Une autre politique

En parlant de « ces populations », les Roms, qui « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres » et ont en conséquence « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie », Manuel Valls, soutenu par le chef de l’État, cache sous le mot population le mot race – puisque la misère est dénoncée comme mode de vie irrémédiablement enracinée dans leur être – et sous leur prétendue vocation du retour à leur terre d’origine, l’idéologie barrésienne de l’enracinement des hommes dans la terre où ils sont nés. « La psychologie de la race domine celle de l’individu », écrivait Vacher de Lapouge en 1899 dans L’Aryen.

Tandis que Valeurs actuelles continue à enchaîner les couvertures nauséabondes sur les Roms et les musulmans, et tandis que le gouvernement socialiste ne sait, en guise de politique intérieure, qu’exhiber son idéologie sociétale, semblant vouloir promouvoir un artificiel « homme nouveau », laquelle idéologie engendre en retour des mouvements réactionnaires également nauséabonds… et tandis que cet État ne sait en guise de politique extérieure qu’exhiber ses prétentions guerrières… comment ne pas constater que toutes ces valeurs actuelles – la race, la terre ; l’homme nouveau, la guerre – sont celles du bric-à-brac de la « pensée » pré-, péri- ou post-fasciste, qui poursuit son travail de gangrène dans notre société ?

Une autre politique est possible : une politique généreuse, inventive, audacieuse, une politique dotée d’une vision et d’un vrai courage, une politique de l’intelligence et de l’humanité, une politique qui ne se berce ni ne berce les autres de mots et d’idéologies. Une politique qui agit, qui ne se débarrasse pas par l’exclusion de ses devoirs à l’égard des hommes, qui ne renonce ni à lutter contre le crime, la délinquance et les manquements aux devoirs à tous les niveaux de la société, ni à œuvrer pour respecter, garantir et promouvoir les droits de tous. 

Afrique 50


*
Le décor, et ce qui se cache derrière : de quels crimes vient la fortune de BHL, par laquelle il règne, et les aises de tant d’autres, néo-colonialistes et conseillers des princes néo-colonialistes, tel Hollande inaugurant son mandat par un hommage à Jules Ferry et ne sachant le marquer autrement qu’en allant ou voulant guerroyer en Afrique ou au Moyen Orient. Le film a été interdit pendant quarante ans et a valu à son auteur, René Vautier, plus d’un an de prison.

Dans « Caméra Citoyenne, Mémoires », son livre biographique, le cinéaste avoue : « En voulant braquer ma caméra sur les luttes des travailleurs – des travailleurs en France, des travailleurs coloniaux, des travailleurs immigrés, etc. – j’ai rencontré quelques problèmes : 39 arrestations, 17 inculpations, 5 condamnations, 54 mois de prison, 6 séjours à l’hôpital, 11 fractures, 4 expulsions, 5 caméras détruites par matraques, balles ou grenades, 7.000 mètres de pellicules saisis, 60.000 mètres de pellicule détruits à la hache ou à la cisaille … sans compter les dizaines de films pour lesquels je dois me battre en justice pour récupérer le droit de les montrer « . Afrique 50 n’est donc qu’une censure parmi tant d’autres. Le film lui coûta treize inculpations et une condamnation à un an et un jour de prison pour violences sur la personne d’un agent de l’autorité (mais aussi la médaille d’or au festival de Varsovie). Le « un » jour de prison est important car il prive tout citoyen français de ses droits civiques ! » (l’article entier sur darkness-fanzine)
*

Non-père, non-François, etc

Cette contradiction fondamentale atteint son plus haut point, parmi les Églises, dans l’Église catholique, avec son père tout-puissant, le Pape. En vérité le pape est spirituellement impossible, faux. C’est pourquoi Benoît XVI s’est retiré : sa situation était intenable. Le pape suivant, qui est aussi le pape simultané – preuve supplémentaire de la fausseté de cette figure censée représenter l’Unique sur terre – a pris un nom de frère, François. Mais comme il n’a pas de numéro à y accoler, qui l’inscrirait dans la suite des papes et relativiserait donc sa figure, le monde avide de père spirituel l’appelle pape François, le renvoyant ainsi sans cesse à cette fonction paternelle dont le Christ a dit qu’elle ne pouvait pas être celle des hommes, d’un homme. Lui-même, le Christ, ne s’est jamais fait appeler père ni pape, et Pierre ne l’a sûrement pas fait non plus, ayant entendu de la bouche du Messie que seul Dieu pouvait être appelé père. Il est d’ailleurs à remarquer que si le Christ appelle Dieu Abba, ce n’est pas seulement pour souligner le fait qu’il est son père spirituel, c’est aussi pour empêcher les hommes de chercher des pères spirituels parmi les hommes. À celui qui s’agenouille devant lui et lui demande : « Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? », il répond : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon sinon Dieu seul ». (Marc 10, 17-18)

L’un des vices de cette focalisation sur le pape est d’entraîner l’Église à sa suite dans le cœur des fidèles. Si le pape ne nous plaît pas, ou pas trop, nous ne pouvons plus aimer l’Église non plus. Si, au contraire, nous pouvons nous raccrocher à la figure du pape comme il ne faudrait pas s’y raccrocher, alors l’Église, quoique devenue au cours des siècles bien moins récupérable que la femme d’Osée, prend soudain l’allure d’une jeune mariée, ou presque, si l’on ferme assez les yeux sur les artifices qui lui rafraîchissent le teint, « l’attrape-couillons », comme ma grand-mère appelait son poudrier, qui n’empêche pas de vieillir et d’aller vers sa mort.

C’est pourquoi, après Benoît XVI, l’on n’a pas laissé le Saint Esprit élire le pape, on l’a calculé en fonction des besoins estimés, le premier étant le besoin de popularité, incluant la possibilité de jouer un rôle, de se présenter non comme ce qu’il est, mais comme ce qu’on attend qu’il soit. Rappelons-nous Bergoglio apparaissant au balcon pour la première fois avec une mine et des gestes de benêt, afin de ressembler à certaines images du Poverello d’Assise, bras levés, air candide – la candeur est-elle vraiment le fond de l’être du vieux cardinal jésuite ? Tout ceci ne peut être qu’éphémère, superficiel, soumis aux humeurs du temps et finalement destructeur dans la durée.

Comment sauver le bon côté de la papauté, son caractère unifiant ? En ne prenant pas le pape pour un pape. Ne pas se prendre lui-même pour un pape, c’est ce qu’a tenté Bergoglio, mais pas en profondeur. Dès que la vérité se rapproche, la vérité d’en face paraît : contrairement au pape qui en son temps accueillit François, le pape François n’accueille personne qui soit comme le vrai François, à la fois nouveau et touchant le ciel. Les risques sont trop grands, ce sont ceux que le Messie exige de l’homme, ceux qui pourtant sauvent.

*

Aujourd’hui

noce

*

Le milliardaire « Je suis partout », mécontent de ne pouvoir méfaire en Syrie aussi facilement qu’il le fit en Lybie, lâche sa plainte dans sa chronique hebdomadaire. Selon lui, c’est aux élus de déclarer les guerres, non aux peuples de refuser d’y aller. On se croirait en 14, quand, depuis des bureaux dorés, on envoya les hommes au casse-pipe, et le siècle avec. Le milliardaire « Je suis partout » oublie bien des choses dont une : c’est que lui-même, quoiqu’il ait prétention à gouverner le monde, avec son argent pesant, ses combines en réseaux, sa pensée vulgaire et trompeuse, n’est en rien un élu. Relisons Voyage au bout de la nuit et rappelons-nous la suite de l’histoire.

« Lâche qu’il était, je le savais, et lui aussi, de nature espérant toujours qu’on allait le sauver de la vérité… » C’est dans le Voyage, que Gallimard refuse toujours de publier en version numérique mais dont on peut du moins relire en ligne l’incipit.

Aujourd’hui, 14 septembre 2013, début des Journées du patrimoine en France, rentrée politique du Front National à Marseille, ouverture de la fête de l’Huma, fête de la Croix glorieuse, célébration de Yom Kippour. Aujourd’hui quatre manifestations ont été interdites à Paris à cause de risques d’affrontements entre militants d’extrême-droite et militants d’extrême-gauche. Aujourd’hui les Russes et les Américains ont conclu un accord pour tenter d’éviter la guerre en éliminant l’arsenal chimique syrien. Aujourd’hui Dieu merci, certains élus font encore leur travail. Aujourd’hui avenue des Gobelins stationnait une douzaine de cars de la police, tandis que des cars de la Gendarmerie nationale tenaient la place d’Italie, rejoints par des cars de la Protection civile de Paris. J’ai demandé à un gendarme ce qui se passait. C’est l’arrivée de la Techno Parade, m’a-t-il dit. Aujourd’hui à Paris sous la pluie une petite noce populaire de Méditerranéens faisait la fête avec musique et tambours devant la mairie du 13e, et c’était la noce dans mon cœur aussi.

*

Étranges chemins

 

*

En Russie, une crue de l’Amour sans précédent inonde un million de kilomètres carrés, soit un territoire aussi vaste que l’Oklahoma, le Texas et le Nouveau-Mexique réunis. Beaucoup de dégâts matériels, mais pas de mort d’homme.

*

En Russie toujours, à Krasnoïarsk, un homme est arrivé à l’hôpital, sans papiers et ne se souvenant de rien, avec un tabouret sortant du crâne – l’un des pieds métalliques étant fiché dans sa tête sur onze centimètres. Les médecins le lui ont retiré, il est sauvé.

*

La guerre en Syrie ne sera pas une promenade, note un spécialiste russe. Promenons-nous tant qu’il en est encore temps. L’histoire que nous font les grands de ce monde semble sortir du journal d’un fou.

*

« Ben, prévois de jouer Precious Lord, Take My Hand à la réunion de ce soir. Joue-le de la plus belle manière ». Ce sont les dernières paroles de Martin Luther King.

*

Les nieurs

La jeune fille musulmane qui s’est défenestrée après avoir été agressée par des skinheads est vivante. Il semble que depuis son agression elle ait eu à subir beaucoup de suspicions, voire de harcèlement, de la part de la police – et nous savons toute la suspicion avec laquelle cette affaire a été relatée dans la presse. Une agression comme celle qu’elle a subie est très traumatisante, mais le traumatisme devient gravissime quand le témoignage de la victime est partout mis en doute et qu’elle se retrouve en position d’accusée. Sur internet, nos bons concitoyens continuent à exprimer leurs doutes face au témoignage de cette jeune fille, mais à Annecy, où une nouvelle agression de skinheads sur des musulmans vient de se produire, l’un des agresseurs vient d’être arrêté. Qu’on cesse de nier le problème.

*

Pailles et poutres

970895_10151888364324175_1981743050_n

photo postée sur cette page fb

*

 

Un temps, on imposa l’étoile jaune aux juifs. Aujourd’hui les musulmanes ont beau s’infliger elles-mêmes un signe discriminant, la haine ne les épargne pas pour autant. Après une agression particulièrement brutale d’une femme voilée en Suède, des musulmanes de ce pays, suivies par des femmes et des hommes d’autres confessions ou sans confession, ont manifesté leur protestation en s’affichant voilés sur les réseaux sociaux. Je me prends à rêver que sur les sites animés par des musulmans, ces messieurs des rédactions qui s’indignent à juste titre des agressions de femmes voilées, puisque ce sujet les concerne si vivement, posent eux aussi en hidjab, par solidarité avec leurs femmes – ou même, sortent en hidjab dans la rue. Si ce voile n’est pas un signe de soumission aux hommes, pourquoi seraient-ils gênés de le porter ?

Les tragiques événements d’Égypte sont pour ainsi dire un pain bénit pour la vieille islamophobie européenne. Tel catholique nous ressort le discours de Ratisbonne, sur l’air triomphaliste du : Voyez, Benoît XVI avait raison en disant que l’islam manquait de raison, et était donc porteur de violence. Que l’islam devait comme le christianisme intégrer l’apport des Lumières. On croit rêver. N’est-ce pas sous les Lumières que s’est développé l’enfermement des marginaux, posant les bases des futurs camps de concentration, comme nous venons d’en parler longuement en évoquant l’histoire liée à la Pitié-Salpêtrière ? Les Lumières ne furent-elles pas suivies de la très sanglante Révolution française, à côté de laquelle la révolution égyptienne fait pour l’instant figure de chamailleries d’enfants de chœur ? N’est-ce pas au nom du Dieu chrétien que Mr Bush entra en guerre sainte et provoqua des carnages qui ont coûté la vie à des millions d’enfants et de personnes ? La guerre civile d’Irlande n’oppose-t-elle pas sans fin deux communautés chrétiennes ? Etc. Un peu de nettoyage des yeux ne ferait pas de mal.

Ailleurs tel musulman, lui, développe un article mettant fortement en doute la réalité des agressions que les Frères Musulmans font subir aux Coptes ces derniers jours, soupçonnant une manœuvre des ennemis des Frères, du nouveau pouvoir qui serait en vérité l’auteur de ces attaques qu’il leur imputerait.  La procédure est si usée qu’elle en devient plus que dérisoire. Dès qu’un musulman fait le mal au nom de l’islam, il se trouve toute une foule de musulmans pour considérer qu’il s’agit d’un complot des ennemis de l’islam. Or les Coptes ne sont-ils pas les mieux placés pour savoir qui les persécute, surtout depuis que les Frères ont accédé au pouvoir, et maintenant pour se venger de n’y être plus ?  Le fait est que ni les Frères ni leurs adversaires ne savent se comporter dignement politiquement, les premiers ayant monopolisé les pouvoirs de façon dictatoriale après avoir été élus, les seconds réprimant la contestation dans le sang. Ces faits déplorables n’empêchent pas de comprendre que le peuple ne peut pas être unifié ni apaisé par des gens porteurs d’une idéologie discriminante. Et de se rappeler que nul ne peut contraindre indéfiniment le peuple par la force.

*