Misère des arrogants

 

Voyez-vous ça. Une chanteuse qui chante faux, qui vient d’être condamnée pour avoir dénaturé la chanson d’un artiste, et qui se produisit naguère dans un très mauvais clip tournant en dérision la foi, trouve maintenant « intolérable » que l’aumônier du Val-de-Grâce soit intervenu hier pour protester contre le fait qu’elle tournait un clip dans son église, contre sa volonté et celle de l’évêque concerné. Cette personne qui vit dans un luxe éhonté s’y produisait en compagnie de figurants déguisés en moines pauvres, aux pieds nus. Une buvette était installée au fond de la chapelle, pour remplacer le corps et le sang du Christ, sans doute. Elle a donc appelé le Ministère de la Défense, qui a envoyé l’armée, afin de faire dégager ce prêtre.

La dame dit avoir été inspirée par les pèlerins de Compostelle. Quand Dieu peut être vendeur, pourquoi se priver ? Tiens, comme tel ambassadeur, habitué à être servi comme il le dit, qui vient de faire le pèlerinage pour en tirer un best-seller. « Le chemin a quelque chose de diabolique », confia-t-il ensuite. Le chemin des escrocs spirituels, comment serait-il autrement que diabolique ?

Celui des amants de Dieu est simplement divin. Beaucoup d’appelés, bien peu d’élus.

 

Puis je repars pérégriner

photo Alina Reyes

 

Le juge de l’affaire Tapie mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Le juge de l’affaire Bettencourt mis en cause pour son lien avec l’expert qu’il avait désigné. Moi aussi, j’eus plus que des soupçons, quand j’eus à recevoir un jugement entaché de choses étranges. De petites compromissions en grandes corruptions, notre pays est lentement dévoré par un cancer. Et les trompeurs sont toujours, ou reviennent toujours aux affaires. Heureusement, il est encore des cas où la justice parvient à dénoncer les errements de la justice et de la politique. Mais pour les sans-défense comme moi, c’est peine perdue. Reste le Jugement supérieur, celui-ci rien ne peut le tromper.

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Frigide Barjot dit ne plus pouvoir payer son loyer, ayant laissé beaucoup de plumes dans la Manif pour tous, dont elle est désormais exclue. Peut-être ceux pour qui elle a œuvré pourraient-ils à leur tour l’aider un peu ? Histoire qu’on n’ait pas l’impression qu’il y a dans l’Église, d’une part un clergé toujours à l’abri (grâce aux laïcs qui le paient), d’autre part des laïcs qui s’engagent et peuvent être jetés ensuite sans que personne ne se soucie de leur situation.

Quant à la Manif pour tous, c’était une affaire mal partie d’emblée. Il n’était pas bon du tout de copier la symbolique des gays avec ces couleurs et ces airs de festivité que Frigide Barjot connaissait bien, mais qui ne pouvaient qu’augmenter le trouble des participants et les jeter dans une hantise quasi délirante de l’homosexualité.

Et tout ça pour quoi ? Pour un gâchis, comme chaque fois qu’on joue sur l’ambiguïté. Si le problème est vraiment celui des enfants, il faut se battre sur ce terrain-là, et autrement. Non pas en ciblant les couples homosexuels, qui de toutes façons existent, mais en faisant un travail d’information et d’éducation, en alertant sur le trafic des embryons et des enfants, en plaidant leur cause dans toute la société et auprès de tous les couples stériles, qu’ils soient homo ou hétérosexuels.

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Aujourd’hui est l’anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc, tuée sur un bûcher par la Chrétienté. On dira que l’Islam est porteur de violence, tiens. Islam signifie Paix, Christ signifie Paix, Jérusalem signifie Paix, et nous les Pèlerins sortis de Voyage nous serons de ceux qui la feront. À lire ici un texte d’Éric Geoffroy sur la valeur spirituelle en islam de la pérégrination et du voyage.

Bonne journée, bon chemin à vous !

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À la source

Des « Antigone » manifestent contre les « Femen ». Je ne sais quel sens elles donnent précisément au nom qu’elles se sont choisi, mais quand elles parlent de loi naturelle, je voudrais rappeler qu’Antigone n’a pas suivi la loi naturelle, mais la loi divine. Ou bien c’est que le divin (accomplir les rites funéraires en l’occurrence) est la loi naturelle de l’homme. Tandis que le politique politicien (la règle édictée par le chef en l’occurrence) est la loi naturelle du singe. Les Femen sont des instruments du singe.

Ne pas confondre événement et événementiel. La course à l’événementiel est jumelle de la course à la consommation. Quand le sol se dérobe sous les pieds, quand la vie est en fuite, quand la peur cachée règne, on multiplie les événements fabriqués en tous genres. Les vivants n’ont pas besoin de ce genre de stimuli désespérés, et ce genre de stimuli ne tire personne de la mort. Ne pas confondre occuper le terrain par toutes sortes de gadgets, et l’ensemencer.

Un homme s’est suicidé à Notre-Dame par haine de toute « métaphysique de l’illimité ». Ce geste a une portée spirituelle considérable, aussi grave que sa motivation, la même qui conduisit au nazisme. Quand je rappelle l’importance capitale d’avoir l’esprit bien clair sur cette question, deux ou trois « bons catholiques » rejettent ma parole et m’expriment leur mépris. Ils ne savent pas ce qu’ils font, ou plus sûrement, ils ont trop peur d’apprendre ce qui se tapit sous leurs apparences de pensée et de certitudes. Loin des futilités que, faute d’arguments, ils me prêtent, je le dis prophétiquement : cette question est absolument essentielle. Soit l’on considère que l’homme est un être pour la mort, donc un être limité, donc enfermé. Soit il est un être pour la vie, donc inscrit dans la métaphysique de l’illimité, donc libre : folie pour les uns, scandale pour les autres, voilà pourtant la vérité de l’homme accompli, passé par-delà les limites du péché et de la mort.

La position des hommes face à cette question détermine la voie dans laquelle ils s’engagent : soit le salut, soit la mort, la mort qui dure, comme ce fut le cas dans le nazisme et dans d’autres systèmes morbides, comme c’est encore le cas dans d’immenses pans d’âmes ou de sociétés humaines. Et j’invite ceux qui relativisent son importance à réviser leur foi, leur pensée, leur histoire. Ce n’est pas dans les surfaces, ni dans les apparences, ni dans l’événementiel, qu’il faut se convertir. C’est à la source.

 

Quand les morts sortent de terre

 

« Tout n’était que mensonge, de la tête aux pieds », dit Benjamin Murmelstein à propos de la vie dans le camp de concentration de Theresienstadt, dans le dernier film de Claude Lanzmann, Le Dernier des injustes.

De la tête aux pieds, un corps « comme si », un corps sans corps, une âme sans âme, une intelligence sans intelligence. Le dernier texte de Dominique Venner, sur son blog, se terminait par une référence à Heidegger, justifiant à ses yeux le fait de se donner la mort. Tout n’est que mensonge aussi, autour de Heidegger, dans un certain milieu qui fait la loi de la pensée en France. Deux ans après que j’avais intenté un procès à l’heideggerien Haenel, publié par l’heideggerien Sollers, pour le pillage de Forêt profonde (dont toute la partie « bordel » est un décalage des camps nazis – sur lesquels j’ai travaillé dans un autre roman), Lanzmann accusait Haenel, publié par Sollers, de falsification de son œuvre pour son livre sur Ian Karski – renforcé par le jugement de la spécialiste de la Shoah Annette Wieviorka, qui parla de « détournement de témoignage ». Tout n’est que mensonge dans l’occultation de la sympathie d’Heidegger pour le nazisme, et surtout dans le déni du nihilisme de sa pensée, où l’homme n’est qu’un « être pour la mort ». Le mensonge appartient à la mort, et l’heideggerien Venner a révélé le pot-aux-roses en se révélant en effet « être pour la mort ».

Révélation qui faisait dire hier à Mgr Jacquin, recteur de Notre-Dame que « c’était une scène apocalyptique ». Or il y a du mensonge encore dans l’interprétation que cet homme voulait donner de son acte. Celui que le mariage gay scandalisait se revendiquait du suicidé Mishima comme de Montherlant, écrivains homosexuels. Celui qui dénonçait la perte des valeurs et le nihilisme de notre temps avait passé son temps à adorer les armes et la guerre – il suffit de jeter un œil sur sa bibliographie, les titres sont éloquents. La vérité c’est qu’il a fini par aller au bout de son adoration quasi-érotique des armes à feu en se fourrant un canon dans la bouche et en tirant. La vérité c’est qu’il est allé faire cela dans Notre-Dame, lui qui se revendiquait païen, quelques heures avant la veillée de prière annuelle pour la vie, où il s’agit de prier pour la protection de la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin entière. Et que faisant cela, il s’est en quelque sorte avorté et euthanasié lui-même, à la fois fœtus et vieillard, dans le ventre de Notre-Dame. La vérité c’est qu’il a menti, et d’abord comme toujours à lui-même, en prétendant faire cela pour sauvegarder les valeurs de vie.

Hier soir le cardinal Vingt-Trois, lors de cette veillée de prière, a rappelé une très belle chose – je le cite de mémoire : « nous n’aimons pas la vie comme une espèce de divinité étrange, mais parce qu’aimer la vie est le signe de l’amour entre les êtres ». Oui, il ne s’agit pas de vénérer la vie pour la vie, dans son caractère biologique, mais de savoir que lorsqu’on aime, on respecte et on protège la vie. L’homme n’est pas un « être pour la mort », un être pour le mensonge. L’homme est un être pour la vie, la vérité, l’amour. Nul ne peut servir deux maîtres. Une pensée mène au gouffre, une autre au salut. Et il en est ainsi de tout ce qui découle de l’une et de l’autre, et se répand invisiblement dans les âmes. Il faut choisir son camp, l’enjeu est crucial.

 

Un nouveau livre numérique : Forêt profonde

Forêt Profonde est ICI

 

« Il y eut aussi dans toutes les banlieues du pays ces trois semaines d’incendies de voitures qui mirent le feu aux médias, tous aussi avides d’ événements et de prémices de fin du monde, blogueurs et journalistes également excités par la possibilité d’une auto-destruction qu’ils n’osent accomplir eux-mêmes, pas plus que les racailles  des cités, les uns et les autres se tendant confusément le miroir sans oser se regarder face à face, espérant la sentence de leur dieu quel qu’il soit, quelque figure qu’il prenne, mais n’appelant par leurs actes ou leurs écrits que les misérables sanctions de la police à bottes ou de la police à parole, l’une et l’autre comme toujours, comme sempiternellement, dédiées au retour de l’ordre bien-pensant.

Que se passa-t-il ? Le bon Français ronflait et râlait sur ses lauriers fanés. Des barbares sans parole commencèrent à pulluler et à incendier, et des petits blancs morts-nés dans leur bouillon de culture se mirent à puruler, pousser des cris de chouette effraie sur le péril bronzé. Alors qu’ils sont eux-mêmes la décadence incarnée, confits de lettres aussitôt mortes qu’ingérées par leur organisme malade, et tout aussi embourbés que les barbares dans leur impuissance, leur sexe honteux, leur besoin d’argent, leur dépendance à une quelconque drogue, leurs dérapages violents, leur mal-être chronique, leurs appels dérisoires à des valeurs traditionnelles, leur manichéisme stupide, leur réflexe primaire d’en découdre, leur fantasme de se sentir enculé et d’enculer en retour, leur foi mauvaise, leur haine de la vie, de la joie, de l’amour, leurs pulsions de meurtre, leur désir d’en finir avec eux-mêmes, avec l’ennemi… »

Le geste de Dominique Venner, suicidé cet après-midi derrière l’autel à Notre-Dame de Paris, résonne comme un écho de ce désir dénoncé dans Forêt profonde, ce désir d’en finir avec soi-même et avec l’ennemi, résonne en écho tragique de tout Forêt profonde. Ce roman où la narratrice habite dans Notre-Dame à la fin du « temps des Ruines », d’où elle voit se construire les minarets autour du Sacré-Cœur. Ce roman qui est tout entier une charge et une peinture de l’état de la France et des causes qui l’ont conduite à cet état, la trahison et la débâcle des intellectuels et des politiques, figurés par le personnage de Sad Tod – et la perte du peuple, figuré par la narratrice. Il semble que Dominique Venner avait le même souci de la chute en train de s’accomplir. Son livre à paraître en juin porte en couverture une œuvre de Dürer que j’avais insérée à la page 19 de l’édition papier de mon livre : Le Chevalier, le Diable et la Mort. Pour la couverture, j’avais choisi La chasse dans la forêt, de Paolo Uccello, et D. Venner est l’auteur d’un Dictionnaire amoureux de la chasse. Tout cela compte, comme compte le fait que Forêt profonde ait été publié par Pierre-Guillaume de Roux, l’éditeur de D. Venner. Mais la réaction de D. Venner au constat de décadence était tout à fait différente de la mienne. Était même à l’opposé de la mienne, du moment qu’il était existentialiste et heideggerien, alors que je n’ai cessé, dans Forêt profonde puis dans Voyage (qui paraîtra dans quelques jours) de dénoncer les conséquences de l’existentialisme et du nihilisme fondamental de la philosophie d’Heidegger, si intéressants soient ses écrits.

Forêt profonde est un texte rude, qui débusque le mal dans ses retranchements, mais c’est un texte qui terrasse le mal, le désespoir, la mort. Et finalement, comme l’écrivit Pierre-Guillaume de Roux : « une montée, une élévation ; mieux, une assomption ».

Forêt profonde

 

À l’Ascension, Marine Le Pen tombe (dans sa piscine vide)

image Alina Reyes

 

Angelina Jolie, mère de six enfants, pour ne pas avoir à les quitter prématurément fait le sacrifice de ses seins : Christine Boutin aussitôt pense qu’elle veut ressembler à un homme. Les obsédés du gender (partisans ou adversaires) n’ont qu’un Dieu : leur propre névrose, pour ne pas dire pire.

Comme tous les tricheurs, Jérôme Cahuzac joua les contrits, voire les au-bord-du-pire, comme qui dirait d’un qui ferait l’expérience de la limite entre la vie et la mort. Pas au point, cependant, de renoncer à escroquer le contribuable en continuant à toucher son gras salaire à ne rien faire.

« L’Église ne s’en sort pas, les hommes (et les femmes) passent, on est toujours dans les mêmes dérives, cela signifie qu’on se trouve dans un système », écrit un lecteur à la suite d’un article du Monde évoquant l’affaire d’abus du fondateur des « Frères de Saint-Jean ». Ce système, c’est l’opacité dans laquelle sont tenues les relations, le refus de la lumière qui préside au fonctionnement d’une institution où l’on croit légitime de dominer les fidèles. Il ne suffit pas de reconnaître les abus passés, ce qu’il faut maintenant c’est changer radicalement d’attitude, car les abus et autres tricheries ne sont pas toujours aussi spectaculaires que les abus physiques. Moraux, ils sont au moins aussi graves, et c’est pourquoi le peuple éduqué fuit l’Église. Il ne suffit pas de prononcer de belles paroles ou de prendre de beaux noms, il faut devenir clair, vraiment. Et puis après tout je suis lasse de le répéter, je m’en désintéresse presque à vrai dire maintenant. Je suis dans l’état d’esprit de secouer la poussière de mes sandales, et de continuer à porter le Christ où il peut être entendu. Peut-être l’Église doit-elle sortir de l’Église pour pouvoir ressusciter. Voyage arrive pour cela. Qui croit au Jour, qu’il le suive.