« Quatre vents », avec Orhan Pamuk. Le déconfinement révélateur

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"Quatre vents", acrylique sur bois (isorel) 75x51 cm

« Quatre vents », acrylique sur bois (isorel) 75×51 cm

Je ne sais pas pourquoi, mais le fait est que nous soyons là tous les quatre à regarder me procurait un apaisement.

« Qu’y a-t-il de commun entre l’aveugle et le voyant ? » a récité Le Noir après un long silence. Faisait-il allusion, en dépit du caractère obscène de l’image, à la noblesse de cette jouissance visuelle que Dieu nous a donnée ? Cigogne, pour son compte, ne captait rien à ces choses-là, vu qu’il ne lit jamais le Coran. Je savais que ce verset était de ceux que les anciens Maîtres de Hérat citaient le plus souvent, en particulier pour répondre aux imprécations des détracteurs de la peinture, ceux qui prétendent qu’elle est contraire à notre foi et que les peintres iront en Enfer, au jour du Jugement dernier. Pourtant, avant ce jour magique, je n’avais jamais entendu Papillon parler comme il l’a fait alors, l’air de rien :

« Je voudrais peindre quelque chose qui montre que l’aveugle n’a rien de commun avec le voyant.

– Qui est aveugle ? Et qui est voyant ? a demandé Le Noir avec naïveté.

– L’aveugle et le voyant n’ont rien en commun, c’est ce que veut dire wa mâ yastawi-l’âmâ wa-l-bâsirûn, a dit Papillon, avant de réciter :

Il n’y a rien de commun
Entre lumière et ténèbres
Entre la chaleur et le frais
Entre les morts et les vivants.

Orhan Pamuk, Mon nom est Rouge, traduit du turc par Gilles Authier

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