Sortir du niveau caniveau

 

 

Leurs caricatures ressemblent furieusement à celles de la presse à expression « libre » des années 30 et 40, jusqu’à reprendre trait pour trait la représentation du juif de l’époque, et la transposer en « juif » d’aujourd’hui, c’est-à-dire en musulman.

Le directeur de Charlie Hebdo ce matin sur Europe 1 : « Si on commence à dire qu’on ne peut pas dessiner le Prophète, après on dira qu’on ne peut pas dessiner des musulmans, puis des cochons ou des chiens. » Voilà le niveau caniveau. On croirait entendre Poupée, anale nationale. Il dit aussi : « Eux ils craignent la loi de Dieu, nous on craint la loi de la République ». Eh bien, il avoue sa misère. Car la loi de Dieu, c’est la loi de l’honnêteté.

C’est chaque fois ainsi qu’ils font leurs plus grosses ventes. En flattant leurs propres pulsions ordurières et celles de leurs compatriotes. Si personne ne réagit, il n’y a aucune raison que ça s’arrête, et on sait comment ça finit, ces histoires.

Une bonne réaction serait déjà de saisir les tribunaux, si du moins ils acceptent de recevoir une plainte. L’incitation à la haine religieuse leur sert de paravent pour inciter à la haine raciale, ce qui est interdit par la loi.

Réagir par la violence serait très regrettable, mais ne pas réagir du tout est particulièrement stupide et lâche. Ceux qui ont la possibilité de parler, pourquoi ne s’en servent-ils pas sérieusement ? Comment s’étonner que ceux qui n’ont pas la parole usent de violence si ceux qui ont la parole ne font pas leur devoir en la prenant pour eux ? Je vais essayer de le faire bien que je sois ce dernières années bannie de la presse. Mais d’autres ont la possibilité de se faire entendre, dans des journaux ou sur des sites internet. Qu’ils démontent cette manipulation, qu’ils montrent ce qu’elle signifie, ce que signifie son succès auprès du lectorat… qu’ils parlent !

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L’imprévisible

image trouvée ici

 

S’en prendre, comme je l’ai lu, aux « dispositions pavloviennes » des musulmans face aux provocations, c’est formuler sa pensée de façon fort malheureuse. C’est précisément parce qu’ils refusent d’être pris pour des chiens que ces hommes multi-bafoués par l’histoire protestent. Même si elle n’est pas la meilleure réaction possible, leur réaction est une réaction d’hommes – mais il semble que tout un monde aujourd’hui ne sache plus ce qu’est un homme, un homme qui ne soit pas lâche mais capable de se battre pour l’Être de l’homme, comme il le fit tout au long de son histoire, et non pas seulement pour son avoir, son confort.

Il ne faut pas se fier aux apparences. Ceux qui sont prévisibles, ce sont les provocateurs, dans leur stupide répétition des mêmes vieilles ficelles sans invention. Ce qui est imprévisible, c’est le résultat de leurs provocations – au-delà des réponses immédiates, leur développement dans le long terme de l’histoire. Ce qu’ils ne prévoient pas, dans leurs obscures pulsions suicidaires, c’est que leurs provocations finissent par se retourner contre eux-mêmes : on ne provoque pas Dieu sans encourir ce qu’on appelle son châtiment, et qui est la simple Logique qui préside à notre vie et à notre existence : qui se jette à l’eau avec une pierre coule ; ce n’est pas un châtiment, c’est la loi, l’enchaînement de la cause à l’effet grâce auquel le cosmos est, et non pas le chaos.

Les musulmans qui réagissent violemment aux provocations islamophobes agissent contre leur intérêt, dit-on. Oui, car la violence n’est jamais la meilleure solution. Mais ce qui est ainsi plus sûrement encore menacé, c’est l’intérêt de l’Occident, d’ailleurs très inquiet. Et ce qui est imprévisible encore aux yeux aveugles des provocateurs, ce sont les effets positifs que peuvent aussi avoir leurs provocations sur des âmes éprises de justice et de vérité. Et qui feront par l’esprit la lumière sur l’être qui a été insulté, et lui donneront une nouvelle vie. Les derniers aux yeux du monde ne sont-ils pas les premiers dans le cœur de Dieu ?

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Harmonie, clarté

photo Alina Reyes

 

Il est des êtres, nombreux, que rien ne peut salir. Il n’en est aucun que rien ne peut laver. Mais les plus nombreux sont ceux qui refuseront toujours d’être lavés. Pris à leur propre piège, comme dit Nora à propos d’une histoire qui ne touche pas seulement quelques intellectuels stupidement agités dans leur landerneau – Épicure a raison, seuls les justes demeurent en paix – mais qui est à l’image de la fin de tout un monde, le leur, celui de nos élites assises depuis plus de cent cinquante ans sur leur bourgeoise position, et qui sont en train de sombrer avec tout leur système. Tous ne verront pas la fin, mais tous savent déjà qu’elle vient.

Dans les dernières pages de mon roman Forêt profonde, Notre-Dame est redevenue, après un temps de ruines, une église vivante, et le Sacré-Cœur est devenu une mosquée. Je ne crains ni l’islam ni l’immigration, je crois au contraire que l’un et l’autre sont une chance pour notre foi exténuée et pour notre vieux monde devenu impuissant, stérile, incapable de se renouveler. Rien ne se fera aisément bien sûr mais cela se fera, il ne peut en être autrement. Que l’arbre desséché ne nous cache donc pas la forêt vivante qui se tient, encore touffue, désordonnée et non sans dangers, mais riche de vie en train de surgir et se développer, prête à renouveler la face de nos tristes pays, continents, monde.

Tout ce qui était vivant de notre passé vivra, connaîtra une nouvelle jeunesse, et enfin un nouvel amour : avec le temps venu, qu’il épousera. Soyons souples, laissons les impasses et continuons d’évoluer toujours dans ce que veut la vie. Que le désir d’une harmonie jusque-là inouïe nous guide dans notre travail, notre préparation du berceau de ce temps qui s’annonce. Voyons clair, soyons courageux et heureux.

Je reviens bientôt avec une nouvelle rubrique, consacrée à approcher le Coran.

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À propos de la polémique autour du livre de Richard Millet

à la cathédrale de Nantes, photo Alina Reyes

 

La littérature et les textes sacrés sont victimes du même gravissime problème : l’homme d’aujourd’hui ne sait plus les lire. Et ne peut que vouloir les censurer. Le Coran est plein d’expressions violentes, la Bible aussi, de même que les pièces de Shakespeare ou les livres de Céline. Dans certains cas il apparaît que le texte dénonce la violence (et le lecteur est rassuré), dans d’autres il semble au contraire la promouvoir – et le lecteur est horrifié.

Il faut comprendre que ni les textes sacrés ni les textes poétiques (c’est-à-dire de vraie littérature) ne sont des essais exposant des idées. Même s’ils en ont l’air. Il faut dépasser les apparences. Le texte poétique ne se trouve pas, ne se rencontre pas au niveau des apparences, il dépasse même souvent son auteur et ses idées. Le texte poétique déboule dans le monde pour lui jeter sa vérité en pâture. Sa vérité sous tous ses aspects, les plus splendides comme les plus détestables. L’ange de l’Apocalypse tend à l’homme le livre à manger, et le livre est tantôt doux et tantôt amer. Car le livre révèle.

Telle est sa mission : révéler aux hommes ce qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas voir. Car seule la révélation de la vérité peut sauver les hommes, tantôt en les horrifiant, tantôt en les émerveillant. Le texte poétique vient d’au-dessus du jugement des hommes. Dieu, ou la Vérité si l’on préfère, se saisit de tel ou tel homme, et lui intime d’écrire ce qui est. Il est vrai que l’antisémitisme dit dans les pamphlets de Céline fut, ou est. Que quelqu’un déploie cette vérité en mots, il le fallait. Même si cela échappe à notre compréhension immédiate de ce qui est bon. Les voies de Dieu sont impénétrables, comme on dit. Elles ne le sont pas tant que ça, à condition de se placer au-dessus des débats terrestres, trop terrestres. La vérité sauve, même quand elle fait très mal, même quand on croit qu’elle blesse et nuit. Seulement il faut savoir la recevoir.

Comment ? D’abord en ne se souciant pas de savoir si elle reflète ou non la position de celui qui la révèle. Peu importe, il n’est qu’un homme comme les autres. Ce qu’il faut, c’est regarder le texte en face et se dire : voilà, ce qu’il dit là (que ce qu’il dise tienne de l’amour ou de la haine) existe dans le cœur de la communauté humaine que nous sommes.

Dieu n’attend pas le Jugement dernier pour exprimer son jugement, il nous le donne dans l’éternité des textes sacrés et aussi, au fil du temps, dans l’actualité littéraire. Son jugement est le miroir qu’il nous tend à travers ces textes. Quand nous nous regardons dans la glace, si nous avons une mèche de travers, nous la remettons en place. Sachons faire de même avec ces miroirs de l’être que sont les miroirs de lettres. Vouloir les briser ne nous amènerait qu’à être de plus en plus de travers, de plus en plus laids. Nous vivons dans un monde de Dorian Gray, vendus aux miroirs truqués. Attention, plus dure est la chute. Ne pas la fuir quand elle arrive reste le seul moyen de pouvoir s’en relever.

 

Quelques autres brefs éléments de réflexion à propos de la polémique autour du livre de Richard Millet, ces dernières heures sur ma page facebook.

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De l’obscène et du tendre

à la cathédrale de Nantes, photo Alina Reyes

 

Telle écrivaine écrivant dans la presse – sans correcteur sa langue flirte avec l’incorrect, mais elle plaide l’impensée correcte et les confrères, et les consœurs,  la soutiennent connement : haro sur le baudet stylé !

Obscénité : un quotidien assoiffé de gros sous insulte et suce un milliardaire, en gros plan sur les kiosques.

De mon côté, dans mon jardin, en train d’écrire un petit livre pour apprendre aux enfants petits et grands à rire le français – exultant !