Crète : Chora Sfakion, suite

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« Venant de la mer,

une voix cachée,

voix qui pénètre

dans notre cœur,

le fait frémir

et le rend bienheureux. »

Ces vers de Constantin Cavafy (dans ma traduction) sont inscrits sur la montagne à Ilingas, face à la mer, près de Chora Sfakion où je suis allée me balader, comme on va le voir dans les images qui suivent.

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crete chora sfakion 24-minSur l’une des plages de Chora Sfakion, j’ai marché et marché dans l’eau, le ressac

*crete chora sfakion 25-minLe village, vu d’une autre des ses plages

*crete chora sfakion 26-minLe port

et sa petite église

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*crete chora sfakion 28-minJ’ai mangé tout le chocolat au cannabis acheté à La Canée. Chocolat sans THC, juste pour le plaisir de savoir qu’on profite des bienfaits du cannabis – le cannabis thérapeutique est autorisé en Grèce :-)

*crete chora sfakion 30-minEn chemin vers la plage d’Ilingas, cet oratoire dédié à une jeune femme médecin morte. À l’intérieur, des lampes à huile brûlent doucement.

La vue sur le chemin est splendide

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crete chora sfakion 32-minEt voici le poème de Cavafy, traduit plus haut, écrit à la main sur le muret. Tellement beau !

crete chora sfakion 33-minSur la plage j’ai ramassé neuf beaux galets et j’en ai fait deux petites veilleuses face à la Mer de Libye crete chora sfakion 34-min

*crete chora sfakion 35-minEn revenant j’ai encore admiré l’agilité des nombreuses chèvres et de leurs chevreaux dans les parois rocheuses crete chora sfakion 36-min

crete chora sfakion 37-minC’est une chèvre, Amalthée, qui a nourri Zeus dans son enfance !

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crete chora sfakion 38-minJe complèterai prochainement cette note avec les photos que O a faites dans les montagnes, jusqu’à hauteur de la neige !  autour de Chora Sfakion

*

Ce matin, à l’aube, nous avons quitté ce paradis, mis dans le bus le VTT loué pour le rapporter à La Canée, puis pris un autre bus pour Héraklion. En chemin, nous avons admiré le Mont Ida, où naquit Zeus et où il fut nourri, donc, par la chèvre Amalthée, dans une grotte que j’ai visitée pendant mon adolescence.

crete mont ida-minCes jours-ci en Crète, photos Alina Reyes

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à suivre !

Crète : Chora Sfakion, célébration (en images, et avec Odysseas Elytis)

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« Le voyage d’Odysseus, dont il m’a été donné de porter le nom, semble ne devoir jamais s’achever. Et c’est heureux. (…) En me consacrant, à mon tour, pendant plus de quarante ans, à la poésie, je n’ai rien fait d’autre. Je parcours des mers fabuleuses, je m’instruis en diverses haltes. »

« Oui le paradis n’est pas une nostalgie, encore moins une récompense. Le paradis est simplement un droit. »

Odysseas Elytis

J’ai préparé cette note en écoutant l’oratorio Axion Esti composé par Mikis Theodorakis sur les vers d’Odysseas Elytis (deux génies d’origine crétoise), oratorio que je connais par cœur (du moins pour la musique) depuis mon adolescence. Le titre de ce vaste poème païen vient d’une hymne à la Vierge Marie dans la religion orthodoxe.

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crete chora sfakion 1-minLundi, un arc-en-ciel nous a accompagnés, du bus pris à La Canée, jusqu’à l’arrivée à Chora Sfakion.

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Un village sans doute trop touristique en été, mais en ce mois de janvier nous y sommes apparemment les seuls venus d’ailleurs nous reposer ici. L’hôtel où nous avons loué une suite est fermé, nous y profitons d’une paix royale.crete chora sfakion 3-min

Première balade au coucher du soleilcrete chora sfakion 4-min

Et le lendemain matin, tandis que O part dans les montagnes à VTT, je monte voir une petite église bâtie dans une grottecrete chora sfakion 5-min

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  La vue en redescendant est toujours aussi splendidecrete chora sfakion 9-min

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crete chora sfakion 11-minEt je rencontre d’autres petites églises en chemin, il y en a vraiment partout

Le lendemain, je marche encore un moment avec O

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puis il part à VTT et je continue la balade à pied.

Ici on l’aperçoit sur le chemin, juste à l’aplomb de la première ruche :

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Je redescends par un autre chemin. Toujours des églises…

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et des oliviers

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et des oratoirescrete chora sfakion 18-min

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Chora Sfakioncrete chora sfakion 20-min

Un monument en hommage aux Crétois de Chora Sfakion exécutés par les nazis pour avoir aidé les soldats néo-zélandais à quitter la Crète en 1941. Des dizaines de noms y sont gravés, et derrière la vitre, en bas, ont été déposés des crânes.

crete chora sfakion 22-minà Chora Sfakion, photos Alina Reyes

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« Je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde. C’est pourquoi je crois, par idéalisme, que j’évolue vers une direction encore jamais atteinte. »

N’ayant pas les livres sous la main, j’ai trouvé les citations d’Odysseas Elytis ici. Pour d’autres évocations du poète sur ce blog, voir mot-clé Odysseas Elytis.

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à suivre !

Crète : La Canée en images, suite (street art, quartier turc, etc.)

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crete la canee 39-minPendant que O arpentait de nouveau les montagnes à VTT (je ferai certainement une prochaine note avec ses images), j’ai découvert, en allant vers le jardin public, cette rue couverte d’œuvres de Street Art charmantes

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Nous avons visité le musée archéologique, installé dans un très beau lieu (ancienne basilique San Francesco, XIVe siècle). On ne peut photographier les œuvres exposées, mais j’ai particulièrement apprécié les taureaux de terre cuite en série de l’époque minoenne, ainsi que des statuettes de femmes à têtes d’oiseaux. crete la canee 50-min* crete la canee 51-minLe soir, notamment pour y dîner, et le jour, nous aimons aussi marcher dans l’ancien quartier turc (nous, nous logeons dans l’ancien quartier juif, très beau aussi, cf note précédente) crete la canee 52-minUne maison turque typique, avec les étages en bois crete la canee 53-min   crete la canee 56-minUn artisan coutelier arménien, que l’on peut voir travailler sur place crete la canee 57-minVers le port. La Crète a beaucoup souffert des destructions commises par les nazis et ne s’en est pas complètement remise, comme tant d’autres lieux en Europe. Dire que les Allemands ont été inflexibles avec la dette grecque dernièrement… L’Europe est-elle amnésique, ou traître ? crete la canee 58-min

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crete la canee 60-minLes chats sont partout

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Retour vers notre quartier

crete la canee 54-minoù ce matin la mer était déchaînée

crete la canee 55-minà La Canée ces jours-ci, photos Alina Reyes

à suivre !

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Toutes les images de Crète : mot-clé Crète

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Crète : La Canée en images

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J’ai élu spirituellement domicile en Crète alors que j’étais toute jeune collégienne, puis dès que j’ai pu, à l’âge de dix-sept ans, j’y suis allée. J’y suis retournée quatre ans plus tard avec homme et bébé, et depuis tout ce temps-là je n’y étais pas revenue, quoique je sois repassée en Grèce. M’y revoilà, avec O cette fois, et mon amour de jeunesse pour ce pays, pour ce continent comme dit Jacques Lacarrière, est aussi intact que l’est l’esprit crétois. Joie parfaite.

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alpes-minSamedi dernier, départ

crete heraklion 1-minLe port d’Héraklion vu de notre hôtel, la nuit sous la pleine lune et le lendemain matin crete heraklion 2-min*

Nous y reviendrons, mais tout d’abord nous partons séjourner quelque temps à La Canée, ancienne capitale de l’île, à l’ouest crete la canee 1-min

Nous logeons dans la vieille ville, tout près de l’eaucrete la canee 3-min

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La ville fut un formidable melting-pot et conserve les souvenirs de ses cultures (et occupations) vénitienne et ottomane, entre autrescrete la canee 5-minMosquée…

crete la canee 9-minCathédrale orthodoxe…

crete la canee 36-minSynagogue

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Il fait très doux et la lumière est fantastiquecrete la canee 7-min

crete la canee 8-min   crete la canee 10-min

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crete la canee 12-minLes petits restos servent l’exquise cuisine crétoise, qui rend centenaire crete la canee 13-min

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crete la canee 17-minLes anciens arsenaux crete la canee 21-min« ACAB » (All Cops Are Bastard) et ALETEIA (la Vérité)crete la canee 22-minPlusieurs tags ici et là dénoncent le tourisme de masse. L’été la ville est sans doute bondée, mais en ce mois de janvier tout est très tranquille.

crete la canee 23-min« Le Verbe s’est fait chair » : la crèche dans l’église catholique

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crete la canee 30-minAu marché, crete la canee 31-minon déjeune, toujours aussi délicieusement, sur des tables en bois dans la cuisine crete la canee 32-min

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On passe et repasse avec bonheur par le lacis des ruelles, n’oublions pas que la Crète est le pays du Labyrinthe

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crete la canee 38-minO quitte notre rue Angélou pour aller explorer les montagnes à VTT ; moi je fais toujours mon yoga au lever

crete la canee 29-minen Crète ces jours-ci, photos Alina Reyes

à suivre !

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Suite des images de Crète : mot-clé Crète

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Qu’est-ce qu’un livre ?

street art caisse livres
mon sac

mon sac, rapporté d’Edimbourg

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Sur les rivages battus par l’océan, certaines pierres demeurent pierres à travers siècles, d’autres s’effritent, voire se dissolvent. Bibliothèque de sable construite par des enfants qui jouent aux dés, et que l’Esprit, de temps en temps, réarrange.

Des livres disparaissent des étals ? Les étals sont éphémères. Les livres sont des objets, qui ne sont pas plus sacrés que n’importe quoi d’autre. Seul importe ce qui est vivant : l’esprit. Qu’est-ce qu’un livre à l’heure d’Internet ? Internet rend à la littérature la part de liberté qu’elle a perdue depuis qu’elle n’est plus orale mais figée sur du papier. Je peux mettre certains de mes textes en ligne sous forme de livres, puis les retirer, les réécrire, les remettre en ligne, etc., à l’infini. Et qui lit ce journal peut le survoler ou l’explorer tout aussi librement. Cela n’enlève rien à l’intérêt des livres « officiellement » publiés ; au contraire, cela devrait ouvrir les lectures qu’on en fait ; conduire à réestimer leur prix, leur sens ; faire sortir de cette sacralisation ordinaire de l’objet, comme du texte, qui asphyxie les textes en les mettant tous dans le même panier de crabes ramassés sur la grève. Avant de les manger, ayons soin de rejeter ceux qui puent : ils nous rendent malades.

Je n’appelle pas à la censure, j’appelle au discernement. Du reste, qu’est-ce que la censure ? Les éditeurs publient qui ils veulent publier, refusent de publier qui ils ne veulent pas publier. N’est-ce pas là la première censure ? Il n’est pourtant pas possible de distribuer tout texte sous forme de livre papier. Un choix s’opère, et donc une exclusion, dont les raisons sont souvent autres que littéraires. Une très grande partie des livres qui sont publiés n’ont pas vocation à durer plus de quelques années, ils seront dissous par la vague du temps avant même d’avoir eu le temps de s’inscrire dans la mémoire de l’humanité. D’autres livres restent invisibles au moment où ils naissent et apparaîtront au moment où le monde commencera à rattraper l’avance qu’ils avaient sur lui. Tout change, et dans ce changement perpétuel ce que les hommes veulent fixer est balayé, éliminé dans le mouvement de la vie, où ne peut se mouvoir que ce qui est vivant, détaché des mortels. Ecce liber.

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Vanessa Springora, l’effet avalanche sur Saint-Germain-des-Prés

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Plus fort qu’Héraklès, l’acte littéraire de Vanessa Springora nettoie les écuries germanopratines, plus crasseuses que celles d’Augias. Bienheureuse, amusée, satisfaite pleinement, je regarde tomber les masques, j’entends bafouiller les parleurs et les parleuses, je vois grimacer les amertumes, les jalousies, les dépits. Autant en emporte la neige ! La vie est de toute beauté.

En 2013, après que j’ai dû quitter, par la faute des porcs des écuries germanopratines, ma grange dans la montagne, la montagne a réagi, le village et la vallée ont subi avalanches puis crues exceptionnelles. Extrait de mon journal, tenu depuis Paris :

Là-haut, le village a dû être évacué. Tant de neige est tombée, il est menacé par les avalanches. Les journaux en parlent, les télévisions aussi. Patrick, un commerçant, répond à un journaliste qui lui demande en substance à quoi il s’attend, cette phrase merveilleuse :

« C’est ce qui est là-haut, tu sais, celle qui vient du Bon Dieu, celle dont nous avons tous besoin, la neige ! »

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toutes mes notes sur l’affaire Matzneff : ici

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Affaire Matzneff : le piteux spectacle du milieu littéraire

justice

 

J’ai rencontré Matzneff (que je n’avais jamais lu) il y a une dizaine d’années lors du vernissage d’une exposition de photos de Sophie Bassouls qui s’accompagnait de quelques-uns de mes poèmes, dans l’espace culturel des Éditions des Femmes. L’attachée de presse de l’époque était l’une de ses amantes ou de ses ex, je ne sais plus. Jeune mais pas collégienne, ni petit écolier français ni petit garçon des rues de Manille comme tant d’autres de ses victimes. Elle me dit un jour qu’il la faisait souffrir, pour tenter de me convaincre que c’était normal. Il était donc là, avec un ami écrivain que j’avais déjà rencontré ailleurs et dont j’ai oublié le nom, Dominique quelque chose si je me souviens bien (façon de parler) – il est mort depuis. Il me parla d’Anna Akhmatova, sa poétesse préférée. Je faisais poliment semblant d’écouter, j’ai horreur de ces conversations lettrées, de ces afféteries, de ces préciosités qui font le milieu littéraire et sous lesquelles se cachent les plus grossiers sentiments, calculs, haines, jalousies, envies d’argent et d’honneurs, vanités démesurées, aptitudes à toutes les trahisons, toutes les oppressions, toutes les compromissions. J’aime la conversation des paysans, des artisans, des artistes, des soldats, des gens qui ont un métier, des gens qui font la cuisine, des gens qui font vraiment quelque chose. Le milieu littéraire est un milieu de gens qui ne font rien d’autre que branler la queue du chat. Bien sûr les écrivains écrivent, et ce n’est pas rien faire. Mais le milieu littéraire ce ne sont pas les écrivains, c’est le milieu où les écrivains naufragent. C’est « le monde », le monde mondain, le contraire du monde réel et spirituel où se déploie tout le vivant. Et ceux et celles qui vivent du milieu littéraire ne sont plus que des morts. C’est parce qu’ils sont morts qu’ils peuvent faire le mal et soutenir ceux qui font le mal tout en se croyants supérieurs au commun des mortels. C’est parce qu’ils sont morts et impuissants, hommes et femmes inachevés, incapables de vivre une vie d’homme ou de femme pleine et entière, qu’ils vivent de combines et d’abus de toutes sortes. Et au royaume des morts, comme le disent d’une façon ou d’une autre toutes les spiritualités du monde, vient toujours le moment de rendre des comptes. Matzneff qui se veut chrétien l’aurait compris, s’il lui restait assez de vie pour penser. Mais ces gens-là, qui se prennent pour des penseurs, ont le cerveau aussi bousillé que le cœur. Matzneff est en réalité aussi stupide que son éditeur Sollers, qui a remplacé son allégeance au nihilisme maoïste par une allégeance au nihilisme heideggerien, aussi stupide que son soutien Moix qui a remplacé son allégeance au nihilisme nazi par une allégeance au nihilisme heideggerien, qui est un nihilisme nazi… Aussi stupide que ses autres soutiens, le pubeux Beigbeder, l’éditocrasseux Giesbert, la grimaçante Savigneau, etc., etc. Sans eux, sans les soutiens publics par dizaines ou centaines de milliers d’euros et les soutiens privés (que leur fournissait-il en échange ?) qui lui ont permis de mener grand train pour ses chasses à l’enfant, combien d’enfants auraient été sauvés de ses griffes et de celles de tant d’autres confortés par son exemple célébré ?

Le milieu littéraire est celui où je me suis toujours le plus sentie mal à l’aise. Et je sais pourquoi. C’est le milieu le plus dépourvu de grâce. C’est un milieu sans aucune grâce ; raison pour laquelle, hélas, beaucoup de ses aliénés vont la piller ailleurs, là où elle vit, par exemple chez les enfants. C’est aussi un milieu dépourvu de virtus, comme celui des financiers et des technocrates. Un milieu qui ressemble beaucoup à la macronie, tout en superficialité et en fausseté, en en-même-temps (par exemple, comme Sollers, signer par deux fois des pétitions pro-pédophilie et publier pendant des décennies les récits abjects de Matzneff et en même temps se dire hostile à la pédophilie ; puis jouer les amnésiques et se terrer quand ça chauffe, comme en toutes circonstances avec le « courage, fuyons » pour seul viatique). Il y a cinq ans, Matzneff dans sa tribune au Point menaçait de se suicider parce que, comme tous les auteurs qui n’ont plus suffisamment de droits d’auteur (j’en suis), il avait été rayé de l’Agessa, l’organisme qui gère la sécurité sociale des auteurs. Quelle petite nature. Comme s’il était impossible de survivre sans l’Agessa, de trouver une couverture sociale autrement. Maintenant ses amis, comme Beigbeder, disent craindre qu’il ne se suicide si on continue à l’ennuyer. Oui, pas la moindre virtus chez ces gens gâtés-pourris, quand le vent tourne il ne leur reste que la pleurnicherie, le chantage, et d’énièmes trahisons et mensonges. Piteux spectacle.

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Mes précédentes notes sur Matzneff : ici

sur Sollers : ici

sur la pédocriminalité (Barbarin, Outreau…) :

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Édimbourg, Hogmanay, bonne nouvelle année ! (actualisé)

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edimbourg noel 2019 43*

1-1-2020. Bonne et heureuse année ! J’ai pris cette image du splendide feu d’artifice tiré au passage à la nouvelle année au-dessus du château depuis le vieux cimetière, très romanesque, où repose notamment Thomas de Quincey, parmi une foule extrêmement joyeuse et bon enfant d’où jaillissaient des cris d’extase : « Fucking lovely ! » Yes ! Yes ! » « Give me more ! » La ville est en fête énorme, des foules arpentent les rues, les filles par température négative sont dehors en minijupe et bras et dos nus, les gens boivent beaucoup mais restent pacifiques et les flics veillent sur eux avec beaucoup d’égards et de respect, quel peuple adorable.

Avant cela, par hasard nous nous sommes retrouvés à dîner dans un restaurant népalais, le Namasté Kathmandu, voilà qui ponctuait à merveille mon engagement dans le Yoga. Ne perdez jamais confiance, avec l’aide de la vie, si vous l’aimez, vous pouvez vaincre même ce qui est mortel.

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dans la nuit du 30 au 31-12-2019

« Qui va là ? » « Le nouvel an, tout va bien ».

L’Écosse célèbre Hogmanay, le Nouvel an. Voici encore quelques images d’Edimbourg, et les premières images de cette grande fête.

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edimbourg noel 2019 19-minUne vitrine. Je songe à Kafka : « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée »

edimbourg noel 2019 20-minau Royal Dick, un pub que nous aimons bien

edimbourg noel 2019 19,-minO et moi sortant du Royal Dick

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Street Art

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à la bibliothèque :

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au cimetière :edimbourg noel 2019 28-min

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Et depuis Calton Hill

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la ville en silhouette

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au pied de la montagne d’Arthur’s Seat :

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et au bord de l’estuaire de la Forth, mêlé à la Mer du Nord

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Le soir, interminable défilé aux flambeaux, partant du château et allant jusqu’au pied d’Arthur’s Seat, avec nombre de jongleurs de feu, formations de tambours, orchestres de cornemuses, personnages juchés sur des échasses, etc., et la foule qui suitedimbourg noel 2019 39-min

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Puis un premier feu d’artifice (il y en aura un autre le 31)edimbourg noel 2019 41-minAujourd’hui à Edimbourg, photos Alina Reyes

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Jour exquis à North Queensferry et South Queensferry (Écosse)

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queensferry 1-minVu du train, à vingt minutes d’Édimbourg, l’estuaire de la Forth

queensferry 2-minEn ce dimanche radieux, nous descendons à North Southferry. Première maison à la sortie de la gare : une école

queensferry 3-minPuis un monument aux morts des deux dernières Guerres mondiales queensferry 4-minavec ces cailloux d’hommage décorés de façon enfantine

queensferry 5-minet ce bassin de pierre, semblable à un lavoir ou une tombe, rempli d’eau

queensferry 6-minTrois ponts traversent le large estuaire, en voici deux : le plus récent, à l’arrière, pour les voitures ; l’autre, que nous prendrons tout à l’heure, pour les bus et les piétons

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Nous traversons le village

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queensferry 10-minUn train sur le Pont du Forth d’où nous venons

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Je ne me lasse pas d’admirer ce fameux  Pont du Forth qui relie le sud et le nord de l’Écosse

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queensferry 11-minEt voici le Harbour Light Tower, plus petit phare du monde en activité (c’est une enfant qui se tient ici devant), construit par Robert Stevenson, grand-père de Robert Louis Stevenson, dont la famille remplit l’Écosse de phares queensferry 12-minNous y montons deux par deux queensferry 13-min

Nous marchons dans le vent, l’odeur des algues et les cris des goélands

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queensferry 19-minL’herbe est si verte en ces terres queensferry 20-min

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queensferry 22-minNous traversons le fleuve, trois kilomètres à pied et beaucoup de vent plus tard nous voici à South Queensferry

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Après un copieux et très bon déjeuner de Noël, dans l’après-midi bien avancé, dans un grand pub des plus cosy, nous prenons le chemin de la gare queensferry 31-min

toute belle sous son croissant de lune, et nous rentrons à Édimbourgqueensferry 32-minAujourd’hui à North Queensferry et à Queensferry, photos Alina Reyes

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Féérique Édimbourg. Le marché de Noël, etc.

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J’actualise cette note à mesure qu’arrivent de nouvelles images. Voici maintenant le marché de Noël.

edimbourg noel 2019 9-minÀ la nuit tombée, nous approchons du marché de Noël

edimbourg noel 2019 10-minavec ses animations et ses stands où faire du shopping ou manger sur place

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edimbourg noel 2019 16-minDélicieux saumon grillé sur place et servi en sandwich ou avec accompagnement

edimbourg noel 2019 17-minAprès l’avoir quitté, nous nous sommes posés dans un pub où l’un de nous, tout jeune officier, aussitôt arrivé a secouru un client qui était en train de s’étouffer. Connaître les bons gestes et être rapidement réactif, c’est important !

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C’est la troisième fois que j’y séjourne, et c’est toujours une beauté à vous rendre heureux d’amour. J’ai dit ce mot ce matin en parlant d’une personne, « c’est une beauté », et il convient aussi pour Édimbourg. Une ville qui n’est pas seulement belle mais possède un charme puissant, fait d’un mélange de haute nature et de haute culture, qu’elle sait cultiver en toute simplicité, et qui a donné naissance à tant de grands auteurs. Voici mes images de ces jours derniers, il en viendra sûrement d’autres.

 

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À l’arrivée le soir tard sur Royal Mile, en allant chercher des fish and chips pour quatre affamés, au niveau de ces superbes cabines téléphoniques

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edimbourg noel 2019 2-minLe lendemain matin, 24 décembre, toujours sur Royal Mile, les boîtes aux lettres ont été mises aux couleurs de Noël

*edimbourg noel 2019 3-minUne visite d’hommage au château, là-haut, s’impose avant toute descente en ville edimbourg noel 2019 4-mindepuis l’esplanade, la vue sur la ville tout autour, et sur les Pentlands à l’arrière-plan

*edimbourg noel 2019 5-minL’appareil photo du téléphone ne saurait rendre toute la féérie de l’architecture et du paysage mais peut en donner une idéeedimbourg noel 2019 6-min

edimbourg noel 2019 8-minces jours-ci à Édimbourg, photos Alina Reyes

précédentes images de la ville : ici

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Haïkus du solstice d’hiver. Haïku, yoga et photographie

nuit solstice

 

Pierre gravée d'un haïku : source de l'image

Pierre gravée d’un haïku : source de l’image

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Le haïku, comme la photographie, est une saisie d’instants, et un geste instantané. Ces deux arts ont cette grâce en partage avec le yoga, ses respirations (pranayama), ses postures (asana) et ses méditations (dhyâna en sanskrit – mot devenu zen en japonais). Mais la photographie se distingue par le fait qu’elle requiert de la part de son auteur·e un pas en arrière, un pas dans la mort. C’est seulement depuis la mort que le photographe peut arracher un moment au temps. Alors que le haïku, comme le yoga, projette son auteur·e de plain-pied dans la vie. Le photographe n’est pas dans son image, même en cas d’autoportrait : s’il « écrit la lumière », selon l’étymologie du mot, il le fait depuis la ténèbre où il lui faut se tenir pour réaliser ses images ; et il arrive souvent qu’il n’ait pas à s’y retirer, qu’il s’y soit retrouvé malgré lui et que la photographie se présente alors à lui comme moyen de ne pas oublier la lumière.

Il en va autrement du haïku et du yoga : leur auteur·e y est, y engage et y exerce pleinement sa vie, physiquement et mentalement. Le détachement que ces deux arts requièrent ne se formalise pas par un pas en arrière mais par un pas en avant, un bond par-dessus la flaque de la vie et de la mort mêlées. Le Bateau ivre de Rimbaud est une tentative de haïku, un essai de yoga mental au terme duquel le poète chercheur, encore insuffisamment savant des choses de l’esprit, insuffisamment entraîné à bondir en longueur, se retrouve dans la flaque. Alors que Kafka à la fin du Verdict, écrit en une nuit, ayant achevé le processus de destruction des liens morbides, se jette dans le flux de la vie, en extase (« Il sauta le garde-fou, en gymnaste consommé… » – « j’ai pensé à une forte éjaculation » écrira-t-il à propos de cette fin, généralement très mal comprise, à mon sens).

Haïku et yoga sont en quelque sorte les contre-postures de la photographie. C’est pourquoi aujourd’hui où tous les humains, munis de leur téléphone, sont photographes, le haïku et plus encore le yoga s’étendent aussi dans le monde, comme salvateurs de millions de vies. En articulant images mentales et postures corporelles comme autant de kundalini lovées dans le retrait du photographe pour la faire se dérouler le long d’une colonne vertébrale réveillée, flexible, dressée – jusqu’à la lumière en soi.

J’ai pris beaucoup de photos, mais j’ai écrit beaucoup de haïkus aussi, ces dernières années, avant de venir au yoga. Hormis le tout-premier, écrit seul et à 3-5-3 temps, je les ai écrits par séries de trois, à 5-7-5 temps, comme dans la tradition japonaise. Voici ceux que j’ai écrits cette nuit, dans ma chambre, à la lumière de mon téléphone, façon de faire du yoga avec mon stylo.

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Fine pluie nocturne

Les lumières de la ville

sont toutes mouillées

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O douce insomnie

en cette nuit de décembre

auprès de l’aimé

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Je souris dans l’ombre

Aux murs les peintures semblent

respirer aussi

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Un Panthéon, des véhicules et des Yoga Sutras

yoga sutras

pantheon-minvue sur le dôme du Panthéon, aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

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« La renaissance dans une forme d’existence différente est une modification due à l’exubérance des forces de la Nature. »

« Le temps existe en raison de sa nature propre, en relation avec la différence des chemins et de leurs caractéristiques. »

Patanjali, Yoga-Sutras, IV 2 et IV 12, trad. du sanskrit par Françoise Mazet

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Destin et autopoïèse

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il y a quelques années, à la montagne

il y a quelques années, à la montagne, photographiée par O

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« Une mutation de l’expérience (c’est-à-dire de l’être) est aussi nécessaire qu’un changement dans la compréhension intellectuelle, si l’on veut parvenir à suturer les dualismes de l’esprit et du corps. » Francisco Varela

Cette nuit, plusieurs heures après avoir demandé à ma conscience de faire un rêve parlant une fois endormie, je suis partie à vélo, en rêve donc, de la villa Sous-Bois, comme je le faisais à 19 ans quand je vivais seule, et enceinte, dans cette maison isolée, éloignée du centre-ville. Ce matin, avant de me lever pour ma séance de yoga, j’ai songé que la société s’acharne à nous contraindre au destin qu’elle a formé pour nous, surtout si nous sommes pauvres, et plus encore si nous sommes, de plus, femme. Certain·e·s résistent à la prédestination, d’autres moins. Résister à la prédestination ne consiste pas à faire en sorte de changer de classe sociale, de refuser une prédestination pour se soumettre à une autre. Là est toute la difficulté du refus de la prédestination : aller là où il n’y a nulle place prévue, ni pour d’où vous venez ni pour d’où viennent d’autres, inventer donc à mesure que vous vivez la place, de place en place, où vous pouvez être. C’est ainsi que vous agrandissez le pays – et que l’humanité qui se tient dans une prédestination vous considère comme un corps étranger, à exclure de son illusion fermée, dans laquelle elle s’entrereconnaît, alors que vous semblez lui tendre un miroir venu des confins de l’espace, dans lequel se reflètent les barreaux de sa prison.

Les philosophies de la sagesse ont cette grandeur de désaliéner l’homme de la société, mais, souvent aussi, cette faiblesse de l’y réaliéner en lui demandant de se contenter de son sort bienheureux (car être sage, c’est être bienheureux). C’est ainsi que l’humain libre se trouve à son tour réinvesti par la société, qui lui accorde une place également toute faite et somme toute confortable, la place du sage qui ne fait pas de vagues, qui se contente de ne pas bouger ou d’agiter l’eau sans danger, pour divertir la société en jouant les phares – inutiles à toute autre chose qu’à incarner la bonne conscience et l’illusion de liberté dont ont besoin les enchaînés volontaires.

La liberté n’est pas d’occuper, si possible avantageusement, telle ou telle place que la société nous a destinée et/ou donnée après que nous avons opéré un décalage par rapport à notre prédestination initiale. L’autopoïèse n’a rien à voir avec l’existentialisme – souci de bourgeois, trop bourgeois. Elle est une biologie de l’esprit, un recherche de la psyché de l’univers, pour reprendre des termes de Varela. Il s’agit d’être, pas d’exister. La liberté est d’être. C’est-à-dire d’expérimenter, et de chercher. Il n’y a pas d’invention sans recherche, pas de recherche sans expérimentation. Sans expérimentation, dans une recherche qui ne suture1 pas les dualismes de l’esprit et du corps, il n’y a que répétitions et variations de et sur ce qui est déjà connu, ou exploitation de la recherche d’autrui : dans les deux cas, une aliénation. La paresse intellectuelle qui crée l’aliénation n’est pas seulement une faiblesse, elle est une faute. C’est par la faute des aliénés, et notamment des élites aliénées, que le monde est aliéné. C’est par leur faute que le travail des êtres libres, travail que les aliénés ignorent, ridiculisent, récupèrent, combattent, peine à désaliéner le monde. L’esprit n’est pas leur illusion, il est à l’œuvre dans notre corps et il est son œuvre. En cours.

1Cf les Sutras de Patanjali (sutra et suturer ont même racine)

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Samadhi : extase, enstase ?

source de l'image

 

 

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Cherchant le seul cahier qui me restait de mon adolescence, celui où j’avais notamment recopié des extraits du Rig-Veda et dessiné un Shiva dansant, je retrouve des poèmes écrits par mes enfants quand ils avaient entre 5 et 7 ans. Impossible de mettre la main sur mon cahier, après tout il n’est peut-être pas ici, mais ces petits textes pleins de grâce et de splendeur, témoignant de véritables moments d’extase, suffisent à illuminer ma journée et à soutenir ma réflexion sur ces mots, extase et enstase, qu’on oppose – à tort, selon mon expérience, et je vais essayer de dire pourquoi.

Swami Nikhilânanda, dans son introduction à l’Évangile de Mahendra Nath Gupta, raconte que Gadâdhar, plus tard connu sous le nom de Râmakrishna, alors qu’il était âgé de six ans connut cette expérience qu’il qualifia plus tard de joie indicible :

« Un jour qu’il cheminait le long d’un étroit sentier, entre des rizières, en mangeant le riz soufflé qu’il portait dans un panier, il regarda le ciel et il vit un beau nuage sombre d’orage qui s’étendait avec rapidité, enveloppant le ciel tout entier. Un vol de grues, d’une blancheur de neige, passa au-dessus de lui. La beauté du contraste lui fit perdre conscience. Il tomba évanoui. Le riz s’éparpilla autour de lui. »

Cette expérience ressemble beaucoup aux poèmes que mes enfants écrivirent à peu près au même âge. Dans l’hindouisme (et au yoga) on parle de samadhi. Terme que Mircea Eliade a traduit par enstase, néologisme qu’il a formé pour marquer la différence avec l’extase, sortie de soi connue par des mystiques chrétiens et musulmans. Le samadhi n’est pas une sortie de soi mais une arrivée au plus profond de soi, à l’union avec le Soi, l’âtman, le Brahman, Dieu.

Or, selon mes propres expériences, il n’y a pas lieu d’opposer extase et enstase. J’ai déjà décrit, notamment dans Voyage et dans Forêt profonde, des contemplations aboutissant à des extases, comme sorties de soi au sens où tout le corps et son intérieur, tout l’esprit, ne sont plus que vide et lumière. Le samadhi auquel peut donner accès la méditation yogique, par dépouillement successif ou instantané de tout ce qui constitue le corps et le psychisme, avec leurs limitations, donne une pareille expérience du vide et de la lumière. Dans les deux cas, il s’agit d’un franchissement des limites, qui peut durer quelques secondes ou des heures (voire perdurer la vie entière, sous la surface) : de l’autre côté de cette ouverture, dont on sent très bien, comme un déclic, le moment où on la passe, il n’y a plus de temps, seulement une joie sublime. Il n’y a plus non plus d’extérieur ou d’intérieur au-delà de cette trouée, la trouée fait se rejoindre les deux. Il n’y a plus de moi, voilà l’extase/enstase, seulement un Je vibrant, lumineux, sans gravité ni durée, un pur Être universel.

Extase et enstase pourraient s’opposer comme méthodes, comme chemins, pas comme résultats. Recherche par la contemplation pour ainsi dire au télescope dans un cas, au microscope dans l’autre. Pour poursuivre dans cette image traduisant grossièrement les processus en jeu, disons qu’au bout de la contemplation, l’infiniment grand et l’infiniment petit ne font plus qu’un.

L’extase ou l’enstase ne sont pas réservées aux seuls mystiques, et ne sont pas nécessairement le résultat d’un processus savant. Tout être humain peut connaître de ces instants qui surviennent comme venus d’on ne sait où – si cet être connaît, même inconsciemment ou épisodiquement, une attention de chercheur, dans quelque domaine que ce soit. Les scientifiques, notamment, cherchent à éclaircir des mystères, comme les mystiques, par leurs propres voies. Cette attitude mentale les rend sensibles et aptes à ces moments de grâce et de révélation qui restent fermés à ceux qui restent enfermés dans leur moi. Des exemples célèbres illustrent ce fait, comme la légende de la pomme tombée sur la tête de Newton et lui donnant une révélation scientifique majeure (Newton était aussi par ailleurs un mystique). Mais tout chercheur scientifique réel connaît de ces instants, même si leurs résultats ne sont pas toujours aussi fabuleux, du moins dans l’immédiat. L’astrophysicien David Elbaz raconte au début de son livre À la recherche de l’univers invisible comment, un jour, il fut saisi à la vue d’une feuille d’arbre qui s’arrêtait dans sa chute. Je suis en train de l’écouter, il a le talent d’expliquer simplement ce qui est complexe, et magnifique :