault », écrit l’auteur de la photo, Didier Rykner, dans La Tribune de l’art.

La surévaluée Fondation Louis Vuitton du même milliardaire, gros machin de verre et d’acier construit par Franck Gehry, sans être aussi vilaine que cette nouvelle Samaritaine, reste à mon sens d’une grande médiocrité architecturale, tant dans sa forme et ses couleurs extérieures que dans ses espaces intérieurs. Pourquoi les riches se piquent-ils, après avoir piqué l’argent des peuples, de décider de l’environnement, de la culture et de la politique à mettre en place ? Parce qu’il faut toujours plus de pouvoir pour se maintenir dans une position injustifiée et artificielle. Et parce qu’il leur faut aussi pour cela le prestige – aisément obtenu à coups de réalisations épate-bourgeois, épate-journalistes – et l’illusion d’être des influenceurs à la façon des artistes ou des intellectuels. Malheureusement leur tricherie fondamentale se retrouve aussi chez nombre d’artistes et d’intellectuels, corrompus financièrement, ou politiquement, ou moralement, ou les trois à la fois.

Nous voyons ces temps-ci éclater plus que jamais l’imposture de soixante-huitards et autres gauchistes ou progressistes désormais macronistes qui acceptent sans sourciller, voire défendent d’arrache-pied, des politiques iniques et ce qui les accompagne : violences policières et restrictions des libertés publiques. La trahison est écœurante mais n’est pas étonnante. D’une part parce qu’avoir soutenu le stalinisme ou le maoïsme prédispose très bien à soutenir n’importe quel autoritarisme ou fascisme. D’autre part parce que le décalage entre le discours et les actes est devenu un mode d’existence chez ces fils de bourgeois devenus ce qu’ils étaient réellement, des produits de leur caste, destinés à la défendre et à la perpétuer. En leur temps, Sartre et Beauvoir, qui se posaient en libérateurs du peuple et de la femme, pratiquaient sans vergogne la manipulation et l’asservissement de toutes jeunes femmes que la prétendue féministe séduisait d’abord pour elle, puis pour lui, à qui elle servait de rabatteur. Et lui, malgré leur pacte, mentait à sa bourgeoise comme l’eût fait n’importe quel bourgeois afin de s’amuser tout en s’assurant la permanence d’une femme parachute. Beaucoup de belles paroles distribuées au public, beaucoup de souffrances infligées en privé, entre eux et à leur entourage. Encore que ces paroles ne fussent belles qu’en apparence : l’existentialisme de Sartre, avec sa conception de l’homme comme « passion inutile », étant empreint d’une désespérance sans appel ; et le féminisme de Beauvoir d’une intense détestation du corps de la femme. Imposture qui se poursuit de nos jours où leur héritage est admiré ou adulé par conformisme, tandis que la posture de l’intellectuel imposteur est devenue quasiment la norme pour tout intellectuel médiatique, et déborde dans la politique où l’on nous a vendu pour président un Macron prétendument cultivé, intelligent et philosophe.

La métaphysique de la vie privée dévoile la métaphysique de la politique, a dit un jour Milan Kundera. C’est une maladie fort répandue chez les intellectuels, qui ont en France pour tradition de donner sans cesse des leçons au peuple, de ne pas conformer leur discours à leurs actes. Tout comme aucun des politiques, urbanistes et architectes complices n’habiterait les barres de béton parées de noms lumineux à la façon de la glorieuse ancêtre Cité radieuse (« maison du fada », rigolèrent les Marseillais, « réceptacle parfait d’une famille », dixit martialement Le Corbusier), où ils parquent les pauvres. L’idéologie fasciste de Le Corbusier était ainsi résumée dans un article de Métro en 2015, citant Xavier de Jarcy et son livre Le Corbusier, un fascisme français  : « La Cité radieuse correspond à un projet eugéniste. On y trouve des équipements sportifs pour créer cette race nouvelle, faciliter le retour du patriarcat, où tout est prévu pour que les femmes ne sortent pas de chez elles, parce qu’elles sont là pour faire des enfants. (…) Choquant ? Ce n’est rien encore : Le Corbusier voulait « épurer les villes ». Autrement dit, chasser ceux qui « ne servent à rien » et retrancher les ouvriers dans des camps ».

« Ceux qui ne servent à rien », ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, le « ceux qui ne sont rien » de Macron est du même acabit fasciste. « En 1922, rappelle Xavier de Jarcy, Le Corbusier a ce projet de Ville contemporaine pour 3 millions d’habitants, où le centre-ville est réservé à l’élite et à la classe moyenne supérieure, et où les ouvriers sont repoussés en banlieue avec une zone verte de sécurité qui les sépare de la ville pour qu’on puisse les tenir à distance et les contrôler… » L’architecte conçoit des tours, des barres de logements immenses, presque identiques aux HLM d’aujourd’hui : il n’hésite pas à parler d’ « élevage humain ».

 

la grande borne

L’architecte Émile Aillaud, qui construisit la cité de La Grande Borne sur les communes de Grigny et Viry-Châtillon dans les années 60, appelait les pauvres : « l’innombrable ». « L’architecture a une puissance occulte, disait-il, les individus finissent par ressembler à l’architecture ». Et il se vantait de « manipuler un devenir des gens. » Ce devenir, nous le voyons aujourd’hui : les 11000 habitants de sa cité qu’il voulut « labyrinthe » sont livrés au désœuvrement, au chômage, au trafic de drogue et d’armes, à la violence et à la déscolarisation. Dans la mythologie, le labyrinthe est un lieu d’enfermement où un monstre dévore les jeunes.

L’enfermement des pauvres par les architectes et les urbanistes déborde sur les classes moyennes et rurales par des politiques qui tendent à transformer de plus en plus le territoire en succession de périphéries, à la fois défigurées par des zones d’activité commerciale et dépouillées de leurs industries, de leurs services publics, de leurs commerces de proximité, de tout ce qui rend un vivre et un vivre-ensemble possibles.

De même que les urbanistes enferment le peuple physiquement, les médias, les intellectuels et les artistes médiatiques, complices du pouvoir en place, l’enferment psychiquement dans des réseaux de mensonges et de manipulations. Le premier de leurs mensonges est de se faire passer pour des élites, alors qu’ils n’en sont pas. Les énormes tulipes de Jeff Koons, roi du spectaculaire hideux, trôneront bientôt dans les jardins du Petit Palais à Paris parce que ces gens ne savent pas refuser un cadeau empoisonné quand il vient des États-Unis. Et dans le bureau de Macron trône une Marianne au style dangereusement années 30, peinte par Shepard Fairey, artiste américain aussi fameux que plat, malgré son tape-à-l’œil. Résumant l’allégeance de la France de Macron aux puissances de l’argent et à la médiocrité.

Dans ce monde où l’ « élevage » industriel se pratique aussi bien sur l’homme que sur le bétail, l’homme est un mouton pour l’homme. Et le grand bourgeois, qui se voudrait élite éclairée, n’est pas même un loup, il est un veau. « Ce ne sont pas les riches bourgeois qui achetèrent des tableaux de Cézanne et de Monet qu’ils dédaignaient », me rappelait le poète Sarane Alexandrian, ancien compagnon de route d’André Breton,  «  mais l’employé des douanes Vincent Choquet, le pâtissier Eugène Maurer, qui collectionna trente Renoir quand personne n’en voulait, le baryton Faure, etc. »

Ce sont les habitants de ronds-points et les constructeurs de cabanes où se retrouver et réfléchir qui retrouvent le chemin de l’humanité. Ce sont eux qui ont raison et intelligence, en ne se laissant pas endormir. Macron avec son projet de société verticale a tout faux. C’est l’horizontalité des relations humaines qui donne un horizon à l’humanité. C’est dans la vérité de l’horizontalité, du rapport franc et direct, non hiérarchisé, que peut se réinventer le monde, pour que tous puissent s’élever jusqu’à l’habiter en beauté.

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Peuples dans la rue, Benalla à Genève

 

Que fait Benalla à Genève ? La Tribune de Genève annonçait hier que deux témoins l’y avaient vu, et aujourd’hui qu’il s’y trouve toujours. Logeant à l’hôtel Président Wilson, l’un des plus luxueux palaces du monde, connu notamment pour sa suite à 60 000 euros la nuit, la plus chère du monde. À part la contemplation d’un grand jet d’eau et la dégustation de chocolats, qu’est-ce qui a pu amener le barbouze de Macron dans cette ville ? Ses banques ? Il est vrai que monsieur Benalla voyage beaucoup, et que vu son train de vie, beaucoup d’argent voyage avec lui. Ah me dira-t-on, ne parlez pas encore d’argent, c’est haineux, les gens ont bien le droit d’en avoir des tas, s’ils sont assez malins pour ça. En France plus qu’aux États-Unis les riches sont en grande proportion des héritiers, tel BHL dont nous parlions il y a quelques jours. Mais nous avons aussi quelques magnifiques self-made-men, tels l’escroc Tapie (qui ajoute quelques casseroles à son actif ces jours-ci avec des accusations d’achat d’arbitre au temps de l’OM et d’intoxication des joueurs des équipes adverses – outre une tentative d’entente secrète avec Le Pen père), et maintenant le petit dernier aspirant milliardaire comme les aime Macron, son nervi Benalla, jongleur ès cœur de président, ès secret-défense, ès matraque, armes à feu, parjures, violations de la loi, coffre-fort privé, contrat avec oligarques mafieux, russes et chinois, rendez-vous avec chefs d’État africains, passeports et autres valises diplomatiques. En voilà un malin, un premier de cordée, un qui n’est pas rien, un qui a réussi et qui mérite le respect des adorateurs du fric et du monde comme il va, mon bon monsieur.

Mais ne soyons pas complotistes. Il n’y a pas que des banques, à Genève. Il y a aussi Bouteflika. Que les Algériens courageux essaient de bouter hors du pouvoir en ce moment. Après tout Benalla sait aussi faire ça, les rencontres officieuses pour on ne sait quel office. Bouteflika est au plus mal, « sous menace vitale permanente » selon les médecins, mais il y a bien quelques personnes en bonne santé autour de lui capables de traiter avec qui il faut traiter. L’enjeu n’est pas mince. Au fait, on n’entend pas BHL là-dessus, lui qui soutint honteusement les généraux algériens au temps des massacres. Au Maroc, l’agitation de la rue algérienne inquiète. Si ça allait donner des idées aux sujets de Sa Majesté, ami de notre pays et de sa caste, dont BHL et quelques élites médiatiques d’origine marocaine proches du roi Mohammed VI qui se gave et laisse le peuple marocain s’enfoncer dans la misère et l’illettrisme, et quelques-uns de ses enfants des rues, drogués, abandonnés, dormir dehors en bande dans le nord de Paris ! Si ça allait, aussi, raviver la question du Sahara occidental, en partie sous domination marocaine et combattant pour sa libération – des négociations avaient lieu à Genève en décembre dernier pour essayer de sortir d’un conflit de quatre décennies entre Algérie, Maroc, Mauritanie et Front Polisario ! Le 360, magazine proche du pouvoir marocain, annonçait il y a quelques jours que Mohammed VI était en visite en France cette semaine – en toute discrétion. Et on apprenait par ailleurs que le Maroc avait fait pression sur l’Institut du Monde Arabe pour qu’il déprogramme, malgré les protestations de son directeur Jack Lang, Aziza Brahim, une chanteuse sahraouie accusée de militantisme. Et que l’IMA avait dû se coucher devant la volonté du roi. Benalla est à Genève, Aziza Brahim ne sera pas à Paris. Que va-t-il advenir du peuple sahraoui ? Du peuple algérien ? Du peuple marocain ? Du peuple français ?

 

 

Botul acculé : vulgarité et méchanceté des « élites »

"BHL partage une bouteille de vin avec un clochard". Source photo : le Tumblr 'BHL fait des trucs'

« BHL partage une bouteille de vin avec un clochard ». Source photo : le Tumblr ‘BHL fait des trucs’

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« Autrefois, j’avais un test que j’appelais le « test de la pouffiasse » : si je dînais avec une fille qui hésitait pendant des plombes avant de décider ce qu’elle allait prendre, c’était assez mal barré. Et si je lui disais : « Prenez donc de la morue aux épinards » et qu’elle s’abîmait dans une contemplation encore plus sidérée de la carte en me demandant d’une voix éteinte « Ouchais, j’voispas », ça devenait carrément rédhibitoire. » BHL dans une interview de GQ en 2009.

Le mépris et la vulgarité de l’industriel de la « philosophie » sont monnaie courante quand il parle des femmes, même si, aujourd’hui où le sexisme crasse passe moins bien, il surveille un peu plus son langage, par prudence. Il a déclaré par exemple que « le discours philosophique » était « étranger » aux femmes, que l’argent leur allait mal, qu’il s’amusait de l’émoi des « vilaines » quand il condescendait à les draguer, a déploré que les femmes qui travaillent soient souvent coiffées et maquillées un peu trop à la va-vite, etc. etc. Mais il a défendu Polanski, DSK et Carlos Ghosn, malheureux hommes riches poursuivis pour de simples histoires de viol ou d’abus de biens sociaux – si les élites ne peuvent plus rien faire, alors ! Et maintenant il diffame gravement Ruffin. Et, à travers lui ou directement, les Gilets jaunes.

La violence, la méchanceté, l’obscénité verbale de ceux qu’on appelle élites, qui se prennent pour des élites et qui prônent une politique de l’élitisme – celle des « premiers de cordée » – dépassent en ignominie les violences verbales qui peuvent venir du peuple parce qu’elles viennent de privilégiés qui n’ont aucune raison objective de sombrer dans la haine de moins favorisés qu’eux. Et pourtant c’est dans la haine qu’ils vivent : elle éclate au grand jour dès qu’ils se sentent menacés. Luc Ferry appelant à tirer sur les manifestants, Macron multipliant les insultes à l’égard des classes populaires (il y a quelques jours encore, il a traité de « bête étrange » une Gilet jaune qui avait le tort d’intéresser quelques journalistes plus que lui-même), et tant d’autres qui se répandent dans les médias en anathèmes contre le peuple, les chômeurs, les femmes voilées, les femmes et les hommes qui travaillent et n’arrivent pas à vivre correctement du fruit de leur travail : voilà où est le vrai danger pour la démocratie et pour la république. Ils accusent les populismes, mais ce sont eux qui les engendrent, par leur élitisme. Le populisme comme flatterie malhonnête du peuple n’est que le miroir de l’élitisme comme vanité criminelle des élites.

Quelle conception ont de l’humanité les pareils de BHL, qui lorsqu’il s’occupait encore de la société fondée par son père, des années 80 jusqu’en 1997, pilla les forêts en logeant ses ouvriers africains quasi esclavagisés « dans des niches mal aérées », selon une ONG qui enquêta sur place (citée par Nicolas Beau et Olivier Toscer dans Une imposture française) ? Qui rejoignit Sollers et Gluksmann à l’Internationale de la résistance, une officine créée en 1983 et financée par les services secrets américains, utilisée pour de sales besognes politiques en Amérique Latine, soutenant notamment les contras, milices du dictateur d’extrême droite Somoza ? Qui, en 2001, au moment du G8, traitait de « voyous publics » les altermondialistes qui osaient dénoncer les nuisances de la finance ? Qui continue aujourd’hui à se déclarer fier d’avoir poussé à semer la guerre, le chaos et la mort en Libye où sont maintenant mis en esclavage les migrants africains ? Qui… etc., etc., un article ne peut suffire à rappeler tous les méfaits de cet homme, toutes ses manipulations, tous ses mensonges, tous ses abus, commis par obsession de l’argent et de la gloire, comme c’est le cas pour ses semblables qui se prennent pour des élites au-dessus des lois – alors que les vraies élites sont ce qu’il y a de meilleur dans un ensemble d’êtres.

Derrida, cité par Jade Lindgaard et Xavier de La Porte dans Le nouveau B-A BA du BHL, disait : « Il n’y a pas de disciples de Bernard-Henri Lévy, de Sollers ou de Glucksmann. En même temps, parce qu’ils sentent – et ils sont assez intelligents pour cela – le jugement critique et sévère dans leur propre milieu de gens comme moi et d’autres, ils les haïssent. (…) Tout à coup, on s’aperçoit que Sollers défend Lévy, pourquoi ? Que Lévy défend Sollers, pourquoi ? Que tout à coup Finkielkraut, qui a toutes les raisons de ne pas être d’accord avec Bernard-Henri Lévy, fait alliance avec Lévy. […] Il y a là une configuration de tous ces intellectuels-là, ensemble, mécanique. Et je crois qu’ils se serrent les coudes, parce qu’ils sont à la fois combatifs et acculés. »

Les peuples peuvent se laisser plus ou moins illusionner un temps, mais de plus en plus ils voient que ces fausses élites qui prétendent gouverner le monde ne sont en rien ce qu’il y a de meilleur parmi les hommes. Que les personnes les meilleures d’entre nous sont celles qui œuvrent, d’une façon ou d’une autre, non pour leur enrichissement et leur gloire, mais pour le bien commun, pour plus de justice et plus de fraternité, pour plus d’épanouissement de l’humanité. Ce sont justement ces personnes-là, les réelles élites, qui sont l’objet des insultes les plus ignobles des fausses élites. Leurs insultes, leurs manipulations, leurs violences de toutes sortes sont les réflexes apeurés de gens acculés par leur propre mensonge existentiel.

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George Pell, n°3 du Vatican, condamné : l’Apocalypse continue

Comme on le sait, apocalypse signifie révélation. Il est indéniable que nous vivons un temps de révélations sur toutes les institutions dominantes et leurs représentants. Qu’ils aient ou non été décrétés sacrés, les livres contiennent la littérature qui nous permet de mieux comprendre et imager les événements que nous vivons, c’est pourquoi j’emploie ici – sans religiosité – le terme littéraire (grec) d’apocalypse pour mettre en évidence ce qui se passe.

 

 

George Pell, n°3 du Vatican, reconnu coupable de viol et abus sexuels sur mineurs, encourt jusqu’à cinquante ans de réclusion criminelle. Il ne manque plus qu’à trouver des preuves que Jorge Bergoglio, le pape actuel, a bel et bien dénoncé de jeunes prêtres et les a envoyés à la torture sous la dictature, pour achever le tableau d’une église catholique comme gigantesque imposture et empire du mal, heureusement en train de s’effondrer.

C’est en connaissance de cause que le pape François avait promu George Pell grand trésorier et n°3 du Vatican. Il y avait longtemps qu’il était dénoncé en Australie pour avoir couvert des prêtres pédocriminels et avoir lui-même violé des enfants. Il l’a protégé à Rome aussi longtemps que possible, lui évitant de se rendre en Australie où la justice le convoquait. Le scandale était immense en Australie, où de nombreuses victimes témoignaient des sévices subis, tandis que d’autres n’y avaient pas survécu, finissant suicidées ou mortes par overdose.

Tout en protégeant son immonde collaborateur, qui déclarait avec cynisme que les affaires de pédophilie n’avaient selon lui « pas grand intérêt », le pape multipliait, jusqu’à ces jours derniers, les discours de condamnation des abus sexuels – sans jamais rien faire de concret contre les violeurs et pour les victimes, comme elles l’ont déploré encore cette semaine au terme d’un « sommet sur la pédophilie » qui s’est conclu par… une accusation contre Satan et le paganisme, et le reste de la société.

Ce jésuite, comme Macron éduqué par les jésuites, pratique l’en-même-temps de tous les hypocrites. Belles paroles, actes criminels. La même politique est pratiquée par nos élites formatées par la culture catholique. Dernier exemple en date : Macron se faisant photographier accroupi devant la tente d’un SDF alors qu’il a programmé un plan d’économie de 57 millions d’euros sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale. Macron comme Bergoglio sont des illusionnistes, jouant le « que tout change pour que rien ne change » (selon la fameuse formule du personnage opportuniste dans le roman préféré du pape, roman prisé aussi de Macron, Le Guépard) : il s’agit de donner l’impression par le discours qu’on promeut le changement, alors qu’on fait tout pour que rien ne change, ou même pour que tout empire, en renforçant toutes les dictatures, internes et externes.

Rappelons que, dans les faits, le pape est de tous les combats contre la liberté. Il a reçu Constanza Miriano, auteure d’un livre on ne peut plus misogyne, Marie-toi et sois soumise, publié par l’archevêché de Grenade. Il refuse de répondre aux associations qui aident quelque 300 000 ex-bébés volés par le biais de l’église espagnole, sous le franquisme et plus tard, à retrouver leur mère qui les cherche. Des cas similaires existent ailleurs dans le monde, où l’église a été l’instrument des dictatures (notamment argentine) pour enlever des bébés à leurs parents opposants au régime ou dans des pays où l’évangélisation s’est faite sous acculturation forcée et vols d’enfants. En 2015, il a rejeté le nouvel ambassadeur français pour cause d’homosexualité (pourtant vécue discrètement, sans militantisme) – ce qui est assez comique à l’heure de la sortie du livre Sodoma, sur « l’omniprésence d’homosexuels » au Vatican et dans l’église.

Jusqu’à ces jours derniers, George Pell était toujours n°3 du Vatican. Le pape n’avait prononcé aucune sanction contre lui, pas plus que contre Barbarin, honteusement protégé en France par un Parquet aux ordres de l’État. La blancheur dont l’église et ses disciples, dont Macron et son monde font partie, aiment se parer, fond plus vite que les glaces du Pôle Nord en ce moment. Le mouvement MeToo, celui des Gilets jaunes et d’autres activistes révèle la corruption aux multiples têtes hideuses des élites de ce monde. Cette fonte de façade charrie des torrents de boues toxiques, dont il nous faut nettoyer nos pays, nos terres, comme de la pollution chimique afin d’y restaurer une possibilité de vie pour l’humanité.

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Ruffin vs Macron : ce pays que l’un aime, l’autre pas

Ce-pays-que-tu-ne-connais-pasRuffin vs Macron, c’est Dettinger vs la Police. Un humain vs l’incarnation d’un système. Puisqu’il a écrit son livre en s’adressant à Macron comme le boxeur s’est adressé aux forces de l’ordre, en homme, c’est dans ce rapport aussi que nous le lirons, par d’autres voies que la sienne, qu’il est inutile de répéter. Le christianisme de Ruffin vs celui de Macron, puisque, sans jamais être mentionné, il est souterrainement omniprésent dans l’existence de Ruffin comme dans la posture de Macron. L’art littéraire de Ruffin vs le néant littéraire de Macron, puisque la littérature est une préoccupation des deux hommes, le premier en faisant sans chercher à en faire, le second cherchant à en faire et s’en avérant incapable. Et le travail politique de Ruffin vs la manipulation politique de Macron illustrées par ces deux sortes d’implication ou côtoiement existentiels.

Le livre de Ruffin, Ce pays que tu ne connais pas (Les Arènes, 2019), est aussi vif, tendu, humain, bon à lire, que celui de Macron, Révolution (XO, 2016) est lourd, mou, insignifiant, illisible – le choix des éditeurs est en lui-même parlant : pour Ruffin l’éditeur de Denis Robert, pour Macron celui de Guillaume Musso. Comme on sait, Ruffin et Macron furent tous deux élèves, à deux ans d’écart, au lycée La Providence à Amiens. L’éducation religieuse qu’ils y ont reçue est peut-être le seul vrai point commun entre les deux hommes. Macron a surtout gardé du jésuitisme la brillance fourbe, Ruffin le caractère missionnaire. Sans mentionner cette formation, Ruffin l’incarne quand il oppose « le désir de s’élever » de Macron à son propre désir, « presque de descendre ». Macron désire être divinisé en dominant, Ruffin obtient son salut en descendant parmi le peuple : « Je me sauve par les autres ». Si Macron vient de se faire photographier un genou à terre devant une tente de SDF, n’était-ce pas, en réponse à Ruffin, pour se donner aussi le rôle d’un dieu qui s’abaisse, selon le dogme chrétien ? Encore une fois, Macron est dans la posture et l’imposture (puisqu’il a en fait réduit considérablement le budget consacré aux personnes sans abri), quand Ruffin, lui, est dans le réel, comme en témoignent son œuvre et les portraits sensibles d’humains qu’elle porte.

Du livre de Macron, que j’ai lu il y a peu, je n’ai rien trouvé à dire, tant il se résume à néant, dans sa forme comme dans son fond. Aucun style, aucune vie. Même les premières pages, où il évoque son enfance et sa proximité avec sa grand-mère, sont dénuées de toute chair, sentant à plein nez la pose, la volonté de singer les auteurs lyriques à la recherche de leur passé, cela sans parvenir un instant à faire vibrer la moindre corde, qu’en vérité il ne touche jamais, se contentant de simuler la chose. Le reste du livre est un exposé à prétention politique sans queue ni tête, boulgui-boulga d’ « en même temps » qui promet tout et son contraire et dont il n’est pas difficile de comprendre que rien de cette prétendue Révolution ne se tient ni ne sera tenu, sinon peut-être le pire, rôdant à chaque coin de phrase, comme celles-ci, qui par antiphrase ou directement empestent la tentation fasciste : « Je crois profondément dans la démocratie et la vitalité du rapport au peuple », et : « L’armée ne peut être qu’un ultime recours ».

Dans Ce pays que tu ne connais pas, Ruffin égrène les innombrables soutiens que Macron est allé chercher parmi les faiseurs d’argent à tout prix, « comme une prostituée » selon ses propres mots (oui, les mots de Macron parlant de lui-même), au cours des années pour se faire et arriver. Il raconte aussi un épisode où, instinctivement, il lui a sauvé la mise, lors de la rencontre sur un parking avec les Whirlpool. Dans la bousculade,

« La haine, autour, s’aiguisait. Comme un con, alors, comme un con comme un con, j’ai cherché un mégaphone, qu’on vous le porte, mais vous saviez pas le tenir, pas gueuler dedans, votre voix ne portait pas, les salariés s’énervaient : « Qu’il foute le camp ! Qu’il arrête son cirque ! » Avec Patrice, Patrice Sinoquet, on a gambergé vite fait, on a proposé ça : « Les Whirlpool, et Monsieur Macron, vous passez la barrière, et les journalistes vous restez ici ». Votre équipe a approuvé et ça s’est passé comme ça. Ça s’est calmé comme ça.
Vous mesurez le paradoxe ? Ce sont vos deux opposants les plus résolus qui, ce jour-là, peut-être, vous ont sauvé la mise. Moi, bon, mon CV, vous le connaissez. Mais Patrice Sinoquet, délégué CFDT, certes, mais militant frontiste aussi, un historique, tendance Jean-Marie. La vie est étrange, non ? Car nous vous avons bel et bien épargné, sinon la violence et les coups, le goudron et les plumes, du moins les cris, les crachats, les jets de canettes, les « Macron dégage ! » qui auraient plombé votre image, qui auraient signé le divorce, définitif, d’emblée, avant même le scrutin, entre vous et cette France en souffrance. »

Comme un con, oui. C’est ainsi que nous sommes trop souvent, face à ce genre de personnes. Face à tous les Macrons, avec leur morgue et leur fausseté qui incitent à la haine, mais aussi leur inaptitude totale. Inaptitude à la vie. Leur manque d’être. Et leur insatiable besoin de protection pour pouvoir se maintenir en ce monde. Comme des cons nous tombons dans la compassion. Parce que, contrairement à eux qui ne voient en autrui que des instruments pour leur propre satisfaction, nous sommes humains, nous participons de l’humaine condition – comme l’exprime, tout du long, le livre de François Ruffin, tout habité de l’humanité des personnes qu’il raconte, et de sa propre humanité, avec ses faiblesses et ses fiertés, exposées dans la vie comme dans l’écriture, sans protections. Et au fond, nous avons pitié de ce Macron qui ne peut survivre sans ses protections accumulées, sa femme, son garde du corps, ses milliardaires, ses chefs d’entreprise pollueurs et tueurs, ses ministres imbéciles, ses militants téléguidés par sms, ses médias achetés, sa police, son armée… Combien de temps, encore ?

Finalement la meilleure question que Ruffin pose à Macron dans ce livre est celle de son œuvre. Où est la grande œuvre que, plus jeune, Macron se vantait d’être en train d’écrire ? Elle n’est jamais venue au monde, ni sous la forme d’un livre ni sous une autre forme. Car en littérature comme en politique et dans la vie, Macron n’existe que dans l’illusion, en illusionnant les autres et en s’illusionnant lui-même. Ruffin a des livres, des films et un journal à son actif. De bons livres, de bons films, un bon journal. Il a des enfants, il a des combats, une vie d’homme libre, jamais inféodé, assumant sa fragilité sans pour autant avoir besoin de la protection de puissants. Et une activité politique fondée sur des relations et des actions concrètes avec les gens et en direction des gens. « Les intellectuels du futur agiront-ils en compagnons de route de nouveaux mouvements sociaux désireux de changer la réalité existante ? », se demandait Shlomo Sand dans La fin de l’intellectuel français ? Et : « Par quelle philosophie politique ces luttes seront-elles interprétées et accompagnées ? »

J’estime que Ruffin donne l’une des réponses possibles capitales à cette question. Son livre, très différent de la production habituelle des intellectuels avec son implication du « je », avec son ton libre, ses récits qui portent la réflexion et portent à la réflexion sans dogmatisme, son caractère habité franchement, sans tour de passe-passe, sans cet illusionnisme propre à tous les macronismes et aussi à tous les fascismes, tel un coup de poing dans un bouclier illustre une autre façon de penser : non pas au-dessus du peuple, en intellectuel surplombant (et envoyant les autres au casse-pipe), mais en travailleur intellectuel faisant son travail comme le fait un travailleur boulanger ou un travailleur ingénieur, honnêtement, courageusement, sans chercher à y gagner plus qu’un homme n’a à gagner : sa vie, et celle des gens qu’il aime. Or Ruffin aime les gens.

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Révolution permanente. La ville en jaune

Aujourd’hui des photos de jaune dans la ville, de la musique, et les paroles d’une chanson de Moustaki que je classe dans la catégorie « Poètes du feu de Dieu ». Il a été de ceux qui ont enchanté mon adolescence – je n’imaginais pas alors que quelques années plus tard, il me lirait, mais c’est ce qui se produisit. Ainsi la révolution permanente des Gilets jaunes donnera-t-elle aussi ses fruits. Déjà nous pouvons contempler et humer ses fleurs, la prise de conscience, le réveil qu’elle a introduits dans un pays sous anesthésie, paralysé par les communicants tueurs de pensée depuis des années, processus achevé par l’entièrement faux et sot Macron et son entièrement faux et débile gouvernement.

J’ai repris mon action poélitique #PostIt, avec des post-it jaunes cette fois. Je fais toutes les nuits des rêves fantastiques. Jamais je ne me suis sentie mieux de ma vie.

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jaune 16-minHier à Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

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Sans la nommer

Je voudrais, sans la nommer
Vous parler d’elle
Comme d’une bien-aimée
D’une infidèle
Une fille bien vivante
Qui se réveille
A des lendemains qui chantent
Sous le soleil
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne,
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
 
Je voudrais, sans la nommer
Lui rendre hommage
Jolie fleur du mois de mai
Ou fruit sauvage
Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui traîne en liberté
Ou bon lui semble
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne,
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
Je voudrais, sans la nommer
Vous parler d’elle
Bien-aimée ou mal aimée
Elle est fidèle
Et si vous voulez
Que je vous la présente
On l’appelle
RÉVOLUTION PERMANENTE
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
 
C’est elle que l’on matraque
Que l’on poursuit que l’on traque
C’est elle qui se soulève
Qui souffre et se met en grève
C’est elle qu’on emprisonne
Qu’on trahit qu’on abandonne
Qui nous donne envie de vivre
Qui donne envie de la suivre
Jusqu’au bout, jusqu’au bout
 
Georges Moustaki

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Macron ou la mort programmée du roitelet

agamemnon*

Résumons. Tout rappeler serait trop long, et j’oublie sûrement des faits importants, mais chacune, chacun pourra les ajouter.

2017 : Macron entre à l’Élysée, en chasse les journalistes, y fait entrer son barbouze Benalla et quelques autres copains. La salle de presse est fermée, les médias qui l’ont pourtant fait élire n’ont plus droit de cité au palais. Ce qui s’y passe ne doit pas risquer d’être vu ou deviné par celles et ceux dont le métier est d’informer – au moins un peu – les citoyens. Tout en se parant de symboles divins et royaux, le président maigrement élu commence ou poursuit son entreprise de destruction du pays, vendant des fleurons de l’industrie française, s’attaquant au droit du travail, alourdissant les taxes pour les classes populaires et distribuant les cadeaux aux milliardaires et autres riches qui l’ont soutenu, et commençant à démanteler le service public, notamment l’hôpital, la justice et l’Éducation nationale. Commence aussi la litanie des insultes adressées au peuple par le DRH de la start-up nation.

2018 : Le peuple protestant contre la politique agressive de Macron est dans la rue, les blindés entrent dans Paris. Sommes-nous revenus au siècle dernier ou déplacés dans une autre capitale, les nazis occupent-ils la ville, ou les soviétiques y sont-ils entrés pour écraser un mouvement de libération chez l’un de leurs satellites ? Non, il s’agit de réprimer des manifestants dans un déploiement de brutalité inédit, partout en France, au vingt-et-unième siècle. Chaque fois qu’ils descendront dans la rue, ils seront gazés, blessés et mutilés par des grenades GLI et des LBD , armes potentiellement létales dont l’usage est dénoncé en vain par nombre d’institutions et d’ONG européennes et françaises. Benalla démasqué dans ses besognes illicites ou troubles, tabassage de citoyens et affaires avec des États étrangers ou proches d’États étrangers, usage illégal de passeports, de téléphone et d’armes, n’est pas inquiété et continue, en ex-collaborateur détenteur de secrets-défense, à vaquer à ses activités lucratives.

2019 : La répression féroce se poursuit. Aucun policier n’est inquiété après avoir causé la mort d’une femme et avoir éborgné, défiguré ou mutilé des dizaines de personnes. Les violences policières et les arrestations, y compris préventives, et condamnations sévères de manifestants, sont plus massives que jamais depuis la guerre d’Algérie. Macron n’apporte aucune réponse politique mais profite de la confusion pour lancer un grand débat qui n’est qu’une grande opération de propagande doublée d’une pré-campagne électorale officieuse, monopolisant les télévisions des heures durant, des jours durant. L’autocrate prédicateur poursuit son œuvre de destruction des libertés publiques en restreignant ou projetant de restreindre encore la liberté de manifester et la liberté d’expression, des enseignants et de tout un chacun sur les réseaux sociaux. On assiste à des scènes ubuesques, très inquiétantes. Le ministre de l’Intérieur apprend à des élèves de primaire, au tableau, dans quelles parties du corps la police peut tirer sur les manifestants, leur déclare que ces derniers sont tous des perdants, et qu’on vit dans la haine. Des manifestants suspectés d’avoir lancé des cailloux sur des vitrines sont arrêtés chez eux à l’aube par des équipes du RAID armées jusqu’aux dents. Des enfants suspectés d’avoir tagué un slogan irrévérencieux envers le président sont pris chez eux et emmenés en garde à vue sans droit de visite de leurs parents, après que la police a fouillé leur appartement à la recherche de bombes de peinture.

« Qui apporte la mort le paie de sa mort » (ou : « qui porte le fer périt par le fer »), dit le chœur vers la fin de l’Agamemnon d’Eschyle, histoire d’un roi qui a sacrifié autrui pour servir ses visées et déclenche ainsi un déchaînement de violences dont il est lui-même victime. L’enseignement que les Grecs ont jeté dans le monde il y a deux mille cinq cents ans à travers leurs œuvres est toujours d’actualité. Macron et son monde ignorent tout de la littérature mais la littérature, elle, le voit, les voit, et sait.

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À toutes et tous les mutilés de la macronie

Autoportrait dans mon bureau, ce 14 février 2019

Autoportrait dans mon bureau, ce 14 février 2019

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J’ai perdu un sein au combat, ce qui n’est rien, par rapport à perdre un œil ou une main, comme il est arrivé à tant de nos concitoyens sous les coups de la police macronienne. « Les dictatures ne sont pas seulement dangereuses, elles sont aussi vulnérables, car le déploiement brutal de la violence suscite un peu partout l’hostilité », écrit Ernst Jünger dans son Traité du rebelle ou Le recours aux forêts, notant « l’hypertrophie de la police » dans de tels régimes, auxquels « il faut désormais mettre tout citoyen sous surveillance ».

« Le recours aux forêts – ce n’est pas une idylle qui se cache sous ce mot. Le lecteur doit bien plutôt se préparer à une marche hasardeuse, qui ne mène pas seulement hors des sentiers battus, mais au-delà des frontières de la méditation. » Et cette petite note, écrite après avoir écouté en boucle « Bella ciao » par Manu Chao et commencé à lire ce livre, avance comme l’indiquent ces premières phrases de Jünger. La perte de mon sein m’a un peu attristée mais ne m’a pas traumatisée. En passant devant la glace, j’ai saisi mon appareil et j’ai photographié la dissymétrie entre mon sein naturel et mon sein en reconstruction – avec un « expandeur » qui sera remplacé au printemps par une prothèse en silicone à l’effet plus naturel, sans ce bombé un peu aplati d’aujourd’hui qui lui donne l’air de déborder d’un corset, alors que son rond camarade pèse gracieusement.

Non, la perte de mon sein ne me pèse pas. My burden is light, comme je le chantais avec Handel et le chœur. Rien ne me pèse, sinon d’avoir pris un peu de poids à cause du traitement. Je suis passée de la taille 36 au 38, ce n’est pas énorme, mais tout de même j’aimerais retrouver mon ancienne sveltesse. Il m’importe d’être légère. Cela reviendra, je pense, au cours du chemin. Après des années et des décennies de lutte littéraire pour la vérité, mon corps a pris sur lui le cancer du monde extérieur qui m’était opposé comme celui des manifestants blessés a pris la violence du monde extérieur. Et c’est par cette violence que, comme le dit Ernest Jünger, le monde des violents finit par tomber. La macronie tombera. Ainsi que ce qui l’a faite et ce dont elle est porteuse.

 

la liberté,

 

Nous n’avons pas désiré être mutilés. Mais c’est librement que nous sommes allés au combat. C’est pourquoi nous pouvons estimer être désormais augmentés d’une « mutilation qualifiante », selon les mots de Claude Sterckx dans son livre sur La mythologie du monde celte. Voici ce qu’il écrit :

« Un thème important des mythologies indo-européennes – et celtes – est celui qui lie les pouvoirs majeurs surnaturels et spécifiques d’un dieu à la perte consentie de ce qui en permet naturellement l’exercice.

Ce peut être un organe physique : Fortune (la Fortune), autrement dit le destin tracé d’avance pour chacun, est aveugle ; le Scandinave Odin obtient la voyance omnisciente en s’arrachant un œil ; son collègue Tyr obtient le patronage de la bonne foi en sacrifiant sa main droite – celle qui prête serment – dans un parjure ; le dieu impulseur (celui qui met le monde en mouvement) de l’Inde, Savitr, n’a plus de mains ; dans toutes les mythologies, la déesse-mère paie sa fécondité de cette « mutilation » paradoxale qu’est sa virginité perpétuelle…

Ici, l’amputation du bras de Nuadha le qualifie à la fois comme guerrier – la main qui tient le glaive – et comme roi, car la mission essentielle du souverain est de redistribuer justement entre ses sujets tout ce que sa dignité met sous son contrôle. »

Nous sommes les reines, les souverains : nous avons pour mission de « redistribuer justement ».

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Antisémitisme : signe d’une maladie sociale prospérant sur l’élitisme

Recrudescence des actes antisémites. Le démon européen millénaire se nourrit des crises, vampirise les temps troublés, les mouvements sociaux, les changements sociétaux, les instabilités politiques, les pics d’injustice structurelle de masse. L’antisémitisme est le très vieux ver dans la pomme du catholicisme et, de par les connivences historiques de ce dernier avec les régimes d’extrême-droite et autres fascismes, le nerf de la guerre des partis et groupuscules des idéologies combinant nationalisme, xénophobie et haine de la démocratie. Deux portraits de Simone Veil ont été récemment souillés d’une croix gammée place d’Italie à Paris ; place du Panthéon, en septembre dernier, quatorze de ses portraits ont été souillés d’une croix chrétienne.

L’antisémitisme est aisément identifiable, parce que revendiqué, à l’extrême-droite et chez beaucoup de musulmans gagnés par le besoin de boucs émissaires ou simplement imprégnés du racisme ordinaire qui a cours entre peuples qui cohabitent ou voisinent depuis longtemps, et se ressemblent tout en voulant se distinguer (racisme qui fonctionne pareillement chez beaucoup de juifs envers les musulmans, sans la même violence en Occident mais avec une violence au moins équivalente en Israël). Mais il est aussi répandu dans toute une société apte à cacher ses passions mauvaises derrière des masques de respectabilité, voire de progressisme et d’antiracisme. On le voit notamment ces jours-ci avec la révélation des méfaits de la ligue du LOL, persécutions sexistes, homophobes, racistes et antisémites de la part de journalistes d’une presse prétendument féministe et antiraciste.

Cette funeste ligue n’est en fait qu’une reproduction de la société dans laquelle nous vivons, et singulièrement du macronisme. L’ex-community manager de Macron en faisait d’ailleurs partie, et s’est empressé d’effacer des centaines de tweets de son compte ce week-end. Les trentenaires de la ligue sont les mêmes que ceux du boys’ club de Macron, ces petits mecs sans expérience chargés de le conseiller et de lui proposer des éléments de langage. Dans la ligue du LOL comme à l’Élysée, il s’agit de manipuler le langage afin de manipuler l’opinion, manipuler les gens jusqu’au harcèlement – faut-il encore rappeler la litanie des insultes et autres mesures de rétorsion de Macron envers les classes populaires qu’il faut empêcher d’accéder au pouvoir, comme il fallait à la ligue des ordures du journalisme empêcher des femmes, entre autres, d’accéder aux postes qu’ils se réservaient. La prétention à l’antiracisme n’est bien souvent que la façade ravalée d’un immeuble pourri – en témoignent notamment les dérapages de Macron sur le kwassa-kwassa ou le Gitan qui ne saurait parler normalement.

L’antisémitisme est un racisme, et tout racisme comprend tous les racismes. On ne peut pas être à la fois raciste et antiraciste, antisémite et antiraciste, islamophobe et antiraciste, etc. Le racisme repose sur la croyance aux races. Les racistes pensent qu’ils ne sont pas racistes si leur racisme vise les juifs, ou les musulmans, ou d’autres groupes de telle ou telle confession, telle ou telle culture qu’ils disent ne pas distinguer par leur couleur de peau mais par leur confession ou leur culture. Ce raisonnement primaire ne fait que prouver leur racisme, leur croyance au partage de l’humanité en races selon les apparences physiques. Tout racisme se justifie par de bonnes raisons, en réalité faussées ou entièrement fausses.

Contrairement à ce que croient les racistes et les sexistes, même quand on le veut on ne réduit jamais des humains à leur physique ou à leur sexe. Comme le disait le juif Jésus, les pires fautes que nous commettons sont les fautes contre l’esprit (et il avait entrepris de démolir l’élitisme présent dans sa culture, cette faute contre l’esprit). Le racisme et le sexisme sont des fautes contre l’esprit. Croire que des apparences physiques différentes seraient la marque de races ou d’humanités différentes, c’est nier que l’humanité est une, animée dans ses variations par un même esprit, et que l’humain est le semblable de l’humain. Le racisme, qu’il soit dirigé contre des traits physiques ou contre des traits culturels, crée l’élitisme, qui à son tour démultiplie les formes de racismes, dont les racismes de classe tellement à l’œuvre dans notre société, et exaltés par le macronisme.

De même qu’il existe un alcoolisme mondain, il existe un racisme mondain, dont l’antisémitisme n’est qu’une des formes de la peur de soi et de l’autre, si fréquente en particulier chez ceux et celles qu’animent des pulsions de domination, que ce soit dans les sphères privées (famille…) ou dans les sphères publiques du pouvoir. Comme en témoigne le blogueur Korben, l’une des victimes de la ligue du LOL : « La plupart de ces harceleurs sont calculateurs, manipulateurs, sans aucune empathie pour leurs victimes. Et pourtant leur visage social est joyeux, souriant, humoristique, cultivé, sympathique. Ils occupent quasiment tous de bons postes où ils peuvent dominer et il est impossible de les démasquer tant que l’on n’a pas été une de leur cible. »

L’interdit qu’ont heureusement réussi à imposer les juifs sur l’antisémitisme, dans une civilisation qui les a persécutés pendant des siècles jusqu’à tenter de les exterminer totalement, a rendu cet antisémitisme plus difficilement avouable, souvent même à soi-même ; et beaucoup l’ont remplacé par l’islamophobie, un racisme sur lequel ne pèse pas le même tabou. L’islamophobie est devenu un élément ouvertement rassembleur des Français dits de souche comme l’antisémitisme le fut ouvertement en d’autres temps. Dans La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, Shlomo Sand écrit : « Feuilleter les numéros de Charlie, de 2006 à 2015, provoque la stupéfaction. (…) L’islam est bien plus qu’un « détail » dans l’existence hebdomadaire du journal. (…) Dès qu’il s’agit de l’islam, tous les freins sont levés : les musulmans sont toujours répugnants, repoussants et même, la plupart du temps, menaçants et dangereux. Les dessinateurs de Charlie raffolaient particulièrement du postérieur de Mahomet, de ses testicules (…) Il y avait plus que de la laideur dans cette représentation méprisante et irrespectueuse de la croyance d’une minorité religieuse (…) Il est surprenant de voir combien les juifs « sémites » d’hier ressemblent au musulmans « sémites » d’aujourd’hui : même laideur du visage et même nez, long et gros. (…) Cette caricature répugnante… Ce type de dessin n’est pas dirigé contre les intégristes, ni contre les princes saoudiens, et n’a pas non plus pour objet la défense des femmes (…) Il est interdit de prôner la stigmatisation d’un groupe d’humains du fait de son origine, de son genre, de ses orientations sexuelles ou de sa religion. (…) Pourquoi plus de quatre millions de Français ont-ils défilé sous un slogan qui les identifiait à un journal islamophobe et totalement irresponsable ? » Shlomo Sand développe dans le même livre un chapitre sur la promotion médiatique inouïe faite à Houellebecq et à son islamophobie, notamment lors de la publication de son roman Soumission. Constatons que ce sont les mêmes organes de propagande qui ont porté au pouvoir Emmanuel Macron et son racisme social, entre autres. Et comprenons que la recrudescence des actes antisémites est un indicateur, telle une éruption de fièvre, de la maladie bien plus généralisée de tout un corps social.

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Ligues du LOL, ligues de Macron et de tous les pouvoirs

gaz,*

L’histoire de la « ligue du LOL » (harcèlement en groupe et pendant des années de journalistes, surtout femmes, par certains de leurs confrères) est celle de tous les singes dominants du monde. De « ceux qui ont réussi » en écrasant en réseaux « ceux qui ne sont rien », et d’abord les femmes, les racisés, les mauvais genres en tous genres. Des complicités et connivences, surtout masculines, structurées ou non, sont à l’œuvre dans tous les lieux de pouvoirs petits ou grands. Dans tous les milieux fermés que la société française, dans son jacobinisme et son hiérarchisme bourgeois, entretient beaucoup plus que d’autres pays – ce qui pousse tant de jeunes à s’expatrier sous des cieux moins excluants. Des hommes s’assemblent dans une complicité sexuelle sadique, chargée d’homosexualité plus ou moins refoulée, afin de frapper et d’éliminer celles et ceux qu’il leur faut piétiner pour grimper à l’échelle, cette échelle sociale dont les barreaux sont faits des blessé·e·s et des cadavres qu’ils doivent accumuler pour se maintenir « premiers de cordées ».

Il ne s’agit pas seulement de rabaisser celles et ceux qu’ils perçoivent comme de potentiels concurrents, de s’assurer en les démoralisant et en leur faisant obstacle qu’ils resteront des riens ou des presque-riens. Il s’agit avant tout de se donner par l’abus en réseau un sentiment de pouvoir qu’on ne pourrait avoir autrement, par ses seules qualités. De même que des prêtres abusent des enfants parce que leur sexualité est misérable et que l’église leur donne la couverture nécessaire à leurs agissements, ceux dont l’intellect est trop misérable pour qu’ils puissent s’élever par eux-mêmes ont besoin de maltraiter autrui pour obtenir quelque satisfaction narcissique, sous le couvert de leur réseau.

Ainsi procède Macron, qui harcèle le peuple français d’insultes, puis de violences policières. Il s’agit de casser le moral des victimes, et si cela ne suffit pas, de les terroriser. Pour cela, les petits mecs, les petits cons, s’appuient sur leurs complices, qu’ils soient bandes d’anonymes sur les réseaux sociaux ou armées de flics casqués. L’impunité, la diffamation, le déni et l’hypocrisie font les murs derrière lesquels ils se cachent, eux-mêmes terrorisés par leur totale illégitimité.

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Rappel : mon témoignage sur l’un des constants épisodes de harcèlement dont j’ai été la cible chaque fois que j’ai ouvert un compte twitter (pour cette raison, j’ai encore fermé le dernier en date : ainsi procède-t-on pour vous empêcher de parler)

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Le génie du peuple (prouvé en 3 petites vidéos)

« Notons qu’avec ce peuple qui se fonde par lui-même dans l’agir (et dans une contemporanéité connectée), nous sommes loin de tout populisme », écrit Yves Cohen dans ce texte qu’il faut lire sur Les foules raisonnables. Notes sur les mouvements sans parti ni leader des années 2010 et leur rapport avec le vingtième siècle, rappelant « la réflexion de Jean-Jacques Rousseau qui parlait de « l’acte par lequel un peuple est un peuple».  »

Celles et ceux qui dans le peuple savent rire, avec leur corps comme avec leur esprit, sont les sauveurs de vie. Macron est faux et chiant comme la mort, Macron et sa caste, et son monde, sont chiants comme la mort. Le peuple a le génie de l’agilité, du courage, de l’inventivité, de l’humour : voilà ses meilleures armes. C’est grâce à elles que malgré l’indigence des classes affairées à dominer, qui n’avancent dans la vie que piétinant les pieds dans la merde, contre leurs forces de mort, l’humanité a vaincu, vainc et vaincra, jour après jour, dans la grâce, l’élégance et la joie.

 

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Retour sur une fascisation en marche depuis des années

macronisme,*

Les réponses paranoïaques d’Emmanuel Macron au mouvement des Gilets jaunes ou à l’affaire Benalla, symptomatiques d’une société de l’occulte et du spectacle, marquent l’accélération, sous sa présidence, d’une fascisation du pouvoir politique en France, comme ailleurs en Europe.

« La démocratie peut disparaître en Europe », déclarait Jean Ziegler, vice-président du Comité des droits de l’homme de l’Onu, le 28 décembre 2014. Et il accusait comme dans son livre Retournez les fusils « les oligarchies financières globalisées » de la détruire. La dérive fascisante du pouvoir, dont l’un des symptômes est la tentation d’interdire toujours plus, sanctionner policièrement les paroles « déviantes », et notamment faire obstacle au droit de manifester, n’a pas commencé hier. En 2014, plusieurs manifestations en soutien à Gaza bombardée et martyrisée, ou en hommage à Rémi Fraisse, ont été interdites, dans un pays où, comme en toute démocratie, de telles interdictions sont rares. Ou du moins étaient rares. En revanche, ce sont les représentants de l’État qui ont appelé à la manifestation monstre du 21 janvier 2015, au cours de laquelle la police fut acclamée.

Selon Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur, « il y a des libertés qui peuvent être facilement abandonnées »… pour, bien sûr, lutter contre le terrorisme. Mais les pouvoirs n’ont pas attendu la tuerie de Charlie pour s’emparer des libertés en organisant la surveillance à grande échelle des citoyens, nouvelle forme du fascisme. Qui, dans ce vieux pays hiérarchisé et cloisonné, trouve intérêt à ce jeu paralysant ? « La France a besoin d’autorité », déclarait Manuel Valls le 18 février 2015, en guise de justification du recours à l’article 49-3 pour imposer la loi Macron. La vérité est qu’un gouvernement plus faible que jamais, et affaibli par son manque de vision, d’intelligence et de respect, un gouvernement traître à toutes les promesses qui l’ont porté au pouvoir, n’a aucune véritable autorité. L’autorité vient de l’exemple que l’on est, que l’on donne. Quand l’autorité morale vient à manquer, quand les actes et les comportements contredisent les discours, l’autorité est défaillante : c’est alors que s’y substituent l’autoritarisme, l’abus, la violence, morale ou physique.

Les temps que nous vivons sont souvent comparés à ceux des années 30. L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Si les conditions d’une advenue du fascisme sont réunies, ce dernier, ou sa forme nouvelle, ne vient pas forcément par où on l’attendrait, par où il est déjà venu. Certains portent la mauvaise parole, celle qui fit du mal autrefois, mais ont peu les moyens de nuire, voire ne croient pas eux-mêmes à cette mauvaise parole proférée et entendue avec distance. Alors que d’autres, porteurs d’une « bonne parole » mensongère, sont au pouvoir et n’hésitent pas à en abuser, à porter atteinte aux institutions républicaines et à la liberté d’expression.

Tandis que les irresponsables politiques de tous bords, depuis des décennies laissent empirer la situation de la société, où les inégalités se creusent non seulement sur le plan matériel mais aussi sur celui de l’éducation. Au bas de l’échelle certains pratiquent le trafic d’armes et de drogues comme d’autres, en haut de l’échelle, pratiquent le trafic de la vérité, les trafics politiques, les trafics financiers et les trafics d’influence. Le viol de la loi et le faux règnent du haut en bas de la société, et les uns les autres se regardent au miroir de la mort. Ils croient se combattre mais ils œuvrent pour le même camp, et c’est le pays entier, y compris les innocents et les hommes de bonne volonté, qui en est victime.

Oui, miroir de la mort. Guy Debord avait prophétisé la société du spectacle. Ajoutons qu’elle a son corollaire, qui se développe en même temps qu’elle : la société de l’occulte. Les deux n’en font qu’une. Société de fausse transcendance, creusant sa « fosse de Babel » comme le prophétisa plus synthétiquement encore Franz Kafka. Où est le spectacle, là est la fosse. Le spectacle est l’apparence, l’épidermique. Que font les discours des politiques et des médias dominants ? Ils poussent aux réactions épidermiques en désignant des gens à la vindicte. Quels gens ? Non pas de riches exploiteurs, non pas de puissants corrompus, non pas des intellectuels aux influents réseaux entraînant le pays à semer la mort et le chaos par ses guerres et autres ingérences au Moyen Orient ou en Afrique, et faisant régner en France, dans la presse et l’édition, la pensée unique, la promotion et l’exclusion de telle ou telle voix – mais les pauvres, les stigmatisés de longue date, les personnes parfois poussées au désespoir du fait du mépris dans lequel elles sont tenues, et étaient avant elles tenus leurs parents : tour à tour et à la fois les Roms, les immigrés et enfants d’immigrés, les migrants, les chômeurs, les Gilets jaunes maintenant… Voilà le ressort qu’exploitent les politiciens : épouvanter secrètement les gens, afin d’obtenir leur repli, leur défaite.

Ayant dû renoncer à ses colonies, c’est le peuple de métropole que l’État français s’est mis à coloniser. Ce peuple formé de beaucoup d’immigrés et enfants d’immigrés, du peuple de toujours et de sa jeunesse, de tous ceux qui n’ont pas pour but dans la vie de dominer et exploiter autrui. Au fond les colonisés sont déjà plus libres que les colons, prisonniers de ce besoin de coloniser sans lequel ils ont peur de ne pouvoir survivre. Mais c’est justement leur propre aliénation qui les pousse à faire en sorte que se perpétue leur domination, toujours menacée. Si les dominés ont toujours devant eux la perspective de renverser les dominants, les dominants, eux, passent leur existence dans la crainte de se voir dépouillés de leur domination, sans laquelle ils ne savent survivre. Et pour se maintenir ils sont prêts à tous les artifices, tous les mensonges, toutes les ruses, toutes les tromperies. L’illusionnisme, les tours de passe-passe, sont leurs misérables armes, portées par beaucoup de médias complaisants – aux mains de milliardaires et plus ou moins achetés par les aides que leur verse l’État. Le fascisme en marche en Europe depuis des années a fait ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, un bond en avant avec une spectaculaire banalisation de ses pulsions, de ses ressorts, de ses retours.

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