Arabesques : Debussy, Arcimboldo, Diderot (et Malinowski) (et moi) (et autres)

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364px-giuseppe_arcimboldo_fire_kunsthistorisches_museumLe feu

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giuseppe_arcimboldo_-_spring_1573Le printemps

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« La réflexion attendue du lecteur est largement préparée par le texte, car les arabesques poétiques du XVIIIe siècle, avec leur narrateur dont les facéties soulignent souvent les artifices et les conventions propres à l’écriture romanesque, sont à considérer comme des œuvres qui incluent une part de réflexivité. En effet, le jeu avec les règles de l’écriture traditionnelle conduit au développement d’une forme de littérature « au second degré » qui ne puise plus son inspiration directement dans l’observation du réel, mais se greffe sur une littérature préexistante. Au cœur de l’ouvrage, on observe un déplacement du centre de gravité, car le moi espiègle et bouffon qui mène le récit à sa guise accorde au moins autant d’importance au monde de la représentation qu’au monde représenté. La littérature se prend pour objet de composition littéraire.

Ainsi, quand le narrateur de Jacques le Fataliste rappelle régulièrement à son lecteur qu’il pourrait choisir d’interrompre le cours de l’histoire qu’il raconte pour se lancer dans le récit d’autres aventures en emboîtant le pas d’un personnage secondaire qui croise la route des deux héros éponymes, que fait-il sinon discourir, sous couvert de plaisanterie, sur l’art de conduire une intrigue. De même, lorsqu’il ouvre une parenthèse pour faire le commentaire suivant :

Il est bien évident que je ne fais pas un roman, puisque je néglige ce qu’un romancier ne manquerait pas d’employer. Celui qui prendrait ce que j’écris pour la vérité serait peut-être moins dans l’erreur que celui qui le prendrait pour une fable.

son propos ne correspond pas seulement à une pirouette destinée à faire sourire, mais renvoie à une réflexion théorique sur le genre qu’il pratique. »

Alain Muzelle, L’Arabesque. La théorie romantique de Friedrich Schlegel à l’époque de l’Athenaüm

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Je pratique aussi l’arabesque en écriture, mais complexe plus que simple,  fractale, notamment dans Forêt profonde et dans mon dernier roman fini (j’emploie le terme de roman car je préfère tout faire admettre au roman plutôt que de le limiter à sa vieille forme usée qui règne sur le marché), roman pour lequel je n’ai pas encore trouvé d’éditeur – soit que le monde de l’édition ait décidé de m’empêcher de vivre, soit ou concouramment que le marché n’apprécie pas ce genre d’art, où je persiste pourtant dans mon nouveau roman en cours, et aussi dans ma thèse, et même dans mes articles de critique, en osant notamment l’anachronisme et autres déplacements d’analyse pour déterrer les textes. Car c’est ainsi que peuvent s’ouvrir les esprits.

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Action epsilon : ma thèse en couleurs (suite) (actualisée)

J’actualise cette note de la semaine dernière en ajoutant à la fin d’autres pages colorées ces jours-ci.  Immense bonheur de composer cette thèse, comme un oratorio.

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Quelques pages de plus (pour voir les précédentes, mot-clé « action poélitique à lettre grecque« ). Les textes sont couverts d’une feuille blanche pour la photo. Pages coloriées cette nuit en écoutant un cours de Deleuze sur Foucault. « Car savoir c’est combiner le visible et l’énonçable », dit-il, me rappelant un rêve ancien où je disais à François Mitterrand, en plongeant les bras dans un grand coffre plein de balles : « savoir c’est mieux que voir, non ? »

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Bateau et oiseaux au jardin du Luxembourg, tigre dans la rue et selfies à la Sorbonne

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bassin-luxembourg À neuf heures du matin j’ai monté la longue pente à vélo le plus vite possible, à treize heures entre deux séances de cours j’ai déjeuné d’un pain (au chocolat) (oui, je fais dans le luxe) et d’eau du robinet du jardin au Luxembourg, et à quatorze heures en retournant à la fac, j’ai vu ce tigre blanc couronné dans une vitrine. Puis dans la cour de la Sorbonne, avant de retourner dans l’amphi Descartes jusqu’à dix-huit heures, j’ai vu mon ombre et mon reflet, et je les ai photographiés aussi.
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selfieaujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

La ville parle et Victor Hugo nous contemple (images et pensées du soir)

devant-lecole-de-limage-des-gobelinsdevant l’École de l’image des Gobelins

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affiches-en-face-de-la-sorbonnerue Victor Cousin, au coin de la place de la Sorbonne

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Victor Hugo dans la cour de la Sorbonne, où je suis allée écouter un séminaire sur littérature et démocratie au 19e siècle – trois sujets traités, sur Michelet, sur le roman de mœurs et sur le roman réaliste (et je me disais : n’en sommes-nous toujours pas là, ou n’y sommes-nous pas retournés, en partie sous l’influence américaine ? car on croit que les États-Unis sont en avance sur l’Europe qui les suit, alors qu’ils sont en grande partie en retard sur elle, et comme elle les suit en effet elle retourne en arrière) – et il y eut de la part des professeurs plusieurs allusions à aujourd’hui, avec l’idéologie libérale et le retour des populismes.

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Enchantements nocturnes

chant du monde,« Chant du monde », l’un de mes dessins au feutre

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La nuit en dormant je fais de très beaux rêves. Quand je passe du temps à lire dans la journée, je rêve que je lis – des phrases qu’en fait j’invente en rêvant, ou bien, la semaine dernière quand je lisais Les Contemplations, des alexandrins que j’inventais en rêvant aussi. Ce n’est pas nouveau, il m’arrivait même, un temps, de composer des musiques en rêve. Un comédien me dit qu’il monte des pièces en rêve. Le seul problème est qu’on n’est pas toujours très bien reposé en se réveillant, le cerveau ayant travaillé, et beaucoup plus vite qu’en état de veille. Je fais aussi toujours des rêves de nature et d’habitations, de déplacements… Il y a deux nuits, j’étais dans la forêt, deux beaux chevreuils accouraient en direction l’un de l’autre, coiffés de très larges chapeaux blancs fleuris, et se croisaient dans une immense grâce, sans cesser leur course ; bientôt arrivaient beaucoup d’autres chevreuils, dont beaucoup de très jeunes, et j’étais alors avec bien d’autres gens et des enfants, dont les miens, encore enfants. Toute cette jeunesse et cette animation paisible et féérique dans la forêt verte faisaient un grand étonnement de joie et une grande évidence en même temps.

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Images et histoires du soir

En rentrant à pied d’un colloque à la Sorbonne sur Les Contemplations de Victor Hugo (sur lesquelles je veux écrire bientôt un texte que je donnerai ici), j’ai photographié deux belles œuvres de street art que je n’avais pas encore vues dans le 5e. De retour à la maison, j’ai trouvé cette vidéo touchante d’Alain Decaux sur Hugo, sa mort et sa présence toujours vivante. J’ai aussi recopié un texte trouvé dans un amphi, sur un polycopié abandonné avec des histoires d’humains secourant des fauves, lions et panthère, et à leur tour secourus par eux, de Pline l’Ancien et d’Aulu-Gelle. Et je finis la note avec un extrait de celle des Nuits attiques d’Aulu-Gelle, livre V, XIV (traduction de Chaumont, Flambart et Buisson). Le narrateur cherche une retraite pour échapper aux poursuites d’un tyran – et dès qu’il la quittera, dès qu’il quittera le lion, « la vie sauvage », il sera de nouveau pris par les soldats. Ces histoires peuvent très bien être inspirées de faits tout à fait réels – récemment on a pu voir une vidéo filmée par des plongeurs dans laquelle un dauphin venait leur demander très clairement de lui retirer un morceau de harpon qui l’handicapait, se disposait du mieux possible pendant l’opération, puis remerciait par un charmant ballet avant de s’en aller, libéré. J’ai moi-même un jour libéré un taureau qui s’était pris les cornes dans un filet, cela n’a pas été très facile mais ensuite il s’est couché à mes pieds (alors que c’était un taureau – appartenant à la ferme d’en bas – toujours très agité et en train de faire la mauvaise tête – ce qui lui a valu de finir prématurément à l’abattoir). Le début de ce beau texte rappelle l’incipit de la Divine Comédie, sauf que tout y est inversé puisque, comme chez Hugo, la vie sauvage est salvatrice.

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Je marchais brûlé par les rayons ardents du soleil, alors au milieu de sa course, lorsque je trouvai sur mon chemin un antre ténébreux, isolé ; j’y pénètre, m’y cache. Peu d’instants après, je vis arriver ce lion, marchant avec peine ; une de ses pattes était toute sanglante ; il poussait des rugissements et des cris affreux que lui arrachait la douleur causée par sa blessure. D’abord la vue de ce lion qui se dirigeait de mon côté me glaça de terreur et d’effroi ; mais, dès qu’il m’aperçut au fond de l’antre qui évidemment lui servait de repaire, il avance d’un air doux et soumis, il lève sa patte, me la présente, me montre sa blessure et semble me demander du secours ; alors j’arrache une grosse épine enfoncée entre ses griffes, je presse la plaie et j’en fais sortir le pus qui s’y était formé ; bientôt revenant un peu de ma frayeur, j’épongeai soigneusement la plaie et en enlevai le sang. Le lion, que j’avais soulagé et délivré de ses souffrances, se couche et s’endort paisiblement, sa patte dans mes mains. À partir de ce moment, nous vécûmes ensemble dans cet antre pendant trois ans.
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