Édimbourg, Hogmanay, bonne nouvelle année ! (actualisé)

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1-1-2020. Bonne et heureuse année ! J’ai pris cette image du splendide feu d’artifice tiré au passage à la nouvelle année au-dessus du château depuis le vieux cimetière, très romanesque, où repose notamment Thomas de Quincey, parmi une foule extrêmement joyeuse et bon enfant d’où jaillissaient des cris d’extase : « Fucking lovely ! » Yes ! Yes ! » « Give me more ! » La ville est en fête énorme, des foules arpentent les rues, les filles par température négative sont dehors en minijupe et bras et dos nus, les gens boivent beaucoup mais restent pacifiques et les flics veillent sur eux avec beaucoup d’égards et de respect, quel peuple adorable.

Avant cela, par hasard nous nous sommes retrouvés à dîner dans un restaurant népalais, le Namasté Kathmandu, voilà qui ponctuait à merveille mon engagement dans le Yoga. Ne perdez jamais confiance, avec l’aide de la vie, si vous l’aimez, vous pouvez vaincre même ce qui est mortel.

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dans la nuit du 30 au 31-12-2019

« Qui va là ? » « Le nouvel an, tout va bien ».

L’Écosse célèbre Hogmanay, le Nouvel an. Voici encore quelques images d’Edimbourg, et les premières images de cette grande fête.

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edimbourg noel 2019 19-minUne vitrine. Je songe à Kafka : « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée »

edimbourg noel 2019 20-minau Royal Dick, un pub que nous aimons bien

edimbourg noel 2019 19,-minO et moi sortant du Royal Dick

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Street Art

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à la bibliothèque :

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au cimetière :edimbourg noel 2019 28-min

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Et depuis Calton Hill

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la ville en silhouette

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au pied de la montagne d’Arthur’s Seat :

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et au bord de l’estuaire de la Forth, mêlé à la Mer du Nord

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Le soir, interminable défilé aux flambeaux, partant du château et allant jusqu’au pied d’Arthur’s Seat, avec nombre de jongleurs de feu, formations de tambours, orchestres de cornemuses, personnages juchés sur des échasses, etc., et la foule qui suitedimbourg noel 2019 39-min

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Puis un premier feu d’artifice (il y en aura un autre le 31)edimbourg noel 2019 41-minAujourd’hui à Edimbourg, photos Alina Reyes

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Jour exquis à North Queensferry et South Queensferry (Écosse)

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queensferry 1-minVu du train, à vingt minutes d’Édimbourg, l’estuaire de la Forth

queensferry 2-minEn ce dimanche radieux, nous descendons à North Southferry. Première maison à la sortie de la gare : une école

queensferry 3-minPuis un monument aux morts des deux dernières Guerres mondiales queensferry 4-minavec ces cailloux d’hommage décorés de façon enfantine

queensferry 5-minet ce bassin de pierre, semblable à un lavoir ou une tombe, rempli d’eau

queensferry 6-minTrois ponts traversent le large estuaire, en voici deux : le plus récent, à l’arrière, pour les voitures ; l’autre, que nous prendrons tout à l’heure, pour les bus et les piétons

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Nous traversons le village

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queensferry 10-minUn train sur le Pont du Forth d’où nous venons

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Je ne me lasse pas d’admirer ce fameux  Pont du Forth qui relie le sud et le nord de l’Écosse

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queensferry 11-minEt voici le Harbour Light Tower, plus petit phare du monde en activité (c’est une enfant qui se tient ici devant), construit par Robert Stevenson, grand-père de Robert Louis Stevenson, dont la famille remplit l’Écosse de phares queensferry 12-minNous y montons deux par deux queensferry 13-min

Nous marchons dans le vent, l’odeur des algues et les cris des goélands

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queensferry 19-minL’herbe est si verte en ces terres queensferry 20-min

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queensferry 22-minNous traversons le fleuve, trois kilomètres à pied et beaucoup de vent plus tard nous voici à South Queensferry

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Après un copieux et très bon déjeuner de Noël, dans l’après-midi bien avancé, dans un grand pub des plus cosy, nous prenons le chemin de la gare queensferry 31-min

toute belle sous son croissant de lune, et nous rentrons à Édimbourgqueensferry 32-minAujourd’hui à North Queensferry et à Queensferry, photos Alina Reyes

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Féérique Édimbourg. Le marché de Noël, etc.

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J’actualise cette note à mesure qu’arrivent de nouvelles images. Voici maintenant le marché de Noël.

edimbourg noel 2019 9-minÀ la nuit tombée, nous approchons du marché de Noël

edimbourg noel 2019 10-minavec ses animations et ses stands où faire du shopping ou manger sur place

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edimbourg noel 2019 16-minDélicieux saumon grillé sur place et servi en sandwich ou avec accompagnement

edimbourg noel 2019 17-minAprès l’avoir quitté, nous nous sommes posés dans un pub où l’un de nous, tout jeune officier, aussitôt arrivé a secouru un client qui était en train de s’étouffer. Connaître les bons gestes et être rapidement réactif, c’est important !

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C’est la troisième fois que j’y séjourne, et c’est toujours une beauté à vous rendre heureux d’amour. J’ai dit ce mot ce matin en parlant d’une personne, « c’est une beauté », et il convient aussi pour Édimbourg. Une ville qui n’est pas seulement belle mais possède un charme puissant, fait d’un mélange de haute nature et de haute culture, qu’elle sait cultiver en toute simplicité, et qui a donné naissance à tant de grands auteurs. Voici mes images de ces jours derniers, il en viendra sûrement d’autres.

 

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À l’arrivée le soir tard sur Royal Mile, en allant chercher des fish and chips pour quatre affamés, au niveau de ces superbes cabines téléphoniques

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edimbourg noel 2019 2-minLe lendemain matin, 24 décembre, toujours sur Royal Mile, les boîtes aux lettres ont été mises aux couleurs de Noël

*edimbourg noel 2019 3-minUne visite d’hommage au château, là-haut, s’impose avant toute descente en ville edimbourg noel 2019 4-mindepuis l’esplanade, la vue sur la ville tout autour, et sur les Pentlands à l’arrière-plan

*edimbourg noel 2019 5-minL’appareil photo du téléphone ne saurait rendre toute la féérie de l’architecture et du paysage mais peut en donner une idéeedimbourg noel 2019 6-min

edimbourg noel 2019 8-minces jours-ci à Édimbourg, photos Alina Reyes

précédentes images de la ville : ici

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Haïkus du solstice d’hiver. Haïku, yoga et photographie

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Pierre gravée d'un haïku : source de l'image

Pierre gravée d’un haïku : source de l’image

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Le haïku, comme la photographie, est une saisie d’instants, et un geste instantané. Ces deux arts ont cette grâce en partage avec le yoga, ses respirations (pranayama), ses postures (asana) et ses méditations (dhyâna en sanskrit – mot devenu zen en japonais). Mais la photographie se distingue par le fait qu’elle requiert de la part de son auteur·e un pas en arrière, un pas dans la mort. C’est seulement depuis la mort que le photographe peut arracher un moment au temps. Alors que le haïku, comme le yoga, projette son auteur·e de plain-pied dans la vie. Le photographe n’est pas dans son image, même en cas d’autoportrait : s’il « écrit la lumière », selon l’étymologie du mot, il le fait depuis la ténèbre où il lui faut se tenir pour réaliser ses images ; et il arrive souvent qu’il n’ait pas à s’y retirer, qu’il s’y soit retrouvé malgré lui et que la photographie se présente alors à lui comme moyen de ne pas oublier la lumière.

Il en va autrement du haïku et du yoga : leur auteur·e y est, y engage et y exerce pleinement sa vie, physiquement et mentalement. Le détachement que ces deux arts requièrent ne se formalise pas par un pas en arrière mais par un pas en avant, un bond par-dessus la flaque de la vie et de la mort mêlées. Le Bateau ivre de Rimbaud est une tentative de haïku, un essai de yoga mental au terme duquel le poète chercheur, encore insuffisamment savant des choses de l’esprit, insuffisamment entraîné à bondir en longueur, se retrouve dans la flaque. Alors que Kafka à la fin du Verdict, écrit en une nuit, ayant achevé le processus de destruction des liens morbides, se jette dans le flux de la vie, en extase (« Il sauta le garde-fou, en gymnaste consommé… » – « j’ai pensé à une forte éjaculation » écrira-t-il à propos de cette fin, généralement très mal comprise, à mon sens).

Haïku et yoga sont en quelque sorte les contre-postures de la photographie. C’est pourquoi aujourd’hui où tous les humains, munis de leur téléphone, sont photographes, le haïku et plus encore le yoga s’étendent aussi dans le monde, comme salvateurs de millions de vies. En articulant images mentales et postures corporelles comme autant de kundalini lovées dans le retrait du photographe pour la faire se dérouler le long d’une colonne vertébrale réveillée, flexible, dressée – jusqu’à la lumière en soi.

J’ai pris beaucoup de photos, mais j’ai écrit beaucoup de haïkus aussi, ces dernières années, avant de venir au yoga. Hormis le tout-premier, écrit seul et à 3-5-3 temps, je les ai écrits par séries de trois, à 5-7-5 temps, comme dans la tradition japonaise. Voici ceux que j’ai écrits cette nuit, dans ma chambre, à la lumière de mon téléphone, façon de faire du yoga avec mon stylo.

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Fine pluie nocturne

Les lumières de la ville

sont toutes mouillées

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O douce insomnie

en cette nuit de décembre

auprès de l’aimé

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Je souris dans l’ombre

Aux murs les peintures semblent

respirer aussi

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Un Panthéon, des véhicules et des Yoga Sutras

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pantheon-minvue sur le dôme du Panthéon, aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

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« La renaissance dans une forme d’existence différente est une modification due à l’exubérance des forces de la Nature. »

« Le temps existe en raison de sa nature propre, en relation avec la différence des chemins et de leurs caractéristiques. »

Patanjali, Yoga-Sutras, IV 2 et IV 12, trad. du sanskrit par Françoise Mazet

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Destin et autopoïèse

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il y a quelques années, à la montagne

il y a quelques années, à la montagne, photographiée par O

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« Une mutation de l’expérience (c’est-à-dire de l’être) est aussi nécessaire qu’un changement dans la compréhension intellectuelle, si l’on veut parvenir à suturer les dualismes de l’esprit et du corps. » Francisco Varela

Cette nuit, plusieurs heures après avoir demandé à ma conscience de faire un rêve parlant une fois endormie, je suis partie à vélo, en rêve donc, de la villa Sous-Bois, comme je le faisais à 19 ans quand je vivais seule, et enceinte, dans cette maison isolée, éloignée du centre-ville. Ce matin, avant de me lever pour ma séance de yoga, j’ai songé que la société s’acharne à nous contraindre au destin qu’elle a formé pour nous, surtout si nous sommes pauvres, et plus encore si nous sommes, de plus, femme. Certain·e·s résistent à la prédestination, d’autres moins. Résister à la prédestination ne consiste pas à faire en sorte de changer de classe sociale, de refuser une prédestination pour se soumettre à une autre. Là est toute la difficulté du refus de la prédestination : aller là où il n’y a nulle place prévue, ni pour d’où vous venez ni pour d’où viennent d’autres, inventer donc à mesure que vous vivez la place, de place en place, où vous pouvez être. C’est ainsi que vous agrandissez le pays – et que l’humanité qui se tient dans une prédestination vous considère comme un corps étranger, à exclure de son illusion fermée, dans laquelle elle s’entrereconnaît, alors que vous semblez lui tendre un miroir venu des confins de l’espace, dans lequel se reflètent les barreaux de sa prison.

Les philosophies de la sagesse ont cette grandeur de désaliéner l’homme de la société, mais, souvent aussi, cette faiblesse de l’y réaliéner en lui demandant de se contenter de son sort bienheureux (car être sage, c’est être bienheureux). C’est ainsi que l’humain libre se trouve à son tour réinvesti par la société, qui lui accorde une place également toute faite et somme toute confortable, la place du sage qui ne fait pas de vagues, qui se contente de ne pas bouger ou d’agiter l’eau sans danger, pour divertir la société en jouant les phares – inutiles à toute autre chose qu’à incarner la bonne conscience et l’illusion de liberté dont ont besoin les enchaînés volontaires.

La liberté n’est pas d’occuper, si possible avantageusement, telle ou telle place que la société nous a destinée et/ou donnée après que nous avons opéré un décalage par rapport à notre prédestination initiale. L’autopoïèse n’a rien à voir avec l’existentialisme – souci de bourgeois, trop bourgeois. Elle est une biologie de l’esprit, un recherche de la psyché de l’univers, pour reprendre des termes de Varela. Il s’agit d’être, pas d’exister. La liberté est d’être. C’est-à-dire d’expérimenter, et de chercher. Il n’y a pas d’invention sans recherche, pas de recherche sans expérimentation. Sans expérimentation, dans une recherche qui ne suture1 pas les dualismes de l’esprit et du corps, il n’y a que répétitions et variations de et sur ce qui est déjà connu, ou exploitation de la recherche d’autrui : dans les deux cas, une aliénation. La paresse intellectuelle qui crée l’aliénation n’est pas seulement une faiblesse, elle est une faute. C’est par la faute des aliénés, et notamment des élites aliénées, que le monde est aliéné. C’est par leur faute que le travail des êtres libres, travail que les aliénés ignorent, ridiculisent, récupèrent, combattent, peine à désaliéner le monde. L’esprit n’est pas leur illusion, il est à l’œuvre dans notre corps et il est son œuvre. En cours.

1Cf les Sutras de Patanjali (sutra et suturer ont même racine)

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Samadhi : extase, enstase ?

source de l'image

 

 

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Cherchant le seul cahier qui me restait de mon adolescence, celui où j’avais notamment recopié des extraits du Rig-Veda et dessiné un Shiva dansant, je retrouve des poèmes écrits par mes enfants quand ils avaient entre 5 et 7 ans. Impossible de mettre la main sur mon cahier, après tout il n’est peut-être pas ici, mais ces petits textes pleins de grâce et de splendeur, témoignant de véritables moments d’extase, suffisent à illuminer ma journée et à soutenir ma réflexion sur ces mots, extase et enstase, qu’on oppose – à tort, selon mon expérience, et je vais essayer de dire pourquoi.

Swami Nikhilânanda, dans son introduction à l’Évangile de Mahendra Nath Gupta, raconte que Gadâdhar, plus tard connu sous le nom de Râmakrishna, alors qu’il était âgé de six ans connut cette expérience qu’il qualifia plus tard de joie indicible :

« Un jour qu’il cheminait le long d’un étroit sentier, entre des rizières, en mangeant le riz soufflé qu’il portait dans un panier, il regarda le ciel et il vit un beau nuage sombre d’orage qui s’étendait avec rapidité, enveloppant le ciel tout entier. Un vol de grues, d’une blancheur de neige, passa au-dessus de lui. La beauté du contraste lui fit perdre conscience. Il tomba évanoui. Le riz s’éparpilla autour de lui. »

Cette expérience ressemble beaucoup aux poèmes que mes enfants écrivirent à peu près au même âge. Dans l’hindouisme (et au yoga) on parle de samadhi. Terme que Mircea Eliade a traduit par enstase, néologisme qu’il a formé pour marquer la différence avec l’extase, sortie de soi connue par des mystiques chrétiens et musulmans. Le samadhi n’est pas une sortie de soi mais une arrivée au plus profond de soi, à l’union avec le Soi, l’âtman, le Brahman, Dieu.

Or, selon mes propres expériences, il n’y a pas lieu d’opposer extase et enstase. J’ai déjà décrit, notamment dans Voyage et dans Forêt profonde, des contemplations aboutissant à des extases, comme sorties de soi au sens où tout le corps et son intérieur, tout l’esprit, ne sont plus que vide et lumière. Le samadhi auquel peut donner accès la méditation yogique, par dépouillement successif ou instantané de tout ce qui constitue le corps et le psychisme, avec leurs limitations, donne une pareille expérience du vide et de la lumière. Dans les deux cas, il s’agit d’un franchissement des limites, qui peut durer quelques secondes ou des heures (voire perdurer la vie entière, sous la surface) : de l’autre côté de cette ouverture, dont on sent très bien, comme un déclic, le moment où on la passe, il n’y a plus de temps, seulement une joie sublime. Il n’y a plus non plus d’extérieur ou d’intérieur au-delà de cette trouée, la trouée fait se rejoindre les deux. Il n’y a plus de moi, voilà l’extase/enstase, seulement un Je vibrant, lumineux, sans gravité ni durée, un pur Être universel.

Extase et enstase pourraient s’opposer comme méthodes, comme chemins, pas comme résultats. Recherche par la contemplation pour ainsi dire au télescope dans un cas, au microscope dans l’autre. Pour poursuivre dans cette image traduisant grossièrement les processus en jeu, disons qu’au bout de la contemplation, l’infiniment grand et l’infiniment petit ne font plus qu’un.

L’extase ou l’enstase ne sont pas réservées aux seuls mystiques, et ne sont pas nécessairement le résultat d’un processus savant. Tout être humain peut connaître de ces instants qui surviennent comme venus d’on ne sait où – si cet être connaît, même inconsciemment ou épisodiquement, une attention de chercheur, dans quelque domaine que ce soit. Les scientifiques, notamment, cherchent à éclaircir des mystères, comme les mystiques, par leurs propres voies. Cette attitude mentale les rend sensibles et aptes à ces moments de grâce et de révélation qui restent fermés à ceux qui restent enfermés dans leur moi. Des exemples célèbres illustrent ce fait, comme la légende de la pomme tombée sur la tête de Newton et lui donnant une révélation scientifique majeure (Newton était aussi par ailleurs un mystique). Mais tout chercheur scientifique réel connaît de ces instants, même si leurs résultats ne sont pas toujours aussi fabuleux, du moins dans l’immédiat. L’astrophysicien David Elbaz raconte au début de son livre À la recherche de l’univers invisible comment, un jour, il fut saisi à la vue d’une feuille d’arbre qui s’arrêtait dans sa chute. Je suis en train de l’écouter, il a le talent d’expliquer simplement ce qui est complexe, et magnifique :

 

 

 

Montagnarde de Paris, poésie urbaine

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Rien de tel que les grèves de la RATP pour faire fleurir les paysans de Paris, comme disait Aragon : les piétons et les gens juchés parfois à 2 sur de vieux biclos (Mme Hidalgo nous ayant retiré la jouissance d’un bon service nommé Vélib et les vélos neufs étant aussitôt achetés aussitôt volés, chacun cherche la bécane la moins tentante possible). Pour ma part, aujourd’hui, j’ai carrément chaussé mes godillots de montagne. Et j’ai cueilli quelques aperçus poétiques en chemin, les voici :

 

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montagnarde de paris 13-minune expo photographique très graphique à l’Institut culturel irlandais : Roseanne Lynch

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montagnarde de paris 16-minet dans une vitrine la tête de Mathieu Ricard électroencéphalogrammée, parée comme celle d’une danseuse orientale

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Soleil couchant sur le jardin du Luxembourgmontagnarde de paris 20-minAujourd’hui à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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Yoga : ma pratique, en ces jours et ces nuits

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Dhanurâsana, Posture de l'Arc (source de l'image)

Dhanurâsana, Posture de l’Arc (source de l’image)

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Depuis juillet dernier, tous les matins au lever, sans exception, j’ai pratiqué le Yoga. Depuis peu, je le pratique aussi le soir au coucher. J’ai commencé fin 2018 par un cours de Kundalini Yoga suivi en salle, une heure et demie par semaine – mais je n’y allais pas toujours, je n’en faisais pas à la maison, et le Kundalini Yoga est une pratique à part, très liée au Sikhisme, contrairement à toutes les nombreuses autres sortes de Yoga qui peuvent être rangées dans la classe générale du Hatha Yoga.

Au début, en juillet, je pratiquais à la maison vingt à trente minutes chaque jour, puis j’ai augmenté progressivement jusqu’à une heure et plus quotidienne. Une fois bien rassouplie et remusclée par cet entraînement (je compte bien sûr m’assouplir et me muscler encore), je pratique depuis quelques semaines entre quarante-cinq minutes et une heure et demie chaque matin, et une dizaine de minutes la nuit avant de me coucher. Grâce aux nombreux cours qu’on peut trouver en ligne, avec divers professeurs de divers pays ayant chacun une manière différente, je pratique toutes sortes de Yoga : Hatha Yoga et ses nombreuses variantes, Yin Yoga, Vinyasa, Sri Sri Yoga, Nitya Yoga, Sivananda Yoga, Power Yoga, Yoga/Pilates ou Yoga/Danse, Yoga Nidra – la liste n’est pas close, je m’essaie à tout ce que je trouve. Et je continue à pratiquer le Kundalini, un Yoga qui me rapproche de l’Islam en célébrant Waheguru, et du Principe féminin créateur, au moins une fois par semaine. Selon les jours, selon ce dont j’ai besoin, je choisis des séances plus ou moins intenses physiquement, un yoga rapide ou lent, demandant plus ou moins d’efforts ou d’étirements, et des temps de pranayama (exercices de respiration) et de méditation plus ou moins longs. J’ai aussi mes propres rituels, en début et en fin de séance. Parfois aussi, notamment si je ne suis pas à la maison, je construis mes séances moi-même, pour au moins une vingtaine de minutes, sur un tapis de fortune à l’hôtel ou autre.

J’accompagne ma pratique physique de nombreuses lectures, dont on peut trouver trace ici (mot-clé Yoga), sur la philosophie du yoga mais aussi sur les asana et le pranayama (les postures et la respiration), détaillés dans des ouvrages traditionnels ou modernes ou dans des magazines spécialisés. Et je marche en moyenne une heure par jour, cela fait partie de mon Yoga personnel, ma sadhana, mon ascèse yogique, que toute yogini et tout yogi continue à vivre toute la journée quelles que soient ses activités : le Yoga, c’est tout un corps et tout un esprit ! L’attention à la nourriture en fait partie. Contrairement à ce qu’on croit souvent, le végétarisme n’est pas obligatoire, mais il faut veiller à prendre une nourriture saine, fraîche et agréable au goût, suffisamment grasse, avec céréales, légumes, fruits et laitages. Contrairement à ce qu’on croit souvent aussi, le Yoga n’a rien à voir avec de quelconques mortifications : le principe de non-violence (plus précisément de non-agression, car la violence peut être utilisée si nécessaire pour la défense) s’applique aussi à soi-même. En Yoga l’effort est nécessaire mais il ne faut pas se faire mal ; ce principe dont on comprend tout de suite l’importance dans les exercices physiques yogiques est valable aussi pour l’esprit. Il est même recommandé de réunir de bonnes conditions de vie – ce qui peut se faire même en dormant dans une hutte.

Le soir avant de me coucher je redéroule mon tapis pour neuf asana : Tadâsana (Posture de la Montagne) ; Uttanâsana (Posture des Mains aux Pieds, ou La Cigogne) ; Balâsana (Posture de l’Enfant – en fœtus sur le ventre) ; Sarvangâsana Posture de la Chandelle) ; Halâsana (Posture de la Charrue) ; Matsyâsana (Posture du Poisson) ; Ananda Balâsana (Posture du Bébé Heureux – pieds dans les mains, sur le dos) ; Siddhâsana (Posture Parfaite) pour un petite méditation, avant une Prosternation telle qu’on la pratique en Kundalini. Puis je vais me coucher et je m’endors souriante, le cerveau bien irrigué, paisible, heureux.

Voici, pour exemples, quelques vidéos de différents cours de Yoga.

Un merveilleux cours de Hatha Yoga en Inde, avec pranayama :

Une autre splendide session, en Inde :

Un cours traditionnel indien de Hatha Yoga avec élèves :

Un bref cours de Yoga épuré, venu d’Allemagne :

Un très beau cours d’Ashtanga Yoga :

Un excellent cours de Yin Yoga, aux États-Unis :

Un cours de Yoga Nidra (Yoga du Sommeil), en France, un Yoga pratiqué en Shavasana (Posture du Cadavre, relaxation en position couchée sur le dos) :

Retrouvons Shiva Das pour un somptueux Shavasana, sans paroles mais, à moment donné, avec immersion :

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Il y en a beaucoup, beaucoup d’autres, il suffit d’explorer la Toile, ou de trouver un cours en salle. Pour le Kundalini, j’ai déjà donné des exemples de cours ici.

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Yoga : vibrer, vivre

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Le divin Bach par le divin Yehudi Menuhin

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« La vérité est une, exprimée diversement par les sages » RigVeda 1.164.46, également traduit : « Dieu est Un, beaucoup de chemins mènent à Lui »

Je continue à lire le dictionnaire de sanskrit et je vois que le mot sanskrit traduit ici par « sages », vipra, a donné le français « vibrer » : il signifie à la base « ceux qui vibrent », et désigne les inspirés, les sages, les voyants, les poètes, les prêtres qui ont bu le soma, les brahmanes. Dans l’hindouisme, le son (le son Om) est à l’origine du monde : o est la vibration primordiale, m est sa résonance. Un autre mot sanskrit pour dire vibrer, spand, signifie aussi venir au monde ; et le nom spanda, « vibration », s’emploie aussi en philosophie indienne pour dire « pulsation éternelle de joie de la manifestation », ou encore « nature vibratoire de la conscience, comme pouvoir de changer tout en restant soi-même ». Quand je médite, avec ou sans son extérieur, à la fin, ou avant, ou pendant, je fais vibrer mes tympans.

J’ai déjà cité Yehudi Menuhin, qui était aussi yogin ; voici encore quelques lignes de la préface qu’il écrivit pour le livre de son maître B.K.S. Iyengar, la Bible du Yoga (dont le titre original est en fait Yoga Dipika, c’est-à-dire Lumière sur le Yoga) :

« La pratique du yoga développe un sens fondamental de la mesure et des proportions. (…) L’harmonie et le sens de l’universel viennent avec la prise de conscience de l’alternance inéluctable de l’activité et de la passivité en rythmes éternels dont chaque inspiration et chaque expiration forment un cycle parmi les innombrables myriades d’ondes ou de vibrations qui constituent l’univers.

(…) Par sa pratique même, il est inextricablement lié aux lois universelles ; car le respect de la vie, la vérité et la patience sont autant d’éléments indispensables pour permettre une respiration calme dans la paix de l’esprit et la fermeté de la volonté.
C’est en cela que résident les vertus morales inhérentes au yoga. Pour ces raisons, il demande un effort total, mettant en jeu et façonnant l’être humain tout entier. Aucune répétition mécanique n’intervient, ni paroles vaines comme dans le cas des bonnes résolutions et des prières formelles. Par sa nature même, il est à chaque instant un acte vivant. »

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La conscience profonde (les Yoga-Sutras). Et conseil pour la méditation, qui rend le mal impuissant

Syd méditant quand il était adolescent
un dessin de Syd quand il était adolescent

un dessin de Syd quand il était adolescent

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« L’agitation du mental est toujours perçue par la conscience profonde, toute-puissante, en raison de son immuabilité » Yoga-Sutras de Patanjali (IV, 18)

Quand il est question de méditation (dans le sens qu’on lui donne pour parler de la méditation orientale, très différente de la méditation au sens occidental du terme), il s’avère que le problème des méditants, surtout débutants, est d’arriver à se défaire des pensées qui surgissent inévitablement d’elles-mêmes quand on reste immobile sans aucun divertissement, comme dirait Pascal. On conseille de ne pas se fixer dessus, pas même pour les chasser, mais de les laisser passer et s’évanouir. Ce n’est pas si facile.

En vérité la méditation requiert d’entrer dans un état second, ou état de conscience modifiée. Sans substances, sans drogues, si l’on veut méditer réellement et non juste s’offrir un petit voyage hors du réel. Est-ce accessible à tout le monde ? Sans doute, mais pas sans travail. Personnellement j’ai commencé à travailler sur mes états mentaux, à l’état de veille et pendant le sommeil, à l’adolescence. Je n’avais pas de guide mais j’étais soutenue par ma pratique de la littérature – lecture et écriture -, qui me permettait de ne pas m’égarer dans ces expériences qui peuvent être dangereuses pour la santé mentale (attention si vous pratiquez à ne pas perdre de vue la raison, et aussi à ne pas suivre n’importe quel guide, et même si vous avez un bon guide, à ne pas le suivre aveuglément).

Pour en revenir à la question des pensées importunes, comment faire ? Je conseillerais de visualiser les choses ainsi : les pensées naviguent sur l’eau plus ou moins agitée selon que le temps est calme ou tempétueux. Tandis que le mental, pendant la méditation, peut être imaginé comme le calme du fond de l’océan.

Si nous nous représentons les choses ainsi, si nous désirons, en méditant, descendre en profondeur dans la paix (qui esquisse un sourire sur notre visage – et il est possible, si cela ne se fait pas tout seul, d’esquisser nous-mêmes ce sourire pour ouvrir les portes de cette paix bienheureuse), nous pouvons aussi considérer les pensées de passage comme une agitation de surface, et la vivre comme lointaine et peu affectante, avec la même miséricorde que nous pouvons éprouver pour le monde. Les pensées font partie du monde, mais comme disait le Christ, nous ne sommes pas du monde : nous n’en sommes pas esclaves, si nous savons nous éloigner de la surface des choses.

C’est quand nous demeurons au fond que nous passons au-dessus. Le souffle descend en nous, et si nous le rejoignons là, hors du monde, il remonte et nous soulève avec lui au-dessus de toute chose. Un autre sutra de Patanjali (III, 40) dit :

« Grace à la maîtrise de l’Udâna [souffle d’expiration qui monte vers le haut], on peut s’élever au-dessus de l’eau, de la boue et des épines, et ne pas en être affecté. »

 

Syd méditant quand il était adolescent

Syd méditant quand il était adolescent

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Sa peur du loup et mon mantra rêvé

J'ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes
J'ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes

J’ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes

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« C’est l’Océan, nous ne sommes que ses nuages… La clef de tout est aux Indes ! » Alphonse de Lamartine

Imaginez qu’on signale qu’un auteur est juif alors qu’il n’aurait jamais rien publié sur le sujet et que la judéité n’aurait aucun rapport avec le contexte dans lequel on le présenterait. L’antisémitisme d’une telle présentation sauterait aux yeux. Aujourd’hui, je l’ai souvent noté ici, l’ antisémitisme se manifeste souvent dans sa forme plus acceptable en société, l’islamophobie (les musulmans comme les juifs sont à l’origine des Sémites, du fait de leur langue et de leur culture, qui bien sûr imprègnent leur pensée, commune à bien des égards). Je reçois une anthologie de littérature érotique – encore une – dans laquelle figure un extrait de mon premier roman – sans mon accord, ce qui est contraire aux usages et au respect du droit d’auteur. L’auteure de cette anthologie, une certaine Claudine Brécourt-Villars, ne trouve rien d’autre à signaler, pour me présenter, que mon passage par le catholicisme et ma prétendue « conversion à l’islam » (mots que j’ai réfutés ici-même dès mon passage à l’islam). J’ai publié une trentaine de livres (qu’elle occulte complètement), dont pas un sur l’islam, mais voilà ce qui frappe cette brave dame : l’ISLAM, ce grand méchant loup qui fait si peur au si timoré Saint-Germain-des-Prés. Les coincé·e·s du corps sont aussi les coincé·e·s de l’esprit, qu’ils compilent impuissamment des textes n’arrange rien.

Je continue à prendre joie dans le yoga et je fais d’excellents rêves la nuit, avec de l’amour physique et, toujours, des maisons qui ne cessent de s’agrandir, des paysages fantastiques, des océans où je me baigne, mais aussi, c’est nouveau, mon corps qui repousse là où il a été coupé (extraordinaire sensation !), et il m’est même arrivé d’ « inventer » un mantra que j’ai entendu et répété, cantillé, quoique j’ignore son sens car il est en sanskrit et je l’ai oublié au réveil. La vie est extraordinaire et comme je le disais il y a longtemps dans un poème, je vois qu’un jour je mourrai jeune, et que j’ai encore longtemps à vivre.

Les sadhus sont les libérés du temps. Il y a 70 millions d’années, l’Inde s’est détachée du Gondwana et a traversé l’océan avant d’arriver là où elle est maintenant, adossée aux plus hautes montagnes du monde, qu’elle a elle-même élevées.

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Description d’un combat. Du christianisme, du judaïsme, de l’islam. Et de la jouissance, repos des guerrières et des guerriers

Myriam et les siens, dansant après le passage de la mer Rouge

 

Myriam et les siens, dansant après le passage de la mer Rouge

Myriam et les siens, dansant après le passage de la mer Rouge

« Le Seigneur est un guerrier, Seigneur est son nom ! » Exode 15, 3 (ma traduction)

« Rappel : en vérité, à ceux qui se gardent est réservé un merveilleux lieu de retour :
les jardins d’Éden, portes grand ouvertes pour eux. Accoudés, ils y jouiront de fruits à profusion et de boissons » Coran, 38, 49-51 (ma traduction)

Il y a trois réactions saines face aux oppresseurs. D’abord mais pas toujours, la compassion. Inutile et dangereuse, mais saine en ce qu’elle témoigne d’une âme non préoccupée d’abord de sa personne, mais du bien commun de l’humanité, qu’elle voit en péril dans le mal à l’œuvre chez l’oppresseur. Il s’agit donc pour elle d’essayer de sauver en l’oppresseur sa part d’humanité, dans l’idée de sauver ainsi toute l’humanité. Presque toujours cette réaction est inutile d’un point de vue pratique, les hommes possédés par un mal ne voulant pas s’en déposséder. Cependant il peut y avoir des exceptions, et c’est pour elles comme pour la noblesse de cette ambition que la compassion, quoique dangereuse pour qui l’éprouve car neutralisant ses capacités de défense, reste spirituellement saine et valable.

Ensuite vient la haine. La haine n’est habituellement pas reconnue comme une valeur, mais elle en a une comme phénomène de transition maîtrisé. La haine est un moteur du désir quand apparaît la nécessité de la guerre. Dans l’Iliade, les combattants s’insultent avant de lancer l’assaut. La haine est surtout nécessaire quand il y a eu d’abord compassion. Une fois prise la conscience de l’inutilité et de la dangerosité de la compassion, pour soi et pour l’ensemble de l’humanité, la haine est l’instrument de destruction de cette compassion inappropriée. Elle est la manifestation d’un refus salvateur du mal, un refus qui engage tout l’être et lui donne l’impulsion pour agir contre.

Puis vient le mépris, le détachement. Mépris envers le mal, détachement envers ceux qui l’incarnent. L’impassion, disons. Si le combat continue – et il continue toujours, d’une façon ou d’une autre – c’est désormais de façon dépassionnée, au fond impassible. La compassion, passée par le trou noir de la haine (ce qu’on appelle dans le christianisme la descente de Jésus aux enfers, dont il fait sortir les morts) fait place à la lumière de la miséricorde universelle et de l’amour éternel pour les proches.

Le christianisme est la religion qui traite de l’oppression, thème déjà majeur dans le judaïsme. Il a développé une église oppressive et, d’un autre côté, donné aux hommes une conscience de l’oppression qui, avec les siècles, les a rendus capables de désir de justice et de révolution. Telle est l’histoire de l’Occident (quoique le christianisme n’y soit pas seule cause de l’organisation sociale ni de la démocratie, qui auraient été impossibles à réaliser si ses effets ne s’y étaient combinés avec ceux des paganismes plus anciens de ses régions). L’islam, lui, a de son côté repris du judaïsme la référence aux prophètes – en y incluant Jésus parmi les tout premiers, avec sa mère Marie –, un système d’interdits notamment alimentaires, et principalement, l’amour du Dieu unique, dont il a repoussé les limites de la dévotion et de l’étude dans un champ spirituel jusqu’alors inouï. C’est dans son refus de la croyance en la crucifixion du Christ que l’islam se sépare radicalement du christianisme. Mais cette séparation, plutôt que d’apparaître comme dogmatique, doit être comprise comme une évolution. En quelque sorte, l’islam réalise la phase finale du christianisme, celle où Jésus relevé de sa mort apparaît différent, au point que Marie Madeleine le prend pour un jardinier, et annonce qu’il sera désormais à retrouver ailleurs, sur de verts chemins. En quelque sorte, Jésus qui était mort de fatigue après son rude combat, après avoir fait preuve de miséricorde (« pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ») mais aussi de justice (promettant le ciel à l’un des larrons mais pas à l’autre), finit par se relever auprès de son amie et reprend les chemins d’une vie en paix. La paix est le stade de l’islam et des autres religions ou spiritualités plus orientales.

J’ai combattu sur le terrain spirituel, sur le terrain de la pensée, et les conséquences d’un tel combat, quand il n’est pas seulement personnel, ne sont pas seulement des conséquences personnelles : les ennemis sont extérieurs, bien réels, et ils se sont organisés pour me ruiner, comme ils me l’avaient annoncé. Je ne suis pas la seule à avoir été exclue du milieu littéraire, qui se change volontiers, et lâchement, en légion contre une seule personne, mais la faiblesse des gens de ce milieu est notamment de n’être rien sans ce milieu, alors que ma force est d’être tout, indépendamment de ce milieu. Cela a duré des années, et maintenant, indemne malgré ma blessure au côté, je laisse les morts enterrer les morts et je prends mon repos de la guerrière.

Déjà O et moi, éternité retrouvée après des égarements, des séparations et des difficultés immenses qui ne nous ont pourtant jamais fait perdre confiance en notre alliance, abritons notre béatitude dans le palais de style oriental, une oasis en plein désert de sable face à l’océan turquoise (c’est au Cap-Vert et ce n’est pas nous qui l’avons décidé, c’est un cadeau qui nous est fait, auquel nous participons), où nous demeurerons bientôt, après et avant d’autres voyages. Ayez toujours foi en l’amour, en la vie.

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Le génie

Lamp Of Wishes - Magic Smoke Coming Out Of The Bottle
Hier à la BnF, photo Alina Reyes

Hier à la BnF, vue de nuit sur la forêt intérieure, photo Alina Reyes

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Dans L’homme sans qualités, Musil ironise sur « ceux qui s’imaginent qu’il faut consacrer à son travail la totalité de ses forces, au lieu d’en gaspiller une grande part pour assurer son avancement social ». Suit un petit développement sur la nature du génie, sans doute chargé d’ironie aussi, mais que je trouve juste à la lettre :

« Si l’on devait analyser un grand esprit et un champion national de boxe du point de vue psychotechnique, il est probable que leur astuce, leur courage, leur précision, leur puissance combinatoire comme la rapidité de leurs réactions sur le terrain qui leur importe, seraient en effet les mêmes ; bien plus, il est à prévoir que les vertus et les capacités qui font leur succès à chacun ne les distingueraient pas beaucoup de tel célèbre steeple-chaser ; on ne doit pas sous-estimer les qualités considérables qu’il faut mettre en jeu pour sauter une haie. Puis, un cheval et un champion de boxe ont encore cet autre avantage sur un grand esprit, que leurs exploits et leur importance peuvent se mesurer sans contestation possible et que le meilleur d’entre eux est véritablement reconnu comme tel ; ainsi donc, le sport et l’objectivité ont pu évincer à bon droit les idées démodées qu’on se faisait jusqu’à eux du génie et de la grandeur humaine. »

C’est que le génie, n’en déplaise aux humains, n’est pas un propre des humains, et encore moins des intellectuels. Le génie est un propre de tout ce qui est, quoiqu’il ne soit pas réparti également dans tout ce qui est. Le génie, c’est la vie. La nature a du génie, et plus encore, elle est le génie. Et plus ce qui est s’éloigne de la nature, plus le génie s’y amoindrit. C’est pourquoi c’est sans doute parmi les hommes que la médiocrité domine et que le génie se fait rare.

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En dernier lieu mon travail, ma justice

foret-profonde

 

J’étais en avance sur #MeToo en publiant en 2007 mon roman Forêt profonde. Le monde des hommes n’aime pas que quelqu’un, et a fortiori quelqu’une d’entre eux, soit en avance. Le milieu littéraire s’est retourné contre moi – journalistes, éditeurs etc. -, les femmes autant que les hommes. Il faudra sans doute encore du temps pour combler l’avance, et alors ce roman pourra éclairer sur les phénomènes d’emprise, de manipulation, de violence.

C’est que je mouille ma chemise pour écrire, je ne me contente pas comme nombre de mes petit·e·s collègues de raconter ce qu’on m’a raconté, ce qui est arrivé aux autres, ce dont on parle. J’y vais, j’y plonge, j’expérimente, je prends connaissance de la question par tout mon corps et âme, pour mettre en forme et délivrer ce que j’ai ainsi appris, non pas en surface, mais profondément. Déjà, en 1999, mon roman Lilith contait la vengeance d’une femme puissante sur les hommes abuseurs, sur le patriarcat, sur les figures médiatiques et trompeuses. Et mon tout premier roman, Le boucher, en 1988, disait comment se relever de la mort.

Ce que les générations contemporaines ne peuvent voir, ne peuvent lire, les générations à venir le verront, le liront. Je suis heureuse du travail, des livres chauds comme pains sortis du four, que j’ai servis, que je sers et servirai.

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