Quelques photos et réflexions

En France, une musulmane est empêchée de chanter. Non par quelque fatwa, mais par le décret religieux de la République, qui n’admet qu’une seule façon de penser et de s’habiller. Affaire lamentable de Mennel conduite par la pression à quitter l’émission The Voice. Parce qu’elle porte un turban dans les cheveux, on fouille son compte twitter – sans s’interroger sur les opinions des autres candidats, comme l’a fait remarquer Rokhaya Diallo. Comme sur n’importe quel autre compte twitter, on y déniche une parole trop vite écrite. C’est bien connu, les chanteurs de variété sont de profonds philosophes et d’excellents politologues, ils mènent une vie irréprochable – toutes raisons pour lesquelles on les célèbre – du moment qu’ils ne sont pas musulmans. L’antisémitisme revient au galop en Europe, nous dit-on. Oui, et l’islamophobie est sa forme la plus répandue et la plus consensuelle.

En 1990, le merveilleux André Chouraqui, ancien maire de Jérusalem, disait à Apostrophes : « tous les chemins mènent à La Mecque ». Il en savait quelque chose, lui qui avait magnifiquement traduit la Bible, l’Évangile et le Coran en français. Les chiens aboient, la caravane passe.

Dansé hier – une heure et demie de joie du corps savante. Rêvé cette nuit que par une baie vitrée, à Édimbourg, je contemplais les allées et venues de grands animaux fantastiques et magnifiques sur les toits.

Ce matin, il neige de nouveau.

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immeuble

selfie

rue nuit

neige fenêtreces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Sainte neige (en texte et en images)

La météo annonçait moins 8 au vent, mais dans la neige, de ravissement, souvent le corps chauffe et ne sent pas le froid, seulement une exquise douceur. La neige rend tout à la beauté, à la pureté, à la paix, à la joie. De quoi semer la pagaille en France, où l’on n’a de dieu que l’Être suprême (le bourgeois blanc avec ses habitudes, son confort et ses mœurs que rien ne doit déranger, ni une autre façon de penser, ni une autre façon de se vêtir ou de se coiffer, ni une autre façon de parler, ni quelque changement de temps que ce soit), dieu extrêmement jaloux, autoritaire et ridicule, qui interdit qu’on prenne les dispositions raisonnables pour s’accommoder de ce qui vient. Un affolement du Citoyen Psychorigide assez réjouissant aussi, face à la supériorité tranquille de la neige. Je suis sortie la goûter ce matin :

 

neige paris 1Dans la cour de l’immeuble, O déneige son vélo

*neige paris 2Devant le collège, c’est bataille de boules de neige

*neige paris 3Le boulevard Saint-Marcel est bien calme

*neige paris 4

neige paris 5Autos et motos en manteaux blancs

*neige paris 6Le jardin des Plantes a fermé ses grilles

*neige paris 7La pub disparue sous l’amour

*neige paris 8J’aime cette montée enneigée de la mosquée

*neige paris 9Salut, toi !

*neige paris 10La cour intérieure de la mosquée est plus belle que jamaisneige paris 11

neige paris 12

neige paris 13Intérieur, extérieur, la mosquée est belle de partout

*neige paris 14Et toujours les enfants jouent avec la neige

*neige paris 15Tout a un air de fête

*neige paris 16Encore la mosquée, dans tout son déploiement, face au jardin des Plantes (le bâtiment à l’arrière-plan à droite de l’image, c’est la bibliothèque où souvent je travaille)

*neige paris 17À la Sorbonne nouvelle (où je travaille aussi parfois), on fait aussi des bonhommes de neige

*neige paris 19Jour de noces pour la végétation aussi

*neige paris 20Le square Scipion est hortus conclususneige paris 21tout aussi enféérisé

*neige paris 22en face, dans la cour de l’hôtel Scipion, un selfie en reflet et encore une aire de jeuxneige paris 23Ce matin à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Ce que la nuit déchire

neige 2

neige

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Les étoiles sont parties au pacage

la mer étale ses bras, la forêt dresse ses cous

Ni les plantes ne fléchissent

ni le poisson ne répond

ni le moineau ne s’effarouche

Le jour porte une chemise que va déchirer la nuit.

 

Adonis, L’odeur du temps (extrait, traduit de l’arabe par Anne Wade Minkowski et Jacques Berque)

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La semaine dernière, une nuit, j’ai rêvé que j’entrais dans un film en train d’être tourné par Bunuel, avec Dali en acteur raide et assez ridicule dans un lit, et que je transformais tout cela en réalité.

Après avoir dormi une quinzaine d’heures par jour pendant quelques jours sans mettre le nez dehors, c’était bon de ressortir aujourd’hui pour la première fois dans la petite neige.

Aujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Roms, migrants, immigrés, pauvres : stop aux faux procès à l' »étranger »

solitudes 3,*

L’autre jour, un peu avant sept heures du matin, entre la Comédie française et l’Opéra, j’ai vu depuis le bus toute une famille se lever dans le froid et la nuit. Les parents pliant les sacs de couchage, les enfants rajustant leurs vêtements propres et soignés, peut-être s’apprêtant à partir à l’école après avoir mangé quelque chose – du moins est-ce ce que j’ai espéré. Cette semaine il va faire vraiment très froid pour tous ceux qui dorment dehors. Des familles roms, des réfugiés, d’autres personnes sans abri. Il y a un autre monde dans le monde, une autre ville dans les villes : un monde sans toit, une ville sans pitié.

Toutes ces personnes à la rue forment un Dreyfus géant. Le Dreyfus de ce début de XXIe siècle, tel l’apatride, le juif errant, est puni par les assis, comme dit Rimbaud, pour une faute inconnue, comme dit Kafka, ou pour une faute qu’il n’a pas commise, comme dit Zola. « Sortir du piège », préconise courageusement Anne Sinclair, demandant à Macron de cesser de persécuter les migrants et d’inventer plutôt une véritable politique, en accord avec l’Europe. Souvenons-nous des conséquences gigantesques de l’affaire Dreyfus, des dizaines de millions de morts qui s’ensuivirent, et cessons de fabriquer de faux procès pour stigmatiser l’étranger, intérieur ou extérieur.

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Lekh lekha

l'autre jour à Paris 5e, photo Alina Reyes

l’autre jour à Paris 5e, photo Alina Reyes

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Pourquoi lirais-je un des ces romans d’aujourd’hui, alors que je peux regarder la troisième saison de Fargo, produite par les frères Coen ? Dans quel livre d’aujourd’hui trouverais-je autant d’intelligence ? Les séries sont l’art d’aujourd’hui.

Méfaits et crimes du libéralisme. Évidemment. Moins évidents peut-être, plus masqués, les méfaits et les crimes des administrations, de la fonction publique, de l’étatisme.

Grippe. L’organisme trop fatigué manque de force pour lutter contre le mal. Mais il lutte.

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Danser. La danse orientale, aventure intérieure

danseQuoi de mieux que la danse pour réassouplir, rééquilibrer, réinnerver un corps fatigué, un dos démoli, des muscles et des articulations souffrant çà et là à force de trimbaler des sacs trop lourds et de manquer de sommeil ? Je me suis remise à la danse orientale, et déjà je sens revenir ma joie et mon corps de danseuse. J’ai ressorti mes foulards tintinnabulants, j’ai fait sonner leurs piécettes à toute vitesse autour de mes hanches, j’ai joui du rythme des musiques, de la camaraderie entre femmes, du franchissement des difficultés, des moments de grâce qui viennent dans l’exercice. La danse orientale est un miracle, une médecine pour l’esprit comme pour le corps, une surabondance de liberté pour le corps dont chaque partie devient à la fois indépendante et partenaire des autres et qui sait aussi bien se déployer en longs beaux déliés que se saccader, s’ancrer, s’étirer, jouer d’accessoires, cannes, voiles, tourner sur soi et faire des huit couchés comme celui de l’infini qui vous donnent la sensation de danser avec les étoiles.

Une aventure intérieure.

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Le cœur gros, le cœur heureux

Où l'Oise rejoint la Seine, les maisons ont les pieds dans l'eau

Où l’Oise rejoint la Seine, les maisons ont les pieds dans l’eau et l’eau surgit aussi à l’intérieur des terres

 

Dans le RER de retour, j’avais un peu le cœur gros comme, ces jours-ci, la Seine et l’Oise réunies sur mon chemin. D’avoir quitté mes amours d’élèves. Et j’étais bienheureuse, parce que ce fut du temps excellent, tout le temps que j’ai passé avec eux depuis septembre. Un dernier cours sur Dom Juan, et je leur ai donné avant de partir un extrait d’Antigone de Sophocle. Je leur ai dit de ne pas trop croire aux classifications, je leur ai montré comment une grande œuvre y échappe (c’est une façon de leur faire comprendre que chacun d’eux aussi est une grande œuvre qui ne doit pas se laisser classifier, ne pas devenir une classe morte). Voilà, ce qui a été dit depuis cinq mois  a été dit, et ils ne sont pas des terres infertiles, cela poussera, à sa façon d’herbe sauvage, je ne demande pas mieux. Voilà, je m’en vais, le cœur gros, le cœur heureux : tout passe, tout flue.

la Seine en aval de Paris, débordant sur ses berges

la Seine en aval de Paris, débordant sur ses berges

Entre deux cours, corrigeant mes dernières copies, j’ai partagé la petite salle attenante à la grande salle des profs avec une prof qui faisait un cours particulier de soutien, sans doute, à deux élèves. J’étais ravie de l’entendre parler d’Épicure et d’Alain, du fait qu’il y a plus de satisfaction à construire soi-même sa cabane qu’à vivre dans un palais parce qu’on est riche, que le travail peut rebuter parce qu’il est dur mais qu’il est essentiel parce qu’il donne la satisfaction d’accomplir quelque chose, et même de s’accomplir. Mon cœur bondissait, je me disais, mais elle est super cette prof de lettres ! que ne l’ai-je rencontrée plus tôt ! Puis j’ai compris que c’était en fait une prof de philo. Je me suis dit que je faisais peut-être erreur en enseignant la littérature, que ce que je voulais enseigner c’était peut-être plutôt la philo, que c’était pourquoi j’étais consternée par le manque de sens que je voyais dans l’enseignement de la littérature. Et puis je me suis donné raison : car qu’est-ce que la littérature, qu’est-ce que la poésie, si elles ne sont pas des formes de la philosophie ? D’ailleurs la philosophie a commencé en étant de la poésie (voir les Présocratiques), et Nietzsche par exemple est un poète, les grands philosophes sont des écrivains et des poètes – voilà une excellente façon de les distinguer des faux philosophes. Et c’est cela qui intéresse les élèves, c’est ce qu’il faut leur enseigner, dès l’école primaire, peut-être même avant. Je me sens prête à tout révolutionner, et nous sommes nombreux.

la Seine ce matin très tôt à Paris

la Seine ce matin très tôt à Paris

ce matin et cet après-midi, du bus et du RER, photos Alina Reyes

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