Lumière perpétuelle

 

ce matin à Paris, photos Alina Reyes

 

À sept heures ce matin j’ai traversé la ville en bus, contemplant tout au long du trajet, pleine d’émerveillement et de tendresse, les gens de l’aurore en marche dans les rues vers leur journée. J’ai monté tous les escaliers déserts jusqu’au Sacré-Cœur, légère comme une plume dans cette douce lumière. Des hommes en habit vert et jaune arrosaient les marches, et sur les côtés, la végétation. Je suis entrée dans la basilique. C’était l’heure de l’office du matin, magnifiquement célébré par des sœurs en habit blanc et voile noir. Nous étions onze laïcs dans la grande nef à le suivre, quarante minutes durant, sous le grand Christ au cœur et aux bras grands ouverts peint au plafond. Je me suis rappelé la première fois où j’ai vécu cela, à l’âge de dix-sept ans, revenant de mon premier grand voyage, un matin à l’aube, au bout d’une nuit passée dans une petite boîte de Montmartre.

Au retour, j’ai marché longuement.

J’aime la prière chrétienne, j’aime la prière islamique, j’aime toute prière. J’aime Dieu.

 

 

Dieu est Amour, et il fait beau

 

Ce n’est pas Dieu qui envoie Jésus à la crucifixion. Ce sont les manœuvres d’hommes mauvais. Qui ne peuvent le crucifier que parce qu’il est de Dieu, en Dieu, par Dieu. Dieu ne veut absolument pas que Jésus soit crucifié. Seul le diable en a envie, mais son seul butin à la fin, ce seront les âmes de ceux qui se sont laissé posséder par lui. Le saint, même la mort ne peut corrompre son âme, qu’il remet entre les mains de Dieu. Déjà, il retourne à la vie qui fut sienne bien avant qu’Abraham ne fût, à la source pure d’où il vient et dont rien ni personne ne pourra jamais le séparer. À jamais vivant.

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Grand soleil, bonne journée !

 

Lumière dans le temps

 

Voyage est bon pour les heures d’étude et de contemplation, dans la cellule, dans la chambre, au bureau. Mais pour emporter sur les chemins, il faut un livre plus léger. Je le prépare, bréviaire, philocalie pour les Pèlerins, ceux qui en seront un jour, dans les faits ou par le cœur. Nous ferons vibrer le monde, l’homme et tout ce qui est, d’amour, de joie et de beauté.

 

Entrer dans l’harmonie

 

Quand Marie part chez Élisabeth, ce n’est pas elle qui l’a décidé. Elle ne fait qu’obéir à ce que le ciel veut. Elle n’invente pas plus de partir qu’Abraham ne l’a inventé, elle ne décide pas plus que Jésus ne décide d’être ce qu’il est. Seules peuvent comprendre cela les personnes qui sont pleinement en Dieu, les personnes soumises entièrement au ciel, « musulmanes » comme on dit en islam. Cela n’enlève rien à leur liberté, au contraire c’est cela, la liberté. Connaître cette liberté, la liberté de Dieu qui passe à travers soi, c’est savoir combien est dérisoire toute autre « liberté ». Toute autre liberté n’est qu’illusion de liberté. Tout autre libre arbitre que celui qui suit la volonté de Dieu est un faux libre arbitre, est barreau sur barreau de la prison de l’homme.

La vraie liberté est comme un instinct. Elle sait exactement. Nous savons exactement respirer et faire circuler le sang en nous, mais nous n’en décidons pas, cela ne nous appartient pas, et c’est pourquoi cela nous rend libres, libres de vivre. Alors que si nous avions à décider de toutes les opérations physiologiques complexes qui nous maintiennent en vie, nous vivrions un enfer, nous serions toujours affairés, toujours dans le désir apeuré de ne pas nous tromper, toujours dans le désir angoissé de maîtriser la situation et tous les éléments qui entrent en jeu.

Eh bien c’est ainsi que vivent beaucoup d’hommes. Faisant du bruit et de l’agitation avec toutes leurs entreprises angoissées, et appelant cela être libre. Les personnes qui se contraignent ainsi elles-mêmes, plus elles se contraignent, plus elles éprouvent la tentation ou le besoin de contraindre aussi les autres, pour tenter d’alléger l’énorme poids dont elles se sont affligées. Cela se répercute sur leur conjoint(e), leurs enfants, leurs proches, leur entourage, cela trouve résonance avec le mal-être et les malfaisances d’autres enfermés, cela enfle parmi l’humanité, et la mort rôde. Le salut, c’est d’aider les hommes non pas à faire de beaux discours, d’efficaces communications, de judicieux enseignements – tout cela n’est rien si l’être lui-même n’est pas apaisé, libéré. De même qu’il ne sert à rien de donner une « bonne éducation » à des enfants si l’on n’est pas soi-même l’incarnation de ce qu’on veut leur apprendre. Le salut, c’est d’aider les hommes à accepter de s’abandonner. Au ciel, qui sait infiniment mieux.

 

Pérégrination du jour

Un jeune homme m’a demandé son chemin pour la rue de l’Espérance. Je le lui ai indiqué, elle précède juste la rue de la Providence, où se trouve une école dans laquelle chaque semaine, il y a quelques années, j’allais répéter dans un choeur, le Requiem de Verdi et le Magnificat de Bach, et aussi la Messe du Couronnement.


à Paris aujourd’hui, photos Alina Reyes

 

Joie intense de marcher sous la pluie, la capuche sur la tête ou tête nue, s’arrêter çà et là, présenter Voyage, le donner à qui le veut. Les gens le trouvent beau, et ils sont extrêmement gentils, ceux qui ne peuvent le prendre essaient de m’aider, me donnent des conseils. Je ne peux rien faire seule, c’est pourquoi l’Ange est avec moi, et leur donne une joie dont ils ne savent pas d’où elle vient.