
dessin de ces jours-ci dans mon carnet de notes
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Poétique du trait. Que font les enfants dans les communautés où ils ne disposent ni de crayons ni de papier, ni de jouets industriels ni de jeux vidéos ? Avec un bâton ou bien au doigt, ils tracent des traits par terre. Pourquoi ? L’humain se projette. Quelque chose d’enfoui dans la matière humaine doit se projeter en géométrie (en « mesure de la terre », mesure en laquelle l’homme prend sa propre mesure, tel l’arpenteur du Château de Kafka ; selon la tradition, Platon affichait au fronton de son Académie : « nul n’entre ici s’il n’est géomètre » – le fait est en tout cas qu’il prône au chapitre VII de la République la nécessité pour le philosophe d’étudier la géométrie, l’astronomie et l’harmonie). L’homme se projette en géométrie et en images. Aussi sûrement que l’abeille doit construire sa ruche, l’araignée sa toile, l’oiseau son nid, le lièvre son gîte, le fauve son repaire, l’humain doit élaborer autour de lui une forme où sa pensée puisse habiter, évoluer, prospérer.
Je tourne et retourne autour de mon sujet, je veux le faire partir du centre, et de là, se dérouler. Je pourrai alors dire : tu es coquille et je veux te bâtir en t’émanant de moi, spiralante structure. Une thèse c’est, étymologiquement, une position. Argumentée. Si je veux développer une pensée de la poétique, de la poétique de la poésie à partir de la poétique du trait inaugural, une pensée de la langue profonde, il me faut partir moi-même d’une position profonde. Mon explication, autrement dit mon dépliement, doit venir de mon implication, de mon pliement dans le sujet. Que je sois le sujet, que le sujet m’enfante, et que j’enfante, que je mette au monde le sujet. (« Se replier sur soi-même, dit Husserl, et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu’ici et tenter de les reconstruire »)1.
Je n’ai pas l’intention d’élaborer un poème à thèse, mais peut-être, habitant en poète, construirai-je une thèse habitée, habitable. Une thèse à fonction poétique, laquelle selon Roman Jakobson « projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison »2 – c’est-à-dire une fonction dans laquelle la forme physique du texte a autant de valeur que les articulations de sa seule fonction sémantique. Ceci, pour mon travail, à un niveau essentiellement macrostructural : où Jakobson se penche sur la poésie au niveau microstructural en évoquant les séquences syllabiques et rythmiques, le vers, ses rejets, ses enjambements etc., j’indiquerai que la fonction poétique est sans doute à l’œuvre dans mon écriture même (Mallarmé ne disait-il pas que « toutes les fois qu’il y a effort au style, il y a versification » ?3), mais aussi et surtout dans la composition de mon livre, dans le tissage entre données du réel (dans les champs de l’intime comme dans ceux de l’Histoire) et données de l’art et de la littérature, dans l’agencement de ses blocs de textes, de ses registres, de ses thèmes, de ses citations, de ses références, de leurs correspondances physiques, dans leurs reprises au rôle semblable à celui des rimes, des sonorités et des tempi de la versification, dans sa polyphonie kaléidoscopique et son ensemble symphonique.
1 Edmund HUSSERL, Méditations cartésiennes, cité par Philippe DESCOLA, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p. 133
2 Roman JAKOBSON, Closing Statement : Linguistics and Poetics, Massachusetts Institute of Technology, 1960. Essais de linguistique générale, trad. de l’anglais et préfacé par Nicolas Ruwet, Paris, Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1963, p. 220
3 Stéphane MALLARMÉ, in Jules HURET, Enquête sur l’évolution littéraire, Bibliothèque Charpentier, Paris, 1891, p. 57 ; wikisource.org
Extrait du Prélude de ma thèse, valable pour toute écriture selon mon sens et pour mon nouveau travail en cours
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Aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes




L’observatoire…
à Paris, photos Alina Reyes
Une fresque des jumeaux How & Nosm, 167 boulevard Vincent Auriol
Un peu plus loin sur le boulevard (je ne déchiffre pas le nom des artistes, mais je le trouverai peut-être)
Au centre, entre l’ancien dessin « Nina fait des bulles » de C215 et un cœur de One Love, une œuvre de Meton Joffily
Aussitôt sortis du RER à Chantilly, nous sommes partis à pied.
Nous sommes passés derrière le musée du Cheval, nous avons longé l’hippodrome.
Moins d’une demi-heure plus tard, nous sommes arrivés à l’Auberge du Jeu de Paume, dans le Domaine de Chantilly, où nous avons fait un déjeuner gastronomique raffiné. Puis nous avons repris notre marche.
Après le château et ses étendues d’eau, nous sommes entrés dans la forêt.
Suivant le GR 11, nous avons eu la chance de rencontrer une biche



Dans cette chambre j’ai eu le désir de recommencer à écrire, dans un cahier, un journal intime, en plus de ce journal extime qui s’écrit sur ce blog depuis des années.
Nous avons visité Senlis ; c’était jour de marché dans la très belle vieille cité


La cathédrale, l’une des premières cathédrales gothiques, et ce qui l’entoure, composent un univers admirable, enchanteur
Avec un jardin médiéval
des remparts, et une tour gallo-romaine du IIIe siècle
Tout près, le parc du château royal, en ruine; y eut lieu l’élection de Hugues Capet en 987, puis il fut reconstruit vers 1130
J’adore le détail du petit écriteau rappelant qu’il est interdit de monter sur la statue de Diane. Bien sûr, c’est une déesse vierge, et elle sait se servir de son arc !
L’ancien prieuré et la bouteille de Fanta abandonnée
Le splendide hêtre pourpre et son tronc aussi impressionnant que son feuillage
À l’arrière-plan du puits, un « déjeuner sur l’herbe »
Champs de blé
Monument marquant l’endroit où l’abbé Prévost est mort, terrassé par une « crise d’apoplexie » (Le pèlerinage sur les traces de cet auteur fut 
Ces 6 et 7 mai 2019, photos Alina Reyes
Le jardin (là jardin des Plantes)
« Les murs renversés deviennent des ponts »
L’atelier
« Dessiner rend heureux »



Ces jours-ci à Paris, par tous les temps, photos Alina Reyes
Jeanne d’Arc – à l’endroit où les flics ont séparé la manif en deux nasses – a été accessoirisée de couleurs printanières







Il pleuvait dru pendant que je remontais les boulevards Saint-Marcel et de l’Hôpital, la capuche sur la tête et quelques gouttes sur l’objectif, me régalant des lectures sauvages laissées par les manifestants


Un gilet jaune aux grilles de la Pitié-Salpêtrière. Castaner, ravale ton vomi de mensonge, ils n’ont pas « attaqué l’hôpital » !

place d’Italie
et je redescends le boulevard de l’Hôpital par l’autre trottoir






Le fameux portail par où certains sont allés se mettre à l’abri des gaz
Ce ne sont pas les manifestants qui font souffrir l’hôpital, c’est le gouvernement
« Rage against the Macro », le slogan était brandi dans la manif aussi
Sur le côté du monument à la gloire de l’aliéniste Pinel, un hommage en couleur à la statue de la femme allaitante