Eurisko. Le rire de Poe

David_Plunkert__Edgar_Allan_Poe« Edgar Poe (…) de qui l’analyse s’achève parfois, comme celle de Léonard, en sourires mystérieux », écrit Paul Valéry dans son Introduction à la méthode de Léonard de Vinci. C’est sans doute qu’il ne l’a pas suivi assez loin, qu’il ne l’a pas suivi jusqu’au bout. Car chacune des histoires de Poe vise une décharge. C’est de la littérature érotique masquée. D’où son succès, sa formidable vitalité malgré les apparences morbides. Qui ne sont que celles de petites morts. Le lire va au soulagement et à la satisfaction. Si l’on y va assez fort, assez profond, si on le comprend en plénitude, si on le réfléchit assez, ce qui vient ensuite ce ne sont pas des sourires mystérieux, c’est le rire, le rire clair et absolument joyeux, le rire de tout le corps et l’esprit.

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« La Relation d’Arthur Gordon Pym » lue par Jean-Pierre Naugrette

deux pages de ma thèse en couleurs

deux pages de ma thèse en couleurs

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Je suis allée hier chercher dans une bibliothèque l’excellente édition, que je ne connaissais pas, des Histoires, Essais et Poèmes de Poe dans La pochothèque du Livre de Poche. Voici un passage de la très belle présentation par Jean-Pierre Naugrette du si énigmatique Arthur Gordon Pym – réflexion directement en relation avec le sujet de ma thèse, « Poétique du trait » :

« … remarquons que le même mot anglais, figure, est utilisé pour désigner à la fois le dessin des grottes et la « figure » blanche et voilée sur laquelle s’achève le récit. Il y a bien là, pour reprendre les termes de Ricardou, un « Voyage au bout de la page », c’est-à-dire une quête en abyme de l’écriture, du dessin, de la gravure inscrits contre et sur ce « vide papier que la blancheur défend » dont parle Mallarmé dans « Brise marine ». Dans cette perspective, Pym et ses compagnons seraient à la recherche de l’écriture, à la fois dans l’eau des ruisseaux, dans le labyrinthe, les hiéroglyphes des cavernes, et « cette figure humaine » qui pourrait être le spectre même de l’écrivain. Pym, faux personnage vrai, s’arrêterait au moment où il rencontrerait la figure voilée de Poe, l’auteur même qui l’a enfanté au bout de ces neuf mois : figure ambiguë, à la fois homme et femme, aussi hermaphrodite que le brick-goélette inconnu. »

Mes autres notes sur ce roman, à suivre : En lisant Arthur Gordon Pym

Pour d’autres notes sur Poe, dont des traductions et des vidéos : mot-clé Edgar Poe (à suivre) ; associé au thème de ma thèse, voir aussi Écriture et dessin

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La vie en rose. Henri Michaux, lecture d’une lithographie de Zao Wou-Ki

reproduction de la  lithographie n°8 de Zao Wou-ki dans "Lecture de huit lithographies de Zao Wou-ki" par Henri Michaux

reproduction de la lithographie n°8 de Zao Wou-ki dans « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-ki » par Henri Michaux

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sur la toile blanche du monde

il va faire quelque chose

il est décidé
pour le moment
il marche
quoique indubitablement oiseau et fait pour voler

mais le vol n’est pas à l’horizon
pas pour lui

sur sa droite
en l’air
un insecte à deux paires d’ailes
l’asticote d’idées d’ascension

vraiment ?
est-ce qu’une petite sauterelle
ses leçons de vol pourraient profiter à une outarde ?

non

aussi ne tourne-t-on pas la tête

on va plutôt prendre conseil d’un arbre
(plus réaliste un arbre
plus à l’essentiel
à tenir d’abord
à s’enraciner)
d’un arbre
pour qui
sucer la terre et le dur gravier
c’est déjà la vie en rose

Écriture et image

C’est l’un des thèmes essentiels de ma thèse, Poétique du trait. Pour la penser, j’ai souhaité le faire d’abord avec mes mains. Je travaille sur Internet depuis de nombreuses années, j’ai eu de nombreux blogs, de pages de réseaux sociaux… comme autant d’œuvres éphémères, de work in progress en ligne, un travail apparenté dans mon esprit à celui du Street Art, que je photographie beaucoup, assistant au fil du temps à ses transformations sur les murs de la ville et à ses transformations de la ville. J’ai un ordinateur depuis la fin des années 80, j’ai écrit par ce moyen les milliers et les milliers de pages de mes livres, de mes articles et de bien d’autres textes. Et là, pour ma thèse, pour des raisons notamment intellectuelles, poétiques et politiques, j’ai eu envie de revenir à l’écriture manuscrite, que je n’ai d’ailleurs jamais abandonnée, à la pratiquer délibérément, tout en la mélangeant avec des tapuscrits et des imprimés, et à la joindre au trait, aux traits formés par moi-même avec des stylos, des feutres, des crayons, des pinceaux, sur les pages écrites ou non, et aux images, par collages ou récupération dans un but à la fois documentaire et poétique.

Je dois en être à une centaine de pages d’écriture ornées – comme on dit grottes ornées pour les grottes préhistoriques, toutes proportions gardées. J’en ai rephotographié quelques-unes ce matin, telles qu’elles sont dans leur classeur, lui-même posé pour l’occasion sur l’une de mes peintures sur bois. De temps en temps, j’ai masqué un peu le texte. Mais il ne s’agit pas du texte définitif de la thèse, il s’agit, toujours, du work in progress : parallèlement, la thèse s’écrit et s’ordonne sur un ordinateur, nourrie de ce témoin qu’est l’œuvre manuscrite.

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© Alina Reyes

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Madame Terre à Chessy, là même où est né Babar

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Je n’ai pas lu les aventures de Babar, enfant. Les histoires d’un roi, qui plus est soupçonné de colonialisme, ne faisaient pas partie de la culture communiste. Mais laissons tomber les lectures politiques de ces contes inventés par Cécile Sabouraud pour les enfants du couple qu’elle formait avec le dessinateur Jean de Brunhoff, qui les mit en images. Ce qui véritablement éclate dans leur grâce intemporelle, c’est que la véritable royauté dont ils parlent, c’est celle de l’enfance. L’enfance reine, dans son humanité et son animalité non séparées, dans cet état qu’il est urgent pour l’humanité de protéger dans l’enfant et de remettre au jour dans l’adulte.

Sur le territoire de la commune a été implanté Eurodisney – cela fait deux conceptions de la culture, disons. Je préfère la poésie, et Babar en est. Voici les images faites par O en chemin vers Chessy, puis au village avec l’école sise juste en face de la maison des parents de Babar et portant le nom du précepteur des enfants de Babar et Céleste, Cornelius. Ensuite l’enregistrement de l’adaptation musicale de l’histoire de Babar par Francis Poulenc, portée à merveille par la voix de Jacques Brel.

 

en chemin (à vélo), des usines, la Marne…

babar marne

babar fabrique

…puis l’arrivée au village et son magnifique chêne

babar petit cirque

babar chêne

babar chêne et village

et la maison de naissance de Babar

babar maison,,

babar maison

babar portail

babar mme terre la muscadelle

babar mme terre

babar prise de terre

babar mise de terre

l’école…

babar ecole cornelius,

babar ecole

babar ecole cornelius

et Madame Terre posée sur Cornelius, sous les regards médusés des enfants jouant par là

babar cornelius

babar enfants

babar cornelius mme terre

au loin Eurodisney, dont nous saurons nous passer

babar eurodisney

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Écritures-peintures de Jean Cortot

Jean Cortot peintre, notamment, des écritures des écrivains

jean cortot journal anais nin-minAnaïs Nin

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jean cortot une lecture de dante-min Dante

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jean cortot pour saluer jean giono-minJean Giono

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jean cortot placard apollinaire-minApollinaire

et beaucoup d’autres

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« Comme beaucoup de peintres de sa génération, Jean Cortot est influencé par des recherches entreprises avant-guerre, de l’automatisme surréaliste qui a influencé la peinture gestuelle aux papiers collés cubistes semés de mots, en passant par les tableaux-poèmes de Paul Klee. »

« Peintre avant tout, il utilise les mots comme une matière, un élément plastique, et non comme le support d’une théorie. La modernité de sa démarche réside notamment dans l’utilisation d’éléments préexistants – les textes. »

« Jean Cortot réduit le langage à son élément de base avec les Onomagrammes et les Poèmes épars. Mais pour lui, la signification des mots est aussi primordiale : peignant les vagabondages de l’esprit, il choisit des textes évocateurs d’images poétiques fortes. Les Écritures peintes sont également porteuses de sens non intellectuels, résidant dans un tracé personnel. La peinture de Jean Cortot laisse une part à l’accidentel, sans qu’il soit produit volontairement ; elle implique toujours une certaine composition préalable. Contrairement à l’œuvre d’autres peintres, le texte et l’image ne sont pas produits simultanément, de manière totalement spontanée. Le rythme de son tracé est celui d’une écriture naturelle. Associant les conventions abstraites de notation et le geste concret de l’artiste, les écritures peintes sont le moyen de matérialisation d’une pensée et de projection d’une vie intérieure. »

« La polyphonie des tableaux de Cortot montre une tentative pour saisir le flux d’une conscience qui rassemble des éléments divers : « suivre un cheminement tel que le paysage change, tandis que l’eau qui s’écoule est la même » est le vœu qu’il souhaite réaliser au fil de ses toiles. En déambulant dans les œuvres des poètes qu’il s’est choisis pour contemporains, Jean Cortot peint la pensée comme un paysage. »

Extraits du résumé de la thèse d’Hortense Longequeue sur Jean Cortot

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