Grothendieck : « faire des « maisons » (comme on « ferait » l’amour…) » (Récoltes et semailles, 2)

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Lire Grothendieck est une merveille pour tout·e chercheur·e, pour comprendre ce que nous faisons quand nous cherchons et découvrons. Voici une deuxième salve d’extraits que j’ai sélectionnés, assise sur ma pierre dans un recoin du jardin alpin, après avoir longuement contemplé la vie dans les bassins.

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bassin et carpe 2*

« Ce qui fait la qualité de l’inventivité et de l’imagination du chercheur, c’est la qualité de son attention, à l’écoute de la voix des choses. Car les choses de l’ Univers ne se lassent jamais de parler d’elles-mêmes et de se révéler, à celui qui se soucie d’entendre. Et la maison la plus belle, celle en laquelle apparaît l’amour de l’ouvrier, n’est pas celle qui est plus grande ou plus haute que d’autres. La belle maison est celle qui reflète fidèlement la structure et la beauté cachées des choses.

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grenouille 2*

Mais la réalité (qu’un rêve hardi parfois fait pressentir ou entrevoir, et qu’il nous encourage à découvrir…) dépasse à chaque fois en richesse et en résonance le rêve même le plus téméraire ou le plus profond.

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goutte lotus*

Plutôt que de me laisser distraire par les consensus qui faisaient loi autour de moi, sur ce qui est « sérieux » et ce qui ne l’est pas, j’ai fait confiance simplement, comme par le passé, à l’humble voix des choses, et à cela en moi qui sait écouter. La récompense a été immédiate, et au delà de toute attente. En l’espace de ces quelques mois, sans même « faire exprès », j’avais mis le doigt sur des outils puissants et insoupçonnés. Ils m’ont permis, non seulement de retrouver (comme en jouant) des résultats anciens, réputés ardus, dans une lumière plus pénétrante et de les dépasser, mais aussi d’aborder enfin et de résoudre des problèmes de « géométrie de caractéristique p » qui jusque là étaient apparus comme hors d’atteinte par tous les moyens alors connus.

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nymphea*

Dans notre connaissance des choses de l’Univers (qu’elles soient mathématiques ou autres), le pouvoir rénovateur en nous n’est autre que l’innocence. C’est l’innocence originelle que nous avons tous reçue en partage à notre naissance et qui repose en chacun de nous, objet souvent de notre mépris, et de nos peurs les plus secrètes. Elle seule unit l’humilité et la hardiesse qui nous font pénétrer au cœur des choses, et qui nous permettent de laisser les choses pénétrer en nous et de nous en imprégner.

Ce pouvoir-là n’est nullement le privilège de « dons » extraordinaires – d’une puissance cérébrale (disons) hors du commun pour assimiler et pour manier, avec dextérité et avec aisance, une masse impressionnante de faits, d’idées et de techniques connus. De tels dons sont certes précieux, dignes d’envie sûrement pour celui qui (comme moi) n’a pas été comblé ainsi à sa naissance, « au delà de toute mesure ».

Ce ne sont pas ces dons-là, pourtant, ni l’ambition même la plus ardente, servie par une volonté sans failles, qui font franchir ces « cercles invisibles et impérieux » qui enferment notre Univers. Seule l’innocence les franchit, sans le savoir ni s’en soucier, en les instants où nous nous retrouvons seul à l’écoute des choses, intensément absorbé dans un jeu d’enfant…

je ne vois personne d’autre sur la scène mathématique, au cours des trois décennies écoulées, qui aurait pu avoir cette naïveté, ou cette innocence, de faire (à ma place) cet autre pas crucial entre tous, introduisant l’idée si enfantine des topos.

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mare*

Oui, la rivière est profonde, et vastes et paisibles sont les eaux de mon enfance, dans un royaume que j’ai cru quitter il y a longtemps. Tous les chevaux du roi y pourraient boire ensemble à l’aise et tout leur saoul, sans les épuiser! Elles viennent des glaciers, ardentes comme ces neiges lointaines, et elles ont la douceur de la glaise des plaines. Je viens de parler d’un de ces chevaux, qu’un enfant avait amené boire et qui a bu son content, longuement. Et j’en ai vu un autre venant boire un moment, sur les traces du même gamin si ça se trouve – mais là ça n’a pas traîné. Quelqu’un a dû le chasser. Et c’est tout, autant dire. Je vois pourtant des troupeaux innombrables de chevaux assoiffés qui errent dans la plaine – et pas plus tard que ce matin même leurs hennissements m’ont tiré du lit, à une heure indue, moi qui vais sur mes soixante ans et qui aime la tranquillité. Il n’y a rien eu à faire, il a fallu que je me lève. Ça me fait peine de les voir, à l’état de rosses efflanquées, alors que la bonne eau pourtant ne manque pas, ni les verts pâturages. Mais on dirait qu’un sortilège malveillant a été jeté sur cette contrée que j’avais connue accueillante, et condamné l’accès à ces eaux généreuses. Ou peut-être est-ce un coup monté par les maquignons du pays, pour faire tomber les prix qui sait? Ou c’est un pays peut-être où il n’y a plus d’enfants pour mener boire les chevaux, et où les chevaux ont soif, faute d’un gamin qui retrouve le chemin qui mène à la rivière…

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mare aux nympheas*

Sans avoir eu à me le dire jamais, je me savais le serviteur désormais d’une grande tâche : explorer ce monde immense et inconnu, appréhender ses contours jusqu’aux frontières les plus lointaines; et aussi, parcourir en tous sens et inventorier avec un soin tenace et méthodique les provinces les plus proches et les plus accessibles, et en dresser des cartes d’une fidélité et d’une précision scrupuleuse, où le moindre hameau et la moindre chaumière auraient leur place… C’est ce dernier travail surtout qui absorbait le plus gros de mon énergie – un patient et vaste travail de fondements que j’étais le seul à voir clairement et, surtout, à « sentir par les tripes ». C’est lui qui a pris, et de loin, la plus grosse part de mon temps, entre 1958 (l’année où sont apparus, coup sur coup, le thème schématique et celui des topos) et 1970 (l’année de mon départ de la scène mathématique).

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chemin fougeres*

La « création » dans mon travail de mathématicien, c’était avant tout là qu’elle se plaçait : dans cette attention intense pour appréhender, dans les replis obscurs, informes et moites d’une chaude et inépuisable matrice nourricière, les premières traces de forme et de contours de ce qui n’était pas né encore et qui semblait m’appeler, pour prendre forme et s’incarner et naître… Dans le travail de découverte, cette attention intense, cette sollicitude ardente sont une force essentielle, tout comme la chaleur du soleil pour l’obscure gestation des semences enfouies dans la terre nourricière, et pour leur humble et miraculeuse éclosion à la lumière du jour. »

aujourd’hui au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Voir d’autres extraits de Récoltes et semailles ou de La Clef des songes : mot-clé Alexander Grothendieck

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Lotus, méthode et position

vignette lotus

« Comme un lotus pur, admirable, par les eaux n’est point souillé, je ne suis pas souillé par le monde. » Anguttaranikâya, 2, 39

L’eau et les poussières sont en suspension sur la feuille de lotus comme le fakir sur la planche à clous (voir l’excellent documentaire après les images), jusqu’au moment où la goutte glisse au sol, entraînant avec elle les poussières, sans avoir touché la plante.

« Fleur, pourrait-on dire, première et qui éclot, sur des eaux généralement stagnantes et troubles, avec une si sensuelle et souveraine perfection, qu’on l’imagine aisément, in illo tempore, comme la toute première apparition de la vie, sur l’immensité neutre des eaux primordiales », écrit le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, en préambule au long article Lotus.

Les lotus du jardin des Plantes commencent à feuiller. Pour les fleurs et les graines, et aussi et d’autres éléments de la symbolique de la plante, voir mes notes des années précédentes, mot-clé lotus.

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feuille de lotus 1

feuille de lotus 2

feuille de lotus 3

feuille de lotus 4

feuille de lotus 5

feuille de lotus 6

lotus et canards

canard

caneces jours-ci au jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

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Merveilleux jardin des fleurs

coccinelle

Il est merveilleux, ce jardin des fleurs, a dit quelqu’un avec un accent d’ailleurs. Le jardin des Plantes, explosion de couleurs en ces jours, était arpenté par des gens, dont des étrangers, émerveillés. Voici les photos que j’ai faites dans son jardin alpin, où j’étais allée me détendre des dizaines d’heures passées devant mon ordinateur à établir l’appareil de notes et bibliographique de ma thèse – je suis loin d’avoir terminé, mais c’est un beau travail, partir à la recherche des premières ou de différentes éditions d’un texte donne le sentiment de se promener dans une profusion de fleurs, justement, et trouver celle qu’on cherche est très gratifiant, un peu comme si vous entendiez un enfant vous appeler dans la forêt et que finalement vous arriviez jusqu’à lui.

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jardin 1

jardin 2

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jardin 4

jardin 5

jardin 6

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jardin 9l’arbre penché à l’arrière-plan est un pistachier femelle de 316 ans, son histoire est ici

jardin 10

jardin 11

jardin 12

jardin 13la coccinelle a des cœurs sur les ailes

jardin 14après le rapprochement, l’accouplement

jardin 15voilà un panneau d’Izumi que je n’avais pas vu, je vais l’ajouter aux autres de son si gracieux bestiaire botanique

jardin 16

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jardin 18

transport du pollen, l’amour partout

jardin 21hier après-midi au jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

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Les fantastiques roses de la roseraie du Jardin des Plantes. Et un début d’index

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Environ 300 noms dans l’index des noms de personnes présents dans ma thèse. Les voici, dans l’ordre où je les ai relevés dans le texte (après les photos des roses). Il me reste à les classer par ordre alphabétique, éventuellement à les compléter (j’ai pu en oublier). Reste aussi à faire un index des personnages, et un autre des thèmes. Ces index sont au moins aussi importants que la bibliographie, car ils participent à multiplier les possibilités de lecture de la thèse.

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roses 1

roses 2

roses 3

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roses 19

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roses 21Ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Breton, André

Crevel, René

Kafka, Franz

Platon

Husserl, Edmund

Jakobson, Roman

Mallarmé, Stéphane

Lévi-Strauss, Claude

Rimbaud, Arthur

Poe, Edgar

Luminet, Jean-Pierre

Démocrite

Rûmî

Cortazar, Julio

Van Gogh, Vincent

Descola, Philippe

Héraclite

Bouvier, Nicolas

Foucault, Michel

Chomsky, Noam

Grothendieck, Alexandre

Humboldt, Wilhem von

Benjamin, Walter

Chatwin, Bruce

Ferry, Jean-Marc

Nietzsche, Friedrich

Hugo, Victor

Berger, John

Hegel, Georg Wilhelm Friedrich

Carroll, Lewis

Rousseau, Jean-Jacques

Flaubert, Gustave

Baudelaire, Charles

Molière

Camus, Albert

Sophocle

Torga, Miguel

Proust, Marcel

Magritte, René

Tardi, Jacques

Dostoïevski, Fiodor

Macaigne, Vincent

Vermeer, Johannes

Ésope

La Fontaine, Jean de

Perrault, Charles

Nerval, Gérard de

Giraudoux, Jean

Freud, Sigmund

Marie de France

Dürer, Albrecht

Picasso, Pablo

Warhol, Andy

Ronsard, Pierre de

Michaux, Henri

Xinjiang, Gao

Einstein, Albert

Artaud, Antonin

Bachelard, Gaston

Valéry, Paul-André

Dhainaut, Pierre-Edmond

Hölderlin, Friedrich

Woolf, Virginia

Stefánsson, Jón Kalman

Borges, Jorge Luis

Finkel, Irving

Lorblanchet, Michel

Coelho, Paulo

Rûmî, Djalâl-od-Dîn

Jasniewiecz, Gérard

Païni, Lotus de

Curie, Marie

Bonnefoy, Yves

Simon, Claude

Michel-Ange

Kubrick, Stanley

Lichtenberg, Hans Georg

Harrison, Jim

Claudel, Paul

Ginzburg, Carlo

Homère

Shirow, Masamune

Durand, Gilbert

Benveniste, Émile

Vernant, Jean-Pierre

Palissy, Bernard

Gomez, Sergio

Parménide

Shakespeare, William

Plutarque

Pascal, Blaise

Wilde, Oscar

Leopardi, Giacomo

Garcia Lorca, Federico

Ellis, Bret Easton

Hyverneaud, Georges

Tomasi di Lampedusa, Giuseppe

Rilke, Rainer Maria

Basile de Césarée

Reyes, Alina

Lynch, David

Clottes, Jean

Cendrars, Blaise

Mankell, Henning

Rigaut, Jacques

Térence

Traoré, Oumou

Thérèse d’Avila

Galien, Claude

Sextus Empiricus

Simon, Claude

Socrate

Hadot, Pierre

Huxley, Aldous

Toral, Cristobal

Matisse, Isabella

Struth, Thomas

Faulkner, William

Brueghel l’Ancien

Didi-Huberman, Georges

Annaud, Jean-Jacques

Giono, Jean

Chrétien de Troyes

Vitray-Meyerovitch, Eva de

Pernoud, Régine

Bingen, Hildegarde de

Christine de Pizan

Tolkien, John Ronald Reuel

Corneille, Pierre

Kubrick, Stanley

Cervantes, Miguel de

Brunel, Pierre

Ovide

Horace

Montaigne, Michel de

Angelus Silesius

Leroi-Gourhan, Émile

Patrikios, Titos

Zénon d’Élée

Barthes, Roland

Dumézil, René

Grégoire de Naziance

Jouffroy, Alain

Ramuz, Charles-Ferdinand

Char, René

Eco, Umberto

Latour, Georges de

Claudel, Camille

Paris, Reine-Marie

Rodin, Auguste

Curie, Pierre

Beauvoir, Simone de

Sartre, Jean-Paul

Lamblin, Bianca

Onfray, Michel

Sand, Shlomo

Copernic, Nicolas

Luther, Martin

Calvin, Jean

Lacan, Jacques

Debord, Guy

Heidegger, Martin

Chouraqui, André

Mohammed (Prophète)

Resnais, Alain

Modiano, Patrick

Gombrowicz, Witold

Robin, Armand

Joyce, James

Beckett, Samuel

Brüder, Dora

Lampe, Friedo

Calderón, Pedro

Pauli, Wolfgang

Boudenot, Jean-Claude

Gamou, Georges

Franck, James

Jung, Carl Gustav

Schrödinger, Erwin

Charcot, Jean-Martin

Pinel, Philippe

Cabrol, Christian

Marie de Médicis

Guérin, Raymond

Boffrand, Germain

Kafka, Ottla

Agamben, Giorgio

Améry, Jean-Claude

Barth, Karl

Furet, François

Diogène

Alexandre le Grand

Vitez, Antoine

Diderot, Denis

Zweig, Stefan

Roth, Joseph

Greuze, Jean-Baptiste

Muray, Philippe

Aristophane

Ellis, Bret Easton

Houellebecq, Michel

Khadra, Yasmina

Sorokine, Vladimir

Laferrière, Dany

Ôé, Kenzaburo

Échenoz, Jean

Byatt, A.S.

Keaton, Buster

Riefenstahl, Leni

Sade, D.A.F.

Laclos, Pierre Choderlos de

Echenoz, Jean

Ravel, Maurice

Renard, Jules

Allen, Woody

Weinstein, Harvey

Vélasquez, Diego

Chamberlayne, William

Auster, Paul

Kerouac, Jack

Paul de Tarse

Ricardou, Jean

Breuil, Eddie

Nouveau, Germain

Cézanne, Paul

Durrell, Lawrence

Soupault, Philippe

Verlaine, Paul

Leconte de Lisle, Charles

Bonnet, Marguerite

Brod, Max

Calasso, Roberto

Schwob, Marcel

Stevenson, Robert Louis

Quincey, Thomas de

Dostoïevski, Fiodor

Dupront, Alphonse

Alphandéry, Paul

Munier, Roger

Banksy

Dumas, Alexandre

Jarry, Alfred

Daudet, Alphonse

Satie, Erik

Prévost, Antoine François, abbé

Baker, Joséphine

Léger, Fernand

Khrouchtchev, Nikita

Gagarine, Youri

Foujita, Tsuguharu

Christophe

Miller, Henry

Nin, Anaïs

Saint-Pierre, Bernardin de

Jacobs, Edgar P.

Curie, Pierre

Zola, Émile

Welles, Orson

Balzac, Honoré de

Viardot, Pauline

Tourgueniev, Ivan

Bizet, Georges

Blum, Léon

Blériot, Louis

Gambetta, Léon

Vian, Boris

David, Jacques-Louis

Astier de la Vigerie, Emmanuel d’

Debussy, Claude

Aragon, Louis

Triolet, Elsa

François 1er

Thalès

Épictète

Renart, Jean

Blake, William

Thoreau, William

Whitman, Walt

Henley, William Ernest

Plath, Sylvia

Ritsos, Iannis

Ramos Rosa, Antonio

Corso, Gregory

Orwell, George

Calvino, Italo

Koons, Jeff

Dôgen, Eihei

Hagège, Claude

Darwich, Mahmoud

Franck, Anne

Alexandrian, Sarane

Maurel, Jean

Chirico, Giorgio

Douanier Rousseau

Mosko

Suacha

Mann, Thomas

Reverdy, Paul

Hamsun, Knut

Nerval, Gérard de

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Des gens, des fleurs, des enfants, du street art… promenade du bonheur

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« Toute notre connaissance découle de notre sensibilité » Leonard de Vinci

 

bettyBetty en dessous, avec des timbres dessous

fleursbref pèlerinage sur le lieu de l’une de mes fictions, un petit tour et je repars

jem trop ma viemoi aussi

noonienoonienooniec’est donc ici qu’il habitait, l’anarchiste qui sème ses plaques d’habitations fantaisistes dans la ville !

pitie salpetriere 1je suis allée à l’hôpital pour prendre un rendez-vous, comme je dois le faire deux fois par an, mais personne, le service faisait le pont

pitie salpetriere 2je me suis installée un moment avec un livre dans le jardin donc, de la Pitié-Salpêtrière

pitie salpetriere 3il y avait des amoureux dans l’herbe

pitie salpetriere 4et des dessins à la craie dans l’allée

pitie salpetriere 5la vie dehors, c’est bon ! je ne me suis pas pressée de rentrer

rueune manif est passée devant la gare d’Austerlitz l’autre jour

jardin des plantesmoi je passe par le jardin des Plantes

jardin des plantes 2et par sa roseraie

jardin des plantes 3ce sont les toutes premières roses écloses, je hume leur parfum

jardin des plantes 4

de nouveau dans la rue, au dos d’un panneau, un Léo & Pipo à tête de fraise

leo&pipohier et aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Temps et essences

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cerisier rose

J’ai photographié des Japonaises qui photographiaient le cerisier rose,

cerisier rose,

je suis repassée par le cerisier blanc,

cerisier blanc

en vue du minaret, du ciel, des serres et du grand sapin,

serre

et j’ai été photographiée par une Japonaise alors que je lisais sous le pin à crochets, l’arbre de mon compagnon, qui porte un autre nom d’arbre – me rappelant qu’il y a longtemps, des journalistes japonais nous avaient photographiés ensemble dans la rue. Ainsi échangent et circulent les temps et les essences.

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aujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Grand cerisier en fleur, merle, canards, perruche

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« On peut imaginer des histoires sans suite, mais cependant associées, comme des rêves. Des poèmes, qui sont simplement sonores et pleins de mots éclatants (…) la nature est si purement poétique, comme la cellule d’un magicien, d’un physicien, une chambre d’enfants, un grenier, un entrepôt, etc. »

Novalis, Fragments, traduits par Maeterlinck

cerisier en fleur 1

cerisier en fleur 2

cerisier en fleur 3

cerisier en fleur 4

merle

canards

perruchecet après-midi au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

(les perruches à collier, arrivées accidentellement par avion il y a plusieurs décennies, se sont très bien acclimatées à l’Île-de-France et y vivent à l’état sauvage)

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Le bestiaire botanique d’Izumi

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C’est une joie assez comparable à celle des enfants à la recherche d’œufs de Pâques dans le jardin que de parcourir certaines allées du Jardin des Plantes en quête des très gracieux dessins d’Izumi. Son trait élégant et sa vision ravissante mêlant le végétal, l’humain et l’animal réjouissent et même réparent, comme les vertus médicinales de certaines plantes. Sans doute n’ai-je pas vu tous ses panneaux – si j’en trouve d’autres d’ici la fin de l’exposition, le 4 juin, je les ajouterai à cette note.

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izumi 1

izumi 2

izumi 3

izumi

izumi 4

izumi 5

izumi 6

izumi 7Cet après-midi au Jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

jardin 15

pour en savoir plus sur cette artiste : aller sur le site d’Izumi

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Au Jardin des Plantes. Quelques réflexions à partir de Kafka et de Stephen Hawking

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jardin des plantes 1*

J’ai fait un tour, puis je me suis assise sur un banc au soleil, face à la pelouse autorisée, avec la bibliothèque où j’allais ensuite travailler à l’arrière-plan, et encore derrière, la mosquée. J’ai commencé à relire L’Amérique de Kafka. Le jeu des reflets dans le texte m’a encore fait penser à la beauté polysémique du mot réflexion. J’ai pensé à Stephen Hawking. Comme les médias ont insisté encore, à sa mort, sur le fait qu’il était gravement handicapé. J’ai lu quelque part que cet homme représentait une victoire de l’esprit sur le corps. Quel manque de réflexion. Comme si l’un et l’autre étaient séparables. La vision d’une dualité entre l’esprit et le corps est symptomatique de la mentalité religieuse, qu’elle vienne d’athées ou de croyants. De même la croyance dans une séparation entre l’athéisme et la foi. Ces choses ont tout à voir, comme dans un miroir. C’est pourquoi Stephen Hawking, qui se disait athée, n’hésitait pas à conclure son livre Une belle histoire du temps sur une évocation de « la pensée de Dieu » (cf note précédente).

Et donc les médias ont encore une fois exposé le sensationnel handicap de ce savant. Comme pour conjurer la peur de l’homme moderne de se trouver réduit à l’infirmité, de se voir devenu infirme sans le soutien de la technologie, de ne pas savoir faire de la technologie son alliée, de la voir esclavagiser l’humain décorporé, trimballant, esprit supérieur qu’il se croit, un corps fardeau, un corps idiot, un corps marqué par le péché qu’il lui faut torturer, torturant ainsi également l’esprit et tout le vivant. Stephen Hawking cherchait à trouver le trait d’union entre les lois de l’infiniment petit et celles de l’infiniment grand. Stephen Hawking savait que « la pensée de Dieu » est celle que l’homme cherche dans le miroir, la réflexion. Plutôt qu’un flambeau, Franz Kafka au début de L’Amérique place dans la main de la statue de la liberté une épée. « On eût dit que le bras qui brandissait l’épée s’était levé à l’instant même, et l’air libre soufflait autour de ce grand corps. » (trad. Alexandre Vialatte)

 

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jardin des plantes 8mercredi après-midi au Jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

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