Les fantastiques collages de Tomi Ungerer

 

Le corps tout pétri par la séance de yoga kundalini (un kriya censé libérer l’énergie créative qui m’a laissée trop épuisée pour aller écrire mais très heureuse de sentir si fort mes muscles et mes articulations), je suis allée voir les collages de Tomi Ungerer au Centre culturel irlandais. « Depuis cinq ans, je me réfugie dans le collage, les sculptures et les écrits. Il y a aussi le fait que nous sommes dans un monde irréparable, dans l’Apocalypse », déclarait-il en décembre dernier, deux mois avant sa mort, à Libération. L’exposition, qu’il a eu le temps de préparer, s’intitule « En attendant », référence claire à Beckett. Ses œuvres sont d’une beauté presque douloureuse à force d’être parfaite dans sa simplicité, sa monochromie ou quasi-monochromie, sa tristesse insondable sous l’humour discret. Chacune pourrait être un nouvel aphorisme biblique. Au bout des doigts de maître Tomi, le monde qui apparaît, c’est un Job sans paroles. Le malheur n’y est pas attaché à l’homme, comme à Job dans la Bible, mais à son monde (comme on dit aujourd’hui « Macron et son monde » – j’ai fait cette nuit un rêve de mauvais augure pour la France de Macron et son monde, et j’aimerais qu’il ne soit qu’un écho de l’exposition vue hier, plutôt que le résultat, comme les rêves savent en trouver, d’une analyse de la réalité).

Il y a aussi des objets : barreaux de chaise sans siège ni dossier, vieilles portes transformées en paravent aux portraits surannés, pelles rouillées faisant office de visages et de bonhommes. Les collages de Tomi Ungerer sont surréalistes, avec la particularité d’avoir très peu l’air de collages. Il faut les regarder de près pour voir où sont les collages dans ces œuvres qui ressemblent souvent à des dessins. Pourquoi, alors, avoir fait des collages ? N’est-ce pas le fait d’un désir de réparer ce « monde irréparable » ? D’en réagencer les morceaux afin d’y trouver un sens perdu ou introuvé, ou bien d’en révéler le non-sens ? D’inciter les gens à passer à travers les quantités de barres et de barreaux qui encombrent ce monde, à sortir de ses rails morbides ? Un pape y perd la tête, pourquoi ? J’ai mon idée là-dessus : parce qu’il est adulte, trop adulte, comme dirait à peu près Nietzsche. À la journaliste de Libé, Tomi Ungerer parlait du livre qu’il préparait, avec un enfant qui se retrouve seul dans un monde où « tout s’écroule, tout explose. Lui suit toujours son ombre qui lui dit où aller et comment éviter les embûches. Elle lui dit de tourner le coin de la rue et il y a une explosion, puis de la traverser et les buildings s’écroulent. Les enfants dans mes livres n’ont jamais peur. Ils n’ont pas froid aux yeux. » Il est là, le salut.

Voici quelques-uns des collages de cette exposition, à voir jusqu’au 5 juillet au Centre culturel irlandais à Paris.

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La condition humaine, 3 (silex peint)

 

Décidément la mode est au négationnisme. Honte à ceux qui ont commémoré le Débarquement en ignorant les Russes, sans lesquels nous ne parlerions plus français. Start-up nation, nouveau nom de la collaboration. Ô têtes de cons, inutile d’aller vous chercher chez vous : 25 millions de Russes morts à la guerre contre le nazisme vous feront de l’autre côté l’accueil que vous aurez mérité.

Pour se nettoyer, encore, du spectacle de la misère, voici, après la topographie et l’histoire, un silex (11 cm de longueur) qui parle d’amour.

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Comme pour les précédents, j’ai peint le silex enchâssé dans la craie, cette fois en prenant garde à ne pas me couper à l’arête du nez, très tranchante

silex peint 12-min

une face, l’autre…

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et comme il tient debout, le voici vu du dessus…

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et vu de face :

silex peint 15-minAlina Reyes

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Angot & co, la possibilité du déshonneur. Et pour l’honneur, du Street Art

 

Les vendu·e·s volontaires estiment qu’il n’est pas bien terrible d’être vendu. Telle Christine Angot vendant son anticharme à la télé : selon elle, les Noirs déportés et esclavagisés étaient bien nourris (comme elle est bien payée) donc leur esclavage (comme sa servitude) valait bien mieux que d’être menacé de mort. Outre l’ignominie de ce négationnisme, son ignorance crasse des réalités historiques et la bêtise de sa comparaison entre Shoah et esclavage, ses propos révèlent bien le fond de non-pensée de tous ces polichinelles achetés par le système : mieux vaut, pour eux, se vendre qu’être mort médiatiquement.

Angot au départ avait la possibilité d’une œuvre comme Houellebecq eut la possibilité d’une vie. Ils ont préféré bouffer à la gamelle, télé, légion d’honneur et autres colifichets qui leur mangent l’intelligence jusqu’au trognon. La servitude volontaire n’est pas le fait du peuple mais celui des courtisans et des princes de ce monde, tout et tous inféodés à sa gueule puante.

Allez, quelques œuvres de Street Art parmi celles que je n’avais pas encore photographiées dans le treizième arrondissement, pour se nettoyer du spectacle de la misère.

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street art 1-minJ’adore quand le Street Art se balade, sur camion ou sur métro et autres trains

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street art 2-minÇa dit quoi ? Ben, c’est comme avec les animaux, faut le sentir

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street art 3-minune fresque de Jorge Rodriguez-Gerada et des Parisiens en mouvement

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street art 4-minInvader ? Et la lumière est

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street art 5-minMon reflet dans une porte vitrée, une œuvre de Street Art encore plus éphémère que les autres

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street art 6-minla Joconde d’Okuda

à Paris 13e ces jours-ci, photos Alina Reyes

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Château d’Ermenonville et environs

Nous avons passé deux jours inoubliables dans ce pays enchanteur, aimé de Nerval et de Rousseau, et nous avons logé dans le château qui, chose rare, fait office d’hôtel. Nous avons visité aussi les ruines altières de l’abbaye de Chaalis et, au même endroit, le fantastique musée Jacquemart-André.

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ermenonville et environs 1-minPour commencer, un arrêt à Mortefontaine, où l’on garde (comme moi dans mon cœur) le souvenir de Nerval et de ses Filles du feu ermenonville et environs 2-min

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L’arrivée au château d’Ermenonville, avec ses plans d’eau et sa cascade. Une merveille très abordable financièrement, car le château n’a pas (pour l’instant) était réaménagé à grand frais, et heureusement : non seulement tout le monde peut en profiter, mais même en dehors de la question du prix, il est beaucoup plus charmant ainsi, avec les marques du temps qui se font si savoureusement sentir, qui sont si apaisantes et enchanteresses.ermenonville et environs 3-min

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Notre chambre donne de l’autre côté du jardin. Quelle émotion, en ouvrant sa porte, de découvrir la vue par la vaste fenêtre !ermenonville et environs 5-min

ermenonville et environs 6-minJe vais contempler ces lieux des heures durant, du rebord de notre fenêtre ou en allant nous y promener. J’observe beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux (je m’abstiendrai de mettre ici les dizaines de photos de hérons en train de pêcher et de ragondins en train de nager ou de brouter que j’ai prises !)ermenonville et environs 7-min

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Je vous présente la vieille oie sage qui veille à l’entrée du château, qui m’écoute quand je lui parle et me répond. Elle passera la nuit sur l’îlot face à notre chambre (on la voit en bas à droite de l’image) :ermenonville et environs 15-min

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Un apéritif en terrasse et un dîner au restaurant du château, « La table du poète »

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Les effets de reflets, mobiles

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Au matin les oies et leurs petits glissent sur l’eau verteermenonville et environs 27-min*

Il est temps de quitter la chambre du bonheurermenonville et environs 28-min

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Nous arrivons aux ruines de l’abbaye de Chaalisermenonville et environs 29-min

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ermenonville et environs 31-minUne Annonciation de Primatice dans la chapelle ermenonville et environs 32-min

Des bêtes étranges l’entourent, dont une espèce de dinosaure et un escargotermenonville et environs 33-min

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À nous deux seuls aussi la roseraie (c’est l’avantage de partir en week-start plutôt qu’en week-end : il n’y a personne), une merveille de grâce, arrangée dans un esprit médiévalermenonville et environs 36-min

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ermenonville et environs 38-minPuis nous passerons beaucoup de temps au musée conçu par Nelie Jacquemart-André, dont je ne montre rien car il est interdit d’y prendre des photos. Allez-y si vous en avez l’occasion et voyez par vous-même, cela vaut vraiment le déplacement. Un peu comme au château on se sent plus chez soi qu’à l’hôtel, on s’y sent comme dans une maison où tout vit encore plutôt qu’au musée.

*ermenonville et environs 39-minNous reprenons la route, et après ce séjour à Ermenonville où O avait déjà emmené, avant moi, Madame Terre, nous passons par une autre étape de Madame Terre, le village fantôme de Goussainville. Que reste-t-il quand tout un habitat s’est déplacé ? La littérature, ici présente grâce à un bouquiniste endurant. ermenonville et environs 40-min

Hier et aujourd’hui dans l’Oise, photos Alina Reyes

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La condition humaine, 2 (silex peint, Michel Serres, Jean Potocki)

 

On annonce la mort de Michel Serres, un auteur dont je trouvais la production médiocre, mais peut-être devrais-je lire ses œuvres d’avant sa médiatisation pour y trouver mieux. La médiatisation pourrit les talents et les gens, à moins qu’elle ne soit recherchée et obtenue par les gens qui manquent de talent, ou de courage pour faire fructifier leur talent sérieusement. La médiatisation est utilisée comme substitut à la grâce mais elle en est le contraire, donnant une apparence de charisme tout en achevant de tuer tout charisme réel, profond.

Mon premier silex peint de cette série constituait une méditation sur la géographie mentale de l’humain, une cartographie multidimensionnelle de ses projections. Ce deuxième silex (de 10 cm de longueur) constitue une méditation sur l’histoire, sur le temps. Sur la pierre posée sur sa face plate, comportant très peu de silex apparent, j’ai utilisé les deux touches proches de silex dans la craie pour évoquer les gros yeux de ce que j’ai vu comme représentant un sphinx, ou une « bête de sable » et d’océan aussi, avec quelque chose du mollusque et du coquillage.

silex peint 8-min

Par des lignes de peinture noire, j’ai donné un tour hélicoïdal à la bête, et j’ai également dessiné une spirale dans le cratère ouvert sur son flanc, y voyant la fuite du sable en vortex dans son corps, unissant ainsi l’idée de l’immobilité du temps et celle de sa fuite, toutes deux également contenues dans la souveraineté du sphinx.

 

silex peint 10-min

Puis, sur la face plate de la pierre, tout aussi crayeuse, j’ai peint un visage de pharaon, de profil, avec une spirale dans le creux de l’oreille, et portant en coiffe les yeux du sphinx. Deux petits bouts de pierre nue, l’une sur le front du pharaon, l’autre en haut de son oreille, servent de témoins de l’aspect originel de la chose.

 

silex peint 11-min*

« Me voici arrivé à une époque de ma vie remarquable par le nouvel emploi que je commençai à faire de mes idées en les dirigeant vers le même but. Vous observerez dans la vie de chaque savant qu’il vient un instant, où, frappé de quelque principe, il en étend les conséquences et les applications et donne, comme l’on dit, dans un système. Alors, il redouble de courage et de force. Il revient sur ce qu’il sait et achève d’acquérir ce qui lui manquait. Il considère chaque notion sous toutes ses faces, les réunit, les classe. S’il ne réussit pas à établir son système, ou même à se convaincre de sa réalité, du moins il l’abandonne plus savant qu’il n’était avant de l’avoir conçu, et en recueille quelques vérités qui n’avaient pas été aperçues auparavant. »

Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse

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La condition humaine, 1 (silex peints)

J’ai décidé d’en faire une série intitulée La condition humaine. Quand O m’a rapporté du Nord ces silex dans leur craie, j’ai aussitôt pensé à nos ancêtres préhistoriques, et mesuré le degré de technicité qu’il leur a fallu développer pour dégager de là des bifaces, et parfois magnifiquement travaillés, un peu comme Michel Ange disait avoir vu un ange dans le marbre, et ciselé jusqu’à l’en libérer.

Voici le premier de la série. Dans sa plus grande longueur, il mesure 9 centimètres. Il compte de multiples faces et reliefs, et je les ai peints de différents motifs, toujours en utilisant les accidents de la pierre. J’ai commencé par la vache et l’oie au-dessus d’une barrière de signes :

 

silex peint 1-min

Puis j’ai ajouté, sur la facette qui part au niveau de la tête du bovin, une tête de monstre dinosauresque, en peignant seulement un œil, une gueule et des dents sur le silex brut, détouré en noir :

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Ensuite j’ai fait le félin, ou canidé, qui peut se regarder de face ou sur ses deux profils :silex peint 2-min

À l’arrière de la fresque animale, j’ai peint une tête d’hominine,

silex peint 4-min

et sur son crâne des lignes, des points, des signes évoquant des écritures et des opérations :

silex peint 5-min

La plus petite face est laissée à l’état naturel, comme témoin, avec juste mes initiales en signature (juste au-dessus, ne dirait-on pas une écriture orientale inscrite naturellement dans la roche ?) :

silex peint 6-min Alina Reyes

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Galets peints, encore : figures et symboles

Je continue à peindre les galets que me rapporte O.

galets peints 11-min

Ceux-ci sont petits. Pour ces trois figures, j’ai repris en fond la couleur originelle du galet, en l’exhaussant.

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J’ai aussi repeint deux petits galets que j’avais décorés aux feutres il y a quelques mois et qui étaient bien pâles, par rapport aux galets peints. Je les ai d’abord enduits de Gesso, afin de pouvoir ensuite les repeindre.galets peints 15-min

Pour ce dernier, dédié à O, j’ai repris le symbole de l’Homme gravé dans une bague berbère qu’il m’avait rapportée de l’un de ses voyages (bague que je porte tous les jours), et je l’ai fait vert car son prénom est le nom d’un arbre et car son arbre préféré est le pin à crochets, qui pousse en altitude.

galets peints 16-min

bague-min*

galets peints 17-min

O m’a de nouveau rapporté des pierres. Pas des galets des plages de Normandie cette fois, mais des silex dans leur craie trouvés dans un champ dans la Somme. J’ai juste commencé à en peindre un, les voici au naturel avant de revenir avec le résultat des trois transformés :

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Nouveaux galets peints : intérieur extérieur

galets peints 5-min

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Finalement la cohabitation entre écriture et peinture s’est passée à merveille. Hier matin j’ai commencé à peindre trois nouveaux galets, hier après-midi je suis allée écrire en bibliothèque et mon écriture a trouvé un nouveau délié, un nouvel élan. Cette nuit j’ai fini de peindre les trois nouveaux galets et j’en ai peint encore deux autres, ce matin j’ai verni les cinq.

Je ne sais plus dans quel livre j’ai parlé du caillou de l’être, ou de la pierre dure de l’être. Les galets disent : nous sommes ta solidité, ton unité et ta multiplicité, nous sommes ta très longue durée, en échange de cela que nous t’offrons de toi par notre présence, révèle, extériorise notre joie intérieure !

 

mosquee-minHier à la Grande mosquée de Paris, photo Alina Reyes

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Galets peints

galets peints 1-min

galets peints 2-min

galets peints 3-min*

Au paradis on peut faire son travail avec cœur, ou tout simplement aller se promener ; on peut faire l’amour, ou tout simplement aimer ; on peut écrire, ou tout simplement peindre. Des cailloux, par exemple. O m’ayant rapporté des galets, j’ai eu envie de les peindre. En fait il y a un moment que j’ai envie de peindre, et que je ne le fais plus parce que mon appartement est saturé de peintures, et d’autre part parce que je suis occupée à écrire. Mais j’ai trouvé comment continuer : en peignant des galets, qui prennent peu de place, ou en peignant par-dessus d’anciennes peintures dont je ne suis pas satisfaite – c’est ce que je ferai quand je ferai une pause dans l’écriture, très bientôt peut-être car j’en ai grand désir. À moins que je ne parvienne à peindre le matin et la nuit, par exemple, et écrire l’après-midi. On verra. C’est moins une affaire de temps que de partage dans la tête, souvent il faut être toute entière à une création, sans passer de l’une à l’autre.

J’ai d’abord lavé les galets dans l’eau savonneuse, je les ai rincés et séchés. Puis, sans idée préconçue, j’ai commencé à les peindre à l’acrylique, en passant de l’un à l’autre : en attendant qu’une couleur sèche sur l’un, la passant sur un autre. Je les ai peints comme des tableaux, c’est-à-dire en superposant les couches si nécessaire, en improvisant sur le support jusqu’à ce que je sois satisfaite. Puis je les ai vernis. J’ai laissé le verso au naturel, afin qu’il témoigne de ce qu’était le caillou avant transformation. Avec les cailloux, comme avec le bois, l’intérêt est aussi de jouer avec la structure, les formes voire les couleurs naturelles du galet – comme avec les nœuds sur une planche de bois et les mouvements sur une branche sèche. Ceux-ci sont donc mes trois premiers, il m’en reste beaucoup d’autres et O m’en rapportera autant que j’en voudrai.

 

galets peints 4-mincopyright Dieu & Alina Reyes

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Accords nouveaux vs gueules et langues de bois post-électorales

fete de la nature 1-minUne illustratrice scientifique explique son travail hier à la Fête de la Nature

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Selon la propagande, si l’abstention a été moindre, c’est que certains abstentionnistes sont allés voter pour défendre l’Europe. Selon les résultats, c’est plutôt qu’ils sont allés voter contre Macron et son monde, en France, et ailleurs contre ses équivalents. En votant soit pour le RN, soit pour les Verts, les deux alternatives (inaptes du moins pour l’instant) montantes du fait de l’incapacité des pouvoirs en place, dans le pays et sur le continent. Macron a gardé les votes de ses vieux assis, il sert tant de vieux bourgeois. Mais encore une fois, les grands « gagnants », comme ils disent, ce sont toutes celles et ceux qui se sont abstenus (voyez mes accords nouveaux après la virgule, c’est beau, non ? Une fois avec le féminin, l’autre avec le masculin, en fonction de la proximité des termes dans la phrase, en voilà de l’égalité des droits et de la vérité ontologique).

 

fete de la nature 2-min

Des plumes de chouette, et des mains d’enfant travaillant la terre

fete de la nature 4-minHier dimanche à la Fête de la Nature au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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« Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses » à la Fondation Cartier

 

Comme toujours, trouver un Vélib a pris du temps, les stations sont vides ou les vélos cassés, depuis que Anne Hidalgo a eu la fameuse idée de changer un service qui fonctionnait très bien depuis des années pour un autre qui n’a pas fonctionné pendant des mois et fonctionne désormais très mal tout en étant plus cher. Les changements et autres métamorphoses ou renaissances, comme dit l’autre, quand c’est pour que ce qui était devienne pire, on s’en passerait. L’Europe a toujours existé et elle continue à exister en-dehors des politiciens médiocres, voire mauvais, qui prétendent s’en charger. Bref, je suis allée voir l’exposition des œuvres de quelques jeunes artistes européens à la Fondation Cartier, un lieu que j’aime bien, pour avoir une plus belle vue du jour que celle des panneaux de fer et de leurs tristes affiches devant les bureaux de vote.

 jeunes artistes en europe 3-minKostas Lambridis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 4-minKris Lemsalu (Tallinn)

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jeunes artistes en europe 6-minCharlie Billingham (Londres)

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jeunes artistes en europe 7-minKasper Bosmans (Amsterdam et Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 8-minAlexandros Vasmoulakis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 9-min

jeunes artistes en europe 10-minKris Lemsalu (Tallinn)

*jeunes artistes en europe 11-minMiryam Haddad (Damas et depuis 2012, Paris)

*jeunes artistes en europe 12-minEvgeny Antufiev (Moscou)

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jeunes artistes en europe 13-min

jeunes artistes en europe 14-minRaphaela Vogel (Berlin)

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jeunes artistes en europe 16-minMagnus Andersen (Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 17-minTenant of Culture (Londres)

*jeunes artistes en europe 18-minNika Kutateladze (Tbilissi)

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Et d’autres encore, que je n’ai pas photographiés. Sans compter les vidéastes. Beaucoup d’œuvres très intéressantes, et parlantes sur l’état d’esprit actuel – à la librairie, j’ai vu notamment le recueil d’articles de Milena Jesenska, Vivre, qu’il reste nécessaire de lire (ici vous pouvez aussi lire gratuitement mon livre sur Kafka et Jesenska, qui en reprend l’esprit).

Si vous pouvez y aller, c’est jusqu’au 16 juin.

Pour finir, l’autoportrait du jour avec t-shirt Totoro et autres symboles, depuis le jardin de la Fondation :

jeunes artistes en europe 1-minaujourd’hui à la Fondation Cartier, photos Alina Reyes

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Mes élections européennes

 

Aujourd’hui je ne me servirai pas de ma carte d’électeur. Car j’ai déjà voté : voilà mon Europe et quelques-uns de ses élus. Voilà un vote sensé, utile, élevé, contrairement à celui auquel nous sommes appelés aujourd’hui. Voilà une élection qui demande du travail, de l’engagement, de la réflexion, contrairement à celle à laquelle nous sommes appelés aujourd’hui pour cautionner bureaucraties et lobbies. Il m’a fallu lire et traduire pour fonder, grâce à nos prédécesseurs lecteurs et traducteurs, cette élection qui a ensuite fondé ma thèse de doctorat. Voilà une élection qui a donné un résultat important pour continuer à faire vivre l’Europe et les Européens dans le long terme, à travers les siècles passés et à venir, et non pour en détruire l’esprit, comme le fait cette Europe politique factice – cette classe morte.

 

theatre la jonquiere-minHier soir au théâtre La Jonquière à Paris, sur le plateau avant la représentation de Love & Money de l’anglais Dennis Kelly par la compagnie (T)rêves, photo Alina Reyes

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