Mon oreille

Photo Alina Reyes

 

En plein jour la nuit écoute ses étoiles,

veille sur son petit troupeau de milliards d’âmes ignorantes

Je suis le jour

je veille sur la nuit qui veille je réveille

doucement les astres de leur rêve sans fond

chaque vibration de mes paupières de mes tympans tremble au tréfonds des âmes

qu’il nous faut enseigner pour le jour où elles seront

appelées à naître

Il est difficile de faire naître sans bouleversements

j’essaie de faire doucement,

accordée au Maître de l’univers

 

Debout dans la lumière

Photo Alina Reyes

 

Êtres humains, nos coeurs sont pleins d’échardes,

nos existences ont leurs entraves, nos chemins leurs impasses, nos corps leurs maladies,

nos âmes aussi.

Pourtant nous sommes guéris si nous n’avons pas peur de regarder le ciel,

la vérité qui nous donne la vie,

nous sommes saints si nous nous tenons debout en elle,

debout dans la lumière

et non pas creusant des galeries dans l’ombre et y rampant.

Serpents, sortez des hommes !

Vous ne les possèderez jamais en paix.

Hommes, je suis montée au ciel comme la fleur y monte,

sans faire exprès, dès le début de tout, et voyez,

de là je ne fais que vous tendre la main.

Grâces vous soient rendues cent fois, à vous qui me tendez la vôtre.

Ceux qui ne peuvent pas, que le temps leur vienne en aide.

Nous sommes si patients.

 

La bonne vie

À Troumouse. Photo Alina Reyes

 

Ne sommes-nous pas tout le bestiaire du Christ ? Son troupeau, son âne, et son chien de berger ?

Berger, qui, sinon ce qui court dans ton sang, te demande

de rassembler et garder le troupeau ? Même

si tu n’as jamais vu une brebis, transporté dans la prairie

tu commences à courir, aboyer, ramener les bêtes éloignées,

aller, venir, tracer sur le sol la secrète écriture

qui finalement réunit, fait avancer comme la nuée

les âmes qu’un mystère t’a confiées.

Cependant le Maître nous conduit, il va devant,

nous mène le soir à la bergerie et le matin aux pâturages.

Quand nous serons tous entrés dans sa maison, dans sa lumière,

nous serons sur cette terre et dans les cieux

l’agneau et la colombe de Dieu.

 

Là-haut nous pouvons

Dans la montagne, à Troumouse. Photo Alina Reyes

 

Là-haut dans notre montagne nous pouvons

mettre la main dans son côté, et croire en sentant que nous sommes.

Mais aussi nous pouvons,

après avoir marché depuis le tout début du jour,

faire halte, contempler, et croire ce qui est.

Le coeur transporté, le coeur travaillé par le ciel.

Nous pouvons nous asseoir au bord du lac,

partager l’eau et le pain de nos sacs à dos,

lourds mais rendus par notre joie légers.

Nous pouvons écouter la transparence nous transpercer de pur amour.

Nous pouvons sans rien dire connaître notre union.

Là-haut nous pouvons connaître ce que veut dire croire,

et nous y répondons, et nous nous relevons,

nous repartons.

Là-haut nos pieds sont plus au ciel que notre tête en plaine,

et le ciel est plus solide, plus touchable encore que la roche.

Montons là-haut où nous pouvons,

dépouillés dans le dépouillement, l’âme à nu, le sang vivant,

tout ce que nous ne savions pas que nous pouvons.

 

Plénitude

Photo Alina Reyes

 

Le temps est d’or dans la clairière. Milliers de feuilles phrases très doucement ondulent autour de mon corps sans frontières. Le travail se fait, l’oeuvre se complète, le passé enfourché, sec déjà, tombe au chariot des âges dans une grande paix. Je sens dans ma poitrine la vie qui se repose au feu comme un couple d’amoureux.  Leurs enfants jouent en courant dans mes membres. Leurs courses agrandissent le pays que je suis, oui, je sens danser les arbres dans ma joie, et les rivières, les océans, les continents aux multiples reliefs où se nichent et circulent mes peuples bien-aimés ! Dans mes paumes la petite planète ouvre ses yeux mobiles, profonds, et les fixant dedans les miens, esquisse l’un de ses tout-premiers sourires.

 

Notre arbre

Photo Alina Reyes

 

Le temps était venu où son visage
subissait dans des salles obscures
les dernières injures. Des hommes
applaudissaient. D’autres jetaient
sa dépouille ligotée à l’étal des vitrines.
Il faisait rutiler ses saletés, le monde.
Le monde mourait de grande bouffe
acquise à même ses égouts. Et la parole
était jour après jour défigurée
par des faussaires aux yeux en manque.

 

Pur désir du pur amour, ne hurlais-tu
en moi de douleur pour notre arbre,
l’enfance de notre âme insultée,
la vérité laissée à ses froids tortionnaires ?
Elles chuintaient, les fourches des serpents,
et la mort essayait d’attraper les petits.

 
Pur désir, pur amour, notre arbre relevé,

du ciel tu penches doucement ton visage,

que sa bonté, que sa beauté paraissent

à qui daigne lever la tête et l’incliner très bas

en te voyant si bas descendre, ô notre grâce,

afin que nous puissions monter, fleuris de blanc,

nouveau-nés par le sang et par l’eau

versés de ton coeur dans le nôtre,

au trône de tes bras ouverts.