Odyssée, Chant III, v. 153-200 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 3 (texte grec)

"Tetris Egg", acrylique, technique mixte sur bois 56 x 48 cm

« Tetris Egg », acrylique, technique mixte sur bois 56 x 48 cm

Tout en continuant à traduire, je continue à lire aussi les autres traductions en français. En fait celles que je préfère sont celles qui n’essaient pas de rivaliser en poésie avec Homère mais rendent dans une prose ordinaire le sens du texte aussi fidèlement que possible. Pour les traductions à prétention poétique, j’ai déjà dit ce que je pensais de celle de Bérard, toujours aussi désastreuse à mesure que j’avance dans le texte. J’aimais bien celle de Jacottet au début, mais il s’avère d’une part qu’elle manque trop de fidélité au texte source, d’autre part que son style, quoique réellement poétique, est trop différent du style archaïque d’Homère ; celui de Jacottet coule clair et limpide comme une calme rivière dans la verdure, celui d’Homère fait son chemin dans la rocaille, le vent et les vagues. Leconte de Lisle a le mieux rendu ce caractère archaïque de l’épopée homérique. Pour moi, j’essaie de le rendre aussi mais de façon moins spectaculaire, tout en l’écrivant au XXIe siècle, avec la langue d’aujourd’hui. Et j’essaie d’être fidèle au texte grec, autant que possible. Par exemple, dans le passage d’aujourd’hui, nous avons une épithète pour la mer qui signifie « qui a le caractère d’énormes cétacés, de monstres marins ». La plupart traduisent « l’immense mer », ou « le gouffre marin ». Moi je trouve une formule pour dire le mot baleines, car tout de suite c’est un puissant imaginaire universel qui s’éveille, et c’est celui qu’a voulu Homère. Il y a aussi une épithète pour les femmes qui signifie « qui porte une ceinture sur les hanches causant de larges plis au vêtement ». Les uns ou les autres traduisent « les femmes aux larges ceintures » ou bien « à la taille fine » ou encore « aux ceintures dénouées » – autant de sens faux (Jacottet justifie sa « taille fine » en disant en note « voyez les statuettes crétoises », mais ça n’a rien à voir justement, il ne s’agit pas du tout du même habillement ni de la même silhouette). Une autre épithète, pour le vent, signifie « qui produit un son aigu ». Les traductions qui donnent quelque chose comme « tempétueux » ne sont pas assez justes. Il faut se mettre dans la situation décrite par le texte pour comprendre ce dont il s’agit et le rendre, de même que pour la nef que certains disent « ballottée par les flots » ou « en forme de croissant » alors qu’en suivant le sens au plus près on comprend que les rameurs travaillent des deux côtés à faire tourner et repartir le bateau.
Voici la seconde partie du récit de Nestor à Télémaque, parti sur les traces d’Ulysse.
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*
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« Au point du jour nous tirons nos nefs sur la vaste mer,
Y chargeant nos biens et les femmes aux hanches ceinturées.
Cependant la moitié des soldats se tient à distance,
Restant auprès de l’Atride Agamemnon, leur berger.
Nous qui avons embarqué, nous partons ; à toute vitesse
On file : un dieu aplanit la mer aux énormes baleines.
Arrivés à Ténédos, nous offrons des sacrifices
Aux dieux, espérant le retour. Mais Zeus n’en veut pas encore.
Funeste, il suscite à nouveau une mauvaise querelle.
Certains remontent à bord, retournent leur nef en ramant
Des deux côtés. Le sage Ulysse aux ressources variées
Les conduit vers l’Atride Agamemnon, pour l’assister.
Quant à moi, ayant rassemblé les nefs qui me suivent,
Je m’enfuis, pressentant les maux que nous réservent les dieux.
Le martial fils de Tydée fait se lever ses compagnons
Et fuit aussi. Plus tard, le blond Ménélas nous rejoint
À Lesbos où nous délibérons sur notre long voyage :
Passerons-nous au-dessus de la rocailleuse Chios,
La laissant à notre gauche vers l’île de Psyrie,
Ou bien au-dessous de Chios, près de Mimas battue des vents ?
Nous demandons au dieu un signe ; il nous l’envoie,
Nous révélant qu’il nous faut fendre par le milieu la mer
Vers Eubée, afin d’échapper au plus vite au malheur.
Un vent sifflant se lève, soufflant favorablement.
À toute allure on file à travers les routes poissonneuses ;
Dans la nuit on arrive à Géreste. Ayant traversé
La grande mer, on brûle maintes cuisses de taureaux
Pour Poséidon. Le quatrième jour, les compagnons
De Diomède, dompteur de chevaux et fils de Tydée,
Arrêtent en Argos leurs nefs bien proportionnées.
Moi je poursuis vers Pylos, et le vent que le dieu envoya
Ne tombe pas. Ainsi suis-je arrivé, cher fils, sans savoir
Lesquels des Achéens se sont sauvés, et lesquels sont morts.
Mais tout ce que j’ai entendu dire en me reposant
Dans mon palais, il est juste que je t’en fasse part ;
Je n’y manquerai pas. Les Myrmides à la lance furieuse
Sont bien rentrés, dit-on, sous la conduite du glorieux fils
Du magnanime Achille. Bien rentré aussi
Philoctète, le fier fils de Péas. Et Idoménée
A ramené en Crète tous ses compagnons réchappés
De la guerre et de la mer. Pour l’Atride, vous avez su,
Même en habitant loin, son retour, et la triste fin
Qu’Égisthe lui trama – et qu’il paya misérablement.
Comme il est bon qu’un homme laisse un fils après sa mort !
Car celui-ci s’est vengé du meurtrier de son père,
Du fourbe Égisthe qui avait assassiné son glorieux père !
Et toi, ami, beau et grand comme je te vois,
Sois vaillant, que les hommes du futur parlent bien de toi ! »

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le texte grec est ici
ma traduction du premier chant entier , du deuxième chant
à suivre !

Silhouette : mon journal en images

journal en images 3-min

journal en images 1-min
Samedi, en rentrant de courir où, à mon tout petit niveau de débutante, je progresse bien et avec joie.
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journal en images 2-min

Dimanche, j’ai réalisé ces deux collages : « Woman Bridge » et « Trumpet of Time ». J’ai aussi téléchargé une appli pour voir mes progrès à la course. L’appli compte aussi les autres sports, et indique les calories dépensées : 700 entre le yoga et la marche (promenade) ce dimanche.

journal en images 3-min
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journal en images 4-min

Aujourd’hui lundi nous sommes allés à vélo, O et moi, à l’île aux Cygnes, vingt kilomètres aller-retour par les bords de Seine. Profitons du temps quand il est beau et tant qu’on n’est pas confiné. Entre le yoga, la marche et le vélo aujourd’hui, 900 calories dépensées et surtout, un corps et un esprit bien aérés.

journal en images 5-min

à Paris ces jours-ci, photos Alina Reyes

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Odyssée, Chant II, v. 208-257 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)-min

"Phuo", technique mixte sur papier A4

« Phuo », technique mixte sur papier A4

J’ai écouté ce que j’ai trouvé sur Youtube à propos d’Homère et de son œuvre. L’excellent Philippe Brunet, grand helléniste et traducteur de l’Iliade, dont on peut entendre les commentaires très fins et aussi ses chants des textes homériques, accompagnés à la lyre comme l’aède antique, en grec et en français (voir vidéos en fin de note). Il est de ceux qui disent que ces deux épopées, l’Iliade et l’Odyssée, présentent une telle cohérence poétique interne et de telles correspondances entre elles qu’elles ont bien dû être écrites par une seule personne. J’ai écouté aussi, par curiosité et au moins en partie, des conférences de Luc Ferry et de Sylvain Tesson, auteurs de livres sur Homère ; les deux enchaînent les fautes et les erreurs grossières, à tel point que du moins pour Tesson (qui par exemple se trompe de deux ou trois siècles sur la date de composition des poèmes), on se demande s’il a vraiment lu les textes dont il parle, voire s’il a écrit lui-même son livre – à moins que son livre ne soit aussi plein des erreurs de quelqu’un qui manifestement ne connaît presque rien à son sujet et n’en est pas moins invité partout à en parler, y compris aux frais du contribuable (Maison de la Poésie, France Inter et autres institutions publiques).

Retour à l’Odyssée, donc. L’espèce de représentation théâtrale dans l’agora se poursuit et prend fin aujourd’hui. Après des échanges féroces, il me semble qu’Homère glisse un peu d’humour dans la parole de ses personnages. Voici Télémaque qui appelle ses ennemis mortels « aimables prétendants » (j’aurais pu traduire aussi doux prétendants, mais je préférais avoir deux pieds de plus dans le vers). Et puis Léocrite disant de Pénélope, à propos d’un éventuel retour d’Ulysse, qu’elle « ne se réjouirait pas, quoiqu’elle en ait Très envie » ne verse-t-il pas, avec la grossièreté que nous connaissons maintenant aux prétendants, dans l’allusion sexuelle ? Après la bataille de mots, chacun a envie de se détendre ou de se recueillir, c’est ce que nous verrons la prochaine fois en nous dirigeant doucement vers le départ en mer avec Télémaque.
*
*
*
« Eurymaque, et vous tous, aimables prétendants,
Je ne vous supplierai ni ne vous en parlerai plus :
Les dieux et tous les Achéens savent ce qu’il en est.
Donnez-moi juste un vaisseau rapide et vingt compagnons
Pour mener à bien un voyage çà et là :
Je veux aller à Sparte et dans la sablonneuse Pylos
M’informer sur le retour de mon père parti
En écoutant quelque mortel ou plus encore
La renommée que Zeus porte parmi les hommes.
Si j’entends dire que mon père est vivant et revient,
Alors, malgré ma peine, j’attendrai encore un an.
Mais si j’entends dire qu’il est mort, qu’il n’existe plus,
Alors je retournerai dans ma chère terre natale
Lui élever un tombeau, lui rendre les honneurs funèbres
Avec faste, comme il convient, puis marier ma mère. »

Ayant ainsi parlé, il s’assoit. Alors se lève
Mentor, compagnon de l’irréprochable Ulysse,
Lequel en partant lui avait confié toute sa maison,
Pour qu’on obéisse au vieillard et qu’il fasse constamment
Bonne garde. Plein de sagesse il prend la parole et dit :

« Écoutez maintenant, gens d’Ithaque, ce que je vais dire.
Qu’aucun roi porteur de sceptre ne soit désormais bon,
Aimable et bienveillant, que son cœur n’incline à la mesure,
Qu’il soit plutôt pénible, qu’il agisse en criminel,
Puisque nul ne se rappelle le divin Ulysse
Dans ce peuple sur lequel il régna doux comme un père !
Je ne reproche pas aux arrogants prétendants
De commettre leurs violences, dans leur esprit mauvais ;
Car ils risquent leur tête en dévorant par la violence
La maison d’Ulysse, qui ne reviendra pas, croient-ils.
Mais c’est contre le peuple que je m’indigne maintenant,
Vous tous qui restez assis sans rien dire, sans vous lever
Pour arrêter quelques prétendants, vous qui êtes en nombre. »

Ainsi lui réplique Léocrite, fils d’Evenor :

« Malfaisant Mentor, esprit insensé, qu’as-tu dit ?
Tu les pousses à nous arrêter? Il serait difficile
De combattre des hommes si nombreux autour du festin !
Et Ulysse l’Ithacien reviendrait-il en personne
Dans l’intention de chasser de son palais les brillants
Prétendants en train de festoyer dans la salle à manger,
Sa femme ne se réjouirait pas, quoiqu’elle en ait
Très envie, de son retour, car c’est une mort indigne
Qu’il subirait, en s’attaquant à un si grand nombre.
Tu as donc parlé à tort. Mais allons ! Dispersons-nous,
Chacun à ses affaires ! Mentor et Alithersès,
Des proches de son père, aideront Télémaque à partir.
Mais je crois qu’en fait il va rester à Ithaque attendre
Des nouvelles, sans jamais accomplir son voyage. »

Ainsi parle-t-il, et l’agora se rompt aussitôt.

*
le texte grec est ici
ma traduction du premier chant entier
à suivre !

*

Odyssée, Chant II, v. 41-84 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)

Tout d’abord ma traduction toute simple de quelques vers tout simples de la lauréate du prix Nobel d’aujourd’hui, la poète américaine Louise Glück :

« Il m’est apparu que les êtres humains sont divisés
entre ceux qui veulent aller de l’avant
et ceux qui veulent retourner en arrière.
Ou, pourrait-on dire, ceux qui veulent rester en mouvement
et ceux qui veulent être arrêtés sur leurs chemins
comme par l’épée flamboyante. »

It had occured to me that all human beings are divided
into those who wish to move forward
and those who wish to go back.
Or you could say, those who wish to keep moving
and those who want to be stopped in their tracks
as by the blazing sword.

"Baby Black Hole In Our Brain", acrylique sur bois 20x20 cm

« Baby Black Hole In Our Brain », acrylique sur bois 20×20 cm

Vers qui pourraient être lus comme un commentaire de l’actualité, avec une référence religieuse à l’interdiction du paradis par l’ange à l’épée flamboyante. J’ai lu quelques poèmes d’elle trouvés en ligne (en anglais – elle n’est pas traduite en français), notamment de beaux textes inspirés du mythe de Perséphone. Elle s’est beaucoup inspirée pour son œuvre des mythes antiques, grecs et romains, dont – ce qui rejoint mon travail actuel, Ulysse et Pénélope. Je suis personnellement assez ou même très éloignée de son approche du lyrisme, mais une certaine sécheresse, une froideur certaine n’empêchent pas chez elle la profondeur. Bref, je trouve bon que l’académie suédoise ait couronné une vraie poète.

« Ceux qui veulent qu’on les arrête sur leurs chemins comme par l’épée flamboyante », « ceux qui veulent retourner en arrière », se sont empressés, il y a deux semaines, de colporter la fake news de l’agression d’une jeune femme par des individus basanés. De la fachosphère à L’Obs (qui a censuré tous mes commentaires tentant de relativiser l’affaire, que je pressentais fausse – depuis je ne vais plus sur leur site), en passant par Schiappa qui fit le déplacement à Strasbourg, ce fut l’occasion d’encore un festival de stigmatisation raciste. Il s’avère qu’elle a tout inventé, faisant partie d’un groupe d’extrême-droite qui a des accointances avec le négationnisme et ne veut surtout pas être vu comme féministe, ainsi que le révélait un reportage de Rue 89 d’août dernier. Vu que les types ont l’air plutôt violents, qui sait si l’un ne lui a pas fait cet œil au beurre noir qu’elle a photographié et attribué à trois immigrés imaginaires ? Lamentable presse qui répète n’importe quels faits divers sans chercher à rien vérifier, du moment que ça sert l’idéologie dominante, de plus en plus fascisante. Allons, l’indignation de Télémaque au milieu de l’agora aujourd’hui tombe bien :
*
*
*
« Vieillard, il n’est pas loin, il est là tout de suite, cet homme
Qui a convoqué le peuple : une grande douleur m’anime.
Non, je n’ai pas entendu parler d’un retour de l’armée,
Ni ne veux dire clairement qui l’a appris le premier,
Ni déclarer autre chose qui concerne le peuple.
Mais c’est de ma propre nécessité, du double malheur
Sur ma maison que je veux parler : car j’ai perdu mon noble
Père, qui autrefois régnait sur vous comme un bon père.
Et de plus, maintenant, le pire des maux va sans tarder
Détruire tout à fait ma maison et ruiner mes ressources.
Les prétendants harcèlent ma mère contre son gré.
Ce sont les chers fils d’hommes très puissants qui sont ici,
Et ils ne veulent pourtant pas s’en aller chez son père,
Icare, afin qu’il donne une dot à sa fille
Et la marie à qui elle veut, à qui lui plaît le mieux.
Alors ils passent toutes leurs journées dans notre maison,
Égorgeant nos bœufs, nos brebis et nos chèvres grasses,
Banquetant et buvant notre vin rouge follement,
Épuisant tous nos biens. Car il n’y a plus un homme
Tel qu’Ulysse pour repousser ce fléau hors de ma maison.
Moi je ne peux à présent me défendre contre eux
Mais un jour, quoique je ne sois pas expert au combat,
Ils sauront leur misère ! Je le ferais si je pouvais,
Car ils commettent des actes intenables et ma maison
Meurt sans honneur. Indignez-vous donc, vous aussi !
Vous devriez avoir honte face aux autres humains,
Nos voisins ! Et craignez la colère des dieux !
Ils pourraient se retourner, furieux de vos actes mauvais !
Je vous le demande, par Zeus Olympien ou par Thémis
Qui délie ou réunit les assemblées des hommes :
Arrêtez ça, amis, et laissez-moi déplorer seul
La ruine qui m’accable ; si mon père, l’honnête Ulysse,
A jamais fait du tort aux Achéens aux belles jambières,
Alors, mécontents, vengez-vous sur moi, rendez-moi le mal
En les excitant contre moi. Je préférerais
Que vous mangiez vous-mêmes mes biens et mes troupeaux.
S’ils étaient mangés par vous, j’en serais vite remboursé :
Je descendrais sans cesse en ville pour m’expliquer,
Vous redemander mon dû jusqu’à ce que vous me rendiez tout.
Mais là il n’y a rien à faire, vous me fendez le cœur. »

Ainsi parle-t-il, irrité. Puis, jetant son sceptre à terre,
Il répand des larmes. Et la pitié s’empare du peuple.
À ce moment tous les autres font silence, n’osant pas
Répondre à Télémaque par des paroles cruelles.
Seul Antinoüs, prenant à son tour sa place, dit :

*
le texte grec est ici
ma traduction entière du premier chant est
à suivre !

Odyssée, Chant II, v. 25-40 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)-min

"Spring coming from Automn", acrylique sur papier 31x41 cm

« Spring coming from Automn », acrylique sur papier 31×41 cm


L’insensée gestion du Covid met le pays à genoux, pas seulement économiquement ; encore une fois en employant notamment la police, chargée de verbaliser, et en poussant les gens à la dépression, on tâche d’obtenir ainsi « un pays qui se tient sage », comme dirait David Dufresne. Sale temps. Nous sommes les otages de politiques absurdes, de l’incompétence, de l’impréparation jointes à une volonté de détruire, dès avant la pandémie, la société que les Français ont élaborée à travers des siècles d’histoire et de combats. Sans aspirer ni au grand soir ni aux réformes qui ne changent rien, nous devrions pourtant être un peuple assez intelligent pour nous réinventer sans pour autant nous perdre. Vivons, restons vigilants, agissons et voyons.

Nous en sommes donc dans notre traduction au début du deuxième chant, dans lequel le jeune Télémaque passe à l’acte (cf deux notes précédentes). Aujourd’hui, c’est le vieillard Égyptos, dont l’un des fils a été mangé par le Cyclope (la vie n’était pas toujours facile en ce temps-là non plus), qui prend d’abord la parole, dans l’agora où le jeune homme a fait convoquer l’assemblée :
*
*
*
« Écoutez maintenant, gens d’Ithaque, ce que je vais dire.
Jamais n’a eu lieu notre agora, ni une séance,
Depuis que le divin Ulysse est parti sur ses nefs creuses.
Qui nous a conduits là aujourd’hui ? Quelle nécessité
Pèse tant, soit sur les jeunes hommes, soit sur les anciens ?
Quelqu’un a-t-il entendu parler d’un retour de l’armée ?
Veut-il dire clairement qui l’a appris le premier ?
Ou déclarer autre chose qui concerne le peuple ?
Je l’estime alors honnête et utile. Que Zeus soit
Favorable aux fins auxquelles aspire son esprit. »

Ainsi parle-t-il, et sa parole réjouit
Le cher fils d’Ulysse qui, tout à son désir
De s’exprimer, ne reste pas assis. Il se lève
Dans l’agora, prend en main le sceptre tendu par le sage
Héraut Pisenor, et s’adressant d’abord au vieillard, dit :

*
le texte grec est ici
ma traduction de tout le premier chant est
à suivre !

Odyssée, Chant II, v. 1-5 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)

"Fighting with the Angel", acrylique sur papier A4

« Fighting with the Angel », acrylique sur papier A4


Hier soir, après avoir fini de traduire le premier chant, j’ai dessiné et peint ce combat avec l’ange, d’après une photo que j’avais faite il y a longtemps. Je me suis couchée tard dans la nuit, réveillée et rendormie plusieurs fois jusque tard dans la matinée. Et chaque fois, ce qui me sortait du sommeil, c’était le mot ευτυχής. Je ne me souvenais pas de ce qu’il signifiait, mais il revenait tout le temps, sans se laisser oublier. Quand je me suis enfin levée j’ai ouvert mon dictionnaire, voici sa définition : « heureux, qui prospère, qui réussit » et aussi « qui assure le bonheur de ».

Aujourd’hui voici les 5 premiers vers du Chant II, je les donne seuls car ils sont splendides ainsi, dans ce départ plein d’élan magnifique après le passage d’Athéna, qui me rappelle un autre épisode biblique, le moment où Dieu dit à Abraham : « pars, quitte ta maison, ton pays… » Dieu en Grèce (Zeus, dont Athéna est l’une des facettes, celle de la Sagesse) est le dieu de la foudre. Foudroyant, il abolit le hasard. Bang ! Dans le ciel grec les dieux, comme les hommes sur terre, discutent. Zeus écoute et tranche, déchirant les nuées.
*
*
*
Dès que paraît, née au matin, Éos aux doigts de roses,
Le cher fils d’Ulysse s’élance de sa couche,
Enfile ses vêtements, pend à son épaule une épée
Tranchante, attache à ses pieds brillants d’excellentes sandales,
Et semblable à un dieu, il va, quitte sa chambre.

*
le texte grec se trouve ici
ma traduction du premier chant entier est
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.367-382 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)

"What Is It ?", acrylique sur bois 41x51 cm

« What Is It ? », acrylique sur bois 41×51 cm


Formidable scène aujourd’hui, où Télémaque, métamorphosé par son entretien avec Athéna, impose le silence à l’assemblée grossière des prétendants tout à leurs avidités, les rappelle à la dignité en présence d’un grand poète, et juste après les avoir invités à festoyer encore, les voue à la mort par la parole. Fantastique modernité d’Homère. Ne dépeint-il pas notre époque, avec ses profiteurs impudents, bruyants parleurs et consommateurs de ce qu’ils s’approprient indûment et impunément, irrespectueux de la voix divine portée par la poésie, et aveugles sur le sort qui les attend ?
*
*
*
Alors le sage Télémaque se met à leur parler :

« Prétendants de ma mère, pleins d’orgueil et d’arrogance,
Mangeons maintenant, rassasions-nous, et que ces cris
Cessent, car il est noble d’écouter cet aède
Ici présent, semblable aux dieux par sa voix harmonieuse.
Puis dès l’aurore nous siégerons tous dans l’agora
Afin que par un discours public je vous ordonne
De quitter ce palais. Préparez d’autres repas,
Consumez vos propres ressources, invitez-vous tour à tour.
Mais s’il vous semble plus avantageux et meilleur
De persister à ruiner impunément l’existence
D’un seul homme, allez-y, pillez ! Moi j’invoquerai les dieux
Éternels, afin que Zeus vous fasse payer vos actes.
Puissiez-vous périr sans vengeance au sein de cette maison ! »

Ainsi parla-t-il, et tous alors se mordirent les lèvres,
Stupéfaits par le discours résolu de Télémaque.

*
le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.325-336 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Mise en scène" (j'ai réalisé ce collage hier)

« Mise en scène » (j’ai réalisé ce collage hier)


Après l’instant d’hier où Télémaque prend conscience qu’il a été visité par un dieu (Athéna), après qu’il s’en révèle soudain transformé en « humain semblable à un dieu », dit littéralement le texte, voici l’apparition de Pénélope, semblable à celle d’une déesse. Descente majestueuse du haut escalier (descente du ciel de la fille d’Icare !), pilier qui soutient le toit, voile autour du visage, larmes… Encore un somptueux passage, très théâtral. J’imagine la forte impression qu’il pouvait produire sur les auditeurs de l’aède qui récitait-chantait l’Odyssée. Semblable, sans doute, à celle que j’éprouve en le traduisant. Je vous laisse goûter aussi la mise en abîme discrète opérée par Homère, illustre aède descendu dans son épopée faire entendre l’épopée des Achéens comme Pénélope la rassemblant, la tissant en pensée.
*
*
*
Parmi eux chante un illustre aède, qu’ils écoutent
En silence. Il chante des Achéens le triste retour
De Troie auquel les a contraints Pallas Athéna.
De l’étage supérieur la très sage Pénélope,
Fille d’Icare, rassemble en sa pensée ce chant sacré.
Puis elle descend le haut escalier de son palais,
Non pas seule mais de deux suivantes accompagnée.
Quand, divine entre les femmes, elle arrive aux prétendants,
Contre le pilier de la salle solidement construite
Elle se tient debout, ramenant son voile sur ses joues.
Et les sages suivantes se tiennent à ses côtés.
Alors, baignée de larmes, elle dit au divin aède :

*
le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.306-318 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Nativity", acrylique sur toile 30x30 cm

« Nativity », acrylique sur toile 30×30 cm


La merveille avec les tableaux, c’est que chacun est unique, comme les êtres vivants. Chaque livre est unique aussi, mais l’objet en lui-même est réplicable. Un tableau est un objet unique. C’est pourquoi j’aime même les deux humbles peintures que j’ai trouvées, jetées, un jour et un autre jour, dont je n’ai pu déchiffrer les signatures et qui ne sont pas dépourvues de charme. De vie, même. Comme si l’âme qui les a peintes (un poulbot féminin pour l’un, des fleurs pour l’autre) y respirait encore. Celui-ci, « Nativity », peint hier, j’en ai structuré l’espace rocheux autour de la grotte avec du Gesso mélangé à du café moulu qu’il restait depuis un certain temps dans le frigo. Du coup, il dégage une odeur de café qui va en s’amenuisant mais qui fait bien remarquer l’échange de respiration entre le tableau et la personne qui le contemple.

Nous arrivons aujourd’hui à la fin du dialogue entre Télémaque et Athéna, qui pour cette première rencontre lui est apparue sous les traits d’un étranger venu lui donner des instructions précises pour se débarrasser des prétendants et partir à la recherche d’Ulysse disparu.
*
*
*
Ainsi répond à haute voix le sage Télémaque :

« Étranger, tu m’as vraiment parlé avec amitié,
Comme un père à son enfant, et je ne l’oublierai jamais.
Mais voyons, bien que tu sois pressé de te remettre en route,
Reste le temps de prendre un bain, de réjouir ton cœur !
Puis tu emporteras sur ton bateau un beau cadeau,
Précieux, qui te comblera de joie, un souvenir de moi,
Comme en offrent les hôtes amis à leurs hôtes. »

Ainsi reprend Athéna aux yeux brillants de chouette :

« Ne me retiens pas davantage, je veux vraiment partir.
Et le cadeau que ton cœur ami te pousse à m’offrir,
Tu m’en feras don à mon retour, pour l’emporter chez moi.
Je prendrai cette merveille et t’en rendrai une aussi belle. »

*
le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.271-305 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Penetration", acrylique sur toile 45x37 cm

« Penetration », acrylique sur toile 45×37 cm

Je passerais bien tout mon temps à peindre mais je ne veux pas abandonner ma traduction, je ne peux pas abandonner mon yoga (mon corps le réclame chaque matin) ni toutes les autres choses qui remplissent la vie quotidienne de paix et d’amour. Je suis contente de cette peinture, « Penetration », que j’ai terminée hier. Je donne à mes tableaux des titres en anglais car je peins pour parler en langage universel, et l’anglais est la langue la mieux partagée dans le monde – du moins chacun est en mesure d’en comprendre le mot ou les quelques mots d’un titre. Voilà comment la peinture est la suite et l’accompagnement logique de mon travail de thèse, liant peinture depuis la Préhistoire et littérature, lecture et traduction. Et aussi, par son caractère spirituel, l’accompagnement et la suite de mon travail sur la Bible, sur le Coran, et avec le yoga et l’hindouisme. (Un jour le livre, les livres, écrit ou en cours d’écriture, sur tout cela, seront publiés). C’est un bonheur inestimable que de parvenir à de tels accomplissements – accomplissements toujours en cours, bien sûr.

Nous retrouvons Athéna, toujours sous l’apparence d’un vieil ami d’Ulysse, donnant ses directives à Télémaque pour l’inciter à agir contre l’oppression des prétendants qui ruinent sa maison.
*
*
*
« Et maintenant sois bien attentif à ce que je vais dire,
En prenant les dieux à témoin. Ordonne aux prétendants
De rentrer chez eux. Si ta mère éprouve le désir
De se remarier, qu’elle retourne chez son puissant père :
Ses parents entreront dans ses vues, prépareront ses noces
Et de nombreux présents, comme il convient pour une enfant
Bien-aimée. Et je te conseille fortement, crois-m’en,
D’équiper un vaisseau, le meilleur, de vingt rameurs,
Et d’aller t’informer sur ton père parti
En écoutant quelque mortel ou plus encore
La renommée que Zeus porte parmi les hommes.
Va d’abord à Pylos interroger le divin Nestor,
Puis rends-toi à Sparte auprès du blond Ménélas,
Le dernier rentré des Achéens aux cuirasses d’airain.
Si tu entends dire que ton père est vivant et revient,
Alors, malgré toute ta peine, attends encore un an.
Mais si tu entends dire qu’il est mort, qu’il n’existe plus,
Dans ce cas retourne dans ta chère terre natale
Lui élever un tombeau, lui rendre les honneurs funèbres
Avec faste, comme il convient, puis marier ta mère.
Une fois que tu auras accompli tout cela,
Alors songe dans ton âme et ton cœur au moyen
De tuer dans ton palais tous les prétendants,
Soir par ruse, soit ouvertement. Tu ne dois plus
Te livrer à des puérilités : tu as passé l’âge.
Ne sais-tu pas quelle gloire a acquis le divin Oreste
Parmi tous les hommes après avoir tué le parricide
Et fourbe Égisthe, assassin de son illustre père ?
Toi aussi mon ami, beau et grand comme je te vois,
Sois vaillant, que les hommes futurs parlent bien de toi.
Quant à moi je vais retourner à mon vaisseau rapide,
Où mes compagnons doivent m’attendre avec impatience.
Occupe-toi de cela, en t’attachant à mes paroles. »

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Le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.252-270 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Open World", acrylique sur papier A4

« Open World », acrylique sur papier A4


J’ai envie de devenir peintre. Est-ce cela, ma nouvelle odyssée ? Nous verrons.

Athéna, touchée par la détresse de Télémaque, en profite maintenant pour lui donner, en une longue réponse dont voici une première partie, à la fois l’envie de changer la situation, et, comme nous le verrons la prochaine fois, la tactique à mettre en œuvre pour y parvenir.
Nous avons tous besoin de la leçon de l’Odyssée.

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Bouleversée, Pallas Athéna lui dit alors :

« Grands dieux, combien te manque cet Ulysse absent,
Qui mettrait la main sur ces impudents prétendants !
Si maintenant il arrivait, s’il se tenait à la porte
De sa maison, avec casque, et bouclier, et deux lances,
Tel qu’il m’apparut la première fois qu’il vint
Dans notre maison, buvant et se réjouissant,
Arrivant d’Éphyre, de chez Ilos Merméride !
Ulysse était allé là sur son vaisseau rapide
Chercher un poison mortel afin d’en enduire
Ses javelots d’airain. Mais Ilos ne lui en donna pas,
Ne voulant pas risquer d’irriter les dieux éternels.
C’est mon père qui lui en fournit, car il l’aimait fort.
Tel qu’en lui-même, Ulysse, s’il se frottait aux prétendants,
À tous, distribution de prompte mort et noces amères !
Qu’en sera-t-il ? Cela est sur les genoux des dieux,
Qu’il revienne, ou ne revienne pas, leur régler leur compte
Dans sa maison. Je t’exhorte à te mettre dans l’esprit
Le moyen de repousser les prétendants hors du palais.
*

le texte grec est ici
à suivre !

Mes peintures

Je présente ici quelques-unes de mes peintures, en actualisant la note à mesure que j’en crée de nouvelles. Acryliques sur toile, bois, papier… collages ou autres techniques de peinture pour des œuvres de diverses dimensions. Il est possible de me contacter à ce propos sur mon compte Instagram, où les détails des œuvres sont mieux visibles, ou de visiter ma page sur ArtMajeur (où il y a aussi possibilité de se procurer des reproductions, papier et dans certains cas numériques, des œuvres)
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"Théâtre" Technique mixte sur bois 45x30 cm Ces vers de Paul Valéry sont gravés au fronton du théâtre de Chaillot à Paris

« Théâtre »
Technique mixte sur bois 45×30 cm
Ces vers de Paul Valéry sont gravés au fronton du théâtre de Chaillot à Paris


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4


"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes


"Human History", technique mixte sur papier 24x32 cm

« Human History », technique mixte sur papier 24×32 cm


"Human Being", technique mixte sur papier A4

« Human Being », technique mixte sur papier A4


"Piano", technique mixte sur papier A4

« Piano », technique mixte sur papier A4


"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

« Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow », technique mixte sur papier A4. D’après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j’ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie


"Painting", technique mixte sur papier A4

« Painting », technique mixte sur papier A4


"Underground River", technique mixte sur papier A4

« Underground River », technique mixte sur papier A4


"Dragon", technique mixte sur papier A4

« Dragon », technique mixte sur papier A4


"Harmonic Attractor", technique mixte sur papier A4

« Harmonic Attractor », technique mixte sur papier A4


"Intérieur fourré", technique mixte sur papier A4

« Intérieur fourré », technique mixte sur papier A4


"Avenue", technique mixte sur carton entoilé 55x38 cm

« Avenue », technique mixte sur carton entoilé 55×38 cm


"Life Is a Gift", technique mixte sur bois (fond et cadre d'un vieux miroir brisé) 38x48 cm

« Life Is a Gift », technique mixte sur bois (fond et cadre d’un vieux miroir brisé) 38×48 cm


"How many People in the Universe ?", technique mixte sur papier 42x30 cm

« How many People in the Universe ? », technique mixte sur papier 42×30 cm


"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

« Chant du monde », technique mixte sur papier A4


"Sirens", acrylique sur toile 30x30 cm

« Sirens », acrylique sur toile 30×30 cm


"To Meditate", acrylique sur toile 24x30 cm

« To Meditate », acrylique sur toile 24×30 cm


"Village", acrylique sur bois 56x48 cm

« Village », acrylique sur bois 56×48 cm


"Nativité", technique mixte sur toile 30x30 cm

« Nativité », technique mixte sur toile 30×30 cm


"Tree of Life", technique mixte sur toile 40x40 cm

« Tree of Life », technique mixte sur toile 40×40 cm


"Penetrations", acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique sur toile 38×46 cm


"At Home", acrylique sur toile 30x30 cm

« At Home », acrylique sur toile 30×30 cm


technique mixte sur papier 10x16 cm

technique mixte sur papier 10×16 cm


"Moving", acrylique sur toile 61x46 cm

« Moving », acrylique sur toile 61×46 cm


"Mystery of Life", acrylique sur bois 74x46 cm

« Mystery of Life », acrylique sur bois 74×46 cm


"Baby Black Hole In Our Brain", acrylique sur bois 20x20 cm

« Baby Black Hole In Our Brain », acrylique sur bois 20×20 cm


"Phuo", technique mixte sur papier A4

« Phuo », technique mixte sur papier A4


"Spring coming from Automn", acrylique sur papier 31x41 cm

« Spring coming from Automn », acrylique sur papier 31×41 cm


"What Is It ?", acrylique sur bois 41x51 cm

« What Is It ? », acrylique sur bois 41×51 cm


"Open World", acrylique sur papier A4

« Open World », acrylique sur papier A4


"Mind in and out of the Shell", acrylique sur bois 138x88 cm

« Mind in and out of the Shell », acrylique sur bois 138×88 cm


"Cosmic Ocean", acrylique sur bois 72x42 cm

« Cosmic Ocean », acrylique sur bois 72×42 cm


"Cosmic Egg", acrylique sur bois 56x74cm

« Cosmic Egg », acrylique sur bois 56x74cm


"Le visage tourné", acrylique sur toile 46x37 cm

« Le visage tourné », acrylique sur toile 46×37 cm


"Origine du monde", technique mixte sur papier, 32x24 cm

« Origine du monde », technique mixte sur papier, 32×24 cm


Quelques peintures sur toile, bois ou papier

Quelques peintures sur toile, bois ou papier

Odyssée, Chant I, v.221-229 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Cosmic Ocean", acrylique sur bois 72x42 cm, fini de peindre aujourd'hui

« Cosmic Ocean », acrylique sur bois 72×42 cm, fini de peindre aujourd’hui


Grande forme de partout. Le fait de traduire l’Odyssée y est pour quelque chose, avec la peinture, que je fais en écoutant les Variations Goldberg jouées par Lang Lang (j’ai acheté le CD) et bien sûr le yoga, et puis tout le reste de la bonne vie quotidienne. Voilà pour mon journal du jour. Et pour la suite de l’Odyssée, encore un court passage aujourd’hui, la réponse d’Athéna au désarroi de Télémaque.
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Ainsi reprit Athéna aux yeux brillants de chouette :

« Non, les dieux n’ont pas posé que ta lignée resterait
Sans renommée, puisque Pénélope t’a engendré, toi.
Mais allons ! Dis-moi franchement : qu’est-ce que ce festin ?
Ces gens rassasiés ? Quel besoin en as-tu, enfin ?
Banquet, noce ? Ça n’a rien d’un repas où chacun
Paie sa part, à voir comme ces insolents, ces arrogants,
Mangent dans ta maison. S’indignerait tout homme
Sensé qui, entrant ici, verrait toute cette honte. »

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.213-220 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)

"Wood Spirit", acrylique sur bois 40x89 cm, peinture que j'ai terminée aujourd'hui

« Wood Spirit », acrylique sur bois 40×89 cm, peinture que j’ai terminée aujourd’hui

La brève et percutante réponse de Télémaque à Athéna, qui lui a demandé s’il était bien le fils d’Ulysse, me rappelle un passage d’un roman de Hermann Hesse. Jusqu’à l’invention des tests ADN, ce devait être un motif d’inquiétude pour les hommes que de ne pouvoir être sûrs de leur paternité, d’où sans doute la tentation d’enfermer les femmes et la société patriarcale. Il y a dans Siddharta l’histoire d’un sage ermite à qui une jeune femme apporte un jour un petit enfant ou bébé en prétendant qu’il en est le père et en exigeant qu’il l’élève. L’ermite ne connaît pas cette femme, n’a jamais couché avec elle, mais il accepte l’enfant sans rien dire et l’élève, puisque le destin le lui envoie. Quand l’enfant est adolescent, la femme revient et réclame son fils, en disant haut et fort que l’ermite n’a aucun droit sur lui puisqu’il n’est pas son père. Et l’ermite laisse partir le jeune homme sans protester.
Y voir une leçon de fatalisme serait réducteur. Ce que j’y vois, moi, c’est qu’un être humain, même tout petit enfant, n’appartient à personne, ni à sa mère ni à son père biologiques ou adoptifs ; mais qu’il appartient à tout être humain de prendre soin, dans la mesure du possible, de tout enfant, voire de tout être humain qui en a besoin. C’est ce que fait Athéna auprès d’Ulysse et de Télémaque, en tout respect de ce qu’ils sont. La réponse de Télémaque ne dit-elle pas aussi que la seule chose sûre, c’est d’être soi-même ? En ce siècle où de nouveaux problèmes de filiation apparaissent (PMA, GPA, parents transgenres…), l’éthique ne doit-elle pas réaffirmer prioritairement qu’aucun être humain ne peut en posséder un autre, adulte ou enfant ?
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Ainsi lui dit à haute voix le prudent Télémaque :

« Je te répondrai en toute franchise, étranger.
Ma mère m’a bien dit que j’étais fils d’Ulysse, mais moi
Je n’en sais rien. Car nul ne peut savoir qui est son père.
Comme je préférerais être le fils d’un homme
Heureux, que la vieillesse atteint au milieu de ses biens !
Mais c’est du plus infortuné des mortels que je suis né,
Me dit-on : voilà la réponse à ta question. »

le texte grec est ici
à suivre !