Regarde le ciel

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Je pense tous les jours à mes élèves. Je leur dédie la note de ce jour.

tag regarde le ciel

La plainte stupide déposée contre moi a été classée sans suite. Tout de même, le droit existe et la censure a ses limites. Je voudrais savoir comment vont se sentir certain.e.s profs de lettres lorsqu’il va leur falloir parler de la cabale des dévots contre le Tartuffe – toutes proportions gardées entre Molière et moi, mon affaire et la sienne, sa pièce et mon blog, son génie et le mien. J’ai pris ces photos, dans l’ordre où elles apparaissent, entre la bibliothèque et le commissariat, puis au retour du commissariat. La grâce ne démissionne jamais, encore faut-il savoir bouger un peu la tête et les yeux.

ailes

oiseau pecheur

coeur et filles

arc en cielaujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Sous Sarkozy, sous Hollande, sous Macron : la France, toutou de l’Amérique plouc

macron trump invalides

Whatshisname-jeff-koons-chien-cacaparodie du chien de Jeff Koons par l’artiste anglais Whatshisname

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Jeff Koons pète et fait caca partout. Il décide de fourguer à Paris ses habituelles tripes boudinées pleines de cash dématérialisé, pleines de néant puant ? Macron et Hidalgo ouvrent les bras comme s’ils étaient des cuvettes de chiottes pour les recevoir, et s’en disent honorés. Jeff Koons offre l’idée (un bouquet de tulipes en acier de 33 tonnes) mais pas les moyens pour la réaliser, paiera qui pourra – des mécènes, nous dit-on, mais peut-être bien que l’argent public devra être de la partie, d’une façon ou d’une autre. On va donc défigurer un bel espace parisien avec cet énorme machin, emblème de la soumission de nos dirigeants aux États-Unis dans ce qu’ils ont de plus moche ou de plus con. Tout ça pour honorer les morts des attentats. Faites gaffe, Macron, Hidalgo & co, ils pourraient bien se retourner dans leur tombe et venir vous tirer par les pieds.

 

macron obey

 

Piketty l’a dit, « Trump, Macron : même combat ». Une Marianne d’Obey trône dans le bureau de Macron et s’impose au regard des Français quand il leur parle, notamment lors de la présentation des vœux. Là aussi il s’agit d’un cadeau de cet artiste américain à l’occasion des attentats. Macron obéissant l’a aussitôt affiché à la place royale. Certes c’est ce même Obey qui avait réalisé un portrait fameux d’Obama, mais est-ce une raison pour manger ses restes ? Puisque le président français est censé représenter les Français, ne pouvait-il garder son Obey dans sa collection privée et offrir à ses concitoyens la vue d’une œuvre d’un artiste français ? Il n’est pas difficile d’en trouver de bien plus grands et intéressants que le lisse Obey. Pour ne pas faire de jaloux parmi les vivants, et pour rester dans l’esprit street art contemporain, pourquoi pas le génial Bilal Berreni, alias Zoo Project, Français mort en 2014 à vingt-trois ans d’une balle dans la tête aux États-Unis, à Detroit où il était allé pour témoigner par son art de sa solidarité avec les habitants de cette ville tombée dans la faillite, la misère, le crime – après avoir, toujours par son art, accompagné la révolution tunisienne puis la crise des réfugiés en Libye. Voilà qui aurait du sens, du vrai sens.

 

zoo_project_bilal berreniautres œuvres de Bilal Berreni : à voir ICI

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Lekh lekha

fargo
l'autre jour à Paris 5e, photo Alina Reyes

l’autre jour à Paris 5e, photo Alina Reyes

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Pourquoi lirais-je un des ces romans d’aujourd’hui, alors que je peux regarder la troisième saison de Fargo, produite par les frères Coen ? Dans quel livre d’aujourd’hui trouverais-je autant d’intelligence ? Les séries sont l’art d’aujourd’hui.

Méfaits et crimes du libéralisme. Évidemment. Moins évidents peut-être, plus masqués, les méfaits et les crimes des administrations, de la fonction publique, de l’étatisme.

Grippe. L’organisme trop fatigué manque de force pour lutter contre le mal. Mais il lutte.

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« et sous ce prétexte commode »… Mathieu Gallet évincé

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c215 rsfce matin à Paris 13e, photo Alina Reyes

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Rien ne va plus entre Macron et Gallet ? Nyssen est décidément si zélée à servir les intérêts de qui l’a mise en place, comme en met en place les couvertures en vitrine… Les journalistes de Radio France sont très inquiets, les auditeurs devraient l’être aussi. Dom Juan, acte V, scène 2 : « Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d’impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets » (tirade dite de l’hypocrisie). Macron s’est fait élire par les médias. Aussitôt élu, il est entré en guerre contre les journalistes. Il les lui faut sans doute encore plus à sa petite botte. Bah.

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« Tout flue »

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Alors que je prépare, comme je l’ai fait pour mes Seconde, le récapitulatif du travail que j’ai accompli avec mes Première, ma colère contre l’Éducation nationale monte autant que les eaux de la Seine, mais elle va redescendre en même temps puisque lundi sera mon dernier jour de prof. L’autre soir, une scène dans une série allemande, Dark, m’a laissée rêveuse au point que je fus tentée de la repasser en boucle : on y voyait un prof de lettres expliquant à une classe de lycéens le sens profond d’un texte de Goethe (une profondeur de sens telle que, j’en ai fait l’expérience, les profs de l’Espé n’en ont pas la moindre idée), et les élèves écouter et prendre des notes par eux-mêmes, sans qu’il soit nécessaire de les encadrer comme des attardés (dans l’infantilisation des élèves et des profs de la pédagogie française). Bon, c’était un film et j’ignore si cela se passe réellement comme ça en Allemagne, mais j’ai des témoignages directs de collégiennes françaises qui ont étudié en Angleterre et vous récitent à n’en plus finir, enthousiastes, des vers de Shakespeare, ayant à quatorze ans, à l’âge où en France les élèves sont encore invités à « étudier » en classe des livres « jeunesse », étudié à fond dans leur high school une pièce entière de Shakespeare, dans tous ses détails et avec tous les sens profonds que l’on peut y trouver et dont elles parlent avec émerveillement. L’une d’elles se retrouvant cette année, à quinze ans, en Seconde dans un lycée français, s’y ennuie au point de songer à quitter l’école pour étudier seule plutôt que de continuer à subir le bas niveau (en sciences aussi) qu’elle y constate, par comparaison avec ses années précédentes d’études en Finlande puis en Angleterre. De même qu’on a fait voir aux Seconde de mon lycée un spectacle « théâtral » fait d’un pot-pourri de Maupassant, sa classe a assisté à un spectacle théâtral d’un pot-pourri de Molière : symptômes de la destruction du sens qui règne dans l’enseignement français. Elle a même dû protester contre l’affirmation du responsable de la troupe, qui prétendait que contrairement à Molière, Shakespeare n’avait pas écrit en vers. Tout cela est infiniment triste.

Mais tout flue, comme disait Héraclite, et demain, après-demain et les jours suivants seront d’autres jours.

la garde de nuit

pierres

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mouffetard 3hier et aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Le sonneil rêve

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« Le sonneil a rêvé ». Je repense à ce lapsus que je fis un jour en lisant deux phrases de Walter Benjamin, l’une située vers le début de son article sur le surréalisme, l’autre à la fin :

peniche,

Quand vers le matin il s’allonge pour dormir, Saint-Pol Roux accroche à sa porte un écriteau : « Le poète travaille ».

cab

Un par un, ils échangent leurs mimiques contre le cadran d’un réveil qui sonne chaque minute pendant soixante secondes.

shakespeare&cy

Le fait est que les poètes, les yeux fermés aussi bien qu’ouverts, écoutent à chaque instant le réveil qui sonne, le sonneil qui rêve.

sorbonne

Dans le même article (in Œuvres II, Folio Essais), Benjamin dit aussi :

Aucun visage n’est aussi surréaliste que le vrai visage d’une ville. Aucun tableau de Chirico ou de Max Ernst ne saurait rivaliser avec l’épure précise de sa forteresse intérieure.

cab,aujourd’hui sous la pluie à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Des chevaux, une mosquée, et dans les rues des visages dessinés

mosquée

arbre à coeurs

chevaux

visage

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visage 3

visage 4

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visage 6

voiture

mosquée

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En chemin vers mon rendez-vous, j’ai rencontré de beaux chevaux montés par deux cavaliers de la Garde républicaine, je suis passée par la Grande mosquée, et j’ai photographié des visages, une voiture et un arbre à cœurs dessinés sur les murs. Le médecin m’a trouvée en très bonne santé mais fatiguée, et m’a conseillé à plusieurs reprises, et encore au moment du départ, de prendre un arrêt maladie d’une semaine pour récupérer. Je ne veux pas laisser les élèves, j’ai refusé de m’arrêter mais je lui ai promis de le faire si nécessaire. N’empêche que l’Éducation nationale est bien peu respectueuse des enseignants, et du même coup des élèves. Au lieu de pouvoir travailler dans des conditions optimales, comme ce serait le cas si j’avais été nommée pas trop loin de chez moi plutôt qu’à quatre heures de transports par jour aller-retour, je dois préparer les cours, corriger les copies etc., et assurer des cours parfois dans un état de grande fatigue, qui ne m’aide pas à gérer les classes. D’autant qu’à soixante-et-un ans et après un traitement anticancer je n’ai pas les mêmes ressources d’ énergie qu’à trente ans. Mais ces gens se foutent de l’humain, ils ne parlent qu’en acronymes et autres sigles, une non-langue que parlent aussi les formateurs de l’Espé, la seule langue qu’ils comprennent, au fond. Heureusement il y a les élèves, encore vivants. Ma joie.

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Fake news et passé simple

ours

gravures

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Il ne suffit pas de chasser toutes les personnes qui n’entrent pas dans la ligne, il faut aussi chasser toute parole qui ne s’accorde pas avec la parole officielle. Les milliardaires s’arrangent pour que tous les grands médias soient dans la ligne, les législateurs vont être chargés de faire en sorte que soient désormais contrôlées toutes les paroles qui échappent au contrôle des milliardaires.

 

lelapinlouche

Certains médias, comme Le Monde et son éhonté Décodex, s’engouffrent servilement dans la chasse à la parole autre. Le quotidien 20 Minutes se fend par exemple d’un article dénonçant comme fake news le fait de dire qu’on n’apprend plus le passé simple à l’école. En fait ce n’est pas une fake news, c’est la simple vérité, même si comme l’article l’affirme, le passé simple figure encore dans les manuels. Sur une classe de 35 élèves de Seconde, seuls 2 ont trouvé le passé simple que je leur demandais d’un verbe courant à la troisième personne du pluriel. Au moins les trois quarts, voire 90%, conjuguent la première personne du passé simple du premier groupe en -a : je marcha, je roula, etc. Quand je leur ai dit que la terminaison était en -ai ils m’ont demandé avec suspicion : « Vous êtes sûre ? » Et comme je l’étais, ils ont ajouté, pas convaincus : « Pourtant, tout le monde dit comme ça. » Pour les verbes des deuxième et troisième groupes, c’est un festival de terminaisons fantaisistes : il courit, ils voyurent, tu partas, etc. Même chose avec mes Première. J’en ai parlé avec les autres profs, ils m’ont dit que le phénomène était général.

 

dragons

 

Or si l’on suit la loi anti fake news que Macron annonce, c’est donc la parole officielle qui a raison sur la vérité des faits. L’ancien président du Conseil supérieur des programmes l’affirme : le passé simple est enseigné selon une procédure pédagogique qui a fait ses preuves. Ses preuves de quoi ? Qu’elle ne marche absolument pas, voilà la vérité des faits, mais selon la vérité officielle dire ce qui est constitue une fake news. C’est que le passé simple n’est plus employé à l’oral, ajoute le pédagogue, qui dit tout et son contraire. L’était-il il y a quelques décennies ? J’en doute fort. Mais le passé simple est employé à l’écrit, en littérature. Si la littérature était enseignée aux élèves, ils le connaîtraient. Le fait est, comme je l’ai déjà dit beaucoup ici, que la littérature ne leur est pas enseignée.

 

oursAujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Neige

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Aujourd’hui j’ai fait mes courses de Noël sous la neige à Paris. Un groupe de jeunes banlieusards m’a demandé son chemin pour un magasin de jouets. Nous étions tous ravis des flocons qui tombaient sur nos capuches, si minces et éphémères fussent-ils. J’ai marché légère, plume, flocon moi-même, étoile des neiges, la joie au cœur. Puis je suis rentrée, continuer à préparer mes cours. La vie toute simple, toute bonne, toute exquise, est là partout, du moment que nous sommes détachés. Libres.

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missticcet après-midi à Paris 5e, photo Alina Reyes

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