De l’art de mettre Paris en bouteille

rat au cutter
"Songe d'un jour de pluie", mon dessin du jour

« Songe d’un jour de pluie », mon dessin du jour

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Près de Beaubourg, l’excellent Banksy est allé récupérer son Rat au cutter, on l’a pris pour un voleur. Tout est bien qui finit bien et personne n’y comprend rien. Cheese !

En France un directeur de casting menace Adèle Haenel de briser sa carrière ; aux États-Unis, où le film Portrait de la jeune fille en feu a un beau succès, elle vient de signer avec la plus grosse agence d’artistes d’Hollywood. Magnifique actrice, magnifique tempérament, qui nous rajeunit le pays.

Quelque part une blogueuse féministe fait la critique de la tribune de Virginie Despentes. C’est tout à fait son droit, même si je trouve que lui reprocher de ne pas assez s’en prendre aux hommes, c’est retomber dans ce qui empêche les femmes de se libérer, à savoir toujours, d’une manière ou d’une autre, se déterminer par rapport aux hommes. Et quand elle dit que si le même texte avait été écrit par une inconnue sur un blog ordinaire, personne n’en aurait parlé… comment dire ? Avec des si on mettrait Paris en bouteille. Mais s’il existait une blogueuse inconnue capable d’écrire avec la puissance de feu de Despentes, elle ne serait pas une blogueuse inconnue. Écrire, ce n’est pas rien.

On ne s’improvise pas artiste non plus, et ça n’empêche que c’est bon d’écrire ou de pratiquer des arts en amateur·e. Du moment qu’on ne pense pas que tout se vaut. Rat au cutter moins Rat au cutter = zéro.

 

rat au cutter

Au fait, à qui, à quoi il vous fait penser, ce Rat au cutter ? Banksy a le sens du timing

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Scènes et obscènes

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César de la honte à Polanski. France, pays arriéré. Eux, eux, eux, toujours tout pour eux : des vieux à l’esprit congelé dans les glaces du vieux monde, soutenant et récompensant ceux en lesquels ils se mirent. Ils n’en ont plus pour longtemps, ça fond et ça pue. Bien vivantes, elles, Adèle Haenel et Florence Foresti n’ont pas eu leur langue dans leur poche ni leur cul cloué à leur fauteuil.

Le million de Pénélope Fillon pour un travail inexistant. L’argent public légalement distribué aux Matzneff, Polanski et autres, pour leur permettre de continuer à vivre la vie d’artiste entretenu. Et les 40 euros par jour ou par nuit aux ouvriers africains sans papiers ni contrat de travail, pour trimer sur le chantier du prochain siège du Monde et de L’Obs (même groupe, vive la liberté de l’information en France).

Les gendarmes du service central du renseignement criminel évoquent dans un rapport un autre scénario possible pour l’assassinat du petit Grégory : celui d’un meurtre collectif. D’après ce qu’on connaît des humains, voilà qui n’aurait rien d’extraordinaire.

 

 

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Sylvain Tesson, Adèle Haenel, les paroles mortes et les paroles vivantes

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Les prix littéraires tombent avec les feuilles mortes, également destinés à la pelle et au balai. Sylvain Tesson, fils à papa puissant dans les médias, fabricant d’aventures aussi artificielles et creuses qu’épate-bourgeois, reçoit le Renaudot pour un livre copiant le titre et le thème d’un vrai livre, de Peter Matthiessen (auteur dont j’ai lu un autre fort roman, En liberté dans les champs du Seigneur). The Snow Leopard, grand succès paru en 1978, a été publié chez Gallimard en 1983 sous le titre Le léopard des neiges ; livre dans lequel Matthiessen raconte être parti dans le Tibet pour observer cet animal. Le livre de Tesson, paru également chez Gallimard cette année donc, s’intitule La panthère des neiges et l’auteur y raconte être parti dans le Tibet pour observer cet animal. La ressemblance, j’en suis sûre, s’arrête là, Tesson n’arrivant pas à la cheville de Matthiessen. Bien sûr il a pris soin de citer Matthiessen dans son livre, histoire de se dédouaner. Chez Gallimard, on a dû se dire qu’il était moins risqué de s’en prendre à un auteur mort que de piller ceux qui sont encore vivants, comme l’avait fait leur auteur Yannick Haenel avec moi puis Claude Lanzmann, qui avions fortement dénoncé l’entourloupe.

Peter Matthiessen

Peter Matthiessen

Lisons Matthiessen, un auteur réel et réellement spirituel, lisons les bons auteurs, même s’ils sont souvent morts, plutôt que les faiseurs. Les enfants gâtés de ce monde mondain ne produisent que feuilles mortes, alors que les feuilles de tant de morts sont toujours vivantes.

Dans l’affaire du réalisateur Christophe Ruggia qui a harcelé Adèle Haenel (aucun rapport, à ma connaissance, avec l’auteur du même nom) entre ses 12 et 15 ans, le plus triste est sans doute de constater l’inaction de l’entourage. Les parents qui laissent leur petite fille répéter et jouer nue pendant des mois avec un réalisateur. L’équipe de cinéma qui voit bien qu’il se conduit comme un amoureux avec l’enfant mais n’ose rien dire. Cette façon qu’ont les humains d’être soumis aux figures d’autorité et fascinés par toute notoriété. Cette façon qu’ont les humains de sacrifier leurs enfants en se faisant bourreaux ou complices des bourreaux. Cette si vieille histoire toujours répétée dont ils se dédouanent en racontant dans les livres sacrés que c’est Dieu qui le leur a demandé, qui a demandé à Abraham de sacrifier son enfant. Dieu a bon dos. Comme s’il ne leur suffisait pas de commettre leurs bassesses et leurs crimes envers les enfants, les femmes, les innocents et les grands, il faut que les médiocres et les salopard·e·s les commettent en son nom, ou au nom de l’amour, ce qui revient au même. Dieu merci, la vérité, qui est un autre de ses noms, est infiniment plus puissante qu’eux et les balaie quand elle veut.