Barakatou et la police de Macron. Ceux qui font bien et ceux qui font mal

Barakatou,

masques

Ces deux brèves vidéos ont été tournées à quatre jours d’intervalle. Rappelons que les masques sont vendus jusqu’à dix fois leur prix d’avant la crise et sont obligatoires dans les transports en commun, sous peine d’une amende de 135 euros ; et qu’un amendement présenté par Alexis Corbière pour demander la gratuité des masques a été rejeté la nuit dernière en deux secondes à l’Assemblée nationale.
On voit dans la deuxième vidéo que les gens respectent de leur mieux la distanciation dans la file d’attente. Peut-être y avait-il des encombrements à certains endroits ? Dans ce cas, pourquoi la police n’aurait-elle pas aidé à mieux organiser la file, plutôt que, armée jusqu’aux dents comme face à des ennemis, de chasser les gens ?
Cette boutique de tissus africains a organisé déjà plusieurs distributions de beaux masques qu’elle fabrique bénévolement, tandis que la grande distribution vend très cher des masques de mauvaise qualité.
Sans autre commentaire.

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Sexisme à L’Obs, laxisme dans l’épidémie. Et bonheurs du jour

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Détail de ma peinture en cours (acrylique sur bois)

Détail de ma peinture en cours (acrylique sur bois)

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sexisme lobsS’inspirant de l’article de Forbes (que j’avais évoqué ici sur la réussite remarquable des cheffes d’État dans le monde face à la crise du coronavirus), L’Obs a publié il y a quelque temps un article sur le même thème, titré avec une condescendance ridicule : « Les femmes aussi savent gérer la crise ». Devant le tollé suscité par ce titre puant, le magazine retirait carrément l’article de son site quelques heures plus tard.

sexisme lobs 2Aujourd’hui, le même média en ligne publie un article sur les malheurs d’un duc et d’une duchesse privés de domesticité par le confinement. Et que croyez-vous qu’il se passe ? La femme du couple est renvoyée à l’état de domestique de l’homme, sans que cela n’émeuve personne. « La duchesse passe la serpillière » dans les pièces innombrables de la demeure. J’ai laissé très exactement ce commentaire : « Je ne suis pas duchesse mais chez moi, dans le partage des tâches, c’est l’homme qui lave le sol. Pauvres gens, grand château, tête étroite. » C’est à peine croyable mais mon commentaire a été censuré ! Ai-je froissé l’ego si fragile de certains messieurs, qui s’estiment indignes de participer aux tâches ménagères ? Que ce petit monde est vieux, décidément.

Je suis allée faire un tour aujourd’hui, avant de continuer à peindre. J’ai grand bonheur à peindre, plus qu’à écrire.

Je n’écris pas depuis des jours et des jours, à part quelques commentaires que je laisse ici ou là en ligne, comme Neruda va au bordel dans le film (mal plagié des histoires de Cortazar, nécessitant le recours à une voix off, made in simili-surréalisme – bref, mauvais) que j’ai vu hier soir sur Arte. Sauf que moi je n’achète personne – ceux qui en achètent d’autres se vendent aussi eux-mêmes, tout au long de leur vie. J’ignore si ce fut le cas de Neruda ou s’il s’agit d’une diffamation portée par ce film sans génie aucun et, logiquement, aussi condescendant envers le peuple que L’Obs envers les femmes.

Ne pas travailler à mes manuscrits ne me manque pas, ce sont plutôt les salles d’étude des bibliothèques qui me manquent. Et puis j’écris aussi ce journal bien sûr, lui fait partie de ma respiration et de mon ascèse comme mon yoga du matin.

sqaure rene le gall-minJe suis allée voir le jardin partagé du square René Le Gall derrière les grilles, avec sa végétation odorante et luxuriante, poussant toute seule bien joyeusement.

En passant devant un magasin, j’ai vu qu’il y avait du gel hydroalcoolique à l’entrée pour que les clients puissent se désinfecter les mains en entrant et en sortant. Bien. Mais dans un autre, les employés ne portaient pas de masque. L’épidémie étant loin d’être finie en Île-de-France, il me semble que le port du masque devrait être obligatoire dans les commerces (pour les clients et pour les employés) comme dans les transports en commun. Mesure essentielle de respect d’autrui. Si nous ajoutons au retard pris par les pouvoirs publics dans la gestion de la crise, combien de temps encore allons-nous devoir supporter de rester sans jardins, combien de temps les cafés, les restaurants, les théâtres… devront-ils rester fermés, combien de temps encore les hôpitaux seront-ils saturés, combien de temps comptera-t-on les morts ?

moto brulee-minSexisme et laxisme sont le fait d’une paresse de la pensée, comme le racisme. Du refus de voir le réel et d’en prendre ses responsabilités. Ce que les hommes aux paupières collées veulent de toi, ne le leur donne pas : comme à leur habitude de commerce des âmes, ils ne veulent pas ton bien, dont ils ne savent rien, ils ne cherchent -sans jamais la trouver- que leur satisfaction.

Moto brûlée et jardin partagé : aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

Mauvaises et bonnes comédies du jour

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Work in progress, détail de ma nouvelle repeinture en cours

Work in progress, détail de ma nouvelle repeinture en cours

Les théâtres sont fermés, allons au spectacle quand même.

Des stars lancent un appel pour la bonne cause. Leur mode de vie des plus pollueurs ne les empêche pas d’avoir l’impudeur de réclamer des actions pour la planète. Il y a quand même quelque chose d’indigent chez ces riches, c’est leur texte. Huées !

Macron histrionne en ligne devant les gens de la culture, le bras de chemise en goguette et le cerveau avec, autre chose que le coronavirus lui étant probablement passé par le nez. Doubles huées !

Le traducteur et auteur Claro fait savoir qu’il refuse d’être sélectionné pour le prix Renaudot. Bravo ! Si tous les auteurs en faisaient autant, et pour tous les prix dits littéraires, ils feraient plus pour la littérature qu’ils n’ont probablement jamais fait jusqu’ici.

Vincent Lindon a eu envie de faire un acte citoyen, le voilà : un beau texte qui peut se résumer à ce constat sur le pouvoir en place : « Une seule stratégie : mentir », et à une réclamation : la taxe Jean Valjean. Double bravo !

Notre capacité à garder le cap

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Work in progress, détail de ma nouvelle peinture en cours

Work in progress, détail de ma nouvelle peinture en cours


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Aujourd’hui les martinets sont revenus dans le ciel de Paris. De ma fenêtre, j’ai vu des palombes transporter de longues brindilles dans leur bec. Saison des nids. La nature suit son cours. La culture aussi, puisqu’elle en fait partie. Comme j’écoute de la musique douce (de méditation) tout en en peignant, fenêtre ouverte, un merle se pose en face sur une antenne et chante de concert, en virtuose.

Mes bibliothèques me manquent, celles où j’allais travailler. Je ne travaille pas bien à la maison. J’ai besoin de me dépayser pour écrire, il en a toujours été ainsi.
De temps en temps je passe la tête par la fenêtre, pour prendre l’air et un peu de vitamine D. Je n’ai pas envie de me promener dans une ville où presque tout est fermé et où il faut faire attention à ne pas dépasser un petit kilomètre de chez soi. Toujours par la fenêtre, je regarde mon vélo, en bas dans la cour, au moins bientôt je pourrai en faire.

Le confinement est dur pour les citadins qui n’ont ni nature ni même balcon pour s’aérer. Si on s’y était pris plus tôt et plus intelligemment nous serions sortis d’affaire plus vite et avec moins de morts et de dégâts. Le confinement est sûrement encore plus dur pour les jeunes, si pleins de vitalité, et qui doivent le supporter alors qu’eux ne sont quasiment pas menacés par le virus. Et les conditions de travail pour ceux qui doivent continuer à travailler sont encore plus dures que le confinement. Une période traumatisante pour le pays, d’autant que les décisions politiques continuent d’être chaotiques et souvent incohérentes. Il est aisé de déprimer et de prophétiser comme Houellebecq que le monde d’après sera encore pire, mais rien n’est joué, en fait. Nous ne sommes pas emportés par un destin aveugle, nous gardons notre libre arbitre et notre capacité d’agir. C’est en les exerçant que nous faisons l’histoire, au lieu de la subir. Même dans les temps de contraintes et de menaces, notre capacité à garder notre esprit souple et vivant peut nous sortir d’affaire. Comme dans les livres d’aventures et les contes pour enfants, oui.

Politique de la charité

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Dès leur création, j’ai détesté les Restos du cœur. Je déteste la charité. J’ai grandi dans une famille très pauvre et une fois adulte j’ai été très pauvre, longtemps, à être démunie de tout, à ne manger que des pâtes ou du riz. J’ai connu d’autres gens dans le même cas. Nous ne risquions pas de faire du gras. Ils ne se plaignaient pas, moi non plus. Je ne serais jamais allée aux Restos du cœur ni à un truc de ce genre. On a enlevé leur dignité aux pauvres. Beaucoup se surnourrissent de cochonneries. Dans cette société de consommation, il n’y a pas d’autre but que de consommer, pour les pauvres comme pour ceux qui ont de l’argent. Ce qui est à portée de consommation des pauvres, c’est la nourriture, la mauvaise nourriture qui fait les corps en surpoids et paralyse les esprits. Et la maladie de l’obésité s’étend, elle touche de plus en plus de monde dans toutes les classes, elle tue elle aussi, par l’addiction dont elle est le signe, notre capacité à nous tenir debout.

Depuis le confinement, les files d’attente s’allongent de plus en plus aux distributions de nourriture. Il s’y trouve des gens qui ont véritablement faim, des sans-abri privés des revenus de la manche depuis que les rues sont désertées, et des travailleurs privés de travail. Leur distribuer de la nourriture est utile, mais n’en reste pas moins révoltant. Ce monde est indigne. La solidarité y est devenue, par force, de la charité. Une manifestation éclatante de l’injustice sociale. Et de sa pérennisation. Si je me souviens bien, les Restos du cœur devaient être provisoires. Ils ont instauré un système. Même effet pervers que celui d’une certaine aide humanitaire, quand elle n’est pas coopération avec les gens à qui elle s’adresse. La charité, c’est le non-partage. Il y a l’indigent, et il y a le citoyen. Le citoyen agit, l’indigent est dépendant. La bonne idée d’Emmaüs, c’était de refuser ce système ; c’était un progrès certain, même s’il n’est pas allé assez loin. Et ce qui se développe maintenant et depuis les Restos du cœur, continue, pour la bonne cause, à entériner l’exclusion, participe même à l’augmenter.

On parle de solidarité, et sans doute un esprit de solidarité anime-t-il la plupart de ceux qui organisent ces distributions, mais le système, lui, est celui de la charité. Mon sens de la dignité est blessé devant ce spectacle répugnant. Qui est devenu une politique. L’hôpital se fout de la charité mais il lui a fallu la subir, il lui a fallu accepter des dons de sacs poubelles transformés en blouses et de casques de plongée pour se protéger d’un virus. Comme on parle de culture du viol, on peut parler de culture de la charité, et de politique de la charité. La Commission européenne elle-même envisage de lancer un crowdfunding pour faire face à la crise économique due au coronavirus. L’Europe faisant la manche. La boucle est bouclée.
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L’arène Littérature

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Le coronavirus a mis fin aussi aux cours du Collège de France, dont j’ai souvent parlé ici. Cette fin de cours par défaut d’Antoine Compagnon, sur les fins de la littérature, ne manque pas d’élégance. Quant à la fin de la littérature, elle se trouve en ce moment sur les étals des libraires et chez les éditeurs qui attendent la fin du confinement pour vendre leurs auteurs, des Tchitchikov – des trafiquants – plutôt que des Homère – des poètes. La reine est morte, vive la reine !
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Matin : yoga. Après-midi : peinture. Un détail du tableau en cours, bientôt fini :

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Des chercheurs salvateurs, des vendeurs de livres, et de la santé de tous

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Work in progress, un détail de ma peinture toujours en cours

Work in progress, un détail de ma peinture toujours en cours

De bonnes nouvelles arrivent d’Asie. La première vient du laboratoire chinois qui a développé un vaccin qui s’est avéré efficace sur des singes ; travaillant 24 heures sur 24, ils sont en train de le produire par dizaines de milliers d’exemplaires pour vérifier qu’il supporte la production de masse, tout en commençant à le tester sur des humains volontaires. D’autre part, des scientifiques coréens affirment que les personnes qui ont été contaminées par le coronavirus ne peuvent plus l’être. Une affirmation étayée par une étude bien sûr, et qui paraît vraisemblable : les cas présumés de recontamination au bout de trois semaines n’étaient-ils pas tout simplement des suites de la maladie pas encore guérie ? Un hashtag sur Twitter rassemble ainsi des gens qui continuent à traîner certains symptômes après plus de vingt jours, parfois après plus d’un mois. Heureusement les chercheurs cherchent, et sont capables de changer des situations.

Les éditeurs déplorent de n’avoir pas vendu de livres depuis le confinement, et prévoient que les livres publiés pendant cette période ne pourront plus être écoulés. Les livres qu’ils publient sont donc si importants que si les librairies ferment pendant quelques semaines, ils deviennent invendables ! Quel produit est plus vite périssable que le livre aujourd’hui ? L’édition est devenue l’illustration la plus sordide de la société de consommation. « Société de consommation, j’écris ton nom », voilà son credo.

profil,-min(Autoportrait en Janvier 2020 en Crète, en posture de l’arbre) (J’ai 64 ans, j’ai eu 4 enfants). Je disais hier que j’avais ces derniers mois retrouvé la souplesse de ma jeunesse grâce au yoga. Mais ce n’est pas tout. Yoga et exercice physique en général, ainsi qu’attention à l’alimentation, m’ont aussi gardée dans une forme physiologique exprimée en valeurs qui seraient tout aussi bonnes si j’avais vingt ou trente ans : 11,7 de tension, pouls à 61 au repos, rythme respiratoire de 12 (ou moins au repos) par minute. C’est ainsi sans doute que mon corps, pourtant éprouvé par deux cancers ces dernières années, des opérations et un traitement fatigants, a su se défendre contre le coronavirus, qui ne m’a causé que de légers symptômes. Sans doute ai-je eu aussi de la chance, mais du moins je l’ai aidée. La pandémie révèle quels sont les pays modernes d’aujourd’hui : ceux qui ont su réagir efficacement. Et quels sont les pays dépassés, notamment la France, le Royaume Uni et les États-Unis. Qu’elle nous incite aussi à être absolument modernes, comme disait Rimbaud, mais de façon libre, en commençant par être agissant sur notre propre condition physique et mentale. « Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant que les gens ne changent pas d’eux-mêmes », dit le Coran (13-11). Voilà qui est tout aussi valable pour l’édition. Tant qu’elle ne changera pas, elle continuera à sombrer.
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J’ai trouvé ce graphique sur Twitter :
Screenshot_2020-05-01 Groupe J -P Vernant ( Gjpvernant) Twitter

Yoga, coronavirus… Et verdure des rues, avec aussi un peu de street art

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Il pousse même des bettes sur les trottoirs

Il pousse même des bettes sur les trottoirs


et des chardons

et des chardons


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J'aime les animaux, mais militer contre la réduction des rats en ville, est-ce bien raisonnable ?

J’aime les animaux, mais militer contre la réduction des rats en ville, est-ce bien raisonnable ?


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Hier je suis tombée sur la tête en faisant une posture de yoga sur les mains. J’ai ri du gag, et aussi du plaisir d’avoir réussi à tenir la posture au moins un instant, même si elle s’est terminée par terre. Il y a un côté très amusant dans le yoga. C’est un peu un jeu d’échecs avec soi-même, qui demande beaucoup de patience, de la science dans les déplacements, de la méditation, et qui donne la satisfaction, au fond, de n’être jamais perdant, même si ce n’est pas gagné. Quand j’ai commencé à pratiquer quotidiennement chez moi le hatha yoga, l’été dernier (après avoir suivi quelques cours de kundalini yoga), je me suis rendu compte que j’avais perdu beaucoup de la souplesse de ma jeunesse. Aujourd’hui je l’ai entièrement retrouvée, et je continue à progresser. La force augmente, aussi, grâce au travail sur les muscles profonds. À force d’entraînement, il y a de plus en plus de postures que j’arrive à faire, ou que j’arrive à faire de mieux en mieux, et en me fatiguant moins. La joie que cela apporte rayonne sur toute la vie.

C’est la dernière fois que je vais faire les courses au supermarché où j’allais d’habitude (un Carrefour). Au début du confinement, il y avait un filtrage conséquent, les clients étaient peu nombreux dans les rayons. Maintenant c’est comme avant le confinement, impossible de tenir les distances de sécurité, peu de gens portent des masques et parmi les inconscients et égoïstes une bonne bourgeoise quinquagénaire a toussé en venant vers moi, à cinquante centimètres. Macron et ses électeurs, même mépris des autres. Le gouvernement est très coupable d’avoir prétendu si longtemps que les masques étaient inutiles. Il est évident que le virus est présent dans un espace clos où évoluent en même temps des dizaines de gens, des centaines dans la journée (12 % de gens ont été contaminés en Île-de-France selon une estimation). Si on n’oblige pas les magasins un peu grands à distribuer des masques à l’entrée, et les clients à les porter au moins le temps des courses, l’épidémie va repartir. Idem pour les transports en commun, bien sûr.

Je me suis un peu baladée à pas vifs, toujours avec mon masque maison sur le nez, ce qui n’est pas agréable mais nécessaire : il faut que cela devienne une culture, comme en Asie. Et comme les jardins sont fermés, j’ai contemplé et photographié la verdure qui pousse dans les rues, et aussi quelques œuvres de Street Art nouvelles, rapidement réalisées. Ça m’a fait du bien de marcher, vivement le déconfinement. Pourvu que les responsables politiques et les gens soient assez responsables pour qu’on n’ait pas à de nouveau s’enfermer, et déplorer trop de morts, parmi les personnes fragiles et parmi les soignant·e·s et autres personnes travaillant au contact du public ! Dire que même les gens d’église râlent de ne pouvoir reprendre les messes avant juin… Eux aussi ont oublié l’universel commandement « Tu ne tueras point », qui comprend « Tu ne contamineras point ton prochain. »
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Aujourd'hui à Paris, photos Alina Reyes

Aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Travail en cours, détail

Travail en cours, détail

Je me suis mise aujourd’hui à repeindre une ancienne peinture. Pas de toile pour en commencer une nouvelle et les marchands de couleur sont fermés (personne ne s’en plaint, contrairement à ceux qui geignent sur la fermeture des librairies ; pourtant il n’est pas plus important de pouvoir lire que de pouvoir dessiner ou peindre), et de toute façon il y a déjà des toiles et des bois peints partout sur les murs chez moi, autant repeindre par-dessus ce qui peut être repeint – je n’ai pas la place d’entasser ni l’entregent pour trouver un galeriste complaisant (certains en trouvent pour leur travail d’amateur, comme le mien, mais j’aime autant ne pas en chercher).

Je suis contente d’avoir réussi à me remettre à peindre un peu. J’y avais bien pensé avant, évidemment, mais ce confinement est nuisible à mon élan créateur. Même chose pour l’écriture. Autant je travaillais comme une reine quand je me confinais moi-même dans ce but, autant je dois me contenter d’avoir de temps en temps assez de désir pour ajouter quelques lignes à mon livre en cours. Jouer du piano, je n’y arrive pas non plus, pas plus de cinq minutes une ou deux fois dans la semaine. Je lis quelques livres, mais pas plus qu’un peu. Je lis surtout les infos, comme tout le monde, et c’est une lecture qui rend triste et en colère. Pourtant il ne faut pas fermer les yeux sur ce qui se passe.

Il n’y a que pour le yoga que ça marche. Là oui ça marche bien, tant j’ai besoin d’exercice physique, pour le corps et pour l’esprit. Mais mon travail ne me tracasse pas vraiment, je ne suis pas pressée d’avancer. Pourquoi le serais-je ? Je ne pourrai pas publier avant un certain temps, et autant ne pas se presser de retourner dans ce monde de l’édition tant qu’il ne sera pas un peu rafraîchi – si le coronavirus pouvait participer à le clarifier ! Penser que tant de soignants sont morts et meurent au service des malades, et que tant de distingués auteurs, ou d’auteurs pas distingués, fustigent les mesures de protection contre la maladie au nom de la liberté, ne donne vraiment pas envie de se mêler, même de loin, à ce monde-là. Un monde qui fonctionne à l’inverse de l’épidémie : plus vous gardez vos distances avec son infection, plus il s’emploie à vous tuer. Braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. Mais comme les politiques, plus ils vous tuent, plus vous vous éloignez d’eux. Ça vaut pour les peuples comme pour les individus. L’histoire n’est pas finie.

Vivre au temps du coronavirus

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Ce petit signe, le coronavirus, que nous devons craindre parce qu’il peut nous tuer, est aussi un outil, une sorte de décapsuleur, qui peut nous déconditionner du système dans lequel nous sommes enfermés.

Le coronavirus a poussé le monde dans un jeûne de lui-même. De son ego, de son anthropocentrisme, de son idolâtrie des puissances de l’argent. Oui, il y a plus important, c’est la vie. Et elle ne dépend pas que de nous. Bien entendu les forces funestes de l’ancien monde s’emploient déjà à se rétablir.

Nos châteaux, nos palais, nos temples, nos jardins les plus beaux sont les édifices mentaux que nous construisons au long de notre existence, en tant qu’individus et en tant qu’espèce. Ceux-là sont invisibles mais ils se traduisent dans les livres et les œuvres d’art. C’est pourquoi tant d’œuvres aujourd’hui ressemblent à des immeubles impersonnels, des maisons préfabriquées, des amas de béton qui ne dureront pas. La politique de la domination et des profits instaure des systèmes où elle tâche de nous enfermer, physiquement et mentalement. Mais l’humain a la capacité d’être plus puissant que les systèmes qui l’entravent. Des femmes, des hommes peuvent vivre dans des HLM promis à une prochaine destruction et lire de grands livres indestructibles ; alors que d’autres, dans leurs demeures luxueuses, peuvent se contenter d’ersatz de culture, ou de culture comme objet de consommation et outil de prestige et de domination. Ce qui détermine notre vie ou notre mort après notre mort (notamment après la mort que nous impose le coronavirus), c’est la qualité des habitations mentales dans lesquelles nous aurons su, ou non, vivre.

Par ma fenêtre à Paris, photos Alina Reyes

Par ma fenêtre à Paris, photos Alina Reyes

Rendre justice. Et « La Dameuse » en ebook offert

"La dameuse", 2008, éd Zulma

foret-profondeIl y a dans mon roman Forêt profonde (2007) un passage où la narratrice raconte que la pièce où elle dort, dans Notre-Dame de Paris abandonnée, est hantée par une chauve-souris. La langue, quand elle n’est pas trafiquée pour le commerce, comme dans la littérature industrielle, précède la réalité. La crée-t-elle ? Je pense plutôt qu’elle sait avant, parce qu’elle démêle les apparences, en enquêtrice de la vérité.

Depuis le confinement, je lis des Sherlock Holmes et je regarde des Maigret. Démêler l’affaire, trouver l’assassin, rétablir la justice. Les humains vivent les pandémies, avec leur cortège de mort venue on ne sait d’où (alors que dans les guerres, par exemple, l’exposition à la mort s’explique par l’action volontaire des hommes), comme des temps de remise en question. Même une société sans dieu est obligée de se demander quelles fautes ou quelles erreurs elle a commise pour ne pas avoir su éviter ce qui lui arrive.

"La dameuse", 2008, éd Zulma

« La dameuse », 2008, éd Zulma

La pandémie agit comme signe, un signe qui peut, comme dans l’espace de l’infiniment petit que j’évoquais hier, prendre diverses valeurs. Il induit une instabilité et une incertitude. C’est aussi ce qui se produit dans mon tout petit roman La Dameuse, paru en 2008 chez Zulma (puis vendu sur mon site désormais fermé) et que j’offre maintenant ici en ebook. Bonne lecture !

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(J’ai complété ma note sur les masques avec un tutoriel et les images et l’explication d’un nouveau masque que j’ai réalisé)

Questions pour un coronaviré. Et mon quartier confiné en images

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Il y a longtemps j’avais (j’ignore ce qu’il est devenu) un coffret dans lequel je mettais les choses minuscules que je trouvais ou que je fabriquais (comme des cocottes en papier dans un carré d’un millimètre de côté). Ma mère s’en moquait comme elle moquait le goût de mon père pour les mots, pour la lecture du dictionnaire : j’y vois un indice d’un lien entre l’infiniment petit et le signe. Le signe a la subtilité de l’infiniment petit. Que l’intérêt pour l’infiniment petit ou pour les racines de la langue puisse provoquer l’ironie m’apparaît comme une peur du signe, une peur de la remise en question qu’il ordonne, une peur du vertige comparable à celle de Pascal devant l’infiniment grand. Une peur de ce qui nous dépasse, et une peur d’être dépassé quand on veut tout dominer. N’est-ce pas ce qui arrive au monde en ce moment, face au minuscule coronavirus ?
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dans l'étroite rue Mouffetard, les gens font leurs courses dans les petits commerces de qualité (et pour portefeuilles bien garnis) comme si de rien n'était

dans l’étroite rue Mouffetard, les gens font leurs courses dans les petits commerces de qualité (et pour portefeuilles bien garnis) comme si de rien n’était


Librairie fermée ?

Librairie fermée ?


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Une équipe de télévision ?

Une équipe de télévision ?

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Aujourd’hui à Paris 13e et 5e, dans la limite d’un km de rayon et d’une heure, photos Alina Reyes

Sortez couverts ! Masques maison sans couture (actualisé avec tutos et exemples de réalisation)

Screenshot_2020-05-01 Covid 19 comment fabriquer et décorer son masque alternatif inspiré de l'art du monde arabe

ajout du 10 juin 2020 : finalement j’ai fabriqué un tas de masques pour tout le monde autour de moi, dans des t-shirts colorés ou à motifs devenus sans usage, des leggings, des jeans (super-protection), etc. Avec un minimum de couture, ou sans couture. En voici quelques-uns (non repassés mais une fois sur le visage ils se défroissent d’eux-mêmes). En avoir suffisamment permet de ne pas toujours les laver : il suffit, s’ils ne sont pas sales, de les laisser à l’air libre deux ou trois jours pour qu’ils se désinfectent d’eux-mêmes.

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Les grandes surfaces et bureaux de tabac vendent des masques souvent chers. Il reste intéressant d’en fabriquer soi-même, même si on n’a pas les moyens d’en coudre.

J'ai plié mon bandana (que m'avaient offert des Japonais), il est devenu un masque

J’ai plié mon bandana (que m’avaient offert des Japonais), il est devenu un masque


Je l’ai réalisé selon ce style de pliage, possible aussi avec d’autres tissus :

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Au tout début de l’épidémie de sida, j’étais jeune et insouciante, j’ai mis un certain temps à réaliser qu’il ne fallait plus faire l’amour avec de nouveaux partenaires sans préservatif. L’épidémie de coronavirus nous demande aussi un temps d’adaptation à la nouvelle situation. L’une des raisons pour lesquelles les pays asiatiques s’en sont bien mieux sortis que nous tient au fait que les populations étaient déjà accoutumées au port du masque. Il est grand temps de nous y accoutumer aussi, cette pandémie n’étant pas du tout terminée, et pouvant être suivie d’autres à l’avenir.

Il va sans doute falloir sortir masqué pendant de longs mois, et plus nous serons nombreux à le faire dès tout de suite, plus nous aurons de chances d’éviter de nouveaux confinements. La macronie s’avérant incapable, depuis maintenant des mois, de fournir des masques à la population – et plus généralement, la macronie s’avérant incapable -, en attendant nous pouvons tout de même sortir couverts en nous bricolant quelque chose. On trouve des tutoriels à foison en vidéo ou autre pour réaliser soi-même différentes sortes de masques ; je m’en suis inspirée pour réaliser des masques sans couture. (Je sais coudre, on apprenait ça aux filles quand j’étais au collège, alors que les garçons apprenaient un tas de trucs de bricolage qui m’auraient beaucoup plus intéressée… bref, je n’ai pas gardé un grand goût de la couture mais il peut valoir la peine de réaliser des masques cousus, peut-être plus confortables).

masque 3-minAprès, donc, mon masque en kippa (celui-là, c’est moi qui l’ai inventé), je me suis aussi fait un masque avec mon bandana, avec en guise d’élastiques deux bandes découpées dans un vieux t-shirt, le tissu des t-shirts étant élastique aussi. Et pour O, un masque découpé dans un bas de vieux legging, selon le principe du masque en chaussette que j’ai vu présenté par Yannick Noah (deux coups de ciseaux jusqu’à mi-hauteur de chaque côté de la bande faisant office d’élastiques). Dans les deux cas zéro couture, quelques secondes de fabrication. Et on peut glisser à l’intérieur un mouchoir en papier pour plus de sécurité (sans oublier de continuer à respecter distanciation et gestes barrières, avec ou sans masque). Pour un masque en bandana, nombreux tutos sur Youtube, par exemple celui-ci ; idem pour les masques en chaussette, par exemple ici, adaptable donc en jambe de leggings ou manche longue de t-shirt. Voici aussi un masque en tissu de t-shirt sans couture et à orner :

Allez, une ville où chacun porte un masque pour protéger les autres autant que pour se protéger soi-même est une ville civilisée. Et une société qui refuse de laisser mourir les plus fragiles en n’agissant pas, mais trouve d’autres moyens que de longs confinements pour protéger tout le monde, est une société plus responsable et plus libre. Le monde d’après, c’est tout de suite qu’il faut le faire et le vivre, à tous les niveaux, selon toutes les possibilités. Ah comme j’aime la vie !

Un autre tuto pour réaliser un masque très simplement, juste avec du tissu de t-shirt et des ciseaux. Petite erreur dans la vidéo : 6 pouces = 15 cm (et en fait il faut adapter les mesures, éventuellement les augmenter).

J’ai réalisé un masque en m’inspirant de cette méthode, que j’ai juste un peu améliorée parce que je trouvais le masque un peu mince. J’ai donc ajouté à l’intérieur un autre tissu, molletonné (cousu par un point au milieu) et il y a un espace pour y passer aussi du papier, genre mouchoir. L’attache se fait seulement par le haut des oreilles et c’est suffisant mais si on veut prendre toute l’oreille il faut découper plus large qu’indiqué sur le tuto. J’ai décoré mon tissu blanc plus très beau au stylo. Le masque tient très bien et il reste léger à porter.

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Pour l’entretien des masques en tissu, beaucoup préconisent un lavage à 60° mais j’ai lu aussi des conseils de scientifiques américains préconisant tout simplement un lavage à au moins 30°. Une autre méthode consiste à passer les masques au four à 70° pendant une trentaine de minutes pour les désinfecter (mon four ne commence pas si bas, alors j’y mets les masques dès le préchauffage puis je l’éteins avant qu’il ne devienne trop chaud et j’y laisse les masques vingt autres minutes). Le passage au micro-ondes est déconseillé. Si le masque n’est pas sale, on peut aussi tout simplement, après usage, le laisser à l’air libre dans un endroit où il ne sera pas touché pendant deux ou trois jours, le temps que bactéries et virus se désactivent d’eux-mêmes (en se faisant plusieurs masques, on permet un roulement).

Disparitions et apparitions

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selfie masque-minIl y avait longtemps que je n’étais pas sortie. Je suis allée faire des courses dans l’idée d’en profiter pour marcher un peu et faire quelques photos de la ville par temps de confinement. Mais la ville ne me plaît pas du tout, ainsi inanimée. Je trouve ça sinistre. Je n’ai pas fait de photos, à part un selfie, masquée, devant la Sorbonne Nouvelle ; et j’étais de retour moins d’une heure après. Une fois dans mon appartement sans balcon, j’ai fait encore quelques selfies, pour photographier quand même quelque chose de vivant (quoique pâlichon, par manque de grand air).

Je n’apprécie pas vraiment non plus toutes ces images d’animaux qui profitent du confinement pour se promener dans les villes. L’esthétique fin-du-monde sied mieux aux fictions qu’à la réalité, je trouve. Mais j’aime par exemple ces images d’un chevreuil profitant de la tranquillité de la plage pour se baigner longuement, courir… Nous excluons les animaux sauvages d’un territoire qui leur revient autant qu’à nous. Or ce n’est pas aux abusés de changer de comportement, mais aux abuseurs. Sinon cela se retourne contre ces derniers, comme en ce moment avec ce coronavirus.

Nous oublions que les animaux dans la nature sont pleins de joie, et d’autres émotions, comme nous. Comme nous ils aiment la tranquillité, la liberté, et prendre du bon temps. Quand je vivais seule dans ma grange à la montagne, je passais des heures dehors sans faire aucun bruit et alors les animaux sauvages apparaissaient. Parfois ceux qui sont petits circulaient tout près de moi sans s’apercevoir de ma présence immobile. C’était un bonheur indicible. Je contemplais les grands, le cœur battant aussi, quand ils s’approchaient ou quand je les rencontrais sur mes chemins, les mêmes que les leurs (les animaux empruntent les chemins, comme nous). Puis il finissaient par me voir, me regardaient fixement, avant de partir en bondissant.

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