Benalla-Macron, Chirikou-Mélenchon… Le repos des cochons

Outre que certains hommes prétendant ou accédant aux plus hautes fonctions de gouvernement des peuples se révèlent incapables de gouverner, pour commencer, leurs basses fonctions et passions personnelles, leur sexualité cachée, l’enflure de leur ego, leur autoritarisme, leurs pétages de plomb en tous genres, remarquons combien perdure, à travers leur vie privée, le vieux monde qu’ils prétendent révolutionner. Combien le pouvoir active aussitôt chez eux la réalisation des vieux rapports sociaux de domination/soumission du type roi-favori·te, vieux-jeune, Blanc-racisé·e. Le problème pour eux est qu’ils sont, tout autant que ceux qui trouvent intérêt à se soumettre à eux, soumis à ces figures séculaires de dominé·e·s, auxquel·le·s ils cèdent des privilèges iniques, mal supportés dans les démocraties, même en France où la vieille hypocrisie bourgeoise se fait une vertu de laver le linge sale en famille, de ne pas parler publiquement des amitiés particulières des notables même quand elles les  conduisent à tromper et voler les citoyens, exploiter le bien public, et augurer des pires errements politiques, dans les faits.

 

orwell« Vous avez donc entendu dire, camarades, que nous, les cochons, dormons maintenant dans les lits de la maison ? Et pourquoi pas ? Vous n’allez tout de même pas croire à l’existence d’un règlement qui proscrive les lits ? Un lit, ce n’est jamais qu’un lieu où dormir. Le tas de paille d’une écurie, qu’est-ce que c’est, à bien comprendre, sinon un lit ? L’interdiction porte sur les draps, lesquels sont d’invention humaine. Or nous avons enlevé les draps des lits et nous dormons entre des couvertures. Ce sont là des lits où l’on est très bien, mais pas outre mesure, je vous en donne mon billet, camarades, avec ce travail de tête qui désormais nous incombe. Vous ne voudriez pas nous ôter le sommeil réparateur, hein, camarades ? »

George Orwell, La ferme des animaux

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La révolution sans pantalons

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tag censier 3tags à la fac occupée Censier, ces jours-ci

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Que des enfants de bourgeois aient l’envie de se donner l’illusion de sortir au moins un temps de leur condition, quoi de plus macron, au fond ? Que des étudiants aient envie de jouer à la révolution, quoi de plus conforme à la tradition ? L’ordre des choses est respecté, les médias y font leur beurre, les syndicats et les politicards s’y frottent les mains, tout va bien.

Tout va très bien, madame la marquise, mélodie d’amour chante le cœur d’Emmanuel épelliculé par Trump le clown. Mélenchon rime ouvertement avec bidonnons, son Le Média et Reporterre inventent un quasi-mort dans une énorme flaque de sang caché tout à la fois par la police, l’hôpital et les balayeurs de Paris, sans compter les voisins, tous complotistes aussi. Des universitaires parfois à visage découvert, plus souvent masqués comme des camions volés (c’est qu’ils ont une position dans la société, ils ne vont pas clamer leurs opinions autrement qu’anonymisés, planqués derrière leurs écrans !), fustigeurs du mensonge général, adeptes de Debord et autres grands noms, propagent et repropagent la fake news étayée sur du néant, dans leur avidité à se ranger avec les étudiants occupeurs de facs, se vautrant dans leur puérilité retrouvée, si tant est qu’ils l’aient jamais perdue, fricotant mentalement avec ces petits jeunes (encore un retour de tradition de l’Éducation sexuelle nationale à la fois soixante-huitarde et trogneux-macronienne), s’accordant plus de promiscuité en allant distribuer leur bonne parole dans des amphis occupés comme des curés entraînant leurs plus jeunes ouailles dans les sacristies, eux qui ont franchi toutes les sélections possibles (et indispensables), qui ont passé tous leurs examens, qui sont casés et appointés par leur ennemi imaginaire et n’ont rien à foutre des étudiants empêchés par leurs soins empressés de passer à leur tour les examens qui devraient les libérer des profs abusifs.

Ainsi tourne le cercle vicieux, avec en son centre des jeunes infantilisés par tout le système pédagogique, comme je l’ai plus d’une fois dénoncé ici, en stagiaire à l’Espé et en néoprof, des jeunes plus qu’inquiets du monde qui leur est légué, comme révélé lors de l’atelier d’écriture que j’ai animé à Tolbiac occupée, des jeunes qui voudraient se débarrasser du poids écrasant des générations précédentes et de leur idéologie, comme l’indiquent des tags agressifs envers mai 68 dans les facs occupées, des jeunes, bloqueurs ou bloqués, une fois de plus instrumentalisés, récupérés, piétinés d’une façon ou d’une autre, empêchés de voir que ce qui les entrave n’est pas Parcours Sup, tout défectueux qu’il soit, mais le fait qu’ils reçoivent un enseignement très médiocre, de plus en plus dégradé, tout au long de leur scolarité, qui les destine à vivre dans l’état et les mentalités d’un pays arriéré.

street art tolbiac 1bravo aux artistes qui ont su égayer un peu cette fac Censier sinistre

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tag tolbiac 2street art et tags à la fac Censier évacuée, hier. Photos Alina Reyes

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Heure de printemps

Photo Alina Reyes

 

Gare à l’idolâtrie des urnes. Campagne aux relents de Comité de Salut Public, pas seulement dans les gesticulations de Mélenchon, mais dans la dureté de tous. De grâce, un peu de distance. Rendons à César ce qui est à César : l’impôt, et non pas notre voix, même si nous votons. Nous ne tenons pas notre voix de la République, mais de la Vie. Notre vie ne dépend pas des institutions. L’institution est faite pour l’homme, et non l’homme pour l’institution : pas d’anathème contre celui qui ne vote pas, voter n’est pas aller à la messe. Et que l’on cesse de faire comme si le choix entre Hollande et Sarkozy était crucial, alors qu’on sait que presque rien ne changera du fait de leur maigre pouvoir. Rien d’essentiel ne changera que par notre propre conversion.