Jour exquis à North Queensferry et South Queensferry (Écosse)

queensferry 33-min

queensferry 1-minVu du train, à vingt minutes d’Édimbourg, l’estuaire de la Forth

queensferry 2-minEn ce dimanche radieux, nous descendons à North Southferry. Première maison à la sortie de la gare : une école

queensferry 3-minPuis un monument aux morts des deux dernières Guerres mondiales queensferry 4-minavec ces cailloux d’hommage décorés de façon enfantine

queensferry 5-minet ce bassin de pierre, semblable à un lavoir ou une tombe, rempli d’eau

queensferry 6-minTrois ponts traversent le large estuaire, en voici deux : le plus récent, à l’arrière, pour les voitures ; l’autre, que nous prendrons tout à l’heure, pour les bus et les piétons

queensferry 7-min

Nous traversons le village

queensferry 8-min

queensferry 10-minUn train sur le Pont du Forth d’où nous venons

queensferry 14-min

Je ne me lasse pas d’admirer ce fameux  Pont du Forth qui relie le sud et le nord de l’Écosse

queensferry 16-min

queensferry 11-minEt voici le Harbour Light Tower, plus petit phare du monde en activité (c’est une enfant qui se tient ici devant), construit par Robert Stevenson, grand-père de Robert Louis Stevenson, dont la famille remplit l’Écosse de phares queensferry 12-minNous y montons deux par deux queensferry 13-min

Nous marchons dans le vent, l’odeur des algues et les cris des goélands

queensferry 15-min  queensferry 17-min

queensferry 18-min

queensferry 19-minL’herbe est si verte en ces terres queensferry 20-min

queensferry 21-min

queensferry 22-minNous traversons le fleuve, trois kilomètres à pied et beaucoup de vent plus tard nous voici à South Queensferry

queensferry 23-min

queensferry 24-min

queensferry 25-min

queensferry 26-min

queensferry 27-min

queensferry 28-min

queensferry 29-min

queensferry 30-min

queensferry 34-min

Après un copieux et très bon déjeuner de Noël, dans l’après-midi bien avancé, dans un grand pub des plus cosy, nous prenons le chemin de la gare queensferry 31-min

toute belle sous son croissant de lune, et nous rentrons à Édimbourgqueensferry 32-minAujourd’hui à North Queensferry et à Queensferry, photos Alina Reyes

*

Pour conclure l’année : affaire Matzneff, le consentement au crime des élites

Screenshot_2019-12-28 Maissa sur Twitter C’est incroyable,on pensait avoir affaire à un pédophile mais c’est toute une meut[...]

 Screenshot_2019-12-28 christian andreo sur Twitter Formidable révélateur de pourritures cette affaire #matznef Avec une dim[...]*

J’ai lu beaucoup d’auteurs de mon époque, et pas seulement des meilleurs, mais je n’ai jamais lu un seul livre de Gabriel Matzneff. Je savais comme tout le monde qu’il y racontait ses aventures « amoureuses » avec de très jeunes garçons et filles et je n’avais pas envie de lire ça. J’ignorais la teneur exacte de ces récits, dont je découvre des extraits aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Ainsi ce type se vantait, avec tous les honneurs du milieu, de violer des garçons âgés de 8 à 11 ans, en s’amusant qu’ils lui reprochent la brutalité de ses sodomies. Je regrette de n’avoir pas cherché à savoir plus tôt qui il était, au-delà du beau rôle qu’il tâchait de se donner, je regrette d’avoir en quelque sorte préféré éviter cette question dégoûtante, comme on le faisait trop souvent à cette époque. Qu’il soit manifestement un écrivain très médiocre, contrairement à ce qu’il semble croire, les pages qui circulent en ligne le disent assez : ce n’est évidemment pas le plus grave, mais cela révèle d’autant plus l’ignominie de la « mafia » (comme dit Denise Bombardier, blacklistée pendant trente ans par les médias français pour avoir défendu les droits des enfants face à Matzneff et Pivot), mafia qui le soutient depuis des décennies au nom de la littérature ; cette mafia qui se serre les coudes dans les affaires de pédocriminalité comme dans bien d’autres saloperies. Bravo à Vanessa Springora d’avoir mis les pieds dans le plat. Son livre paraît au bon moment pour révéler la puanteur du milieu médiatico-littéraire (qui m’a éliminée pour avoir dénoncé cette puanteur dans mon roman Forêt profonde en 2007). Cette bande de cinglé·e·s impuissant·e·s a sévi beaucoup trop longtemps mais comme on le voit, ils ne l’emporteront pas au paradis.

Pour un type qui n’a rien fait d’autre de sa vie que violer des enfants et se pavaner en le racontant, nulle nécessité de lutter pour sa retraite. Matzneff, au lieu de finir de moisir en prison, bénéficie d’un logement de la Ville de Paris depuis 1994, a reçu 40 000 euros de l’Académie française en 1987 et 3000 en 2009, reçoit une pension de 7500 euros par an (peut-être plus, le montant est secret ! et il peut aller jusqu’à 24 000 euros) de la Société des Gens de lettres, et Le Point, avec ses millions de subventions d’argent public aussi, complète sa rente en lui confiant une chronique (indigente). Le type est publié par Gallimard. Et soutenu encore aujourd’hui par maintes momies de tous âges (31-12-19 : cf Libé et sa chronique immonde sur le droit des adultes à une sexualité libre, et son portrait tout aussi infect de Vanessa Springora par l’un des lécheurs de Matzneff, Luc Le Vaillant), traînant encore dans leur corps, dans leur esprit, la boue de tout ce que le siècle dernier charria d’immonde. Car cette affaire jette un éclairage sur le passé, mais sur un passé qui perdure, qui continue à nuire. En 2013, ce violeur, décoré de la Légion d’honneur, recevait le prix Renaudot Essai pour un livre où il vantait, comme d’habitude, ses crimes. Fin novembre, le site ActuaLitté présentait le livre de Vanessa Springora comme «  l’histoire d’une romance qui dégénère entre une adolescente de 13 ans et un homme d’une cinquantaine d’années ». Une romance ? Depuis le scandale, ils se sont ravisés dans leurs termes, mais leur première appréciation, comme celle de Pivot parlant de « morale », révèle le fond crasseux de ce milieu.

Matzneff maintenant cloué au pilori n’est que l’image infecte, ridicule et pitoyable de ce qu’ils sont – pourris jusqu’à l’os, incapables de seulement sortir de leur conditionnement pour prendre conscience de ce dont aujourd’hui, grâce au travail de dévoilement accompli par des femmes, nous prenons clairement conscience. Incapables de se défaire de ce linge si sale qu’on se glorifiait, en France, de garder en famille (ou même de vanter internationalement, comme pour Macron et sa prof), ce linge si sale qui leur colle à la peau à force de ne l’avoir jamais ni changé ni lavé, ce linge sale qui se confond avec leur peau, leurs yeux qu’ils sont incapables de dessiller.

Matzneff. Ce n’est pas un nom isolé. Loin de là. Les mafieux sont les gens les moins isolés du monde. Citons parmi eux, par exemple, Sartre (qui se vanta aussi d’avoir dépucelé une jeune adolescente à l’hôtel, vite fait, avec beaucoup de dégoût, selon sa manière habituelle). Beauvoir (qui abusa de maintes jeunes filles, pour son propre compte ou pour les livrer à Sartre). Ou, encore de ce monde, les réseaux de BHL et parmi leurs loupiotes rouges Moix ou Angot (31-12-19 : retournage de veste, Angot après avoir, comme Moix, défendu publiquement Matzneff, lui fait maintenant la leçon dans Le Monde, toute honte bue, perpétuant l’entresoi et la lâcheté de cette clique), ceux de Sollers, éditeur de Matzneff, avec sa commère Savigneau (qui continue à soutenir Matzneff) et des dizaines d’autres plumitifs de l’édition et des médias.

Finalement Matzneff est pitoyable. Pitoyable de n’avoir pas été capable d’autre chose que de violer des enfants. Pitoyable de se prendre pour un bon écrivain alors qu’il ne l’est pas. Pitoyable de se croire digne et persécuté alors qu’il est ignoble et persécuteur de petits. Pitoyable de croire qu’il a été aimé, alors qu’il n’a évidemment pu susciter qu’une illusion d’amour. Pitoyable. Et ses complices avec lui. Leur effondrement continue. Très bonne année ! Ce n’est pas un souhait mais un constat, sur l’année qui vient de passer. Et qui annonce une nouvelle bonne année, de nouvelles bonnes années, à faire et voir tomber le vieux monde infect.

*

Féérique Édimbourg. Le marché de Noël, etc.

edimbourg noel 2019 17-min

J’actualise cette note à mesure qu’arrivent de nouvelles images. Voici maintenant le marché de Noël.

edimbourg noel 2019 9-minÀ la nuit tombée, nous approchons du marché de Noël

edimbourg noel 2019 10-minavec ses animations et ses stands où faire du shopping ou manger sur place

edimbourg noel 2019 11-min

edimbourg noel 2019 13-min

edimbourg noel 2019 14-min

edimbourg noel 2019 15-min

edimbourg noel 2019 16-minDélicieux saumon grillé sur place et servi en sandwich ou avec accompagnement

edimbourg noel 2019 17-minAprès l’avoir quitté, nous nous sommes posés dans un pub où l’un de nous, tout jeune officier, aussitôt arrivé a secouru un client qui était en train de s’étouffer. Connaître les bons gestes et être rapidement réactif, c’est important !

*

C’est la troisième fois que j’y séjourne, et c’est toujours une beauté à vous rendre heureux d’amour. J’ai dit ce mot ce matin en parlant d’une personne, « c’est une beauté », et il convient aussi pour Édimbourg. Une ville qui n’est pas seulement belle mais possède un charme puissant, fait d’un mélange de haute nature et de haute culture, qu’elle sait cultiver en toute simplicité, et qui a donné naissance à tant de grands auteurs. Voici mes images de ces jours derniers, il en viendra sûrement d’autres.

 

edimbourg noel 2019 1-min

À l’arrivée le soir tard sur Royal Mile, en allant chercher des fish and chips pour quatre affamés, au niveau de ces superbes cabines téléphoniques

*

edimbourg noel 2019 2-minLe lendemain matin, 24 décembre, toujours sur Royal Mile, les boîtes aux lettres ont été mises aux couleurs de Noël

*edimbourg noel 2019 3-minUne visite d’hommage au château, là-haut, s’impose avant toute descente en ville edimbourg noel 2019 4-mindepuis l’esplanade, la vue sur la ville tout autour, et sur les Pentlands à l’arrière-plan

*edimbourg noel 2019 5-minL’appareil photo du téléphone ne saurait rendre toute la féérie de l’architecture et du paysage mais peut en donner une idéeedimbourg noel 2019 6-min

edimbourg noel 2019 8-minces jours-ci à Édimbourg, photos Alina Reyes

précédentes images de la ville : ici

*

Haïkus du solstice d’hiver. Haïku, yoga et photographie

nuit solstice

 

Pierre gravée d'un haïku : source de l'image

Pierre gravée d’un haïku : source de l’image

*

Le haïku, comme la photographie, est une saisie d’instants, et un geste instantané. Ces deux arts ont cette grâce en partage avec le yoga, ses respirations (pranayama), ses postures (asana) et ses méditations (dhyâna en sanskrit – mot devenu zen en japonais). Mais la photographie se distingue par le fait qu’elle requiert de la part de son auteur·e un pas en arrière, un pas dans la mort. C’est seulement depuis la mort que le photographe peut arracher un moment au temps. Alors que le haïku, comme le yoga, projette son auteur·e de plain-pied dans la vie. Le photographe n’est pas dans son image, même en cas d’autoportrait : s’il « écrit la lumière », selon l’étymologie du mot, il le fait depuis la ténèbre où il lui faut se tenir pour réaliser ses images ; et il arrive souvent qu’il n’ait pas à s’y retirer, qu’il s’y soit retrouvé malgré lui et que la photographie se présente alors à lui comme moyen de ne pas oublier la lumière.

Il en va autrement du haïku et du yoga : leur auteur·e y est, y engage et y exerce pleinement sa vie, physiquement et mentalement. Le détachement que ces deux arts requièrent ne se formalise pas par un pas en arrière mais par un pas en avant, un bond par-dessus la flaque de la vie et de la mort mêlées. Le Bateau ivre de Rimbaud est une tentative de haïku, un essai de yoga mental au terme duquel le poète chercheur, encore insuffisamment savant des choses de l’esprit, insuffisamment entraîné à bondir en longueur, se retrouve dans la flaque. Alors que Kafka à la fin du Verdict, écrit en une nuit, ayant achevé le processus de destruction des liens morbides, se jette dans le flux de la vie, en extase (« Il sauta le garde-fou, en gymnaste consommé… » – « j’ai pensé à une forte éjaculation » écrira-t-il à propos de cette fin, généralement très mal comprise, à mon sens).

Haïku et yoga sont en quelque sorte les contre-postures de la photographie. C’est pourquoi aujourd’hui où tous les humains, munis de leur téléphone, sont photographes, le haïku et plus encore le yoga s’étendent aussi dans le monde, comme salvateurs de millions de vies. En articulant images mentales et postures corporelles comme autant de kundalini lovées dans le retrait du photographe pour la faire se dérouler le long d’une colonne vertébrale réveillée, flexible, dressée – jusqu’à la lumière en soi.

J’ai pris beaucoup de photos, mais j’ai écrit beaucoup de haïkus aussi, ces dernières années, avant de venir au yoga. Hormis le tout-premier, écrit seul et à 3-5-3 temps, je les ai écrits par séries de trois, à 5-7-5 temps, comme dans la tradition japonaise. Voici ceux que j’ai écrits cette nuit, dans ma chambre, à la lumière de mon téléphone, façon de faire du yoga avec mon stylo.

*

*

*

Fine pluie nocturne

Les lumières de la ville

sont toutes mouillées

*

O douce insomnie

en cette nuit de décembre

auprès de l’aimé

*

Je souris dans l’ombre

Aux murs les peintures semblent

respirer aussi

*

*

*

Un Panthéon, des véhicules et des Yoga Sutras

yoga sutras

pantheon-minvue sur le dôme du Panthéon, aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

*

« La renaissance dans une forme d’existence différente est une modification due à l’exubérance des forces de la Nature. »

« Le temps existe en raison de sa nature propre, en relation avec la différence des chemins et de leurs caractéristiques. »

Patanjali, Yoga-Sutras, IV 2 et IV 12, trad. du sanskrit par Françoise Mazet

*

Destin et autopoïèse

adn

il y a quelques années, à la montagne

il y a quelques années, à la montagne, photographiée par O

*

« Une mutation de l’expérience (c’est-à-dire de l’être) est aussi nécessaire qu’un changement dans la compréhension intellectuelle, si l’on veut parvenir à suturer les dualismes de l’esprit et du corps. » Francisco Varela

Cette nuit, plusieurs heures après avoir demandé à ma conscience de faire un rêve parlant une fois endormie, je suis partie à vélo, en rêve donc, de la villa Sous-Bois, comme je le faisais à 19 ans quand je vivais seule, et enceinte, dans cette maison isolée, éloignée du centre-ville. Ce matin, avant de me lever pour ma séance de yoga, j’ai songé que la société s’acharne à nous contraindre au destin qu’elle a formé pour nous, surtout si nous sommes pauvres, et plus encore si nous sommes, de plus, femme. Certain·e·s résistent à la prédestination, d’autres moins. Résister à la prédestination ne consiste pas à faire en sorte de changer de classe sociale, de refuser une prédestination pour se soumettre à une autre. Là est toute la difficulté du refus de la prédestination : aller là où il n’y a nulle place prévue, ni pour d’où vous venez ni pour d’où viennent d’autres, inventer donc à mesure que vous vivez la place, de place en place, où vous pouvez être. C’est ainsi que vous agrandissez le pays – et que l’humanité qui se tient dans une prédestination vous considère comme un corps étranger, à exclure de son illusion fermée, dans laquelle elle s’entrereconnaît, alors que vous semblez lui tendre un miroir venu des confins de l’espace, dans lequel se reflètent les barreaux de sa prison.

Les philosophies de la sagesse ont cette grandeur de désaliéner l’homme de la société, mais, souvent aussi, cette faiblesse de l’y réaliéner en lui demandant de se contenter de son sort bienheureux (car être sage, c’est être bienheureux). C’est ainsi que l’humain libre se trouve à son tour réinvesti par la société, qui lui accorde une place également toute faite et somme toute confortable, la place du sage qui ne fait pas de vagues, qui se contente de ne pas bouger ou d’agiter l’eau sans danger, pour divertir la société en jouant les phares – inutiles à toute autre chose qu’à incarner la bonne conscience et l’illusion de liberté dont ont besoin les enchaînés volontaires.

La liberté n’est pas d’occuper, si possible avantageusement, telle ou telle place que la société nous a destinée et/ou donnée après que nous avons opéré un décalage par rapport à notre prédestination initiale. L’autopoïèse n’a rien à voir avec l’existentialisme – souci de bourgeois, trop bourgeois. Elle est une biologie de l’esprit, un recherche de la psyché de l’univers, pour reprendre des termes de Varela. Il s’agit d’être, pas d’exister. La liberté est d’être. C’est-à-dire d’expérimenter, et de chercher. Il n’y a pas d’invention sans recherche, pas de recherche sans expérimentation. Sans expérimentation, dans une recherche qui ne suture1 pas les dualismes de l’esprit et du corps, il n’y a que répétitions et variations de et sur ce qui est déjà connu, ou exploitation de la recherche d’autrui : dans les deux cas, une aliénation. La paresse intellectuelle qui crée l’aliénation n’est pas seulement une faiblesse, elle est une faute. C’est par la faute des aliénés, et notamment des élites aliénées, que le monde est aliéné. C’est par leur faute que le travail des êtres libres, travail que les aliénés ignorent, ridiculisent, récupèrent, combattent, peine à désaliéner le monde. L’esprit n’est pas leur illusion, il est à l’œuvre dans notre corps et il est son œuvre. En cours.

1Cf les Sutras de Patanjali (sutra et suturer ont même racine)

*

Samadhi : extase, enstase ?

source de l'image

 

 

*

Cherchant le seul cahier qui me restait de mon adolescence, celui où j’avais notamment recopié des extraits du Rig-Veda et dessiné un Shiva dansant, je retrouve des poèmes écrits par mes enfants quand ils avaient entre 5 et 7 ans. Impossible de mettre la main sur mon cahier, après tout il n’est peut-être pas ici, mais ces petits textes pleins de grâce et de splendeur, témoignant de véritables moments d’extase, suffisent à illuminer ma journée et à soutenir ma réflexion sur ces mots, extase et enstase, qu’on oppose – à tort, selon mon expérience, et je vais essayer de dire pourquoi.

Swami Nikhilânanda, dans son introduction à l’Évangile de Mahendra Nath Gupta, raconte que Gadâdhar, plus tard connu sous le nom de Râmakrishna, alors qu’il était âgé de six ans connut cette expérience qu’il qualifia plus tard de joie indicible :

« Un jour qu’il cheminait le long d’un étroit sentier, entre des rizières, en mangeant le riz soufflé qu’il portait dans un panier, il regarda le ciel et il vit un beau nuage sombre d’orage qui s’étendait avec rapidité, enveloppant le ciel tout entier. Un vol de grues, d’une blancheur de neige, passa au-dessus de lui. La beauté du contraste lui fit perdre conscience. Il tomba évanoui. Le riz s’éparpilla autour de lui. »

Cette expérience ressemble beaucoup aux poèmes que mes enfants écrivirent à peu près au même âge. Dans l’hindouisme (et au yoga) on parle de samadhi. Terme que Mircea Eliade a traduit par enstase, néologisme qu’il a formé pour marquer la différence avec l’extase, sortie de soi connue par des mystiques chrétiens et musulmans. Le samadhi n’est pas une sortie de soi mais une arrivée au plus profond de soi, à l’union avec le Soi, l’âtman, le Brahman, Dieu.

Or, selon mes propres expériences, il n’y a pas lieu d’opposer extase et enstase. J’ai déjà décrit, notamment dans Voyage et dans Forêt profonde, des contemplations aboutissant à des extases, comme sorties de soi au sens où tout le corps et son intérieur, tout l’esprit, ne sont plus que vide et lumière. Le samadhi auquel peut donner accès la méditation yogique, par dépouillement successif ou instantané de tout ce qui constitue le corps et le psychisme, avec leurs limitations, donne une pareille expérience du vide et de la lumière. Dans les deux cas, il s’agit d’un franchissement des limites, qui peut durer quelques secondes ou des heures (voire perdurer la vie entière, sous la surface) : de l’autre côté de cette ouverture, dont on sent très bien, comme un déclic, le moment où on la passe, il n’y a plus de temps, seulement une joie sublime. Il n’y a plus non plus d’extérieur ou d’intérieur au-delà de cette trouée, la trouée fait se rejoindre les deux. Il n’y a plus de moi, voilà l’extase/enstase, seulement un Je vibrant, lumineux, sans gravité ni durée, un pur Être universel.

Extase et enstase pourraient s’opposer comme méthodes, comme chemins, pas comme résultats. Recherche par la contemplation pour ainsi dire au télescope dans un cas, au microscope dans l’autre. Pour poursuivre dans cette image traduisant grossièrement les processus en jeu, disons qu’au bout de la contemplation, l’infiniment grand et l’infiniment petit ne font plus qu’un.

L’extase ou l’enstase ne sont pas réservées aux seuls mystiques, et ne sont pas nécessairement le résultat d’un processus savant. Tout être humain peut connaître de ces instants qui surviennent comme venus d’on ne sait où – si cet être connaît, même inconsciemment ou épisodiquement, une attention de chercheur, dans quelque domaine que ce soit. Les scientifiques, notamment, cherchent à éclaircir des mystères, comme les mystiques, par leurs propres voies. Cette attitude mentale les rend sensibles et aptes à ces moments de grâce et de révélation qui restent fermés à ceux qui restent enfermés dans leur moi. Des exemples célèbres illustrent ce fait, comme la légende de la pomme tombée sur la tête de Newton et lui donnant une révélation scientifique majeure (Newton était aussi par ailleurs un mystique). Mais tout chercheur scientifique réel connaît de ces instants, même si leurs résultats ne sont pas toujours aussi fabuleux, du moins dans l’immédiat. L’astrophysicien David Elbaz raconte au début de son livre À la recherche de l’univers invisible comment, un jour, il fut saisi à la vue d’une feuille d’arbre qui s’arrêtait dans sa chute. Je suis en train de l’écouter, il a le talent d’expliquer simplement ce qui est complexe, et magnifique :

 

 

 

Montagnarde de Paris, poésie urbaine

montagnarde de paris 7-min

montagnarde de paris 15-min

 

Rien de tel que les grèves de la RATP pour faire fleurir les paysans de Paris, comme disait Aragon : les piétons et les gens juchés parfois à 2 sur de vieux biclos (Mme Hidalgo nous ayant retiré la jouissance d’un bon service nommé Vélib et les vélos neufs étant aussitôt achetés aussitôt volés, chacun cherche la bécane la moins tentante possible). Pour ma part, aujourd’hui, j’ai carrément chaussé mes godillots de montagne. Et j’ai cueilli quelques aperçus poétiques en chemin, les voici :

 

montagnarde de paris 1-min

montagnarde de paris 2-min

montagnarde de paris 3-min

montagnarde de paris 4-min

montagnarde de paris 5-min

montagnarde de paris 6-min

montagnarde de paris 7-min

montagnarde de paris 8-min

montagnarde de paris 9-min

montagnarde de paris 10-min

montagnarde de paris 11-min

montagnarde de paris 12-min

montagnarde de paris 13-minune expo photographique très graphique à l’Institut culturel irlandais : Roseanne Lynch

montagnarde de paris 14-min

montagnarde de paris 16-minet dans une vitrine la tête de Mathieu Ricard électroencéphalogrammée, parée comme celle d’une danseuse orientale

montagnarde de paris 17-min

montagnarde de paris 18-min

montagnarde de paris 19-min

Soleil couchant sur le jardin du Luxembourgmontagnarde de paris 20-minAujourd’hui à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

*

Déchirer l’écran

rectangle blanc-min
Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

*

Je lis les infos et je n’ai plus envie de commenter. Je vois tomber des icônes dont j’avais dénoncé la fausseté quand elles étaient idolâtrées. Je vois advenir des iniquités, des restrictions de liberté, des haines sans retenue, dont je prévenais depuis longtemps. Je vois le résultat de mécanismes que j’avais repérés. Cassandre, un job qui ne paie pas mais se paie. Cher. Raison pour laquelle beaucoup ne le pratiquent que masqués. Ainsi prolifèrent les annonces de mauvais augure. D’après un poète mort, là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. Pas toujours, pauvre Hölderlin. Les assassins s’imaginent que tes vers justifient leurs crimes. Où croît le péril croît aussi ce qui tue. Je ne suis pas collapsologue, simplement étudiante et voyante, comme tous les poètes – même s’ils n’ont pas toujours complètement « raison ». Au moins assument-ils leur parole : déchirant ainsi l’écran entre l’humanité et elle-même.

*

Yoga : ma pratique, en ces jours et ces nuits

arbre
Dhanurâsana, Posture de l'Arc (source de l'image)

Dhanurâsana, Posture de l’Arc (source de l’image)

*

Depuis juillet dernier, tous les matins au lever, sans exception, j’ai pratiqué le Yoga. Depuis peu, je le pratique aussi le soir au coucher. J’ai commencé fin 2018 par un cours de Kundalini Yoga suivi en salle, une heure et demie par semaine – mais je n’y allais pas toujours, je n’en faisais pas à la maison, et le Kundalini Yoga est une pratique à part, très liée au Sikhisme, contrairement à toutes les nombreuses autres sortes de Yoga qui peuvent être rangées dans la classe générale du Hatha Yoga.

Au début, en juillet, je pratiquais à la maison vingt à trente minutes chaque jour, puis j’ai augmenté progressivement jusqu’à une heure et plus quotidienne. Une fois bien rassouplie et remusclée par cet entraînement (je compte bien sûr m’assouplir et me muscler encore), je pratique depuis quelques semaines entre quarante-cinq minutes et une heure et demie chaque matin, et une dizaine de minutes la nuit avant de me coucher. Grâce aux nombreux cours qu’on peut trouver en ligne, avec divers professeurs de divers pays ayant chacun une manière différente, je pratique toutes sortes de Yoga : Hatha Yoga et ses nombreuses variantes, Yin Yoga, Vinyasa, Sri Sri Yoga, Nitya Yoga, Sivananda Yoga, Power Yoga, Yoga/Pilates ou Yoga/Danse, Yoga Nidra – la liste n’est pas close, je m’essaie à tout ce que je trouve. Et je continue à pratiquer le Kundalini, un Yoga qui me rapproche de l’Islam en célébrant Waheguru, et du Principe féminin créateur, au moins une fois par semaine. Selon les jours, selon ce dont j’ai besoin, je choisis des séances plus ou moins intenses physiquement, un yoga rapide ou lent, demandant plus ou moins d’efforts ou d’étirements, et des temps de pranayama (exercices de respiration) et de méditation plus ou moins longs. J’ai aussi mes propres rituels, en début et en fin de séance. Parfois aussi, notamment si je ne suis pas à la maison, je construis mes séances moi-même, pour au moins une vingtaine de minutes, sur un tapis de fortune à l’hôtel ou autre.

J’accompagne ma pratique physique de nombreuses lectures, dont on peut trouver trace ici (mot-clé Yoga), sur la philosophie du yoga mais aussi sur les asana et le pranayama (les postures et la respiration), détaillés dans des ouvrages traditionnels ou modernes ou dans des magazines spécialisés. Et je marche en moyenne une heure par jour, cela fait partie de mon Yoga personnel, ma sadhana, mon ascèse yogique, que toute yogini et tout yogi continue à vivre toute la journée quelles que soient ses activités : le Yoga, c’est tout un corps et tout un esprit ! L’attention à la nourriture en fait partie. Contrairement à ce qu’on croit souvent, le végétarisme n’est pas obligatoire, mais il faut veiller à prendre une nourriture saine, fraîche et agréable au goût, suffisamment grasse, avec céréales, légumes, fruits et laitages. Contrairement à ce qu’on croit souvent aussi, le Yoga n’a rien à voir avec de quelconques mortifications : le principe de non-violence (plus précisément de non-agression, car la violence peut être utilisée si nécessaire pour la défense) s’applique aussi à soi-même. En Yoga l’effort est nécessaire mais il ne faut pas se faire mal ; ce principe dont on comprend tout de suite l’importance dans les exercices physiques yogiques est valable aussi pour l’esprit. Il est même recommandé de réunir de bonnes conditions de vie – ce qui peut se faire même en dormant dans une hutte.

Le soir avant de me coucher je redéroule mon tapis pour neuf asana : Tadâsana (Posture de la Montagne) ; Uttanâsana (Posture des Mains aux Pieds, ou La Cigogne) ; Balâsana (Posture de l’Enfant – en fœtus sur le ventre) ; Sarvangâsana Posture de la Chandelle) ; Halâsana (Posture de la Charrue) ; Matsyâsana (Posture du Poisson) ; Ananda Balâsana (Posture du Bébé Heureux – pieds dans les mains, sur le dos) ; Siddhâsana (Posture Parfaite) pour un petite méditation, avant une Prosternation telle qu’on la pratique en Kundalini. Puis je vais me coucher et je m’endors souriante, le cerveau bien irrigué, paisible, heureux.

Voici, pour exemples, quelques vidéos de différents cours de Yoga.

Un merveilleux cours de Hatha Yoga en Inde, avec pranayama :

Une autre splendide session, en Inde :

Un cours traditionnel indien de Hatha Yoga avec élèves :

Un bref cours de Yoga épuré, venu d’Allemagne :

Un très beau cours d’Ashtanga Yoga :

Un excellent cours de Yin Yoga, aux États-Unis :

Un cours de Yoga Nidra (Yoga du Sommeil), en France, un Yoga pratiqué en Shavasana (Posture du Cadavre, relaxation en position couchée sur le dos) :

Retrouvons Shiva Das pour un somptueux Shavasana, sans paroles mais, à moment donné, avec immersion :

*

Il y en a beaucoup, beaucoup d’autres, il suffit d’explorer la Toile, ou de trouver un cours en salle. Pour le Kundalini, j’ai déjà donné des exemples de cours ici.

*

Yoga : vibrer, vivre

404px-Aum_calligraphy.svg

Le divin Bach par le divin Yehudi Menuhin

*

« La vérité est une, exprimée diversement par les sages » RigVeda 1.164.46, également traduit : « Dieu est Un, beaucoup de chemins mènent à Lui »

Je continue à lire le dictionnaire de sanskrit et je vois que le mot sanskrit traduit ici par « sages », vipra, a donné le français « vibrer » : il signifie à la base « ceux qui vibrent », et désigne les inspirés, les sages, les voyants, les poètes, les prêtres qui ont bu le soma, les brahmanes. Dans l’hindouisme, le son (le son Om) est à l’origine du monde : o est la vibration primordiale, m est sa résonance. Un autre mot sanskrit pour dire vibrer, spand, signifie aussi venir au monde ; et le nom spanda, « vibration », s’emploie aussi en philosophie indienne pour dire « pulsation éternelle de joie de la manifestation », ou encore « nature vibratoire de la conscience, comme pouvoir de changer tout en restant soi-même ». Quand je médite, avec ou sans son extérieur, à la fin, ou avant, ou pendant, je fais vibrer mes tympans.

J’ai déjà cité Yehudi Menuhin, qui était aussi yogin ; voici encore quelques lignes de la préface qu’il écrivit pour le livre de son maître B.K.S. Iyengar, la Bible du Yoga (dont le titre original est en fait Yoga Dipika, c’est-à-dire Lumière sur le Yoga) :

« La pratique du yoga développe un sens fondamental de la mesure et des proportions. (…) L’harmonie et le sens de l’universel viennent avec la prise de conscience de l’alternance inéluctable de l’activité et de la passivité en rythmes éternels dont chaque inspiration et chaque expiration forment un cycle parmi les innombrables myriades d’ondes ou de vibrations qui constituent l’univers.

(…) Par sa pratique même, il est inextricablement lié aux lois universelles ; car le respect de la vie, la vérité et la patience sont autant d’éléments indispensables pour permettre une respiration calme dans la paix de l’esprit et la fermeté de la volonté.
C’est en cela que résident les vertus morales inhérentes au yoga. Pour ces raisons, il demande un effort total, mettant en jeu et façonnant l’être humain tout entier. Aucune répétition mécanique n’intervient, ni paroles vaines comme dans le cas des bonnes résolutions et des prières formelles. Par sa nature même, il est à chaque instant un acte vivant. »

*

La conscience profonde (les Yoga-Sutras). Et conseil pour la méditation, qui rend le mal impuissant

Syd méditant quand il était adolescent
un dessin de Syd quand il était adolescent

un dessin de Syd quand il était adolescent

*

« L’agitation du mental est toujours perçue par la conscience profonde, toute-puissante, en raison de son immuabilité » Yoga-Sutras de Patanjali (IV, 18)

Quand il est question de méditation (dans le sens qu’on lui donne pour parler de la méditation orientale, très différente de la méditation au sens occidental du terme), il s’avère que le problème des méditants, surtout débutants, est d’arriver à se défaire des pensées qui surgissent inévitablement d’elles-mêmes quand on reste immobile sans aucun divertissement, comme dirait Pascal. On conseille de ne pas se fixer dessus, pas même pour les chasser, mais de les laisser passer et s’évanouir. Ce n’est pas si facile.

En vérité la méditation requiert d’entrer dans un état second, ou état de conscience modifiée. Sans substances, sans drogues, si l’on veut méditer réellement et non juste s’offrir un petit voyage hors du réel. Est-ce accessible à tout le monde ? Sans doute, mais pas sans travail. Personnellement j’ai commencé à travailler sur mes états mentaux, à l’état de veille et pendant le sommeil, à l’adolescence. Je n’avais pas de guide mais j’étais soutenue par ma pratique de la littérature – lecture et écriture -, qui me permettait de ne pas m’égarer dans ces expériences qui peuvent être dangereuses pour la santé mentale (attention si vous pratiquez à ne pas perdre de vue la raison, et aussi à ne pas suivre n’importe quel guide, et même si vous avez un bon guide, à ne pas le suivre aveuglément).

Pour en revenir à la question des pensées importunes, comment faire ? Je conseillerais de visualiser les choses ainsi : les pensées naviguent sur l’eau plus ou moins agitée selon que le temps est calme ou tempétueux. Tandis que le mental, pendant la méditation, peut être imaginé comme le calme du fond de l’océan.

Si nous nous représentons les choses ainsi, si nous désirons, en méditant, descendre en profondeur dans la paix (qui esquisse un sourire sur notre visage – et il est possible, si cela ne se fait pas tout seul, d’esquisser nous-mêmes ce sourire pour ouvrir les portes de cette paix bienheureuse), nous pouvons aussi considérer les pensées de passage comme une agitation de surface, et la vivre comme lointaine et peu affectante, avec la même miséricorde que nous pouvons éprouver pour le monde. Les pensées font partie du monde, mais comme disait le Christ, nous ne sommes pas du monde : nous n’en sommes pas esclaves, si nous savons nous éloigner de la surface des choses.

C’est quand nous demeurons au fond que nous passons au-dessus. Le souffle descend en nous, et si nous le rejoignons là, hors du monde, il remonte et nous soulève avec lui au-dessus de toute chose. Un autre sutra de Patanjali (III, 40) dit :

« Grace à la maîtrise de l’Udâna [souffle d’expiration qui monte vers le haut], on peut s’élever au-dessus de l’eau, de la boue et des épines, et ne pas en être affecté. »

 

Syd méditant quand il était adolescent

Syd méditant quand il était adolescent

*

Sa peur du loup et mon mantra rêvé

J'ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes
J'ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes

J’ai trouvé ce visage dans ce documentaire sur les langues et les écritures indiennes

*

« C’est l’Océan, nous ne sommes que ses nuages… La clef de tout est aux Indes ! » Alphonse de Lamartine

Imaginez qu’on signale qu’un auteur est juif alors qu’il n’aurait jamais rien publié sur le sujet et que la judéité n’aurait aucun rapport avec le contexte dans lequel on le présenterait. L’antisémitisme d’une telle présentation sauterait aux yeux. Aujourd’hui, je l’ai souvent noté ici, l’ antisémitisme se manifeste souvent dans sa forme plus acceptable en société, l’islamophobie (les musulmans comme les juifs sont à l’origine des Sémites, du fait de leur langue et de leur culture, qui bien sûr imprègnent leur pensée, commune à bien des égards). Je reçois une anthologie de littérature érotique – encore une – dans laquelle figure un extrait de mon premier roman – sans mon accord, ce qui est contraire aux usages et au respect du droit d’auteur. L’auteure de cette anthologie, une certaine Claudine Brécourt-Villars, ne trouve rien d’autre à signaler, pour me présenter, que mon passage par le catholicisme et ma prétendue « conversion à l’islam » (mots que j’ai réfutés ici-même dès mon passage à l’islam). J’ai publié une trentaine de livres (qu’elle occulte complètement), dont pas un sur l’islam, mais voilà ce qui frappe cette brave dame : l’ISLAM, ce grand méchant loup qui fait si peur au si timoré Saint-Germain-des-Prés. Les coincé·e·s du corps sont aussi les coincé·e·s de l’esprit, qu’ils compilent impuissamment des textes n’arrange rien.

Je continue à prendre joie dans le yoga et je fais d’excellents rêves la nuit, avec de l’amour physique et, toujours, des maisons qui ne cessent de s’agrandir, des paysages fantastiques, des océans où je me baigne, mais aussi, c’est nouveau, mon corps qui repousse là où il a été coupé (extraordinaire sensation !), et il m’est même arrivé d’ « inventer » un mantra que j’ai entendu et répété, cantillé, quoique j’ignore son sens car il est en sanskrit et je l’ai oublié au réveil. La vie est extraordinaire et comme je le disais il y a longtemps dans un poème, je vois qu’un jour je mourrai jeune, et que j’ai encore longtemps à vivre.

Les sadhus sont les libérés du temps. Il y a 70 millions d’années, l’Inde s’est détachée du Gondwana et a traversé l’océan avant d’arriver là où elle est maintenant, adossée aux plus hautes montagnes du monde, qu’elle a elle-même élevées.

*