Ma traduction de la dernière phrase énigmatique des Aventures d’Arthur Gordon Pym

Magritte, "La reproduction interdite". Le livre qui se reflète correctement dans le miroir est "Les aventures d'Arthur Gordon Pym" d'Edgar Poe

Magritte, « La reproduction interdite ». Le livre qui se reflète correctement dans le miroir est « Les aventures d’Arthur Gordon Pym » d’Edgar Poe

 

Dans l’édition originale du roman de Poe, elle conclut le texte en italiques et entre guillemets, sans qu’il soit précisé qui la dit :

« I have graven it within the hills, and my vengeance upon the dust within the rock. »

À ma connaissance, il n’en existe pas d’autre traduction en français que celle de Baudelaire (merci à lui), qui continue d’être publiée :

J’ai gravé cela dans la montagne, et ma vengeance est écrite dans la poussière du rocher.

Mais selon ma réflexion, le sens est autre, ou du moins il y a un autre sens, que Poe sans doute a volontairement caché comme la lettre volée – pourquoi, je le détaillerai peut-être un jour, mais il suffit de ma traduction, que voici, pour que chacun puisse méditer sur le sens de cette phrase :

« J’ai gravé cela dans la montagne, et ma vengeance sur la poussière dans le rocher. »

Ainsi traduite, la phrase est comme en anglais ambiguë, mais on peut mieux y entendre :

« J’ai gravé cela dans la montagne, et, dans le rocher, [j’ai gravé] ma vengeance [prise] sur la poussière.

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Le texte entier du roman dans la traduction de Baudelaire est sur wikisource, ainsi que les nouvelles de Poe.

Mes autres notes sur ce roman, à suivre : En lisant Arthur Gordon Pym

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Joie du jour : mon illumination à propos du fragment 11 d’Héraclite – et ma traduction toute nouvelle

Poursuivant mon étude du texte héraclitéen de René Char « À la santé du serpent » (voir ici le commentaire que j’en ai fait à l’oral pour l’agreg), j’ai été conduite à m’intéresser au fragment 11 du penseur grec :

héracliteπᾶν γὰρ ἑρπετὸν (θεοῦ) πληγῇ νέμεται

Il en existe deux traductions principales. La plus fidèle dit ceci ou à peu près :

« Toute bête est poussée au pâturage par des coups » (traduction Burnet et Reymond)

L’autre est davantage une interprétation, car elle oublie un mot, celui que la précédente traduit par « des coups » bien que le mot soit au datif singulier :

« Tout reptile se nourrit de terre » (traduction Tannery)

Alors ?

Voyons dans quel contexte cette parole est rapportée. Il s’agit de la fin du chapitre 6 de la Lettre d’Aristote à Alexandre sur le monde :

« Tous les animaux qui naissent, qui croissent, qui dépérissent, tout obéit aux lois de Dieu. Tout être qui rampe sur la terre tire d’elle sa nourriture, comme dit Héraclite. » – selon la traduction Batteux et Hoefer (texte entier ici)

Bon. Je suis loin d’égaler ces éminents hellénistes, mais j’ai bien vu qu’ils n’avaient pas cherché suffisamment la vérité, comme je peux le faire en me focalisant sur une question. Car de toute évidence, leurs traductions sont bancales. Traduire que toute bête est poussée au pâturage par des coups, c’est plus fidèle au texte grec que de passer plègè, « le coup », à la trappe, mais ce n’est pas logique par rapport au contexte dans lequel Aristote cite cette phrase d’Héraclite. Parler de reptile est plus fidèle au texte grec que de parler de bétail, mais alors il faut oublier le coup, parce qu’on n’a jamais vu des reptiles être amenés au pâturage à coups de bâton.

J’ai donc épluché le dictionnaire. Erpeton, c’est bien le reptile, le serpent – ou la bête (sauvage, plutôt rampante). Et plègè, rien à faire, c’est le coup. Mais parmi les nombreux exemples que donne le Bailly, il en est un qui fait référence au vers 857 de la Théogonie d’Hésiode, et celui-ci m’a tout de suite illuminée (à vrai dire, c’était ce que je cherchais). Je suis allée au texte (sur Internet, c’est génial, on trouve presque tout, il est ici) pour vérifier. Quoi ? Que plègè peut être employé pour « coup de foudre » envoyé par Zeus.

Or Aristote n’est-il pas en train de parler de Dieu, c’est-à-dire de Zeus, quand il cite Héraclite ? Juste après d’ailleurs, il rappelle qu’on appelle Dieu du nom de Zeus, le Foudroyant. N’est-ce pas clair ? Tous les animaux, tout obéit aux lois de Dieu, dit Aristote. Et il ajoute :

Le serpent est gouverné par le coup de foudre, comme dit Héraclite.

On pourrait traduire aussi : « Le serpent a en partage le coup de foudre » – il y a de cette idée-là, de la proximité du serpent et de l’éclair. (Et nemetai signifie tout autant être gouverné, que partager, être conduit au pâturage ou même paître ou même habiter – si vous voulez apprécier tout le déploiement sémantique possible)

Héraclite, qui dans un autre fameux fragment (le 64), dit : « La foudre gouverne tout. »

Même si Char ne disposait pas de ma traduction, son intuition, sa logique de poète y a suffi. Et le reste de son poème est truffé d’intentions héraclitéennes volontaires. N’avais-je pas commencé mon exposé (mal reçu par le jury, hélas) par cet aphorisme du texte de Char À la santé du serpent :

« Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel ».

Habitons l’éclair.

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Pierre blanche

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J’ai appris en fin d’après-midi, comme tous mes futurs collègues nouvellement certifiés, dans quel établissement j’ai été nommée. Il s’agit d’un lycée polyvalent de la région parisienne. J’en suis extrêmement heureuse. Je vais donc enseigner la littérature. Trois heures aller-retour de bus + RER +bus, mais cela vaut la peine – et je pourrai  profiter de la partie en RER pour lire. J’ai hâte de connaître mes élèves. Je leur dédie cette note, je les aime déjà.

(Et j’ai supprimé mon compte twitter. Fini pour moi les réseaux sociaux, l’expression de mes idées politiques ou de toute autre chose qui pourrait interférer négativement avec l’enseignement que je veux apporter.)

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Marcher à Paris l’après-midi, « pas dormir » le soir à Bobigny

Il y a toujours dans une ville, un quartier, des endroits où l’on n’est pas allé depuis un certain temps, et où il se trouve de nouvelles choses à voir. La ville comme la nature change continuellement, même si les changements sont moins puissants en ville. Je prends des photos de graffs, de tags, d’endroits, comme à la montagne je cueille baies et champignons, comme sur la plage je ramasse petits galets, coquillages, bois flottés… Le monde est en perpétuel don. Et le spectacle de danse auquel j’étais conviée ce soir à Bobigny était aussi grâce et don, don des artistes au public, aux gens, si fort qu’il arrache à soi qui le reçoit. « Nicht Schlafen », « pas dormir », par les ballets C de la B d’Alain Platel offre un moment extraordinairement intense, beau, poignant, époustouflant de perfection plastique et de profondeur humaine, comme si le monde entier s’était concentré en une heure quarante sur cette scène avec neuf danseurs autour de trois cadavres de chevaux, laissant pressentir le danger d’une violence éclatant d’entrée, faisant voir la folie humaine ordinaire et aussi les liens et les moments autres, familiers ou étranges, étranges comme ce qu’il reste encore à connaître.

après cet après-midi à Paris…

street art levallet

street art involontaire

street art noonie noonie noonie

street art noonie

street art love

street art feuilles et vélos

street art nues

street art pizza hope

street art poissons

street art gg

street art love et velo

street art miro

ce soir à Bobigny, juste avant le début du spectacle :

bobigny

bobigny eluard

bobigny mc93 platelphotos Alina Reyes

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« Rito de Primavera », le Sacre du Printemps par José Vidal

Dans une note antérieure, j’ai donné des films entiers de Sacres du Printemps chorégraphiés respectivement par Maurice Béjart, le théâtre Zingaro et Angelin Preljocaj. L’œuvre fantastique d’Igor Stravinsky, qui me fait toujours autant vibrer depuis quarante ans, est en ce moment donnée au festival de Marseille, cette fois dans la version du chorégraphe chilien José Vidal. Voici ce qu’on peut en apercevoir dans les extraits vidéos que j’ai trouvés – encore une fois extrêmement virides et jouissifs.

 





Voir aussi : note sur Nijinski
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Belle balade au cimetière de Montmartre

cimetiere de montmatre vu du pontpour arriver au cimetière de Montmartre, on descend du pont, puis une fois dedans, comme dans tout Montmartre, on monte, on descend, on monte…

escalier cimetiere montmartreJ’ai eu de belles surprises mais sans avoir cherché à voir telle ou telle tombe, je me suis simplement promenée et j’ai pris des photos

sleepy time cimetiere montmartre

visage cimetiere montmartre

visage cimetiere montmartre,

egyptiens cimetiere montmartre

chat cimetiere montmartre

j’ai vu plusieurs chats, une corneille, une pie

fred chichinje ne savais pas que Fred Chichin était là

avec une guitare « from Nashville »

from nashville for fred chichin cimetiere montmartre

lumiere cimetiere montmartre

il y a une tombe décorée avec un arbre à rubans et petits mots, une autre avec des libellules

rubans cimetiere montmartre

libellules cimetiere montmartre

chat gris cimetiere montmartre

ange aux flutes cimetiere montmartre

nijinski cimetiere montmartreet c’est alors que j’ai vu Nijinski, mon coeurfrère

je ne savais pas qu’il était là

nijinsky cimetiere montmartrej’ai cherché dans mon sac quelque chose à lui donner, j’ai déposé à ses pieds une petite boule brillante kaléidoscopique, bout de bijou semblable à un cosmos

ludmila tcherinaet puis la danseuse étoile Ludmila Tcherina, pour danser avec lui

et Anatole, garde-champêtre de la commune libre de Montmartre

anatole garde champetre cimetiere montmartre

arbre cimetiere montmartre

statue cimetiere montmartre

chat tigré cimetiere montmartre

hébreu cimetiere montmartre

statue cimetiere montmartre,

cailloux cimetiere montmartre

juifs déportés et tués cimetiere montmartre

zola cimetiere montmartreZola aussi est là

arbre cimetiere montmartre,

vivre cimetiere montmartre

vue cimetiere montmartre

bonhomme cimetiere montmartre

ange cimetiere montmartre

et cet arbre qui a poussé autour d’une pierre tombale

arbre et pierre cimetiere montmartrecet après-midi, photos Alina Reyes

 d’autres photos de cimetières parisiens : mot clé cimetière

je me suis aussi baladée dans mon ancien quartier, où dans un rêve ancien je me baladais aussi en sortant de ce cimetière après ma mort

au retour j’ai eu la joie d’apprendre que j’étais admissible à l’agrégation de Lettres modernes. Reste à préparer les oraux, en travaillant autant que possible car c’est du costaud !

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Fleurs et plantes des montagnes du monde

Rêvé cette nuit que j’allais voir Obama dans un grand bâtiment dans les montagnes. Il y avait pendant la nuit un long tremblement de terre, qui ne m’inquiétait pas vraiment. De fait, rien ne s’écroulait. Je pouvais partir satisfaite. Cet après-midi je suis allée au jardin alpin du jardin des Plantes et j’ai photographié des fleurs, si fragiles et si solides, si vivaces, des montagnes du monde.

Aquilegia pyrenaica, Pyrénées

Aquilegia pyrenaica, Pyrénées

Iris sans feuille, Europe Asie Caucase

Iris sans feuille, Europe Asie Caucase

Iris tectorum, Chine

Iris tectorum, Chine

Notocactus leninghausii, Brésil

Notocactus leninghausii, Brésil

Papaver orientale, Turquie Iran Caucase

Papaver orientale, Turquie Iran Caucase

Papaver orientale, Turquie Iran Caucase

Papaver orientale, Turquie Iran Caucase

Pivoine de l'Himalaya

Pivoine de l’Himalaya

Rhodanthemum hosmariense, Maroc

Rhodanthemum hosmariense, Maroc

photos Alina Reyes

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