Des faussaires et autres marchands de breloques et contrefaçons

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La criminelle falsification d’Homère commise par Arte dans cette série de documentaires dont j’ai déjà parlé deux ou trois fois (crime de même nature que celui des destructeurs fanatisés de statues et autres œuvres antiques) m’a rappelé que Stéphane Zagdanski avait écrit une conférence sur « l’humour d’Homère » il y a quelques années, un texte que je n’avais pas encore entendu ni lu. On le trouve en ligne sur son site, je suis donc allée le lire. À partir du moment où il se décide à entrer dans le vif du sujet, à savoir le texte d’Homère, il s’avère qu’il passe à côté, ayant travaillé sur traduction (et la pire de toutes à mon sens, celle de Bérard, comme je l’explique ici). Grave problème qui rend vain tout son long développement sur la Muse : il croit, d’après la traduction, qu’il est dit au chant II, vers 485 de l’Iliade que les muses sont présentes partout, et c’est à partir de cette croyance qu’il glose longuement. Or un coup d’œil au texte grec suffit à constater qu’il ne dit pas cela.

Et quand Zagdanski essaie, à la page suivante, de partir du texte grec, il se trompe, considérant uniquement kleos et loupant akouomen dans ce que Bérard traduit par « ouï-dire » (rappelons que ouï dans ce mot renvoie à l’ouïe – ce qu’il ne semble pas savoir-, comme kleos et surtout, plus directement, akouomen). Du coup, j’ai seulement survolé le reste de sa démonstration, qui continue à s’appuyer sur rien ou presque rien, alors qu’il y a tant à dire sur l’humour d’Homère, pour peu qu’on lise le texte grec, comme je le fais en ce moment (moi non plus je n’y voyais pas grand-chose quand je le lisais seulement en traduction).

Zagdanski, au lieu de se moquer, comme il le fait dans son introduction, des universitaires qui ont écrit des ouvrages savants sur Homère, ferait mieux d’en prendre un peu de la graine. Comme les scénaristes de la série d’Arte et comme tant d’autres faux intellectuels et autres intellectuels faussaires de ce temps gagné par l’obscurantisme, Homère le classerait parmi les arrogants prétendants qui voudraient être rois à la place du roi. Attention, finalement l’histoire fait un carnage de tous ces paresseux, sots et fats squatteurs de l’esprit.

Zagdanski ne nous épargne pas non plus son sexisme, assorti de sa fière imagination de lui-même en Zeus s’employant à rendre jalouse sa femme. Voilà au moins qui fait sourire, d’un humour certes involontaire mais c’est souvent le meilleur. À propos de sexisme, je me rappelle aussi qu’après la parution de mon roman Lilith, dont je parlais hier, un journaleux au service d’un éditeur jaloux avait écrit que mon livre était plein de « fausse érudition ». Je m’étais simplement bien documentée pour mon personnage de directrice du Muséum, en lisant des livres et des articles scientifiques, en visitant des grottes, en allant voir des fouilles, en assistant à des conférences et en rencontrant, parfois à plusieurs reprises, d’éminent·e·s paléontologues diversement spécialisé·e·s. Je n’avais évidemment pas retranscrit tout ce que j’avais appris, seulement ce qui était nécessaire à ma narration. J’aime les sciences et j’estime éminemment précieux l’esprit scientifique. La remarque du journaliste au service du jaloux n’était que l’expression d’un mépris sexiste, fondé sur rien. Fondé sur rien, comme d’habitude et comme le reste chez ces gens-là, qui s’imaginent volontiers que tout le monde est aussi vain et bluffeur qu’eux.

Le vent, la forêt, leurs égarés et leurs pèlerins

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photo Alina Reyes

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Quand Jeanne d’Arc est entrée à Orléans, raconte Henri Guillemin, le vent qui paralysait les bateaux a soudain changé de direction, lui permettant d’avancer. Les gens y ont vu un signe, et c’est bien. L’énigme Jeanne d’Arc, l’excellente série de ses récits, qui remettent quelques légendes à leur place, est sur youtube. J’ai commencé à la regarder hier soir, je continue – c’est une histoire qui nous parle aussi beaucoup d’aujourd’hui, sans doute a-t-elle contribué à m’inspirer le rêve du stéganosaure et des douze cavaliers.

Stéphane Zagdanski a décidé de dire sa vérité pour répondre à ses calomniateurs. Quand il a annoncé cela, je lui ai dit qu’il pouvait évoquer ce qui se rapportait à moi, puisque nous avons en commun un livre, et aussi un épisode d’une histoire qui est la mienne. Malheureusement l’exercice a tourné au fait de rapporter des calomnies contre moi et de les faire siennes. Triste façon de répondre à ceux qui l’ont calomnié. Venant de sa part, cela me peine. Mais je sais qu’il est blessé par des paroles particulièrement mauvaises, et je sais que lorsqu’on est blessé on ne réagit pas toujours bien. Pour le reste, c’est une goutte d’eau dans l’océan de calomnie propagé contre moi depuis des années, auquel nul ne m’accorde de pouvoir répondre. Et certains prennent cela pour un jeu. Comme il était fait dire à l’un de ces auteurs mercenaires, il s’agit de me « lapider avec des paroles bien senties », et « Après ça, la fille se suicidera. On dira qu’on l’avait prévu. » J’y ai été beaucoup poussée, mais je ne suis pas plus suicidée que les autres calomniés. Exclue du monde, de ce monde humain trop humain, mais  bien vivante dans la grâce, la joie, l’amour des êtres humains et de toute la création. Le reste, le néant l’avale, l’a déjà avalé.

Je monte à cheval en rêve, et en réalité dans la montagne. Je le raconte dans Forêt profonde, où la vérité s’exprime de la seule façon dont elle peut être exprimée : de façon pensée. Que ce soit sous une forme historique et sérieusement documentée, ou philosophique, ou théologique, ou onirique ou poétique, visionnaire. Dans sa profondeur, sa vie, sa lumière.

Paix.

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Bonne vie

Il y a toujours le danger, pour les déportés et autres victimes de violences, qu’on leur demande d’un ton accusateur pourquoi ils se sont laissé faire ; et qu’ils se laissent eux-mêmes entraîner dans le soupçon qu’ils sont coupables. Il est bon de se battre contre cela, fût-ce en griffant et en mordant. Que la vérité ne soit pas abandonnée.

Stéphane Zagdanski a mis en ligne une vidéo du temps où nous travaillions ensemble à notre livre de dialogue La Vérité nue. Nous rions, nous sommes vivants, c’est bon.

Restons vivants.

… [hélas l’exercice de Zag a mal tourné, voir ici ]