« The adventure of the Creeping Man ». Conan Doyle et Stevenson, Poe, Freud (vidéo)

creeping man

La nouvelle parue en 1923 a été traduite en français sous le titre « L’homme qui grimpait ». Mais creep signifie d’abord se glisser, ramper. Dans les premières lignes, Holmes envoie un message laconique au Dr Watson :

Come at once if convenient–if inconvenient come all the same.
« Venez de suite si vous pouvez – si vous ne pouvez pas, venez quand même ».
Ce message peut symboliser toute cette nouvelle : comment fait l’homme pour venir quand il ne peut pas venir ? Cela vaut d’évidence dans ce texte pour le sexe, mais le mécanisme est le même pour l’intellect, pour l’art, pour la politique, pour toute activité humaine où la question se pose : pouvoir ou ne pas pouvoir, disons pour paraphraser Shakespeare. Et c’est un bon indice aussi d’entendre dans ce convenient et cet inconvenient, qui signifient respectivement ce qui ne pose pas de problème et ce qui en pose, le commode et l’incommode, les sens de leurs cousins français convenable et inconvenant, et bien sûr inconvénient. Le principal inconvénient pour l’humanité consiste à pallier le non-pouvoir par des artifices misérables. Je n’en dis pas plus, je vous laisse goûter l’adaptation cinématographique (série télévisée britannique, 1984) par Michael Cox de cette histoire où l’on retrouve à la fois The Murders in the Rue Morgue de Poe, Dr Jekyll and Mr Hyde de Stevenson, et une psychanalyse par la fiction, le Dr Doyle étant au moins aussi perspicace que le Dr Freud.

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Le texte de la nouvelle, en anglais, peut être lu ici
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« La femme au portrait », un chef d’œuvre de Fritz Lang

the-woman-in-the-window-1944

Il y a longtemps que je n’ai proposé de film à visionner. Celui-ci, La femme au portrait, (The Woman in the Window), adapté d’un roman policier, est un film noir réalisé aux États-Unis, où Fritz Lang était en exil. Selon moi, c’est aussi un film surréaliste. La femme en question s’appelle Alice, comme le personnage de Lewis Carroll qui passe through the looking-glass, et on peut penser aussi à la nouvelle de Poe « Le portrait ovale ». L’histoire est celle d’un homme, un criminologue, qu’une image fait entrer dans une rêverie qui en semblant se réaliser le prend dans un crime qui… je n’en dirai pas plus, attention aux articles qui révèlent l’histoire partout sur Internet, mieux vaut les lire après. Tout un processus complexe (il faut saluer aussi le scénariste, Nunnally Johnson) conduit le film dans une tension, un suspense aussi parfaitement maîtrisés que les plans et les couleurs de Lang – car son noir et blanc, si concret, si matériel, tout en offrant certains moments symboliques époustouflants de beauté et de richesse de sens, a une épaisseur de peinture à l’huile, de terre humide (de sang ?), de réalité violemment colorée. On parle ici et là à propos de ce film de mise en scène de la culpabilité ; la question psychologique est peut-être la plus voyante, mais on peut aussi voir le film autrement, disons comme une histoire de passages entre le pays des morts et le pays des vivants, une histoire de fragilité de la vie quand elle bascule malgré elle dans la nuit du mal, quand l’homme dans un moment d’égarement, dans un moment de sommeil de la raison, se retrouve pris dans un engrenage, attaqué et réattaqué par des hommes qui appartiennent au mal, et doit passer par la mort pour en sortir. 1944, c’est la date du film.

(si un panneau apparaît au centre de l’image au début, cliquer sur la petite croix en haut à droite de ce panneau pour le faire disparaître)

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Continuidad de los parques, Continuité des parcs, de Julio Cortazar, en quatre courts-métrages et une peinture

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Le texte bref et fulgurant de la fameuse nouvelle peut être lu ou relu ici. Elle a été publiée pour la première fois en 1956 (année de ma naissance) dans le recueil Fin d’un jeu et se trouve maintenant dans Les Armes secrètes. Julio Cortazar est l’auteur qui m’a donné mon nom d’auteure, trouvé également dans Les Armes secrètes (dans la nouvelle La Lointaine). Son œuvre entière et chacun de ses textes pourraient s’intituler Continuité des parcs. Mon nom, par exemple, y est l’anagramme de es la reina y… En toute continuité des parcs, Cortazar entre dans ma thèse, qui est elle-même une fresque de la continuité des parcs. Je contemple chaque jour la peinture Molecule Park, que j’ai faite en lien avec cet univers de continuité des parcs, et que je donne ici après les vidéos. (L’immense beauté convulsive de ma thèse, que je suis en train de terminer, emplit de joie tous mes parcs, les démultiplie pour s’y répandre encore, toujours plus loin.)

J’aime ce court-métrage où la nature tient une place essentielle. Il est seulement dommage que le poignard de la nouvelle ait été remplacé par un pistolet. C’est un film québécois de Gabriel Argüello :

Et voici l’interprétation de la nouvelle par le réalisateur uruguayen Alfonso Guerrero :

Le nom du réalisateur n’apparaît pas sur celui-ci, qui a aussi un bel intérêt poétique, quoique la fin soit un peu trop explicite :

Enfin, cette très belle animation réalisée par des élèves de la San Joaquin School avec leur professeur, Diego Pogonza, et la voix de Cortazar :

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molecule park!-minpeinture Alina Reyes

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Alexandra David-Néel sur le toit du monde

L’idolâtrie occidentale envers le Dalaï-lama témoigne d’un romantisme, d’un aveuglement, pour tout dire d’une bêtise consternante. Je réédite cette note du 23 février dernier en supprimant la vidéo d’un film médiocre sur la voyageuse et en la remplaçant par des enregistrements extrêmement intéressants où elle parle du Tibet et de son histoire. Y sont évoqués notamment Gurdjieff, qui fut précepteur du dalaï-lama, les guerres et les férocités séculaires entre Chine et Tibet et aussi entre Tibétains, qu’elle appelle « grotesque et sanglante comédie », la doctrine bouddhiste, la vie des moines tibétains.

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Voici un documentaire tourné dans sa dernière maison, où on la voit notamment parler à l’âge de 101 ans avec une parfaite vivacité intellectuelle. Elle devait mourir quelque temps après, alors qu’elle venait de faire renouveler son passeport.

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« Féministe, anarchiste, cantatrice à ses débuts, théosophe, écrivain et journaliste… Le plus grand explorateur du XXème siècle est une femme ! Alexandra David-Néel, exploratrice, féministe, anarchiste, bouddhiste, première femme lama, premier européen à être entré au Tibet en 1914… » Ainsi la présente le site qui lui est consacré.

Je l’ai lue il y a très longtemps avec bonheur. Et je fus ermite en montagne moi aussi – à une moindre altitude, mais véritablement seule (elle, était accompagnée de son serviteur). « Je suis ce qui fut, ce qui est et ce qui sera et nul n’a jamais levé mon voile », disait-elle.

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« Le Chien jaune », un Maigret filmé par Jean Tarride (1932)

le chien jaune-min

Ayant été rebaptisée Jules en l’honneur de Maigret, j’ai eu envie d’en visionner un. En français sur Youtube je n’en ai trouvé que deux, La nuit du carrefour, un beau Jean Renoir que j’avais vu ou revu il y a déjà quelque temps, et donc celui-ci, Le Chien jaune de Jean Tarride que je viens de découvrir, et qui vaut surtout par son cadre, Concarneau au début des années 30, avec son café, ses femmes à coiffes bretonnes, son port de pêche, la mer, les bateaux, le vent, les lanternes, la nuit, son chien jaune annonciateur de mort, quelques plans très beaux dont un sur les toits… une atmosphère poétique, surréaliste aussi, et parfois rappelant certains romans de Stevenson.

https://youtu.be/lb-Y440dzKU

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un résumé du film (alerte spoiler !) avec de belles affiches d’époque, à voir ici

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La femme des sables (actualisé)

Les Belles Endormies, très beau roman de Yasunari Kawabata, paru en 1961, exposait le tableau d’un vieil homme jouissant de jeunes filles inconscientes, droguées. Un an plus tard paraissait La Femme des sables  de Kôbô Abé. Je n’ai plus ce livre avec moi et je ne peux donc en parler dans le détail mais il m’a laissé, comme à tous ses lecteurs, une très forte impression. Et il m’apparaît maintenant comme une sorte de conséquence du roman de Kawabata : où l’abus du vivant commis par l’homme se retourne contre lui. L’homme parti à la recherche d’une nouvelle espèce d’insecte qu’il veut capturer et à laquelle il veut donner son nom devient cet insecte prisonnier de lui-même qu’il était.
C’est un texte très polysémique, d’où sa puissance, sa capacité à apporter un éclairage sur toutes sortes de situations, intimes, politiques, spirituelles. En continuité avec la note précédente, et d’autres, je dirais aujourd’hui : cette femme des sables ne peut-elle être lue comme la réaction de la nature et de la pensée aux abus que commet l’homme sur elles ? Voici un homme enfermé suite à sa passion de classer et tuer des êtres vivants, comme il disait l’être par la paperasse, la classification, les cadres, les limites, la langue morte que la société impose aux hommes. Le sable menace le monde, la maison de l’homme, parce que l’homme maltraite la nature et la littérature, expression de la nature, de la vérité. Parce qu’il n’habite pas le monde en poète, parce qu’il ne l’habite pas. Nature et littérature veulent être habitées, vraiment.

Après une chronique de Max-Pol Fouchet sur le livre, voici en huit vidéos le film entier (1964), aussi mythique, tiré du roman par Hiroshi Teshigahara.

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La femme des sables 8 (fin) par esclavedelabsolu

La mort de Molière vue par Ariane Mnouchkine au cinéma

https://youtu.be/gOoVJ2YMA_Q

Splendide vision finale du film Molière d’Ariane Mnouchkine

De l’opéra King Arthur de Purcell, l’extrait appelé « The Cold Song » par Klaus Nomi qui le chante

Un article sur la façon dont s’est passée la mort de Molière. A-t-il été empoisonné par les dévots qui l’ont persécuté pour ses pièces ? La question demeure. Comme celle du probable assassinat de Zola par des antidreyfusards.

J’espère montrer dans les heures qui viennent quelque chose sur Molière, quelque chose que je vois et que je veux écrire.

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« Les Misérables », film entier de Jean-Paul Le Chanois, avec Jean Gabin

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Il paraît qu’il existe une quarantaine d’adaptations cinématographiques des Misérables, et que celle-ci, dont le scénario a été co-écrit par René Barjavel, est la plus belle, ou l’une des plus belles (mais j’essaierai d’en voir d’autres et de les trouver pour les proposer aussi). La géance de Victor Hugo ne laisse-t-elle pas sans voix ? Du moins lisons, écoutons et voyons.

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Madame Terre chez Fernand Léger, au Gros Tilleul où passèrent Khroutchev et Gagarine, Kissinger et Lê Duc Tho

Le monde (…) est le lieu d’une immersion sensible (…) il est constitué de forces élémentaires (…) qui précèdent l’existence humaine, tout en lui offrant des racines « préhistoriques »
Jean-Claude Pinson, Habiter en poète

en chemin vers chez fernand leger

mme terre chez fernand leger

mme terre devant fernand leger

le gros tilleul, maison de fernand leger

prise de terre chez fernand leger

mise de terre chez fernand leger

mme terre au tombeau de fernand leger

mme terre oiseau fernand leger

mme terre fernand leger

Pour la quatorzième action poélitique de Madame Terre, O s’est rendu à vélo à Gif-sur-Yvette, en vallée de Chevreuse, visiter ce colosse de Fernand Léger en sa maison dite Le Gros Tilleul, ancienne guinguette où il réalisa La Grande Parade. Maison où il reçut rien moins que Khroutchev et Youri Gagarine, et qui abrita les négociations pour la fin de la guerre du Vietnam. Derrière le portail graffé, habite maintenant un photographe. Après quoi, toujours avec Madame Terre ma foi assez bien assortie, O s’est rendu sur la tombe du peintre, tout près de la maison.

Fernand_LEGER_Muse_e_imaginaire_La_grande_parade_sur_fond_rouge_1953« La Grande parade sur fond rouge »

jeune homme au chandail fernand leger« Jeune homme au chandail »

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