Harcelée par des profs anonymes sur Twitter (#balancetonporc : conclusion)

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à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

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Un harcèlement constant d’un tas de profs anonymes sur Twitter ces jours derniers m’a décidée à fermer mon compte (une énième fois – car des harceleurs me suivent depuis des années et opèrent chaque fois que j’ouvre un nouveau compte avec des complicités nouvelles, qu’ils trouvent aisément parmi le cancer des anonymes d’Internet). Mieux vaut avoir un cancer que d’en être un ; quand on l’a, on s’en débarrasse, d’une façon ou d’une autre ; quand on l’est, il n’y a rien à faire pour en sortir.

Je parcours les comptes de profs sur le réseau social pour mieux comprendre leurs problèmes, ceux des élèves et de l’Éducation nationale. Et il m’arrive de temps en temps, comme les autres, de participer à une conversation ou de retweeter un tweet, bref, de faire ce qu’on fait sur Twitter. L’autre jour je suis tombée sur un prof qui fustigeait les profs stagiaires (en première année d’enseignement) qui selon lui prétendaient donner des leçons aux profs titularisés depuis longtemps. J’ai dit que moi j’avais vu l’inverse, des profs prenant le ou la stagiaire pour un élève et voulant le ou la forcer à adopter sa pédagogie. Alors le harcèlement s’est déclenché. Pendant des heures et des heures, une avalanche de profs anonymes, surgis je ne sais d’où, a submergé le fil de ses sarcasmes contre moi. Cela a fini par se calmer, et j’ai décidé de ne pas tenir compte de ce sale épisode.

Le lendemain, tombant sur la remarque d’une prof anonyme, toujours, selon laquelle il fallait appeler par leur prénom, plutôt que « madame », Madame de La Fayette ou Madame de Staël, parce que les appeler madame serait prétendument sexiste, je lui ai fait remarquer qu’il n’y avait en fait rien de sexiste dans cette affaire, qu’il s’agissait seulement d’une façon de l’époque d’indiquer la haute naissance de ces femmes, comme d’autres auteurs appelés par leur titre de noblesse,  Duc de La Rochefoucault, Marquis de Sade etc. Cette simple remarque a mis cette prof en fureur, et elle s’est mise à déclencher elle aussi une avalanche de tweets sarcastiques, insultants, à grands renforts de smileys et de gifs, comme le font tous ces anonymes qui n’ont pas une conversation très élevée. Elle m’a accusée de commettre une faute de syntaxe alors que c’était elle qui était en tort, prétendant qu’il fallait dire « le nom avec lequel il signe ses œuvres », et non comme je l’avais dit « le nom dont il signe ses œuvres » – faisant une autre fois une énorme faute d’orthographe tout en m’accusant de ne pas savoir écrire. Sa virulence et ses insultes, que je ne relevais pourtant pas, essayant juste de la ramener à la raison et de démonter calmement ses fausses accusations, se sont poursuivies des heures durant aussi, bientôt renforcées par le tas des autres harceleurs anonymes, de plus en plus insultants, vulgaires, grossiers, sexuels, sexistes.

J’ai fait des captures d’écran des dizaines de pages de leur harcèlement, puis finalement, comme cela se poursuivait aujourd’hui, j’ai préféré fermer mon compte, sachant qu’une fois lancés ils recommenceraient, les anonymes se reformant toujours sous un autre anonymat quand on les bloque (quand on les empêche d’avoir accès à notre compte). Voilà donc ce qu’il en est de l’Éducation nationale : gangrenée par des profs pratiquant le harcèlement de groupe sous anonymat, et des profs de lettres se permettant de changer les noms des auteurs, tout en commettant d’énormes fautes de syntaxe et d’orthographe. À la façon dont ils traitent une adulte, il y a fort à s’inquiéter de la façon dont ils traitent les élèves, des violences psychologiques masquées qu’ils peuvent leur infliger et de l’enseignement déplorable qu’ils peuvent leur donner. Tout cela dans le sentiment d’impunité que leur confère leur statut de fonctionnaires.

Est-il besoin de le préciser, je n’estime pas que ces indignes, que ces infects, représentent tous les enseignants. Mais ils sont sans aucun doute beaucoup trop nombreux à être en charge d’enfants, d’élèves qui ont besoin de recevoir le meilleur enseignement possible ; ce qui malheureusement n’est pas le cas dans notre pays, classé loin derrière beaucoup de pays européens pour les résultats et la qualité de son enseignement. Une éthique serait grandement nécessaire.

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23-6-2018

J’actualise cette note avec quelques remarques sur l’étrange tour pris par le harcèlement de la prof qui voulait changer les noms des auteurs à son gré et selon son idéologie, estimant qu’on n’était plus sous l’Ancien Régime et qu’on n’avait donc plus à donner les titres des auteurs, que ce soit « Madame » ou « Marquis » – comme si leur appartenance à la haute société de l’époque n’avait aucun sens, comme si opérer un tel anachronisme n’était pas vider la littérature et l’histoire de la richesse de leur sens, comme si, enfin, les profs et non les auteurs avaient le droit de décider de quel nom les œuvres devaient être signées, comme si les œuvres étaient la propriété des profs. Malheureusement je dois dire que cette prof pas finaude ne sortait pas cette idée de sa propre cervelle, apparemment c’est une idée prétendument féministe qui court puisque j’avais entendu le même discours il y a deux ans d’une professeure de la Sorbonne faisant un cours en amphi – laquelle, tout en se voulant féministe, ne citait par ailleurs parmi les romanciers contemporains dont elle estimait que leur œuvre n’était pas vraiment de la littérature… que des romancières. Sans doute médiocres, mais bien moins que certains de leurs confrères aussi ou encore plus connus. La bêtise vit de beaux jours sous les plafonds des collèges, des lycées et des universités.

Pour en revenir à la prof harceleuse de Twitter, voici ce que vers la fin elle me dit :

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… avec cette énorme faute « j’aurais entendu parlé » au lieu de « j’aurais entendu parler » (comment voulez-vous que les élèves aient une orthographe correcte avec de pareils profs ?). Comme elle se moquait du fait que je n’avais que peu d’abonnés sur le réseau social, je lui avais répondu que je préférais compter des millions de lecteurs de mes livres, avec les traductions. Voici donc que « Muriel de Chypre » prétendait avoir travaillé dans l’édition, chez deux de mes éditeurs (Gallimard et Seuil), et juste après ce tweet disait qu’il lui suffisait de passer un coup de fil chez mes éditeurs pour avoir le chiffre de mes ventes, ajoutant « on va bien rire ». Tout en ayant travaillé chez mes éditeurs (et pas récemment, car il y a longtemps que le Seuil n’est plus rue Jacob), elle ignorait que j’y avais publié des livres – mais qu’y faisait-elle donc ? la maintenance de la plomberie ? Et cependant, comme si elle était un ponte du milieu, il lui suffisait d’un coup de fil pour connaître les chiffres de mes ventes ? Soit cette personne est tout à fait folle, soit c’était quelqu’un d’autre qui s’était alors mis à la faire parler, quelqu’un qui travaillait bel et bien chez Gallimard par exemple – où j’ai intenté il y a quelques années un procès pour plagiat contre un livre publié par Sollers, procès que je n’étais pas en mesure de gagner et que je perdis, à grands renforts de mensonges de l’avocat de la puissante maison ; procès après lequel je n’ai plus pu publier nulle part, si l’on excepte les petits éditeurs de littérature religieuse. Comprenne qui pourra, ce n’est pas très difficile à comprendre.

Précisons tout de même que Le Boucher a été vendu en France depuis trente ans à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires (et qu’il continue à se vendre) ; en Russie à au moins deux cent mille exemplaires ; en Italie, en Grande-Bretagne… ce fut un best-seller aussi, sans compter plus d’une vingtaine de traductions. Un autre de mes titres, Derrière la porte, a eu un succès à peu près comparable (et des éditions pirates donc non chiffrées). Sept nuits a été publié en feuilleton dans un journal allemand, le Bild, tirant à quatre millions d’exemplaires, puis par centaines de milliers de livres dans le même pays ; sans compter les autres traductions du même titre. Ces titres m’ont permis de vivre en écrivant mes autres livres aux ventes plus modestes, ainsi va le travail.

Je continuerai à actualiser cette note. À suivre, donc !

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24-6-2018

Qui sont ces anonymes qui régulièrement, depuis des années, me harcèlent en ligne ? À cause de qui j’ai dû fermer mes pages facebook, fermer tous mes comptes twitter chaque fois que j’en ai ouvert un nouveau, fermer les commentaires sur ce blog aussi ? Qui par leurs insinuations me font savoir qu’ils peuvent, comme des flics et des hackers, me surveiller et s’immiscer dans mes relations professionnelles ? Qui, comme de sales curés hypocrites, m’accablent de sermons à la façon des gens qui veulent dominer ce qu’ils ne peuvent pas dominer ? Qui s’accrochent à mes basques comme des toutous enragés et trouvent toujours de nouveaux toutous anonymes comme eux pour participer, bien planqués, à leurs grosses et petites saletés ?

Pour ce qui est du dernier épisode de cette misérable affaire, dernier épisode ayant embarqué un tas de profs dans la partouze des impuissants anonymes, après vous avoir présenté hier « Muriel de Chypre » voici « Le Hiérophante » et « Jean-Michel Apeuprè ». Le premier est celui qui du piédestal de son statut de prof titularisé fustigeait les profs stagiaires qui soi-disant prendraient de haut les titulaires, et à qui j’avais répondu que je connaissais le cas inverse de certains titulaires traitant les stagiaires comme des élèves, et des élèves bien mal traités. Voici un exemple de réaction des profs anonymes que cette simple remarque a rameutés pour m’accabler de sarcasmes et d’insultes.

 

Screenshot-2018-6-21 Jean-Michel Apeuprè sur Twitter Dis-donc, mais t’as encore pêché un gros poisson là dis-moi …

Je laisse chacune et chacun d’entre vous imaginer ce qu’il en est de confier ses enfants à des gens qui se conduisent en petites frappes virtuelles dès qu’ils sont masqués. Du vertige de toute-puissance sur autrui qui s’empare si facilement d’eux, sans doute exacerbé par leur position de pouvoir face aux enfants et d’impunité face à leur employeur, l’État.

À suivre.

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24-6-2018

Je ne vais pas citer tous ceux qui ont pris part à ce harcèlement, après tout ce serait leur faire trop d’honneur. Une dernière copie de tweet témoignant de leur contentement obscène et de leur énorme bêtise, satisfaite d’avoir trouvé là une occasion de se montrer :

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véritable aveu du harcèlement en groupe auquel ils et elles venaient de se livrer. Avec toujours la même tactique : prétendre répondre par une agression de masse à un tweet qualifié d’incendiaire alors qu’il ne s’agissait que d’une réponse modérée, dépourvue d’attaque personnelle, à leur déchaînement lâche et malsain. Une occasion pour moi de reprendre la leçon de grammaire dont il fut question dans cette affaire. Contrairement à ce qui fut prétendu doctement, le COS (complément d’objet second) n’est pas nécessairement un datif ; avec les verbes du dire et du don et leurs contraires, il est fréquemment introduit par la préposition « de » comme dans « signer de son nom », où « de » est pronominalisable en « dont », contrairement à ce que ces profs de lettres prétendaient, comme dans le bel exemple donné par le dictionnaire : « Stradivarius est le nom latin dont il signait ses instruments ».  Ou bien encore dans la phrase : « J’accuse l’instigateur et ses complices de délits et de crimes » :   « Les délits et les crimes dont j’accuse l’instigateur et ses complices »… à compléter par quelque chose comme « finiront par être sus et payés. »

Fin (du moins, pour l’instant). Les mafias ont leurs repentis, un jour ou l’autre.

Moi j’ai choisi de vivre dans l’amour et la paix.

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Porcs de Circé, porcs possédés… Continuons à balancer nos porcs

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« En attendant le jour où, en France, on pourra s’adresser à une Présidente de la République, et non à un Président flanqué d’une première dame dédiée comme dans l’église aux bonnes œuvres ou, comme dans les romans du XIXe siècle, femme de l’ombre formatrice d’un jeune homme susceptible d’accéder à de hautes fonctions. » C’est le commentaire que j’ai ajouté en signant la pétition de Caroline de Haas, adressée à Emmanuel Macron pour lui demander d’initier un plan d’urgence contre les violences sexuelles, assorties de plusieurs propositions d’action précises. À lire et à signer ICI.

Plusieurs fils à papa, Enthoven, BHL, Bedos etc., s’émeuvent du hashtag balancetonporc, se soucient de la dignité des porcs et de leur liberté. Allons, petits messieurs, vous devriez savoir que les porcs n’ont ni dignité ni liberté. Homère et Jésus, entre autres, l’ont constaté et dénoncé, sans hésiter à employer le terme de porcs, il y a longtemps. C’est en les incitant à se déporciser qu’on leur rendra dignité et liberté, s’ils ont la force de les désirer. Essayez, vous verrez.

J’ai balancé un porc « littéraire » l’autre jour et je pourrais en balancer bien d’autres, notamment des écrivaillons qui officient en ligne et dont l’un m’envoya une photo de lui à poil, d’autres m’écrivirent pour me demander de coucher avec moi… Ou encore ce journaliste de radio bien connu qui m’envoya des sms porcins après une interview (bonjour la déontologie). Je pourrais donner leurs noms, mais il serait injuste de les dénoncer plus que d’autres qui sont incomparablement plus indignes qu’eux : les porcs anonymes. Ceux qui profitent d’internet pour n’avoir pas de nom parce qu’ils n’ont aucune virilité, au sens premier de virtus, courage (ce dont la plupart des femmes sont bien plus pourvues qu’eux). Et parmi eux les pires, les lâches complets, ceux qui n’ont pas de nom parce qu’ils ont un nom connu, parfois extrêmement connu, et qu’ils se planquent dans l’anonymat pour faire leurs ordures.

Le porc est l’anonyme en l’homme. Ce qui en lui travaille à perdre le nom d’homme. C’est cela qui travaille dans les tactiques d’intellectuels qui en ce moment essaient de sauver les porcs, allant jusqu’à prétendre sous couvert de psychanalyse que l’homme ne saurait contrôler ses pulsions. Pauvres minables ! Que dites-vous donc de tous les hommes qui ne sont pas comme vous – et ils sont nombreux ? Les hommes qui n’ont nullement à s’empêcher d’agresser les femmes parce qu’elles sont des femmes ? Les hommes qui ont une vie amoureuse libre, avec des partenaires libres, des hommes qui sont libres et aiment les femmes libres, contrairement à vous qui marinez dans vos miasmes de tension, de rétention, de pulsion et d’abus ? Le fait est que d’abord vous faites pitié (malheureusement, car vous abusez aussi de la pitié que vous provoquez). Ensuite, vous ne suscitez que dégoût, et mépris éternel.

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Changement d’heure : winter is coming (for the pigs)

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Ce n’est plus seulement la honte qui change de camp, c’est aussi la trouille. Le déluge des témoignages de femmes se poursuit, les révélations pleuvent. Celle qui concerne Tariq Ramadan est aussi emblématique que celle de la pédophilie dans l’Église. Sans doute certain.e.s savaient, mais entre certain.e.s et tout le monde, il y a une sacrée différence. J’avais dit à ce monsieur, il y a quelques années sur facebook, qu’il avait grand tort de se faire idolâtrer – tous mes commentaires étaient supprimés. Qu’il relise le Coran, s’il sait un peu lire, il comprendra ce qui lui arrive. Et que ses idolâtres réfléchissent à leur idolâtrie. Je leur ai bien dit, aussi, qu’il fallait comprendre la religion autrement qu’à la lettre, et que le porc interdit, c’était avant tout le porc intérieur.

On s’en prend plus violemment aux religieux et c’est normal, car leur crime est double puisqu’ils se posent en autorités morales, voire en représentants de Dieu. Mais il y a des gourous malfaisants dans toutes sortes de domaines, et certains que les bien-pensants ne songeraient pas à attaquer.  Des politiques, des  journalistes, des écrivains, des artistes, autres sortes d’autorités morales, de gens qui se font souvent plus ou moins idolâtrer, et qui comptent des abuseurs, des violents, des sadiques – que leurs violences ou leurs crimes s’expriment physiquement ou plus sournoisement, en solo ou en groupe. La révélation viendra pour chacun à son heure. Et ils auront pour cachot la honte, longtemps encore après leur mort.

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Fourest s’égare dans la porcherie

mon "Alpha et Oméga"
mon "Alpha et Oméga"

mon « Alpha et Oméga »

Toute révolution déclenche sa contre-révolution, y compris au sein des révolutionnaires. Soudain la peur que les choses changent vraiment. Comme dirait l’autre, restons prudents, faisons semblant que ça change, pour que surtout rien ne change. Sans le vieux système qui a permis de réussir, comme on dit, à Caroline Fourest, que devient-elle ? C’est sans doute une question qui la perturbe, au fond, mais qui voit le fond des choses ?

Voilà que cette féministe en vue signe un édito dans Marianne pour dire que « depuis la nuit des temps, les femmes se sentent sales, fragiles et en danger ». Ben mon cochon ! En voilà du rot qui sent sa remontée de Beauvoir, vieille jeune fille rangée qui continue à nuire avec son épouvante du corps des femmes, sa haine plus forte que celle d’un curé du corps des femmes. Les femmes prennent la parole ? Il faut qu’on la leur salisse avec des esthétiques à la « ni putes ni soumises », à la Femen barbouillée, à la Fourest rappelant les femmes à leur prétendu sentiment de saleté « depuis la nuit des temps ». Et bien sûr ça bénéficie de la couverture (pesons le mot) médiatique. Salissons, rabaissons, fragilisons, au prétexte de libérer !

Cesse de dire, comme certains hommes, « les femmes », Fourest. Je ne suis pas de ces femmes dont tu parles, nous sommes très nombreuses à ne pas en être, l’Histoire est pleine de femmes qui ne se sont jamais senties ni sales, ni fragiles, ni en danger (sauf, comme tout le monde, quand il y avait un réel danger). Nous ne sommes pas des poules mouillées, des masos souillées, des poupées en sucre, et nous ne nous sentons pas telles. Je suis libre, debout, propre, sereine, forte, sans peur et sans reproche. Prends-en de la graine, c’est gratuit.

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Révolution

devant le jardin des Plantes, photo Alina Reyes
devant le jardin des Plantes, photo Alina Reyes

devant le jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Le monde est en train de changer, sous les yeux effarés des vieux singes dominants, c’est-à-dire télévisuels : les Brückner, Enthoven, Finkielkraut, BHL etc., et dans l’inquiétude de quelques-unes de leurs moitiés de l’autre sexe, Deneuve et autres, habituées à courber plus ou moins l’échine leur vie durant devant les mâles détenteurs du pognon et de l’influence, et craignant de découvrir cette face soumise d’elles-mêmes, femmes qui se croyaient libres, au miroir d’une génération décidée à ne plus accepter du tout ce qu’elles ont enduré en silence parce qu’elles étaient femelles. Écriture inclusive, hashtag balancetonporc, pétitions contre la célébration d’artistes violeurs d’enfants ou assassins de femmes… Ces messieurs sont en train de perdre leur domination et leur impunité et cela les terrifie, car que sont-ils, sans cette impunité qui leur a permis de se hisser en marchant sur leurs victimes accumulées ? Si peu de chose, contrairement à ceux qui font leur vie sans chercher à piétiner quiconque. La décolonisation est en route, et qu’ils nous sachent gré de la mener si pacifiquement, sans comme eux verser le sang, avec des mots, avec notre intelligence et notre liberté seulement. Et que les cochons, les singes et autres animaux nous pardonnent l’insulte qui leur est faite en appelant certains hommes de leur nom – mais les animaux s’en moquent, car leur nom n’est leur nom que pour nous. Le monde est en train de changer, il change d’en bas comme toujours, de là où est la vraie puissance, celle de la vérité nue, toujours fière contrairement à ceux qu’elle défroque.

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#balancetonporc : j’approuve et je participe avec un porc « littéraire »

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Très salutaire avalanche de témoignages des femmes. Comme le disent certaines, la honte change de camp. Alors je balance mon porc, moi aussi. Bien entendu chaque femme en a rencontré plusieurs sur son chemin, surtout dans les milieux bourgeois, qui fonctionnent sur l’interdomination des hommes et où les manifestations de domination sur les femmes sont bien souvent une compensation à leur soumission entre hommes, domination et soumission cohabitant toujours. Des porcs qui se sont ainsi révélés porcs sur mon chemin, je choisis d’en mentionner un représentatif d’un milieu dont on parle peu : l’édition, le milieu littéraire. J’ai déjà mentionné cette histoire plusieurs fois ici ou là, mais je ne suis pas sûre d’avoir donné le nom de la personne. Cette fois je vais donc le faire.

Je venais de publier mon premier roman, qui avait obtenu un grand succès. Je suis invitée, entre autres, à une manifestation littéraire sur une semaine à Bourg-en-Bresse. J’y vais, je me retrouve dans un même hôtel avec le rédacteur en chef d’alors du Magazine Littéraire, une jeune journaliste, et le fameux académicien du Goncourt, l’auteur célèbre et célébré Robert Sabatier. Le rédac’chef, sympathique mais très repoussant physiquement, fumant trois paquets de Gitane par jour, vieux, cuit et laid, couche avec la jeune journaliste – et je me demande comment elle fait pour se plier à ce qui à mes yeux ne peut être qu’un échange de sexe contre possibilité de travailler. Robert Sabatier, lui, me propose avec insistance de venir dans sa chambre où il me dira des poèmes. Il a trente-trois ans de plus que moi, sa proposition me fait éclater de rire. Mieux vaut en rire qu’en pleurer, n’est-ce pas, même si finalement je ne trouve pas ça drôle du tout. Maintenant, a posteriori, je me demande si cette invitation n’était pas un traquenard monté tout exprès – c’est même probable. Seulement ça n’a pas marché pour le vieux porc distingué, alors il s’est vengé. Quand, un peu plus tard, je l’ai rencontré, ici ou là, il a refusé de me saluer. Ce qui ne serait pas bien grave si tous ces types ne fonctionnaient pas en réseaux, capables de nuire à la carrière de quelqu’un à qui ils auraient décidé de nuire. J’ai vu ailleurs et dans ma propre expérience ce genre de situation se répéter de façon plus complexe avec d’autres porcs, car il y a dans ce milieu des porcs très aptes et très entraînés à faire régner leur porcherie en toute discrétion. La discrétion, c’est la « qualité » qu’ils préfèrent chez une femme, ne voulant que soient révélés ni leurs viols ou abus physiques ni leurs viols ou abus mentaux – beaucoup, sans doute les pires,  n’ayant pas les moyens physiques d’en commettre d’autres que psychiques. Comme je suis aussi peu discrète que possible -voir mes livres- cela m’a beaucoup nui et c’est seulement inadmissible, d’autant que tout le milieu se protège comme l’église dans la pédophilie.

Mon homme, qui est tout à la fois très viril et très séduisant, et qui ne s’est jamais conduit en porc, approuve complètement ces dénonciations de femmes – il m’en a parlé le premier. Mais je vois que les Inrocks s’enfoncent en voulant paraître antisexistes pour se rattraper de leur dernière couverture fangeuse : commentant une vidéo publicitaire de David Lynch, ils l’interprètent comme le fait que les actrices paient leur désir de célébrité par le danger sexuel auquel elles s’exposent. Vous voyez le truc ? Un acteur est un artiste qui travaille, une actrice a un désir de célébrité. Qui, forcément, se paie. La femme n’est pas artiste, ne travaille pas, n’a pas à pouvoir travailler sans se soucier des porcs. Elle est juste un bel objet que les hommes peuvent, ou non, rendre célèbre. Cherchez bien, vous verrez la même logique à l’œuvre dans bien des cas, dans l’édition comme dans le cinéma, la politique, les médias et ailleurs, partout où les rapports d’intersoumission entre hommes garantissent le silence de tous.

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