La condition humaine, 2 (silex peint, Michel Serres, Jean Potocki)

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On annonce la mort de Michel Serres, un auteur dont je trouvais la production médiocre, mais peut-être devrais-je lire ses œuvres d’avant sa médiatisation pour y trouver mieux. La médiatisation pourrit les talents et les gens, à moins qu’elle ne soit recherchée et obtenue par les gens qui manquent de talent, ou de courage pour faire fructifier leur talent sérieusement. La médiatisation est utilisée comme substitut à la grâce mais elle en est le contraire, donnant une apparence de charisme tout en achevant de tuer tout charisme réel, profond.

Mon premier silex peint de cette série constituait une méditation sur la géographie mentale de l’humain, une cartographie multidimensionnelle de ses projections. Ce deuxième silex (de 10 cm de longueur) constitue une méditation sur l’histoire, sur le temps. Sur la pierre posée sur sa face plate, comportant très peu de silex apparent, j’ai utilisé les deux touches proches de silex dans la craie pour évoquer les gros yeux de ce que j’ai vu comme représentant un sphinx, ou une « bête de sable » et d’océan aussi, avec quelque chose du mollusque et du coquillage.

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Par des lignes de peinture noire, j’ai donné un tour hélicoïdal à la bête, et j’ai également dessiné une spirale dans le cratère ouvert sur son flanc, y voyant la fuite du sable en vortex dans son corps, unissant ainsi l’idée de l’immobilité du temps et celle de sa fuite, toutes deux également contenues dans la souveraineté du sphinx.

 

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Puis, sur la face plate de la pierre, tout aussi crayeuse, j’ai peint un visage de pharaon, de profil, avec une spirale dans le creux de l’oreille, et portant en coiffe les yeux du sphinx. Deux petits bouts de pierre nue, l’une sur le front du pharaon, l’autre en haut de son oreille, servent de témoins de l’aspect originel de la chose.

 

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« Me voici arrivé à une époque de ma vie remarquable par le nouvel emploi que je commençai à faire de mes idées en les dirigeant vers le même but. Vous observerez dans la vie de chaque savant qu’il vient un instant, où, frappé de quelque principe, il en étend les conséquences et les applications et donne, comme l’on dit, dans un système. Alors, il redouble de courage et de force. Il revient sur ce qu’il sait et achève d’acquérir ce qui lui manquait. Il considère chaque notion sous toutes ses faces, les réunit, les classe. S’il ne réussit pas à établir son système, ou même à se convaincre de sa réalité, du moins il l’abandonne plus savant qu’il n’était avant de l’avoir conçu, et en recueille quelques vérités qui n’avaient pas été aperçues auparavant. »

Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse

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De manuscrit en manuscrit

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Toujours, comme hier, en rapport avec mon manuscrit en cours, et après avoir fait mon quasi devoir conjugal avec mon journal intime, j’ai fait ce dessin cette nuit à main levée, en me regardant de temps en temps dans un tout petit miroir, pour étudier un peu les proportions. Puis j’ai ajouté cette citation du merveilleux Manuscrit trouvé à Saragosse, de Jean Potocki, que je suis en train de relire dans une version plus complète que celle que j’avais lue il y a longtemps – l’édition nouvelle établie par René Radrizzani, qu’on trouve au Livre de Poche, un bonheur.

 

image Alina Reyes

image Alina Reyes

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