Suite de mes remarques autour du rapport sur la pédocriminalité dans l’église

Moulins-Beaufort, le chef des évêques français, affirme que le secret de la confession est au-dessus des lois de la République, justifiant ainsi le fait de ne pas signaler à la justice les pédocriminels, ni la confession d’un enfant qui se déclarerait victime d’un pédocriminel, au motif que l’enfant préférerait garder le secret pour ne pas faire de peine à ses parents. Déclaration aussi criminelle qu’hallucinante, faite au lendemain des conclusions monstrueuses, encore que très certainement très minorées, de la commission Sauvé, sur la pédocriminalité dans l’église française. (N’oublions pas, pour maintenant et pour plus tard, la réaction puante de Macron, saluant « le sens des responsabilités » de l’église – alors même qu’elle déclare, et le prouve, ne pas se conformer aux lois de la République, qui obligent à signaler une personne en danger).

Aucune loi, qu’elle se dise de Dieu, de la République ou autre, n’empêcherait une personne humaine de porter secours à un enfant en danger, en faisant ce qu’il faut pour cela. Mais à entendre ce type, Moulins-Beaufort, et tous ceux et celles qui pensent comme lui, il semble que la religion abolit l’humanité en l’homme.

Le même type raconte que Bergoglio, le pape, lui a dit au téléphone, à propos des révélations de cette commission : « C’est la croix ». La croix pour les enfants abusés ? Non, pour eux, pauvre pape et pauvres prélats. Oui, c’est ce qu’ils ont tous en tête et ce qu’ils disent, du clergé jusqu’aux ouailles les plus endoctrinées : avec ces révélations, ils portent leur croix – un motif de gloire de plus pour eux, en fait. Ces complices de crime contre l’humanité osent se prendre pour le Christ portant sa croix.

Que veut Bergoglio pour les victimes de l’entreprise qu’il dirige ? Il en appelle au « miracle de la guérison ». Comme tous les autres, il se donne l’air de tomber des nues, il dit sa « honte ». Lui qui, par exemple, garda jusqu’à récemment au Vatican le cardinal Pell, qu’il avait nommé n°3 du Vatican, malgré son lourd dossier d’accusation pour avoir couvert des prêtres pédocriminels, et malgré les accusations d’abus sur enfants portées sur Pell lui-même – Pell a fini par être condamné par la justice de son pays quand enfin elle a réussi à obtenir qu’il s’y rende. Bergoglio en vérité ne connaît de la honte, comme sa légion de collègues, que celle qu’ils inculquent aux enfants et à leurs autres catéchisés, pour mieux les dominer.

Tout ce que disent ces gens dans cette affaire est obscène, aussi obscène que les déclarations d’Abdeslam au procès des attentats du 13 novembre. Au moins les victimes de ces attentats ont-elles la chance, dans leur terrible malheur, de bénéficier d’un procès, d’un acte de justice des hommes. Il faut penser aussi à tous les êtres humains qui dans le monde ne verront jamais comparaître en justice et être condamnés leurs bourreaux. Dans le monde et ici même, en France, où la justice fonctionne bien pour les victimes que le système veut bien reconnaître comme victimes, mais pas pour les autres. Les victimes du terrorisme islamiste sont politiquement bankables, contrairement à celles de la pédocriminalité catholique. Personnellement je n’étais pas politiquement bankable non plus quand je suis allée en justice pour demander réparation d’un plagiat de mon œuvre, et que, auteure isolée contre un puissant éditeur, c’est moi qui me suis retrouvée condamnée. La justice et la presse marchent de concert, et la presse m’a également condamnée, et elle continue à me condamner en refusant mes tribunes ou mes simples commentaires, dans l’affaire de l’église aussi. M’étant tournée vers l’église comme beaucoup dans un moment de détresse, après ce procès, je n’ai fait que me tourner vers une autre bête qui a essayé de me broyer aussi, et contre laquelle j’ai dû me battre encore. Jamais justice ne me sera rendue dans un tribunal, même si j’y retournais il se retournerait encore contre moi – et la presse avec lui. Et ce n’est pas mon cas personnel qui me soucie le plus, mais celui des millions de femmes et d’hommes qui sont dans le même cas, pour une raison ou une autre. Il y a un enchaînement de la société pour faire tomber d’un rouage tueur à l’autre les personnes que cette même société estime nuire à son fonctionnement inique, du fait même qu’elles incarnent, en en étant victimes, son iniquité. Cela ne se passe pas seulement dans les régimes dictatoriaux, cela se passe aussi au sein des démocraties, plus ou moins selon justement leur degré de démocratie – et la France sur ce point est loin d’être parmi les pays où la démocratie fonctionne le mieux.

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Quelques remarques autour du rapport Sauvé sur la pédocriminalité de l’église française (avec mon témoignage personnel)

Gabriel Matzneff, enfant, a été scolarisé dans deux établissements catholiques – dont l’un où, plus tard, a enseigné Brigitte Macron – est-ce vraiment une autre histoire ? Est-ce là qu’il a appris la pédocriminalité, en commençant par en être victime ? Mais je pense à Arthur Rimbaud, qui lui aussi a subi des abus sexuels dans son établissement religieux, comme je l’ai montré en analysant son poème « Parade ». Lui, de victime, n’est pas devenu pédophile, mais victime de Verlaine, largement son aîné, qui a pu profiter de la fragilité induite en Rimbaud par de précédents abus.

Comme on sait, les victimes d’abus deviennent souvent elles-mêmes abuseuses ou criminelles. Soit elles reproduisent les abus qu’elles ont subis, soit elles commettent d’autres formes d’abus. Ces personnes-là ne sont certainement pas comptabilisées dans le rapport Sauvé, elles ne vont pas témoigner contre elles-mêmes. Et toutes celles qui, comme Rimbaud, ont été abusées mais ne sont pas devenues pour autant abuseuses, mais trop douloureusement marquées pour témoigner directement, n’auront rien dit non plus. Rimbaud l’a dit sous une forme voilée, affirmant « J’ai seul la clé de cette parade sauvage » parce que, comme pour beaucoup, il lui était trop difficile de le dire ouvertement (et il a fallu attendre près de cent cinquante ans pour que quelqu’un (moi) trouve sa clé). Aujourd’hui je sais aussi que ne sont pas compris dans les chiffres déjà énormes de ce rapport tous les hommes que j’ai entendus me dire, sans vouloir s’appesantir, en passant très vite, qu’ils ont dans leur enfance échappé aux manœuvres de séduction, par la parole ou par le geste, de prêtres. Mais je pense à eux, qui restaient douloureusement marqués de cette abjection, même s’ils en avaient réchappé.

Le rapport souligne que le problème reste actuel, qu’il y a toujours de la pédocriminalité dans l’église. Il faut comprendre que si cette institution n’agit pas ou agit si peu contre cette gangrène, c’est qu’elle est partie intégrante de sa culture, et depuis de longs siècles. Ce n’est pas seulement l’abus sexuel qui fait partie de sa culture, c’est l’abus. L’abus sexuel n’est qu’une manifestation parmi d’autres, et en fait marginale malgré son ampleur, de sa culture générale de l’abus. Culture dont j’ai subi moi-même les effets, après m’être intéressée sincèrement à l’église et avoir publié quelques livres et élaboré un projet qui pouvaient beaucoup lui servir à se rénover. Seulement, elle ne voulait pas se rénover, elle voulait seulement en avoir l’air. J’aurais pu lui servir de vitrine pour cela, mais il leur fallait d’abord me soumettre, afin que rien ne change en réalité, et ils ont à cet effet employé tous les moyens que leur hypocrisie séculaire et congénitale sait employer. Pour me soumettre, il leur fallait me détruire, me nier. Ils avaient des rapports avec moi, dans les hauteurs de la hiérarchie, en France et au Vatican, mais il ne fallait pas le dire, il fallait que cela reste sous le manteau, comme dans les cas de pédocriminalité. Par exemple, un évêque avec lequel j’avais dîné à deux reprises, quelques jours après faisait mine, en public, de ne m’avoir jamais vue. Régulièrement on s’arrangeait pour me traiter à bas mot de prostituée, de pécheresse, un hebdomadaire catholique prétendit même que je m’étais moi-même qualifiée de pécheresse. Tout le mal qu’ils faisaient, ils me le faisaient endosser, par maintes manœuvres cachées. La technique était parfaitement rodée et au point, c’est celle dont ils ont fabriqué plusieurs de leurs « saintes » et « saints », en réalité de leurs victimes, en les coupant d’elles-mêmes et de la vie. Je n’étais pas un enfant de chœur et je ne me suis certes pas laissé faire, mais avoir dû se battre contre un système aussi abject – qu’eux considèrent comme normal – constitue déjà une épreuve particulièrement dégoûtante. J’y ai survécu, mais je ne pense pas qu’eux y survivront.

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Journal du jour

Armada de jeunes bénévoles du Secours catholique dans mon quartier aujourd’hui, interpellant les passants. Je leur ai demandé si ça ne les dérangeait pas de servir cette institution, en leur rappelant notamment les faits mentionnés dans ma note d’hier. Merveilleuse réponse : le Secours catholique n’a rien à voir avec l’église catholique. J’ai eu pitié d’eux, acculés à se démarquer de l’Église, comme, souvent, on demande aux musulmans de se démarquer des islamistes. La différence c’est que l’islamisme est une perversion de l’islam, nullement représentative de l’islam, alors que l’église de Rome est la représentation officielle du catholicisme et qu’elle y fait bel et bien la loi pour tous les catholiques. Et je sais bien que ces jeunes veulent bien faire, mais ils se font manipuler, en servant au nom d’une bonne cause une institution incorrigiblement criminelle.

Catholique ou pas, qui manipule les adultes, mentalement ou physiquement, est capable aussi de faire plus ignoble encore, manipuler les enfants – comme l’a multi-démontré l’église. Ils n’ont pas d’autre choix que les chaînes de la manipulation parce qu’ils se sont d’entrée de jeu excommuniés de la vérité, ils sont ligotés dans le mensonge et ne voient d’autre possibilité d’en sortir que toujours plus de manipulations, de manipulations de plus en plus ignobles. Il n’y a pire esclaves que les prisonniers du mensonge, les hypocrites, ceux qui avancent masqués, ceux qui sont cadenassés dans la loi du silence, ceux qui se sont rejetés comme de l’Éden du rapport de vérité et de confiance avec autrui. Ils feraient bien de méditer la parole du Christ « la vérité vous rendra libres » et de s’y convertir, de se détourner du mensonge, d’y renoncer en l’exprimant ouvertement et avec force, et de franchir le pas qui les sépare de la vérité en la disant, clairement.

Chronique du jour : des criminels en action ou en esprit, et de leur chute

“J’ai eu un ami qui a été traîné au dehors une nuit, il hurlait”, s’est-il souvenu. Il ne l’a plus jamais revu. “Il s’appelait Bryan… Je veux savoir où est Bryan.”
“On nous a fait découvrir le viol”, a ajouté Barry Kennedy. “On nous a fait découvrir les coups violents. On nous a fait découvrir des choses qui n’étaient pas normales dans nos familles”.
750 tombes anonymes découvertes sur le site d’un pensionnat catholique où jusque dans les années 1990 on enferma et maltraita des enfants autochtones. Après les restes de 215 enfants trouvés récemment sur le site d’un autre de ces pensionnats, on s’attend à beaucoup d’autres découvertes du même type – il y avait 139 de ces pensionnats au Canada, où « 150.000 enfants amérindiens, métis et inuits ont été enrôlés de force » – l’article du Huffington Post est ici. Le pape refuse de présenter des excuses pour ce énième crime contre l’humanité commis par l’église catholique. La faute n’est sans doute pas aussi grave dans son esprit que celle d’une religieuse qu’il a chassée de sa congrégation où elle vivait depuis trente ans, en refusant de donner une raison, de façon ouvertement arbitraire (Le Monde suit l’affaire, qui semble surtout être celle de « différends » entre cette religieuse et une autre qui, elle, est très amie avec un cardinal proche du pape).

Val défend Valeurs Actuelles au procès de leurs caricatures de Danièle Obono, Valls appelle à voter Pécresse contre la gauche prétendument islamiste. Je parlais l’autre jour des caricatures de Coco, ex de Charlie, dans Libé, titre qui pratique lui aussi l’en-même-tempisme (un coup contre le RN, plusieurs coups contre les racisé·es, les femmes violées, les lesbiennes, etc., ou encore un coup pour les Palestiniens, un coup pour représenter les Palestiniens comme des rats, toujours via Coco…) : racisme, sexisme, homophobie et j’en passe, les anti-valeurs de l’extrême-droite laissent toute une pseudo-élite prétendument humaniste contaminée par la haine de tout ce qui n’est pas de l’entre-soi. Il existe un syndrome de la femme battue, qui est un stress post-traumatique dû à une longue exposition aux mauvais traitements. Ce syndrome est pris en compte quand se produit le meurtre de l’homme violent par une femme longtemps violentée. Nous ferions bien de veiller aux possibles effets d’un syndrome des populations battues, violentées et par le harcèlement de l’extrême-droite, et par celui de prétendus adversaires de l’extrême-droite. Voyez l’église catholique : certes elle a très longtemps sévi, mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Moins qu’hier et bien plus que demain. Le mécanisme vaut pour tous les abuseurs.

Réflexions et cinéma du jour

21298277Confinée, l’église invente une nouvelle transsubstantiation, ou plutôt une transsubstantiation à l’envers, ou plutôt encore une transsubstantiation sans substance, une non-transsubstantiation. Pour les fidèles plus de pain faisant office de corps du Christ ; mais voici les photos des fidèles sur les bancs, ou les fidèles derrière l’écran, faisant office de corps humains. Stade final d’un anéantissement ? dystopie ? Si Benoît XVI était toujours là et en bonne forme intellectuelle (j’ignore s’il l’est ou non), il aurait pu émettre une pensée là-dessus, peut-être. Je ne sais s’il y a dans l’église d’autres personnes capables de le faire.

Les trois-quarts des personnes atteintes du Covid et en réanimation sont des hommes. Et les trois-quarts d’entre eux sont en surpoids ou obèses. Près de 40 % des Américains sont obèses, 32 % en surpoids. Obésité et surpoids gagnent du terrain et deviennent la norme, notamment dans les classes populaires. Avec tous les problèmes de santé, directs ou indirects, que cela implique. On fait bien de lutter contre la grossophobie mais on ferait bien de ne pas normaliser cet état de fait handicapant à plus d’un titre. Le corps humain, comme la nature, est maltraité par notre société.

À Béziers, un jeune sans domicile fixe a été tué par la police municipale parce qu’il ne respectait pas le couvre-feu. En Haute-Savoie et ailleurs en ce moment, les propriétaires de résidences secondaires chics ne risquent pas ce genre de problème avec la police quand ils viennent y passer leurs vacances, ne respectant pas le confinement. En fait on les laisse couler de doux jours contre la loi. Le vieux monde.

On fait souvent référence au général De Gaulle pour juger de tel ou tel acte de telle ou telle personnalité politique. « Imagine-t-on le général De Gaulle faisant tel ou tel acte indigne ? » Souvent, en voyant Macron s’affairer à sa com (dernier exemple en date, hier à Marseille) au lieu de poser des actes politiques réels, je me dis tout simplement : imagine-t-on Angela Merkel s’agiter ainsi pour occuper les caméras, déformer discours et vérité afin de masquer une inefficacité ? Non, et le coronavirus produit en Allemagne beaucoup moins de cadavres qu’en France. Nul doute cependant que lundi prochain Macron va essayer de se poser en remède politique miracle.

En lisant l’injure de Sylvain Tesson aux Gilets jaunes, dont je parlais hier, j’ai pensé à l’excellent film de Roger Corman, The Intruder, que l’on peut voir jusqu’au 16 mai en replay et en français sur Arte. Tesson m’a rappelé, comme tant d’autres, le personnage du film, petit Blanc inconsistant qui veut se faire mousser et avoir du pouvoir en jetant l’anathème sur les Noirs. En pleine pandémie, voilà donc le genre de réflexe de classe qui turlupine les privilégiés : ce bouleversement ne va-t-il pas les démasquer, les faire tomber de leur trône ? Voilà qui leur fait encore plus peur que la maladie. Et voilà une porte qui s’entrouvre pour l’humanité.

Le film en version originale :

Melmoth, suite : sacrifices humains

l'un des PostIt que j'ai distribués dans la ville ces deux derniers jours

l’un des PostIt que j’ai distribués dans la ville ces deux derniers jours

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Le roman de Maturin décrit une société imposant des conditions d’existence pires encore que celles de La Caverne de Zamiatine ou de 1984 d’Orwell. D’autant que la société en question n’est pas une dystopie littéraire mais une réalité, celle de l’église catholique, de ses couvents, de son Inquisition. Nous l’avons dit, cette machine à opprimer et à broyer l’être humain a fini tout à la fois par affaiblir le catholicisme, avec une église de plus en plus réduite à la façon de la peau de chagrin balzacienne, et par infecter tout le corps social, où se retrouvent les méthodes de torture inquisitoriale non seulement sous leurs formes dures, en temps et lieux de guerre (guerre d’Algérie, guerre d’Irak…) mais aussi sous leurs formes adaptées à la gestion des masses, surveillance et répression collectives associées à des opérations de surveillance et répression, notamment par toutes sortes de harcèlements, ciblant tels ou tels individus – la lutte contre le terrorisme cautionnant les exactions commises dans le conflit de pensée, quand il s’agit pour les pouvoirs de soumettre des individus qui n’obéissent pas aux valeurs dominantes du faux, de la communication, du profit au service d’intérêts politiques visant à perpétuer l’ordre inique établi, ou simplement des relations humaines basées sur l’intersoumission.

Melmoth the Wanderer, titre du livre, pourrait bien qualifier le livre lui-même, au moins autant que le personnage. Avec ses histoires enchâssées, la narration erre et cela, plus que le fait de camper un personnage errant misérablement à travers les siècles sans pouvoir trouver le repos suite à un pacte avec le diable, fait naître dans le lecteur un flux de conscience tel que bien plus tard des auteurs comme James Joyce avec son Ulysses essaieront de l’obtenir par l’écriture directe du flux de conscience de leur personnage. Sauf que Melmoth the Wanderer induit un flux de conscience beaucoup plus politique, métaphysique et agité, aussi agité que l’océan déchaîné sur lequel le capitaine Achab de Melville s’acharne à pourchasser Moby Dick. Les références bibliques sont aussi importantes dans Moby Dick que dans Melmoth, et dans le personnage du très vieux juif chez Maturin, sage condamné à vivre reclus par la persécution et emblématique, comme Maturin le lui fait dire, de tous les persécutés, juifs, chrétiens, musulmans ou autres, peut apparaître comme un miroir prémonitoire de cette baleine blanche poursuivie par toutes les mers. Tandis que le jeune Espagnol qui lui fait face (et se compare explicitement à Jonas), inlassablement persécuté par les prêtres, les moines, les jésuites, les inquisiteurs, avec l’assentiment passif ou actif de la société et de ses parents, fait effet de préfiguration du Bartleby de Melville, dans son refus absolu, son refus opiniâtre, et grandissant en même temps que l’oppression qui lui est opposée, d’accepter ce que dès le début il contesta. Ainsi se rejoignent les textes de Melmoth the Wanderer et de Bartleby the Scrivener, l’Errant et le Scribe, qu’Ismaël le voyageur témoin de la folie d’Achab et du monde, fil d’or dans le labyrinthe des textes et des mondes, assume.

Quelques nouveaux passages relevés au fil de ma lecture :

« Il était impossible que la conscience la plus timorée pût trouver en elle-même assez de péchés pour remplir seulement le quart du papier que j’étais censé employer à l’examen de la mienne. Je le remplissais cependant de leurs crimes et non de ceux que j’avais commis.

(…)

– Mettez-vous donc en balance le droit et le pouvoir ? Vous sentirez bientôt que dans ces murs, il n’y a point de différence entre eux.

(…)

Chaque jour s’amoncelaient sur moi mille formes de persécution trop misérables et trop mesquines pour être mentionnées mais combien harassantes pour celui qui devait les endurer ! Imaginez, Monsieur, une communauté de plus de soixante personnes qui se seraient juré de rendre insupportable la vie d’un individu, qui auraient pris la commune résolution de l’insulter, le tourmenter et le persécuter. Imaginez aussi comment cet individu peut supporter pareille existence. Je commençai à craindre pour ma raison, pour ma vie.

(…)

Vous n’ignorez pas sans doute, Monsieur, que le pouvoir de l’Inquisition, semblable à celui de la mort, vous sépare, par un simple attouchement, de toutes les relations que vous pouviez avoir avec le monde. Du moment où sa main vous a saisi, toutes les mains humaines se détachent de la vôtre. (…) Le plus dévoué de vos parents ou de vos amis est le premier à mettre le feu au bûcher qui doit vous consumer, si l’Inquisition demande ce sacrifice. »

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Sexe, mensonge et vidéo (actualisé)

Vendredi soir : j’ajoute ce lien France Inter comprenant des récits de témoins et des PV d’audition accablants pour Di Falco, et pour sa mère la pute l’église qui comme d’habitude n’a rien fait, l’a au contraire promu.
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Mgr Di Falco de nouveau accusé de viols sur enfants. L’affaire est ancienne mais ce qui est actuel c’est la réitération du mensonge par cet homme, mensonge qui redouble le viol. Et le fait que la prescription en matière de pédocriminalité n’est toujours pas supprimée. Si le droit n’évolue pas, la société s’embourbe.

Mieux vaut voir un pénis sur un mur que le pénis du curé dans la sacristie. L’œuvre d’un street artist belge va être effacée dans les semaines qui viennent – d’ici là, les jeunes filles du lycée catholique d’en face et les femmes voilées dans la rue, entre autres, auront eu, s’il leur arrive de lever le nez, l’occasion de songer.

 

Un pénis géant peint sur un mur embarrasse Bruxelles
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Cercles vicieux

hall bibliotheque ste genevieve*

Après s’être acharné pendant des années sur les musulmans et les Roms, Charlie Hebdo a changé son crayon d’épaule, est passé du racisme à la xénophobie pour se foutre de la gueule des victimes d’attentat belges, des petits réfugiés morts pendant leur traversée, maintenant des victimes du dernier tremblement de terre en Italie… Il n’y a que les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo que Charlie Hebdo respecte. Cercle vicieux : c’est grâce à elles qu’il revit. Et s’en prendre aux puissants, c’est moins attrayant que de piétiner les malheureux, ça contente moins bien le sadisme des bonnes âmes.

Les bonnes âmes cathos ont aujourd’hui un motif de satisfaction : la canonisation de ladite mère Teresa, sadique avec les pauvres et suceuse avec les riches, par ledit pape François, qui récidive dans le révisionnisme après avoir pareillement canonisé ledit père Junipero Serra, sadique frappeur et génocidaire d’Amérindiens, malgré les supplications de ces derniers pour qu’il n’en fasse rien. Cercle vicieux : la méchanceté des prétendus saints est une façon de se venger d’une institution elle-même sadique dans laquelle ils se sont laissé enfermer.

Contre la bêtise et l’obscurantisme des idéologues et des religieux de toutes sortes, un seul remède : la recherche de la vérité. L’université y a un grand rôle à jouer. Mais en France elle est dans la misère. Exemple : pendant tout ce premier trimestre de rentrée, la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne sera fermée le samedi « en raison de difficultés budgétaires ». L’autre grande bibliothèque du quartier latin où il est possible de travailler, la bibliothèque Sainte-Geneviève, est déjà pleine à craquer avant même la reprise des cours, et compte très peu de tables avec prise pour ordinateur. Comment vont travailler les étudiants ? Dans d’autres pays d’Europe et aux États-Unis, les bibliothèques sont ouvertes sans interruption. Les universités françaises sont absentes des bonnes places dans les classements internationaux, mais aussi dans les esprits : écoutez ce qui se dit à l’étranger, personne ne songe à les citer en exemple. Cercle vicieux, la médiocrité tel un trou noir avale tout. Résister et relever.

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arbre bonnefoy alechinsky

photos : hier dans le hall de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et rue Descartes le mur illustrant un poème de Bonnefoy par Alechinsky

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Sex Abuse Coverups : Cardinal George Pell in Cartoons

LeLievreLe cardinal George Pell, accusé d’avoir couvert d’innombrables crimes pédophiles en Australie (il y en eut des milliers, dont au moins des dizaines directement sous son règne) a été nommé par le pape François, en connaissance de cause, grand argentier, soit n°3 du Vatican. Immense scandale en Australie, où l’on n’hésite pas à le qualifier de diabolique. Il y a quelques semaines, il a répondu à la commission d’enquête qu’il était sans doute au courant mais qu’il ne se souvenait plus bien de tout cela, et que de toute façon cela n’avait « pas grand intérêt ». Dans la paroisse où il était évêque, ces viols commis pendant des années par plusieurs prêtres continuent d’avoir des conséquences, avec un taux anormalement élevé de suicides et de violence. Le cardinal Barbarin était papabile, soit l’un des cardinaux susceptibles de devenir le prochain pape. En attendant, le pape François a donc élevé ce type infect et poursuivi par la justice aux plus hautes fonctions dans l’Église, tout en mettant en place, pour la galerie, une commission chargée de gérer le problème de la pédophilie du clergé – commission inerte, dont un membre a pour cette raison déjà démissionné. (Voir aussi ma note -actualisée- avec les dessins de presse sur l’affaire Barbarin.) Voici donc, sur Pell, les cartoons, dont beaucoup de formidables, que j’ai collectés sur Twitter.

pell$john grahamprior david pope pell roy david row tandberg gpell prior, daryl cagle georgepell 3monkey pell, gpell, lewis tiedemann georgepell, pell,, gpell,,
georgepell,, pell; davidpope gpell; broelman davidpope, lelievre twoih georgepell; pell;; sexabuse gpell;; peter fitz georgepell;; pell! gpell! georgepell! pell!! dyson pell!!! atheist republicmdavidzanettizanetti, Eric Lobbecke andrew dyson ranson george pell cardinal

Sodome, Babylone, Babel : l’Église est foutue.

lumierephoto Alina Reyes

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Être libre en se laissant conduire par un esclave ? Ça va pas, la tête ?
Socrate, in Platon, le Lysis (ma libre traduction)

Pourquoi, quand je tentai d’être catholique, aurais-je dû me soumettre à des prélats moins libres et moins instruits que moi ?

En contradiction totale avec l’enseignement de Jésus, qui a demandé qu’on n’appelle personne père sur cette terre, c’est-à-dire qu’on ne se soumette à aucune autorité spirituelle humaine, l’Église a régné jusqu’ici par la domination, établie à coups de bûchers, d’inquisitions, de croisades, d’évangélisations forcées, de persécutions et meurtres de masse, de déculturations brutales, de négation des femmes, de vols, exploitations et viols d’enfants, de jeunes et de pauvres, d’accointances et de complicité avec les pires régimes d’oppression, de combat contre les tentatives politiques de libération de l’homme et de la femme. Elle s’est abritée derrière un discours d’amour pour commettre turpitudes et iniquités, et derrière une prétention de médiatrice de Dieu pour régner sur les âmes et les esprits.

La pédocriminalité affecte tous les milieux mais dans l’Église, malgré le peu de dénonciations dû justement à son système de domination et d’intimidation, c’est une tradition séculaire qui conforte son autorité sur les êtres et son déni de la commune loi humaine et sociale. Tradition qui comprend aussi une acceptation ou même une promotion de la maltraitance envers les enfants : sans revenir aux histoires, dont certaines encore très récentes, de vols ou d’exploitations d’enfants, n’oublions pas que le chœur dirigé par le frère de Benoît XVI a dû faire face à des révélations de maltraitances physiques et sexuelles des enfants, et que l’année dernière en audience publique, retransmise sur les télévisions du monde entier, le pape François déclarait qu’il trouvait « beau » qu’un père batte ses enfants.

L’Église, édifice fortement hiérarchisé et système d’apartheid (envers les femmes, les homosexuels, les divorcés remariés), est en train de s’écrouler comme la tour de Babel, précisément à cause de sa hiérarchie, qui est un orgueil de hauteur, et de son apartheid, qui est un grave défaut de construction. Elle est déjà une ruine, le vent s’engouffre entre ses pierres manquantes ou tombées, ce qui s’y fait dans l’ombre commence à apparaître au jour.

Dans un monde où les femmes sont aussi instruites que les hommes et ont les mêmes droits civiques, où tous les humains peu à peu gagnent accès à l’instruction et aux droits civiques, où les droits des enfants sont revendiqués, l’Église n’a plus lieu d’être, perd chaque jour un peu plus son lieu d’être. Tout y est à laisser tomber, et à réinventer, ailleurs. Retour à la belle vie des tentes pour les survivants !

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Misère

1426994277464Juan Barros, récemment nommé évêque par le pape. Image extraite de cet article paru (en anglais) dans The Sydney Morning Herald :

Ballons noirs à la main, des centaines de catholiques se sont réunis dans une église de la petite ville chilienne d’Osorno pour protester contre la nomination de l’évêque Juan Barros, accusé de protéger l’un des plus fameux pédophiles du pays.

La nomination a suscité l’indignation de nombreux paroissiens et met en question la promesse de François de débarrasser l’église de l’abus sexuel.

Les critiques disent que l’évêque Barros a aidé à couvrir les abus du Père Fernando Karadima, dont le cas est le plus infâme de plusieurs allégations de pédophilie au sein de l’Église catholique au Chili.

En 2011, basé à Santiago, le Père Karadima a été reconnu coupable par le Vatican d’avoir abusé de jeunes garçons pendant de nombreuses années. Libéré de poursuites pénales après que l’affaire contre lui s’est effondrée pour des raisons techniques, l’église l’a puni en lui interdisant de célébrer la messe en public.

Le Père Karadima était un mentor pour plusieurs jeunes prêtres, dont Mgr Barros.

Juan Carlos Cruz, victime de Karadima qui vit maintenant aux États-Unis, dit que l’évêque Barros a fait le «sale boulot» du prêtre pédophile, déchirant des lettres de victimes détaillant les abus, et que l’évêque récemment nommé était présent lorsque les abus se sont produits.

« Cela contredit tout ce que le pape a dit. Il était conscient de la situation, mais a nommé [Juan Barros comme évêque] quand même, » dit M. Cruz. «Nous étions habitués à être giflés au visage par l’Église catholique [au Chili], mais être giflés par le pape lui-même est le plus triste ».

Beaucoup de catholiques chiliens ont rejeté la nomination prévue.

Le Père Alex Vigueras, supérieur provincial de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie au Chili, a déclaré que la nomination « nous a laissés perplexes ». « Sa nomination n’est pas en conformité avec la tolérance zéro que l’église veut installer, » a-t-il dit.

Quelque 30 prêtres et diacres de la région d’Osorno ont écrit une lettre au nonce apostolique le mois dernier demandant que Mgr Barros démissionne.

Certains politiciens ont également remis en question la nomination.

L’évêque Barros cherche à se distancier du Père Karadima et nie qu’il ait eu connaissance des abus.

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Le pape distribue sa bonne parole par toutes les voies d’une com payée à prix d’or, mais que fait-il ? Concrètement, qu’est-ce qui a changé ? L’IOR et l’argent pourri ? Toujours là. Les pédophiles ? Toujours là. L’exploitation des femmes ? Toujours en cours. Etc etc.

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Espérons que la triste histoire de l’Airbus crashé par un copilote détraqué incitera les compagnies aériennes à se renseigner directement auprès des médecins sur ceux à qui ils confient tant de passagers.

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Personnellement, je ne confierais toujours pas Voyage et l’ordre des Pèlerins à n’importe qui.

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Rappel : La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, est disponible gratuitement ici.

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P-S : Le post-scriptum est à la lettre ce qu’est au corps le verdict post-mortem du médecin légiste.

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L’Église catholique, une « organisation multinationale » richissime

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« Ils peuvent dormir sur les deux oreilles, les catholiques à Cologne – leur tire-lire vaut actuellement environ 3,35 milliards d’euros ! Et là, il ne s’agit que de l’archévêché de Cologne (…) Ces chiffres donnent le vertige. L’église à Cologne gère directement ou indirectement presque 40 000 appartements, mais ne participe en rien à l’hébergement des nombreux réfugiés dans la ville et dans le pays. (…) Si ces sommes ne représentent que le patrimoine d’un seul archévêché allemand, on n’ose pas imaginer la fortune dont l’église catholique dispose dans le monde entier. Il serait temps qu’elle verse un peu moins de larmes de crocodile, et qu’elle participe réellement dans des actions humanitaires. Tout en se passant de profiter de l’occasion pour missionner [l’auteur a sans doute voulu dire « exploiter » ou « ponctionner »] ceux qu’elle est censée aider. On comprend les croyants qui quittent massivement cette organisation multinationale. » Lire l’article entier sur Mediapart (intéressants aussi, ses commentaires).

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« L’église catholique allemande mène donc en ce moment des enquêtes sur les ressortissants étrangers, en particulier français, pour essayer de leur faire payer l’impôt sur le culte. Comment font-ils exactement, pour récupérer aussi facilement les informations de l’étranger, je ne sais pas, mais ça fait froid dans le dos. » Voir aussi cette histoire incroyable d’un Français qui se rend compte un jour que son compte a été débité de 550 euros… parce qu’il a été soumis de force à l’impôt pour l’église allemande, sur dénonciation, en quelque sorte, de l’église française.

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Scandaleuse aussi, la richesse de l’église orthodoxe en Grèce, qui est de plus dispensée d’impôts. Si je retrouve la critique que j’avais faite d’un roman de Vassilis Alexakis qui l’évoque, je la mettrai en ligne ici.

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Dictature, mafia, racket, exploitation des femmes, des peuples… sans parler des abus sur les enfants… S’il était encore dans sa tombe, Jésus n’en finirait pas de s’y retourner.

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Les larmes du diable

visitation de la maison bleue de van gogh,« Visitation de la maison bleue de Van Gogh »

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Cet après-midi, au service d’action sociale de la mairie où je me trouvais, j’ai vu une brochure qui disait : « Mariage forcé : vous n’êtes pas obligée d’accepter ». Il peut paraître fou que des hommes ne se rendent pas compte que plus on veut forcer une personne à s’unir à une autre, plus on provoque son dégoût, voire son désespoir, pouvant aller jusqu’au meurtre ou au suicide. Mais ce n’est que le résultat de l’aliénation dans laquelle vivent ces mêmes hommes : aliénés au monde, et incapables de comprendre qu’on puisse ne pas l’être.

Y a -t-il un autre État au monde où, comme au Vatican, il est décrété et réaffirmé avec force que jamais une femme ne pourra en être chef ou ministre ? Le Vatican n’est-il pas comme Israël le dernier lieu de la « civilisation » à pratiquer l’apartheid officiel – l’un racial, l’autre sexiste ? Ce sont des reliquats du vieux monde, et ils tomberont immanquablement.

Le sort d’une famille avec des enfants, même s’ils sont déjà grands, cela importe aux services sociaux. Cela a même un nom : Aide sociale à l’enfance. Alors que certains responsables religieux ne s’en soucient guère. Je parle d’expérience : à partir du moment où j’ai voulu rendre service aux chrétiens, et pour cela écrit de quoi renouveler la foi, qui en a grand besoin, les pressions et l’espionnage que la hiérarchie s’est mise à exercer sur moi, avec la complicité de personnes de l’édition et de la presse, pressions exercées afin que je me soumette tout en confiant mes écrits à un manipulateur à qui je refuse de les confier (de même qu’un parent ne confierait pas ses enfants à n’importe qui), ont eu pour effet de me couper des possibilités de gagner ma vie et de me défendre. Pour résumer : à partir du moment où j’ai commencé à m’approcher un peu trop des catholiques, le réflexe qui leur est venu, c’est celui de se saisir de moi pour me crucifier comme le Christ.

Et je voudrais juste dire ceci : il y a une dérive de fond dans cette religion extrêmement perverse. Elle est ontologique et le plus terrible est qu’ils semblent tous trouver cela normal. Qui plus est, avec la peur de l’islam, les athées de culture chrétienne s’y mettent aussi, s’accrochant aux jupes de grand-maman Église dans l’espoir qu’elle les garde de la perte de cette identité qu’ils ont pourtant le plus souvent honnie. Tout ce vieux monde est bien malade, mais heureusement, même dans le vieux monde, il y a des jeunes, et qui ont à s’occuper d’autre chose que des sursauts de peur et des angoisses de ceux qui vont mourir. Eux ont la vie à vivre, et ils la vivront, balayant ce qui doit être balayé sans se soucier de ce qu’en moi la part d’imbécile de l’ancien temps a voulu renouveler pour le sauver. Comme le dit un conte spirituel musulman, seul le diable pleure en se retournant sur le passé. Ce qui doit changer changera.

Lettre ouverte au pape François

Cher frère en Christ,

Mon cœur se serre lorsque je pense à tous ces merveilleux monastères et couvents aujourd’hui désertés dans tant de territoires. J’ai conçu l’ordre des Pèlerins d’Amour en partie pour pouvoir leur redonner vie et mettre fin à leur perte. La règle de cette communauté inter-religieuse, souple et mouvante, clôture comme vous le savez mon livre Voyage, tout entier dédié à la gloire de Dieu. Car les bâtiments ne sont rien sans les hommes, et les hommes sont malheureux sans maisons de Dieu, c’est-à-dire maisons de fraternité, d’entraide et d’œuvre pour la paix. Il nous faut réinventer de telles maisons afin qu’elles soient habitables par des communautés pleinement inscrites dans le monde contemporain. Bien des mosquées, avec leurs lieux de vie et d’étude, et bien d’autres lieux d’autres religions ou traditions spirituelles ou fraternelles, pourraient participer à cet accueil des Pèlerins d’Amour, au bénéfice de tous.

Mes communications avec l’Église ont jusque là été en grande partie indirectes. Et de fait, nous ne sommes pas arrivés à nous entendre. L’enseignement de Jésus, je crois, nous commande de parler d’être humain à être humain, de nous parler de façon incarnée. Je vous ai envoyé Voyage il y a dix-huit mois, sobrement dédicacé « Aux chrétiens » – comme je l’ai envoyé à d’autres personnes dédicacé « Aux juifs » ou « Aux musulmans ». Je suis comme mes Pèlerins d’Amour inter-religieuse, mais je viens du catholicisme et je pense qu’une réponse de votre part pourrait nous permettre d’œuvrer, ensemble et avec d’autres, à mettre en chantier cet Ordre au service de tous les hommes du monde.

Je vous salue respectueusement. Que la paix soit avec nous tous. Elle viendra avec la lumière.

Alina Reyes

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J’ai envoyé cette lettre ouverte au journal Le Monde, qui n’a pas accepté de la publier.

Pâques, la Compassion du Christ

En joignant le geste de l’eucharistie (rendre grâce à Dieu) à celui de la communion (nourrir les hommes de son être pour leur montrer que Dieu est uni à eux et qu’il les unit en Lui), Jésus lors de la Cène fait signe que sa Passion est en vérité une Compassion. Il ne souffre pas seul pour tous, il souffre avec tous ceux qui souffrent. Et c’est pourquoi il souffre plus que ne peut souffrir un homme, et c’est pourquoi il en meurt, et c’est pourquoi aussi il en ressuscite. Il ressuscite parce qu’il n’a pas souffert seul, il a souffert pour tous, les vivants et les morts. Sa mort n’est pas en lui seul, elle est aussi en tous les morts et en tous les vivants, qu’il ne peut pas abandonner à la mort. Quand il demande de manger, via le pain et le vin, son corps et son sang, en mémoire de lui, cela signifie : nous coressusciterons. En mangeant ce morceau de pain devenu son corps et en buvant ce vin devenu son sang, nous le prenons en nous corps et âme, parce que c’est notre propre corps, notre sang, notre chair, nos os, qui donnent corps à son âme. Et quand nous donnons corps à son âme, elle emporte notre corps dans son éternité. Et le temps des vivants et des morts devient une éternité prise en commun, en communion, une coéternité avec toute l’humanité, transportée en Dieu, l’Éternel.

Une preuve de cela est donnée dès le lendemain, au Golgotha. Jésus n’est pas le seul à être crucifié. Deux autres hommes souffrent aussi sur une croix. Sans doute, contrairement au Christ, chacun des deux souffre-t-il pour lui-même. Mais l’un d’eux va sortir de lui-même pour entrer en compassion avec Jésus, et aussitôt Jésus lui annonce que le jour même, il sera au paradis avec lui. La compassion transporte les mortels dans une autre dimension.

L’Ordre invisible est en marche

Après la publication de mon livre sur Lourdes, la première personne de l’Église que j’ai rencontrée, sur sa demande, fut un laïc chargé d’importantes responsabilités dans les Sanctuaires de la ville pyrénéenne. Et la première chose qu’il m’a racontée fut qu’il avait aidé une prostituée à sortir de son état, et qu’elle était finalement devenue nonne. Ceci pour faire le parallèle avec ma situation. Je lui ai fait remarquer que je n’étais pas une prostituée. Que l’écrivain travaillait dans le sens de la libération des hommes, et non dans celui de leur asservissement.

Puis je fus invitée à participer à un débat dans les Sanctuaires, organisé par le magazine catholique Pèlerin. Le rédacteur en chef du magazine, en me présentant au public, dit : « Avec l’argent de votre premier roman, vous l’avouez, vous avez acheté une grange en montagne, près d’ici ». Comme si j’avais commis là quelque péché.

Je me pliai à des séances de signatures à la librairie des Sanctuaires. Je le faisais avec joie, mais une journaliste d’un grand quotidien national en reportage pour le cent cinquantième anniversaire des Apparitions me demanda ce que faisait là un auteur de mon niveau. Elle ne pensait pas du tout au caractère érotique d’une grande partie de mon œuvre, mais au fait que ma stature impliquait que je me livrais là à un abaissement.

Pendant plus d’une année, je continuai à aller à la rencontre du peuple catholique en me déplaçant un peu partout en France dans des librairies ou autres lieux où je pouvais prendre la parole et échanger avec les gens. Je constatai que beaucoup affrontaient des problèmes personnels et familiaux énormes (touchant notamment leurs enfants), qu’ils me confiaient. Alors que d’autres, ceux qui avaient l’air les plus atteints et les plus rigides, ne me confiaient rien mais me disaient que j’étais une Marie Madeleine. Ce qui selon eux signifiait : une prostituée sauvée par le Christ. (Notons que les Évangiles ne disent jamais que Marie de Magdala était une prostituée, mais c’est quelque chose qui les tient).

Plus tard, une journaliste du magazine Famille chrétienne vint me voir à Barèges, où j’étais en ermitage dans ma grange. Je l’invitai à déjeuner et j’essayai de lui expliquer ma démarche et ma pensée, bien qu’elle fût beaucoup sur la défensive, avec une certaine rigidité que j’avais déjà rencontrée chez une autre journaliste d’un autre magazine chrétien, La Vie, qui m’avait interviewée au début. Comme cela avait été le cas avec cette dernière, je m’attendais bien à un article mitigé, méfiant. Mais je n’avais pas imaginé qu’elle irait jusqu’à falsifier mes propos, me faisant dire de moi-même que j’étais une pécheresse. Bien évidemment j’ai toujours pris soin de récuser ce terme. Non que je prétende ne pas être comme le commun des mortels. Mais je refusais absolument d’être cette icône de la prostituée repentante qu’ils voulaient faire de moi. Je le refusais par respect de ma propre dignité, qu’ils bafouaient sans gêne, mais aussi et surtout pour eux, pour leur faire prendre conscience de la mauvaiseté de leurs schémas et de leur aveuglement.

Toute l’histoire du rapport de l’Église à mon égard est fondée sur cette obsession de la pécheresse qui habite leur tête malade. Je suis une femme libre qui ne s’est jamais fait entretenir par personne, qui a toujours refusé les rapports d’intérêts avec les gens, et notamment avec les hommes, qui sais vivre avec ou sans argent, qui n’est inféodée ni à des institutions ni à des systèmes de pensée. J’ai mis au monde et élevé quatre enfants, tous épanouis. Voyant la misère de beaucoup de ces catholiques qui se confiaient à moi, j’ai voulu les aider à en sortir, car c’est tout simplement ma fonction d’écrivain – et ma liberté, je la dois aussi aux écrivains purs que j’ai lus. Mais beaucoup dans l’Église n’avaient en tête que leur obsession de la pécheresse, qu’ils prétendaient rééduquer – alors que bien sûr ils ne trahissaient ainsi que leur propre asservissement.

C’est en grande partie pourquoi je ne pus jamais les faire sortir du système de rapports souterrains et pour le moins malhonnête, et même abusif, qu’ils avaient établi, fût-il établi à la vue de beaucoup. Jusqu’au bout il leur a fallu surveiller indûment, biaiser, mentir, m’envoyer des émissaires sans dire qu’ils étaient des émissaires, des porteurs de message sans me dire qu’ils ne me parlaient pas en leur nom propre, m’approcher par la trahison, ne jamais assumer en haut lieu ce qui était fait. Ils se seraient fait prendre la vie, ils auraient laissé couler l’Église plutôt que d’accepter un rapport honnête et franc, un rapport d’homme à homme, d’égal à égal. Tout cela bien sûr en contradiction absolue avec le message du Christ.

J’ai tout sacrifié pendant des années pour les sortir de là. J’ai perdu mes moyens de subsistance – la capacité à publier dans l’édition et dans la presse – et ils comptaient aussi là-dessus pour me plier à leur façon de faire. J’ai dû vendre mon seul bien, ma grange en montagne. Et maintenant le petit revenu que j’en ai tiré est épuisé, et je reprends ma vie sans eux. Honnête et franche. Car on ne fait rien pour le salut du monde par des moyens malhonnêtes. Et un seul homme qui tout simplement vit honnêtement fait plus que toute une église vivant d’un discours séduisant mais malhonnête. Je suis l’un de ces Pèlerins prophétisés dans Voyage parce que comme d’autres je l’ai toujours été, et nous continuons, Ordre pour l’instant invisible, à œuvrer. 

Cruauté, indignité du Saint-Siège et responsabilité des fidèles

Les quatre cents prêtres que Benoît XVI a défroqués pour abus sexuels sur enfants lors de la dernière année de son pontificat, ont-ils assumé leurs actes devant la justice, ou simplement été relâchés dans la nature, où ils n’ont plus qu’à réitérer leurs crimes ?

Le pape François multiplie encore les belles paroles, certes plus faciles à multiplier que le pain, qui est concret. Le Saint-Siège fait savoir que nul plus que le pape François n’a d’amour pour les enfants et la famille. Mais qu’est-ce donc qui est plus fort que son amour des enfants et de la famille, et qui l’empêche de répondre aux associations qui demandent que l’Église ouvre ses archives pour que les trois cent mille femmes à qui elle a volé ou contribué à voler leur bébé, en Espagne, puissent retrouver leurs enfants qui les cherchent et qu’elles cherchent ? Qu’est-ce donc qui le fait non-agir avec une telle cruauté ? La peur du scandale, encore ? La peur de voir surgir des demandes de justice, voire d’indemnisations, comme dans le cas des abus sexuels qui leur ont coûté « tant d’argent » comme il l’a dit l’autre jour ?

Est-ce donc tout cela, toutes ces choses méprisables, qui sont plus fortes que son amour des enfants et de la famille ? Il avait eu de belles paroles aussi, il y a quelques mois, sur le fait que saint Pierre n’avait pas de banque. Tant de belles paroles et d’apparences pour faire en sorte que selon la formule du Guépard que paraît-il il affectionne, « tout change pour que rien ne change ». Que les apparences changent afin qu’en fait rien ne change. Il fustige la banque mais l’IOR, la très corrompue banque du Vatican, est toujours en place. Et apparemment il est plus important de protéger ses fonds que de faire son devoir envers les mères et les enfants qu’on a scandaleusement séparés.

Dimanche certains chrétiens participeront à la Marche pour la vie. J’attends que d’autres organisent une marche de solidarité avec toutes les victimes de ces drames sans nom dont leur église s’est rendue coupable et qu’elle refuse de réparer. Car il s’agit bien de la vie, de vies qui ont été détruites, niées. De vies d’êtres qui sont encore vivants, et sur lesquels Dieu exige que nous ne fermions pas les yeux.

Pauvres enfants

Dans un livre d’entretien avec Philip Roth, Le livre du rire et de l’oubli, Milan Kundera disait que la métaphysique de la vie privée d’une personne dévoilait celle de sa vie politique (je l’ai déjà cité quelque part mais je n’ai plus le livre, je cite de mémoire).

J’ai repensé à cette phrase en lisant que la compagne officielle de F. Hollande aujourd’hui n’avait pas donné signe de vie, pas même à son fils de seize ans qui jusque là pouvait venir la voir tous les jours, à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

J’y pense aussi en relisant que l’Église refuse de répondre à l’ONU sur les crimes pédophiles chez les Légionnaires du Christ, ainsi que dans l’affaire du vol de trois cent mille bébés en Espagne sous la dictature franquiste et jusqu’en 1990 – affaire dans laquelle elle reste muette face aux demandes des associations qui souhaitent qu’elle ouvre ses archives pour permettre les retrouvailles des enfants et des mères qui se cherchent. « Avons-nous honte ? », sermonne le pape. « Et aujourd’hui, que faites-vous ? », pouvons-nous lui demander. Peut-être les fidèles qui veulent une église respectueuse devraient-ils faire la grève de la messe. Et même le clergé. Et bien sûr les femmes, toutes celles qui servent de bonniches à ces messieurs dans l’institution et qui n’ont droit ni à la parole ni au vote.

Pauvres enfants.

« … que rien ne change »

Aux autorités polonaises qui souhaitaient enquêter sur un archevêque polonais accusé d’actes pédophiles alors qu’il était en poste en République Dominicaine, et que le pape François a fait revenir à Rome en septembre dernier, « le Vatican a affirmé qu’il n’extradait pas ses citoyens et que Jozef Wesolowski jouissait de l’immunité diplomatique. » (Associated Press)

Ni l’église espagnole ni le pape François ne daignent donner la moindre réponse aux demandes des associations qui tentent d’aider les victimes du vol de bébés (peut-être 300 000 bébés) pendant les années franquistes et jusqu’en 1990, avec la complicité active de l’Église. « Le Vatican a ignoré les demandes répétées d’aide aux victimes de l’Espagne, et ce qui est pire, le refus continu de la part de l’Eglise catholique, y compris face aux demandes des autorités judiciaires, de remettre des informations biologiques de mères et d’enfants qui désirent se retrouver », écrit leur avocat Enrique Vila Torres. Il dénonce « l’opposition claire manifeste, constante et déterminée des institutions ecclésiastiques espagnoles » de fournir des informations. Enrique Vila Torres affirme avoir écrit à cinq reprises entre décembre 2012 et novembre 2013 à la conférence épiscopale espagnole, l’archevêque de Valence, le secrétaire de l’État du Vatican, et directement au nouveau pape François. « Malheureusement, le silence absolu et l’indifférence ont été l’unique réponse ».(Article entier sur Fait Religieux.com).

Joué soit Lésus !

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le merle blanc des jardins du Vatican (trouvé chez Benoît et moi)

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Des Valls, des Copé, courent derrière ce qui réussit au FN, mais cela n’empêchera pas les gens qui vont mal de voter pour le FN. En allant dans le sens de la peur, on ne va que vers la défaite et la chute.

Tristesse, grande tristesse d’apprendre que le pape François a bloqué l’examen des messes du Chemin néocatéchuménal, qu’avait demandé Benoît XVI. (Alors qu’il a interdit la messe traditionnelle, permise par Benoît XVI, à une communauté franciscaine – dire que certains voudraient faire passer Bergoglio pour Martini, alors que Mgr Martini était loin de soutenir le Chemin…). Ce désastreux Chemin, tout entier tourné autour de son gourou, qui régente absolument tout à sa façon, y compris l’architecture, la musique et la liturgie, comme tous les mouvements sectaires ramasse du monde, et c’est pourquoi il est soutenu, maintenant sans mesure, à l’instar de l‘Opus Dei, des Légionnaires du Christ, et d’autres communautés dites du renouveau charismatique qui forment les gens à n’être que des « petits chiens mouillés », comme le répétait avec délectation certain producteur de télévision formé par eux et médiatique, des gens au service de la non-pensée. Est-ce ainsi, en se soumettant à la superficialité et à la supercherie, que l’Église compte aller de l’avant ? Les yeux grand fermés, courant vers le bord de la falaise ?

Ce qu’il faut, c’est se retourner et faire face. Avec cœur et intelligence profonde.