Fête

Paris, 13e arrondissement. Photo Alina Reyes

 

J’aime le vent, la pluie, la fête,
l’annonce de l’heureuse tempête.
Les eaux montent aux rivages du monde,
lumineuses, poissonneuses, salées
comme les oiseaux blancs qui crient
de plaisir, suspendus et surfant
au-dessus de l’immensité enceinte,
cité grosse de vie. Alertés par ils ne savent
quoi
des passants un instant hésitent
et le bord des trottoirs se met à ressembler
au creux de la vague qui de très loin approche.
Sortez des maisons de vos pères, enfants, femmes et hommes !
Courez joyeux aux carrefours, retrouvez-vous
debout sous les voiles liquides, que vos têtes,
que vos paumes levées reflètent
la lumière et déploient le nouvel arc-en-ciel.

 

Allez !

Photo Alina Reyes

 

Dans l’invisible les parfums montent et pénètrent le vent. Son grand corps calme, touché, entend l’appel de la terre affamée de caresses. Tandis qu’il les embrasse, herbes, fleurs, pétales se frôlent, capes de pèlerins marchant ensemble, ivres de joie solide, portés sur le chemin. Le coeur de l’homme s’ouvre, terre labourée d’où poussent la vaste liberté, le vif amour que le ciel y sema. Sur nos lèvres court la louange à la Sainte Trinité.

 

Noces

En allant chez nous. Photo O

 

La Résurrection, ce sont les noces. L’Amour pénètre le mystère comme l’homme la chair de la femme. Des braises, la flamme prend, la ténèbre se transforme en lumière.

La Résurrection est virile. Ni femme ni homme en Christ, ni en la Résurrection, seulement la virilité de l’être dans la matrice du monde. Les prêtres doivent être des hommes, pour que l’eucharistie puisse être une pénétration du corps humain par le corps de Dieu.

La Résurrection prend en elle tout l’être, déploie l’être en l’Être.

La Résurrection est l’accomplissement d’un chemin de relation. Vivre dans la lumière la relation aux hommes et aux enfants est le chemin de la Résurrection.

La Résurrection n’est pas une renaissance ici-bas, comme on le croit trop, mais le travail opéré par qui accueille Dieu en son corps ici-bas, la transformation et l’élévation de ce corps dans la lumière, son passage invisible (comme nocturne) à un autre être en lequel ont lieu les noces de Dieu, par où il crée le monde et engendre la vie.

Pas de Chemin sans Vie dans la Vérité. Tant que l’être se tient dans le chemin de la vérité, il arrive à la maison de Dieu, dans la vie éternelle.

 

En pleine vie

Photo Alina Reyes

 

Avant le début du monde je suis partie et les dauphins dans mon sillage sont apparus
traçant des cercles ouverts, distinguant dans l’union l’onde et la flamme des cieux
ô mes gracieux animaux, traçant la voie je vous sentais bondir
à mon côté, flots de sang bleu que je lâchais pour féconder la vie

Je suis Voyage
à bord de moi fleurissent les arbres et les bêtes, les hommes
qui sortent de mon coeur en procession sans fin
jusqu’au-delà des horizons.

Un enfant sur le pont d’un bateau contemple :
il entend ma voix qui vibre au fil de l’eau
et quelque chose en lui comprend.

 

La porte du ciel

au jardin des Plantes, à Paris. Photo Alina Reyes

 

Il s’apprête. Ses yeux dans le ciel ouvrent la fenêtre, d’où descend, blanc ruban dans le bleu, sa voie.

Sur terre, les animaux, les océans frémissent. La rouille des vaisseaux fantômes ensanglante les eaux. Une toute jeune femme sent dans son ventre clair bouger le Fils de l’homme sur le point d’entrer dans la cité. Au milieu des métros elle lève la tête : voici, elle voit dans la voûte la lumière passer par sa fenêtre ouverte.

Les enfants jouent, les époux s’enlacent, les esseulés chantent. Je suis le Dieu Vivant, disent leurs courses, leurs chairs, leurs voix.

Mon corps est la cité céleste où vous vivez, en plein sur terre.

 

l’amour au jardin

au jardin des Plantes, à Paris. Photo Alina Reyes

 

Au jardin les arbres fleurissent, les amoureux s’embrassent.

Qui a commencé ? Les arbres, ou les amoureux ?

Leurs baisers sont des brassées de fleurs qu’ils se donnent à manger l’un à l’autre.

Leurs fleurs sont des baisers que le ciel nous fait. Les arbres dans leur tronc, dans leurs branches, s’en réjouissent comme l’homme en ses membres embrassant sa fiancée.

Verticale ouverte, j’embarque et monte du secret à l’ardente lumière les arbres et les hommes.

 

déchirer le sable

à Soulac-sur-mer. Photo Alina Reyes

 

Le sable se déchire plus doucement que la soie. Le sable s’ouvre, recevoir dans sa chair l’eau, le sel et la lumière.

Sable des bords de mer, chair du monde où se tracent les voies de l’accomplissement. Peuple du ciel, sable, peuple du temps qui broie la pierre d’être, la fluidifie, qu’elle devienne

chemin qui embrasse très doucement les pieds. Sable mon peuple traversant

les siècles des siècles, unissant les vivants et les morts, sable de communion des petits grains humains,

viens là miroir que je t’épouse, viens prendre et recueillir et boire à mes chemins l’eau et le sang que j’ai versés le tout-premier,

viens au baiser d’amour.