Rues du jour

Après avoir photographié la première crue du siècle (voir note précédente), j’ai pris quelques images en remontant vers le sud (avec pas mal de poubelles dans les rues, conséquence des blocages de centres de déchets en contestation de la loi Travail)

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aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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La crue à Paris, d’Austerlitz au pont de Tournelle

La Seine transformée en Mississipi et le jardin Tino Rossi en bayoucrue seine paris

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crue seine paris 14SOUS L’EAU LES PAVÉS

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crue seine paris 20les petites traces rouges au fond, à l’arrière-plan de la péniche, sont tout ce qui reste émergé du grand tag sur Nuit Debout : images*crue seine paris 23

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crue seine paris 30le monstre du Loch Ness est de la sortie

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crue seine paris 41les murs ruissellent

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crue seine paris 59ce matin à Paris, photos Alina Reyes

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Après le dégel de la Seine dans Forêt profonde, le débordement de la Seine dans Souviens-toi de vivredans Voyage ce sont, toujours à Paris, les voitures brûlées, puis la ville inondée, avec une scène au même lieu que celui de ces photos. Textes, ponts entre les mondes.

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Paroles de la rue du jour

street art street art 2 street art 3debouthistoire vivantesur mon chemin aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

en attendant une note d’extraits de circonstance d’un livre (Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos) que je suis allée copier à la main comme autrefois à la bibliothèque, et que je dois maintenant réécrire à l’ordinateur

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Promenade à Paris 20e et 12e

Paris Paris 2 Paris 3au cimetière de CharonneParis 4 Paris 5 Paris 6 Paris 7 Paris 8 Paris 9 Paris 10* Paris 11 Paris 12 Paris 13 Paris 14 Paris 15 Paris 16 Paris 17 Paris 18 Paris 19 Paris 20 Paris 21 Paris 22 Paris 23 Paris 24 Paris 25 Paris 26 Paris 27au square de la gare de CharonneParis 28 Paris 29 Paris 30* Paris 31en face du Théâtre 12Paris 32* Paris 33 Paris 34devant le Palais de la Porte Dorée (et Musée de l’histoire de l’immigration)

*Paris 35 Paris 36 Paris 37 Paris 38 Paris 39 Paris 40 Paris 41 Paris 42 Paris 43 Paris 44 Paris 45 Paris 46 Paris 48Paris 47aujourd’hui à Paris, à métro, à pied, à vélo, photos Alina Reyes

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Au jardin partagé

Je vais de temps en temps le photographier, au fil des saisons, ça change tout le temps, comme tout le vivant

jardin partagé 3 jardin partagé 4 jardin partagé 5 jardin partagé 6 jardin partagé 7 jardin partagé 9 jardin partagé 10 jardin partagé 11 jardin partagé 12cet après-midi à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Nuit Debout, c’est maintenant le moment d’entrer dans le rêve générale

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Je suis allée visiter Nuit Debout un matin place de la République, vers le début, et je n’y suis jamais retournée, parce que cette place est morbide. J’ai suivi attentivement ce qui s’y passait par Internet. J’en ai eu aussi des témoignages de vive voix par quelqu’un à qui il arrivait d’y aller, et dont des amis étaient coutumiers de s’y rendre. Mais je n’ai jamais désiré y remettre les pieds, je ne l’ai pas fait et je suis heureuse de ne l’avoir pas fait, de n’avoir pas cédé à ses sirènes. Car j’aime Nuit Debout, et je ne voudrais pas l’avoir encouragée un tant soit peu à rester dans cet endroit de mort, qui, avec son mémorial encore frais, pour ne pas dire encore puant, me faisait penser tout à la fois au cimetière des Innocents, débordant de cadavres et de peuple, tel que Philippe Muray le décrit au début de son Dix-neuvième siècle à travers les âges, et à l’aire Saint-Mittre, cet espace-cimetière sur lequel s’ouvre La fortune des Rougon, le roman de Zola sur l’insurrection qui précéda le coup d’État du 2 décembre 1851 (roman publié au moment de la Commune)… et sur lequel il se termine, après le massacre des insurgés. Je ne voulais pas qu’en moi le roman de Nuit Debout commence également dans un cimetière où il se verrait contraint de s’achever.

Et aujourd’hui, alors qu’après les infectes violences policières d’hier et de ces derniers jours Nuit Debout se voit réduite à peau de chagrin place de la République, je peux dire que dans mon esprit, dans mon cœur, dans mon roman, dans mon poème, elle n’est pas morte. Elle commence. Cette petite part du peuple qui à Paris s’était bâti un pauvre refuge dans les jupes de la République où le chef de l’État et son gouvernement l’avaient menée, avec mot d’ordre, le 11 janvier de l’année précédente, ce peuple dit de bobos qui comme un enfant terrorisé par le terrorisme s’était vu intimer de déclarer avec les politiciens les plus cyniques « Je suis Charlie » et « Même pas peur » ou encore « Paris est une fête » alors que régnaient très légitimement la peine, le désarroi et la frayeur, ce mouvement qui a porté le refoulé de toute une population pour le défouler sur la place-cimetière, pour y faire exister son désir de vivre-ensemble, d’utopie et de renversement de l’ordre inique, fût-ce par la violence ou par la paix, le voici maintenant privé de son refuge. Et sans doute aurait-il dû s’en priver lui-même avant qu’on ne l’en prive, prendre son envol lui-même bien plus tôt. Mais rien ne sert de revenir en arrière, cela s’est passé ainsi, et si maintenant la sagesse l’emporte, le mouvement trouvera la force de laisser derrière lui son enfance et de s’engager dans son âge adulte. Ce qui ne signifie pas se défaire de son esprit d’enfance, mais se défaire de sa puérilité, de sa peau devenue trop étroite pour une grande personne.

La place de la République est une peau bien trop étroite pour une Nuit Debout adulte. Une Nuit Debout adulte est autonome, elle sait se déplacer, aller de place en place et de lieu en lieu, ne pas rester centrée sur son seul jeu. Telle est la Nuit Debout que j’attends maintenant, et je l’attends sans inquiétude car en vérité elle est déjà là, active et neuve, dans tous autres lieux que cette place-cimetière où elle aurait pu finir enterrée si d’autres elles-mêmes ne s’étaient dans le même temps mises à vivre ailleurs, dans des quartiers, des banlieues, des villes, des villages, des pays divers. Ce n’est qu’un début. Les temps de l’Histoire sont longs, ses chemins font souvent des lacets comme en montagne, mais ils arrivent où ils doivent arriver. Rien ne naît de rien, Nuit Debout naît de bien d’autres révolutions avant elle ou ailleurs et elle ne sera pas la dernière, mais elle fera sa part du trajet, sur cette voie où je marche, où nous sommes si nombreux à marcher.

C’est maintenant le temps du rêve, le vrai. Pour les aborigènes d’Australie, le Rêve est à la fois la carte du territoire et leur histoire. Rien de moins abstrait que ce rêve. Il en va de même pour les nomades du Moyen Orient et sans doute du monde entier. Le rêve n’est pas une seconde vie, comme chez Gérard de Nerval, il est la vie même, incarné qu’il est dans les vivants et dans tout le vivant et même l’inanimé. Il en est ainsi quand le monde n’est pas une place où chacun est assigné à une place, où chacun doit aussi gagner sa place et où nul ne veut laisser « sa » place. Il en va ainsi dans un monde non fixé par la valeur des biens matériels et des positions sociales, il en ira ainsi dans le monde que veut réaliser Nuit Debout. Non plus seulement une démocratie, pouvoir du peuple, mais aussi une démosophie, sagesse du peuple, de peuples ayant renoncé au pouvoir de l’argent et sachant reconnaître celui du rêve comme projection, réalité et droit de l’humain.

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