La vie en rose. Henri Michaux, lecture d’une lithographie de Zao Wou-Ki

zao wou ki,
reproduction de la  lithographie n°8 de Zao Wou-ki dans "Lecture de huit lithographies de Zao Wou-ki" par Henri Michaux

reproduction de la lithographie n°8 de Zao Wou-ki dans « Lecture de huit lithographies de Zao Wou-ki » par Henri Michaux

*

sur la toile blanche du monde

il va faire quelque chose

il est décidé
pour le moment
il marche
quoique indubitablement oiseau et fait pour voler

mais le vol n’est pas à l’horizon
pas pour lui

sur sa droite
en l’air
un insecte à deux paires d’ailes
l’asticote d’idées d’ascension

vraiment ?
est-ce qu’une petite sauterelle
ses leçons de vol pourraient profiter à une outarde ?

non

aussi ne tourne-t-on pas la tête

on va plutôt prendre conseil d’un arbre
(plus réaliste un arbre
plus à l’essentiel
à tenir d’abord
à s’enraciner)
d’un arbre
pour qui
sucer la terre et le dur gravier
c’est déjà la vie en rose

Écriture et image

vignette

C’est l’un des thèmes essentiels de ma thèse, Poétique du trait. Pour la penser, j’ai souhaité le faire d’abord avec mes mains. Je travaille sur Internet depuis de nombreuses années, j’ai eu de nombreux blogs, de pages de réseaux sociaux… comme autant d’œuvres éphémères, de work in progress en ligne, un travail apparenté dans mon esprit à celui du Street Art, que je photographie beaucoup, assistant au fil du temps à ses transformations sur les murs de la ville et à ses transformations de la ville. J’ai un ordinateur depuis la fin des années 80, j’ai écrit par ce moyen les milliers et les milliers de pages de mes livres, de mes articles et de bien d’autres textes. Et là, pour ma thèse, pour des raisons notamment intellectuelles, poétiques et politiques, j’ai eu envie de revenir à l’écriture manuscrite, que je n’ai d’ailleurs jamais abandonnée, à la pratiquer délibérément, tout en la mélangeant avec des tapuscrits et des imprimés, et à la joindre au trait, aux traits formés par moi-même avec des stylos, des feutres, des crayons, des pinceaux, sur les pages écrites ou non, et aux images, par collages ou récupération dans un but à la fois documentaire et poétique.

Je dois en être à une centaine de pages d’écriture ornées – comme on dit grottes ornées pour les grottes préhistoriques, toutes proportions gardées. J’en ai rephotographié quelques-unes ce matin, telles qu’elles sont dans leur classeur, lui-même posé pour l’occasion sur l’une de mes peintures sur bois. De temps en temps, j’ai masqué un peu le texte. Mais il ne s’agit pas du texte définitif de la thèse, il s’agit, toujours, du work in progress : parallèlement, la thèse s’écrit et s’ordonne sur un ordinateur, nourrie de ce témoin qu’est l’œuvre manuscrite.

*

these en couleurs 0

these en couleurs 1

these en couleurs 2

these en couleurs 3

these en couleurs 4

these en couleurs 5

these en couleurs 6

these en couleurs 7

these en couleurs 8

these en couleurs 9

these en couleurs 10

these en couleurs 11

these en couleurs 12

these en couleurs 13

these en couleurs 14

these en couleurs 15

these en couleurs 16

these en couleurs 17

these en couleurs 18

these en couleurs 19

© Alina Reyes

*

Madame Terre à Chessy, là même où est né Babar

babar cornelius,

babar

Je n’ai pas lu les aventures de Babar, enfant. Les histoires d’un roi, qui plus est soupçonné de colonialisme, ne faisaient pas partie de la culture communiste. Mais laissons tomber les lectures politiques de ces contes inventés par Cécile Sabouraud pour les enfants du couple qu’elle formait avec le dessinateur Jean de Brunhoff, qui les mit en images. Ce qui véritablement éclate dans leur grâce intemporelle, c’est que la véritable royauté dont ils parlent, c’est celle de l’enfance. L’enfance reine, dans son humanité et son animalité non séparées, dans cet état qu’il est urgent pour l’humanité de protéger dans l’enfant et de remettre au jour dans l’adulte.

Sur le territoire de la commune a été implanté Eurodisney – cela fait deux conceptions de la culture, disons. Je préfère la poésie, et Babar en est. Voici les images faites par O en chemin vers Chessy, puis au village avec l’école sise juste en face de la maison des parents de Babar et portant le nom du précepteur des enfants de Babar et Céleste, Cornelius. Ensuite l’enregistrement de l’adaptation musicale de l’histoire de Babar par Francis Poulenc, portée à merveille par la voix de Jacques Brel.

 

en chemin (à vélo), des usines, la Marne…

babar marne

babar fabrique

…puis l’arrivée au village et son magnifique chêne

babar petit cirque

babar chêne

babar chêne et village

et la maison de naissance de Babar

babar maison,,

babar maison

babar portail

babar mme terre la muscadelle

babar mme terre

babar prise de terre

babar mise de terre

l’école…

babar ecole cornelius,

babar ecole

babar ecole cornelius

et Madame Terre posée sur Cornelius, sous les regards médusés des enfants jouant par là

babar cornelius

babar enfants

babar cornelius mme terre

au loin Eurodisney, dont nous saurons nous passer

babar eurodisney

*

Écritures-peintures de Jean Cortot

Jean Cortot peintre, notamment, des écritures des écrivains

jean cortot journal anais nin-minAnaïs Nin

*
jean cortot une lecture de dante-min Dante

*
jean cortot pour saluer jean giono-minJean Giono

*
jean cortot placard apollinaire-minApollinaire

et beaucoup d’autres

*

« Comme beaucoup de peintres de sa génération, Jean Cortot est influencé par des recherches entreprises avant-guerre, de l’automatisme surréaliste qui a influencé la peinture gestuelle aux papiers collés cubistes semés de mots, en passant par les tableaux-poèmes de Paul Klee. »

« Peintre avant tout, il utilise les mots comme une matière, un élément plastique, et non comme le support d’une théorie. La modernité de sa démarche réside notamment dans l’utilisation d’éléments préexistants – les textes. »

« Jean Cortot réduit le langage à son élément de base avec les Onomagrammes et les Poèmes épars. Mais pour lui, la signification des mots est aussi primordiale : peignant les vagabondages de l’esprit, il choisit des textes évocateurs d’images poétiques fortes. Les Écritures peintes sont également porteuses de sens non intellectuels, résidant dans un tracé personnel. La peinture de Jean Cortot laisse une part à l’accidentel, sans qu’il soit produit volontairement ; elle implique toujours une certaine composition préalable. Contrairement à l’œuvre d’autres peintres, le texte et l’image ne sont pas produits simultanément, de manière totalement spontanée. Le rythme de son tracé est celui d’une écriture naturelle. Associant les conventions abstraites de notation et le geste concret de l’artiste, les écritures peintes sont le moyen de matérialisation d’une pensée et de projection d’une vie intérieure. »

« La polyphonie des tableaux de Cortot montre une tentative pour saisir le flux d’une conscience qui rassemble des éléments divers : « suivre un cheminement tel que le paysage change, tandis que l’eau qui s’écoule est la même » est le vœu qu’il souhaite réaliser au fil de ses toiles. En déambulant dans les œuvres des poètes qu’il s’est choisis pour contemporains, Jean Cortot peint la pensée comme un paysage. »

Extraits du résumé de la thèse d’Hortense Longequeue sur Jean Cortot

*

Raoul Hausmann, artiste, inventeur, écrivain, peintre, photographe, plasticien, danseur… bref, poète

raoul hausmann par august sanderRaoul Hausmann par August Sander

*

raoul hausmann le_phoneme_jef_golyscheff-min (1)Raoul Hausmann : Le Phoneme Jef Golyscheff (in OU 38/39)

ses phonèmes en lettres, en images, et ses phonèmes en sons :

*

raoul-hausmann-nu-28,-ile-de-sylt-(vera-broïdo)une de ses photos : Nu 28, Ile de Sylt (Vera Broïdo), 1931

*

son film L’homme qui a peur des bombes, interprété par lui-même :


*
et enfin, Dada à l’école des Chartes, avec cette excellente conférence d’Annabelle Ténèze sur les traces de Raoul Hausmann, où l’on voit nombre de ses autres oeuvres :

*

Valéry Écriture Dessin

« Le dessin n’est pas la forme, il est la manière de voir la forme », disait Degas. Propos rapporté par Valéry dans son livre Degas Danse Dessin. Lui-même dessinait beaucoup. « Une grotte émane ses stalactites ; un mollusque émane sa coquille », écrit-il dans L’homme et la coquille. Peut-on ajouter : l’homme émane son tracé ? Voici trois de ses dessins, puis un film dans lequel on voit à maintes reprises d’autres de ses dessins et manuscrits dans ses fameux cahiers.

valery-minvalery_paul_ete_manuscrit_autographe_de_brouillon_charge_de_dessins_-min p.valery-min

*

*