« Le Chien jaune », un Maigret filmé par Jean Tarride (1932)

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Ayant été rebaptisée Jules en l’honneur de Maigret, j’ai eu envie d’en visionner un. En français sur Youtube je n’en ai trouvé que deux, La nuit du carrefour, un beau Jean Renoir que j’avais vu ou revu il y a déjà quelque temps, et donc celui-ci, Le Chien jaune de Jean Tarride que je viens de découvrir, et qui vaut surtout par son cadre, Concarneau au début des années 30, avec son café, ses femmes à coiffes bretonnes, son port de pêche, la mer, les bateaux, le vent, les lanternes, la nuit, son chien jaune annonciateur de mort, quelques plans très beaux dont un sur les toits… une atmosphère poétique, surréaliste aussi, et parfois rappelant certains romans de Stevenson.

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un résumé du film (alerte spoiler !) avec de belles affiches d’époque, à voir ici

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Écrits, pierres, étoiles etc.

crayons et feutres-min marque-pages-min cailloux etc-min thèse-min« ma thèse en couleurs », photos Alina Reyes

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« Il arrive quelquefois que les rayons tombés des étoiles (pourvu qu’ils soient de la même nature) s’unissent aux métaux, aux pierres et aux minéraux, qui sont tombés de leur position la plus haute, les pénètrent entièrement et s’amalgament à eux. »

Johannis Grasset, « Physica naturalis rotunda visionis chemicae cabalisticae », in Theatrum chemicum,  1661, cité par André Breton dans « Langue des pierres », essai publié dans le numéro 3 du Surréalisme, même, automne 1957

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Écrire une thèse c’est bâtir un palais, une aventure extraordinairement humaine, à chaque instant et pour des siècles en ce monde. Je franchis toutes choses.

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Autre dimension

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Cette nuit en rêve, entrée dans ma thèse en couleurs, qui se transformait en maison, belle maison lumineuse entourée d’un jardin très vert, tout en étant textes dans lesquels il était loisible d’aller et venir.

Le rêve n’est ni imaginaire ni rêverie mais expérience et réel.

Avant-hier j’ai eu la fève (une petite chouette en céramique) juste après avoir lu cette phrase de René Char sur Rimbaud, dans Recherche de la base et du sommet : « Il sait la vanité des renaissances, mais plus et mieux que tout, il sait que la Mère des secrets, celle qui empêche les sables mortels de s’épandre sur notre cœur, cette reine persécutée, il faut tenir désespérément son parti. »

Et hier à la bibliothèque j’ai lu ces autres phrases de Char, dans Le Nu perdu, « Dans la pluie giboyeuse » : « Quelques êtres ne sont ni dans la société ni dans une rêverie. Ils appartiennent à un destin isolé, à une espérance inconnue. Leurs actes apparents semblent antérieurs à la première inculpation du temps et à l’insouciance des cieux. Nul ne s’offre à les appointer. L’avenir fond devant leur regard. Ce sont les plus nobles et les plus inquiétants. » Et j’ai songé, ni à quelque grand poète ni à quelque autre « grand homme », mais à la plus humble personne que j’aie jamais rencontrée, une personne qui, de son élocution difficile, me parlait d’étoiles et de pierres, et qui, un jour, dans la montagne, me raconta l’un de ses rêves.

C’est pourquoi, a dit aussi René Char, « Le poète est la partie de l’homme réfractaire aux projets calculés (…) [il] ne meurt pas forcément sur la barricade qu’on lui a choisie. » Et pourquoi aussi il a défini son recueil Fureur et mystère comme « un dire de notre affection ténue pour le nuage et pour l’oiseau. »

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à la bonne heure

Totoro

Totoro

 

Ce matin j’ai parfumé mon café à la cardamome. Le bon passé revient, le mauvais s’en va, d’autre mauvais s’en vient mais le meilleur n’a pas dit son dernier mot.

Le premier devoir d’un responsable, et a fortiori d’un chef d’état, est de ne pas se laisser entraîner dans les combines des imposteurs : elles font perdre le réel et la réalité.

Ne sommes-nous pas tous responsables ? Notre première responsabilité est de rester digne, c’est-à-dire de ne pas accepter l’inacceptable, ni pour soi, ni pour les autres.

L’esprit humain est un pont lancé par-dessus les monceaux des esprits cadavériques de ceux qui ont perdu, avec le sens de l’inacceptable, leur dignité, leur grâce.

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Ma bibliothèque intérieure (augmentée : 100 œuvres)

J’actualise ma note en ajoutant après les premières 50 œuvres données hier 50 autres œuvres nuage-en-pantalon-minMaïakovski, nuage en pantalon

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Asteure, comme dit Montaigne, et donnée dans l’ordre où me sont venus spontanément, ce soir, (au gré de ma mémoire, n’ayant pas ma bibliothèque avec moi) ces 50 titres, voici ma sélection dans ma bibliothèque de sable. Je n’ai pas choisi des livres mais des œuvres. Le plus souvent j’ai lu d’autres œuvres des auteurs cités, parfois même toute ou quasi-toute leur œuvre, comme pour Borges, Kafka, Stevenson, Poe, Schwob, Rimbaud, Artaud, Nietzsche, Nerval, mais j’ai choisi de ne donner qu’un titre, celui qui me venait.

Axolotl de Julio Cortazar
Le livre de sable de Jorge Luis Borges
Les Chimères de Gérard de Nerval
Odyssée d’Homère
Fragments d’Héraclite
Coran
Bible
Impressions d’Afrique de Raymond Roussel
Le livre de Monelle de Marcel Schwob
Journal de Franz Kafka
Le Nez de Nicolas Gogol
Siddhartha de Hermann Hesse
Le Nuage en pantalon de Vladimir Maïakovski
Maintenant d’Arthur Cravan
Les Illuminations d’Arthur Rimbaud et Germain Nouveau
Phénoménologie de l’esprit de Hegel
La Montagne de l’âme de Gao Xinjiang
M/T et l’Histoire des merveilles de la forêt de Kenzaburô Oé
Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson
La chute de la maison Usher d’Edgar Poe
Éloge des oiseaux de Giacomo Leopardi
Le théâtre et son double d’Antonin Artaud
Tao Te King
Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Niezsche
Le poème de la montagne de Marina Tsvetaïeva
Routes d’antan de Papusza
L’Os à vœux, poèmes narratifs des Indiens crees
Vivre de Milena Jesenska
Le Paysan de Paris de Louis Aragon
Nadja d’André Breton
Ravensbrück de Germaine Tillion
La Poussière du monde de Jacques Lacarrière
Mathnâwi de Djalâl-od-Dîn-Rûmî
Yvain le chevalier au lion de Chrétien de Troyes
Où roules-tu, petite pomme ? de Léo Perutz
Manuscrit trouvé à Saragosse de Jan Potocki
Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
Melmoth de Charles Robert Maturin
La Pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss
Cahiers de Vaslav Nijinski
Sur la route de Jack Kerouac
Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
Howl d’Allen Ginsberg
Mémoires d’un Sioux de Black Elk
Les Vagabonds du nord-ouest américain de Douglas Harper
Le Chant des pistes de Bruce Chatwin
Tous les Bony d’Arthur Upfield
Djamilia de Tchinghiz Aïtmatov
Le grand livre des Oiseaux de John James Audubon
Le Pèlerinage aux sources de Lanza del Vasto

L’idée de réaliser cette revue de titres m’est venue en lisant celle de la « Bibliothèque personnelle » de Borges, avec ses 74 titres en 1985 – il devait en donner cent et préfacer chaque livre mais il est mort avant d’avoir pu la finir, en 1988. Je donnerai peut-être une suite à la mienne, en postant cette note je pense déjà à d’autres titres, mais je la laisse ainsi pour l’instant, telle qu’elle est venue à l’instant.

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Voici la suite des œuvres présentes dans ma bibliothèque intérieure :

Le Necronomicon, seul livre de ma liste que je n’ai pas lu, mais que j’ai été amusée de trouver un jour chez un bouquiniste (alors que c’est un livre imaginaire)
Moby Dick d’Hermann Melville
Don Quichotte de Miguel de Cervantes
Les Mille et une nuits
La Prose du Transsibérien
de Blaise Cendrars
Histoire de Gil Blas de Santillane d’Alain-René Lesage
Axion esti d’Odysseas Elytis, chanté par Mikis Theodorakis
Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, sur scène
La Divine comédie de Dante Alighieri
L’Autre côté d’Alfred Kubin
Nous autres d’Ievgueni Zamiatine
Lettres de Vincent Van Gogh
Armen de Jean-Pierre Abraham
Les Structures anthropologiques de l’imaginaire de Gilbert Durand
Encyclopedia Universalis
Zohar
L’Eau et les rêves
de Gaston Bachelard
Mythes sur l’origine de l’homme de Xavier Yvanoff
Dictionnaire (tous les dictionnaires)
Les Saltimbanques de Guillaume Apollinaire, récité à l’école primaire et resté dans les veines comme un alcool
Messie de Haendel (et toutes les partitions que j’ai chantées)
Corto Maltese d’Hugo Pratt
Les Tables de multiplication (vraies tables de la loi)
Les Traces d’animaux dans la neige fraîche
Les Formes des nuages
Les Chants des oiseaux
Les Bruits de l’eau
Les Souffles du vent
Les Rumeurs de la pluie
Les Grondements des orages
Les Battements des cœurs
Les Comptines chantées aux bébés
Les Odeurs
Les Goûts
Les Textures
Les Paysages
Les Arbres
Les Herbes
Les Animaux
Les Visages
Les Corps
Les Rires
Les Cris
Les Pleurs
Les Halètements
Les Couleurs
Les Lignes
Les Points
Les Étoiles
L’Invisible

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Recherche sauvage

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La pensée s’étend dans tous les sens, flaire partout. À travers le fouillis des odeurs, les pistes se précisent, les parfums se distinguent, tracent des voies. Dans la vaste bibliothèque laborieuse, je suis le tigre de mon poème, ma thèse.

J’en suis à ma centième page écrite ornée (davantage sont écrites). Les précédentes sont ici

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