Travailler comme au monastère

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Voici mes dernières repeintures, et en fin de note mes derniers « haïkus dans la rue ».

"To Meditate", acrylique sur toile 24x30 cm

« To Meditate », acrylique sur toile 24×30 cm


"Sirens", acrylique sur toile 30x30 cm

« Sirens », acrylique sur toile 30×30 cm

C’est une bonne chose que d’être en retraite, on peut travailler beaucoup plus. Je veux dire, le travail salarié a ses bonheurs, et ses côtés intéressants comme tout travail, mais souvent on y perd beaucoup de temps, soit à accomplir des tâches qui ne font pas partie de notre métier (des tâches administratives par exemple), soit à ne rien faire entre deux temps de travail. Une fois débarrassé de ces inconvénients, on peut vraiment user de son temps dans un plein éveil, une pleine joie. Pendant notre « vie active », travailler est un gagne-pain pour nous et nos enfants, si nous en avons. Une fois en retraite (j’aime le caractère spirituel de ce mot), travailler devient un luxe que nous pouvons nous offrir et offrir aux autres : nous voici bénévoles, d’une façon ou d’une autre. Travailler ne coûte rien, ou presque rien, mais rapporte beaucoup de joie, la joie d’être en train de le faire, de créer, de se donner, et la joie du travail accompli. Si notre travail consiste à créer des œuvres, nous pouvons avoir besoin de matériaux et de matériel plus ou moins cher, mais il est toujours possible de faire à l’économie – par exemple, j’ai longtemps peint sur des morceaux de bois trouvés dans la rue, et maintenant, plutôt que d’acheter sans cesse de nouvelles toiles, je repeins fréquemment mes anciennes œuvres, qui étaient loin d’être des chefs-d’œuvre ; j’apprends ainsi à améliorer mon travail.

Pour l’écriture, le confinement ne m’aide pas. Difficile de me concentrer à la maison, où je ne peux pas m’isoler. J’allais travailler dans les bibliothèques, je n’y vais plus depuis le début de l’année car même dans les moments où certaines étaient de nouveau ouvertes je préférais éviter d’y passer des heures sans pouvoir enlever le masque, et dans des conditions sanitaires malgré tout incertaines. Mais j’arrive à traduire, et c’est ce que je fais depuis que je me suis lancée dans la magnifique aventure de la traduction de l’Odyssée. (Ma traduction des trois premiers chants se trouve ici, et – la suite se poursuit en privé mais je compte bien, inch’Allah, donner un jour à lire tout le splendide poème, qu’il faut retraduire régulièrement car la langue et la perspective changent avec le temps et les traducteurs et traductrices).

Ma maison est mon monastère, où je fais retraite chaque jour. Dans l’islam, on dit que la mosquée est partout dans l’univers, que n’importe quel endroit peut faire office de mosquée. Je trouve cela magnifique. Et je me dis que c’est la même chose pour le monastère (du reste, la vie idéale dans l’islam correspond à une vie de monastère, réglée, joyeuse et paisible) : tout lieu peut nous être monastère, quand nous désirons faire retraite, nous retirer du monde sans pour autant nous retirer de la vie.

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Flaque dans l’allée
L’enfant y jette son pied
Tout le ciel y bouge

haikus dans la rue 14-min
Le vent léger bruisse,
la pluie glisse sur les plumes,
boucle les cheveux

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Poires, noix, raisins,
surabondantes corbeilles,
piques des châtaignes

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Flèches des antennes
twistant sur les toits avec
une feuille rousse

Haïkus à la rue

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Sous la pluie battante il n’était pas évident aujourd’hui d’écrire un haïku quelque part dans la rue, sur les surfaces trempées. J’ai trouvé un petit endroit sur un muret à l’abri d’un feuillage, j’y ai tracé celui-ci :

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Sans sel sans poissons
chaque nuage transporte
sa cargaison d’eau

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En passant ici et là, j’ai vu que la pluie n’avait nullement détrempé les haïkus que j’y ai laissé ces jours derniers, la peinture est solide. Les voici, photographiés au moment où je les ai tracés :
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Un oiseau jaillit
du ciel couleur de perle
l’azur apparaît

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Ciel gris sur les toits
Debout à la fenêtre
un être aux yeux d’or

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Le temps déménage
soufflé par le vent, la pluie
lavant tout le reste
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Mes précédents haïkus dans la rue

Haïkus dans la ville

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L’année dernière, je collais dans la ville des post-it où j’avais copié des citations de poètes. Hier et aujourd’hui, munie de feutres acrylique, j’ai commencé à écrire des haïkus dans la ville. Le premier que j’y ai écrit est le premier haïku que j’ai écrit, il y a quelques années, le seul ou l’un des seuls que j’ai écrits sans respecter le rythme 5-7-5 pieds. Celui-ci :

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Ensuite l’un de mes feutres m’a aussi servi à mettre un petit cœur vert sur une affichette laissée par le collectif Les Morts de la Rue, à un endroit où des personnes sans abri s’assoient souvent. En hommage à Brice, à tous ceux et toutes celles qui dorment dehors, y compris les migrants violentés avant-hier par la police place de la République.

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brice,-min

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Puis aujourd’hui j’ai écrit çà et là d’autres haïkus, inventés l’après-midi même.

haikus dans la rue 2-min Louve solitaire / Millions de loups dans la ville / déserte et peuplée

haikus dans la rue 3-min Arbres dans les rues / Pendant les nuits sans personne / ils partent en balade

haikus dans la rue 4-min Brindilles tressées / Le vieux nid dans l’arbre nu / où siège le ciel
haikus dans la rue 5-min
haikus dans la rue 6-min

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mes nombreux haïkus précédents, publiés ici

à suivre