Décadence française et relève

mathilde maute,

Si je vivais aux États-Unis par exemple, je pourrais travailler selon mes capacités dans la société, comme auteure et comme enseignante. En France, si vous n’êtes pas né·e dans la bonne classe sociale, le seul moyen de s’en sortir est de se soumettre et de se corrompre pour pouvoir entrer dans un système de dominants inter-soumis et corrompus. Le système hiérarchique français, le système des premiers de cordée, comme dit Macron, est le contraire d’un système aristocratique : ce ne sont pas les meilleurs qui sont au pouvoir, ce sont les plus médiocres et les plus corrompus. Ces derniers travaillant sans cesse, non pas à quelque bonne et utile œuvre, mais à produire des artefacts pour entretenir l’illusion qu’ils sont, et à éliminer des domaines qu’ils veulent occuper et se réserver, ou du moins à caser et faire taire, les meilleur·e·s, celles et ceux qui travaillent vraiment et honnêtement, de façon créative et capable de faire avancer le pays et le monde en son temps et pour le temps de ses descendant·e·s.

Je ne suis pas décadentiste mais le fait est que toutes les statistiques montrent le recul de notre pays dans le monde, sa perte considérable d’excellence dans à peu près tous les domaines de la science, de l’art, de l’industrie. La faute en est à la médiocrité, à l’aveuglement, à l’égoïsme paralysants de la classe dominante, qui ne se maintient que par l’exclusion de tout ce qui ne marche pas dans ses combines. À ceux-là s’ajoute la lourdeur d’une administration d’autant plus indétrônable que les pouvoirs ont toujours trouvé utile de la trouver à leur botte pour accomplir toutes sortes de sales boulots.

La décadence française, ce n’est pas, comme les identitaires le croient, la perte de valeurs culturelles françaises, par ailleurs fantasmées (voyez les films du vingtième siècle, lisez les romans des siècles précédents : qui a envie de vivre dans cette France-là ?), mais au contraire la constipation d’une classe sociale qui croit devoir retenir ses déchets dans ses entrailles comme un capital placé en banque. La décadence française, c’est le mur sans cesse reconstruit par des classes dominantes auto-enfermées, entre elles et des personnes vivantes en train de réinventer la vie, comme la vie l’exige. C’est l’esprit vieilli contre la jeunesse de l’esprit. C’est l’idée fixe contre la pensée en mouvement. Le déni du réel contre l’accueil et l’analyse du réel. L’insulte permanente au vivant et à la vérité contre le respect du vivant et de la vérité.

Eh bien, mes capacités me restent, comme vos capacités vous restent, même si la société les nie. Continuer de les affirmer, de les mettre en œuvre d’une façon ou d’une autre, c’est aussi garder la meilleure de toutes nos capacités : la capacité à la liberté. Notre liberté que les enfermés dans leurs ghettos de privilégiés jalousent, et qui change à chaque instant le monde, notre monde, contre leur gré et pour notre meilleur commun.

*
en vignette : Mathilde Mauté et Arthur Rimbaud sur un mur de Paris, photo S.G.

Réflexion sur la traduction

cyclope

Ma traduction de l’Odyssée est à bien des moments à mille lieues des traductions existantes. Mille lieues, façon de parler, d’autant qu’elle est aussi proche que possible du texte grec, dont les autres traductions s’éloignent souvent par souci d’intelligibilité. Le paradoxe étant qu’elles lui retirent ainsi son intelligence. Qui traduit doit pénétrer l’esprit de qui écrivit, et de ce qui est écrit. Restituer autant que possible la richesse de la pensée d’un texte nécessite aussi bien de s’interroger sur son sens que de rendre aussi fidèlement que possible son expression et ses images. Cela peut passer par la littéralité, ou bien par une translittéralité, une transposition de l’expression dans une autre expression, mais qu’il faut alors choisir avec un soin immense. C’est pourquoi je passe des heures à méditer sur l’œuvre dans son ensemble ou dans tel ou tel de ses détails – et je le fais aussi en rêvant, toutes les nuits.

Une œuvre telle que l’Odyssée demande un investissement total, profond. Le texte doit être ressenti dans sa chair aussi bien que contemplé en esprit. Sans ressenti charnel, l’esprit s’égare, il ne contemple pas, en fait, et la pensée s’illusionne et pense faux. Si l’on ne peut accéder à ce niveau d’art dans la traduction ou la lecture d’un texte, mieux vaut s’en tenir à transcrire ou dire ce que le texte offre comme premier niveau de compréhension. Mieux vaut donner un sens plat du texte, ce qui revient à réduire son sens, que de le déformer, ce qui revient à détruire son sens.

Il y a des moments-clé dans l’Odyssée où la traduction doit laisser la place à la réflexion avant de pouvoir reprendre ; bien sûr tout le temps de la traduction est un temps de réflexion, mais parfois la pensée exige de ralentir ou d’arrêter le temps de l’écriture avant de reprendre sa lecture. On traduit trop le mot métis, qualité attribuée à Ulysse, par « ruse », alors que le me de métis est le même que celui de mental, d’une racine indo-européenne signifiant penser. À cause de ce mot, ruse, le regard du francophone sur Ulysse est très réducteur. J’ai déjà expliqué pourquoi même le mot dolos était défectueusement traduit par ruse en français. L’intelligence d’Homère n’est pas une esquive, au contraire.

Macron et le Cyclope

Screenshot_2021-03-30 Covid-19 les raccourcis de l’exécutif sur les modélisations de l’épidémie

Pandémie. D’après sa com’, Macron serait si intelligent qu’il serait devenu assez épidémiologiste pour se passer de l’avis des épidémiologistes et gérer tout tout seul. On voit le résultat : plus d’un an après, toujours plus de malades et de morts, toujours des attestations à remplir et des amendes à payer, toujours autant ou plus de gens privés de travail, et maintenant trop peu de vaccins et de plus mauvais résultats que la plupart des autres pays. Bref, toujours plus de preuves que, pour tout le reste comme en politique, masturbation intellectuelle, vanité narcissique et méthode Coué sont non seulement stériles mais potentiellement dévastatrices. Comme dit l’autre, c’est sur vos œuvres que vous serez jugés.

Il faut vraiment être stupide pour croire mieux savoir que ceux qui savent mieux et pouvoir se passer de leur savoir chèrement acquis – c’est la maladie de vanité qui touche les bluffeurs. Ces imbéciles me font penser au Cyclope qui se croit plus fort que tout le monde, « beaucoup plus fort » que Zeus lui-même, comme il le déclare, et qui finit avec son unique œil crevé. Drôlerie du dialogue (que j’ai traduit aujourd’hui) au cours duquel Ulysse, minuscule à côté de la masse de Polyphème, l’appelle « mon brave » en essayant de lui apprendre à bien se comporter. Peine perdue, l’idiot lui répond avec condescendance et va coûter la vie à plusieurs compagnons d’Ulysse avant d’être mis hors d’état de nuire par l’intelligent héros.

Athémistes, leur doigt dans leur œil

Polyphemus

Arrivant avec Ulysse et ses compagnons chez les Cyclopes, je vois qu’Homère qualifie ces derniers d’ athemistoi, et je pense aussitôt au mot athéisme, d’autant que les Cyclopes font partie des gens qu’Homère oppose, de façon récurrente, à ceux qui respectent les dieux et agissent avec justesse.

Athemistos signifie « sans loi ». Je cherche donc dans mon dictionnaire l’étymologie de themis, la loi. La racine est celle du verbe tithèmi, qui signifie poser. Je cherche l’étymologie du mot théos, dieu. La racine est la même. Le dieu est l’instance qui pose le monde et la loi.

Le mot athéisme n’existe pas dans le grec d’Homère parce que cette notion, au sens moderne, n’existe pas à son époque, mais le mot athemistos, qui signifie « sans loi, sans règle, criminel », indique la fonction du dieu : faire des hommes des humains civilisés. C’est tout l’enjeu de l’Odyssée (je montrerai précisément comment, avec quelle subtilité), comme de toutes les grandes œuvres, chacune selon leurs propres voies.

Ce n’est pas l’athéisme qui fait les criminels, c’est l’athémisme. Le fait de se croire tout permis, de ne respecter ni les personnes ni la vérité. Aux athémistes, voilà ce que dit Homère : non seulement vous ne voyez que d’un œil, mais en plus vous vous mettez le doigt dedans, vous et « personne » d’autre que vous-mêmes et vos pareils.

Qui est Ulysse ?

Ulysse-Andre Bonamy

« Je suis Ulysse, fils de Laërte, connu de tous hommes
Pour mes amorces, et ma renommée va jusqu’au ciel.
J’habite Ithaque qu’on voit au loin ; le mont Néritos,
Remarquable, y agite son feuillage ; tout autour,
Se trouvent des îles nombreuses et très proches entre elles,
Doulichion, Samè, et Zacynthe couverte de forêts.
Ithaque est basse, et située au plus profond du couchant ;
Les autres îles sont plus loin, vers l’aurore et le soleil.
Elle est rude, mais bonne nourrice de garçons ; et moi
Je ne peux imaginer de terre à la saveur plus douce.
Certes Cacheuse, déesse entre les déesses, me tint
Dans ses grottes creuses, me voulant vivement pour époux ;
Ainsi même Circé, par ses amorces, me retint
Dans ses demeures d’Aiaié, me désirant pour époux ;
Mais jamais elles n’ont convaincu mon cœur dans ma poitrine.
Tant rien ne peut se trouver de plus doux que la patrie
Ou les parents, même si on habite, en pays lointain,
Dans une riche demeure, mais séparé des siens. »

Homère, Odyssée, chant IX, v.19-36 (ma traduction)

*J’ai traduit le mot dolos par son sens premier, « amorce », plutôt que, comme on le fait habituellement, par « ruse », d’autant que l’histoire du mot ruse, en français, révèle qu’il s’agit d’une tactique d’échappement pour les animaux chassés, alors que l’amorce est au contraire une tactique pour attraper. Ce mot dolos se retrouve dans le qualificatif qu’applique Ulysse à Circé, je l’ai donc fait ressortir aussi comme « amorce ».
Au sens figuré, je trouve l’amorce d’Ulysse ici particulièrement habile. On dirait James Bond se présentant : « My name is Bond. James Bond ». N’est-elle pas magnifique, cette tirade de présentation de lui-même, qu’il finit par faire devant Alkinoos et les Phéaciens après être arrivé chez eux en naufrageant, en malheureux errant, suppliant d’être secouru ? Et le voici soudain dans sa souveraineté.

C’est là que j’en suis cette nuit de ma traduction de l’Odyssée, qui avance vite et bien, poussée par un vent vif et doux.

Conseils à une ou un jeune poète

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Chante tout le temps, sauf quand on veut te faire chanter.
Chante avec tout, sauf avec ceux qui chantent faux.
Chante juste. Exerce-toi jusqu’à chanter juste, ou tais-toi.
Chante tout, sauf ce qu’on veut te faire chanter.
Chante comme tu l’entends, mais seulement si tu l’entends.
Chante en sachant que si tu chantes vraiment, les mauvais chanteurs vont se retourner contre toi.
Chante vraiment.
Chante sans raison, mais avec la raison.
Chante sans mesure, mais dans la mesure de tes propres rythmes.
Chante sans miroir, sois le miroir.
Chante sans peur, mais en cultivant ta religieuse crainte.
Chante en sainte âme errante, en sainte âme ermite, en sainte âme savante, en sainte âme voyante, en sainte âme morte, en sainte âme vivante, en sainte âme féconde, en sainte âme gratuite, en sainte âme voilée, en sainte âme nue, en sainte âme mordante, en sainte âme ardente, en sainte âme aimante, en sainte âme paisible, en sainte âme guerrière, en sainte âme impudique, en sainte âme invincible, en sainte âme fragile, indestructible, insaisissable, irrécupérable, inenfermable, inflammable, inconsumable.
Chante, c’est tout. Chante et souviens-toi de tout, chante et oublie tout. Chante et danse et envoie tout valser.

Grâce

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Heureuse et bienheureuse dans mon corps et dans mon esprit. Musclée, agile, au psychique et au physique. En grec, pour saluer, on dit χαῖρε : « réjouis-toi », enjoy, mais en plus de la joie il y a dans ce mot, d’abord, la grâce – c’est le mot qu’on entend dans « charisme ». Le grec est à mon sens la plus belle langue que je connaisse, surtout le grec d’Homère, chamarré, composite, antique et atemporel, brut et extrêmement subtil. La joie m’inonde tout le temps que je passe à le traduire, comme pendant le yoga. Souvent je dois m’arrêter parce que l’émotion me submerge, ou parce que s’ouvre devant moi une perspective jusque là inouïe, que je prends le temps de contempler. Ma langue de traductrice se libère à mesure de l’avancée dans le texte, à mesure que j’y suis de plus en plus chez moi, comme Ulysse toujours plus près de son retour à la maison. Alexandre le conquérant emmenait partout avec lui un coffre contenant les œuvres d’Homère. Selon Plutarque, le poète lui apparut un jour en rêve et lui désigna, par deux vers de l’Odyssée, l’île de Pharos, où s’implanter – île qui a donné, d’après son fameux phare d’Alexandrie, son nom aux phares. « Pharos » est aussi le mot par lequel Homère désigne la toile que tisse Pénélope, et la voile d’un navire, et le manteau des femmes ou des hommes. La beauté du regard d’Homère, aussi bien sur les femmes que sur les hommes, est unique, illuminante.

… et voyez aussi mes deux derniers livres !

Homère écrivant ?

louvre-scribe,

« Puéril, le fils de Tydée, qui dans son cœur ne sait pas
Que ne dure guère qui se bat contre les immortels,
Et que nul enfant sur ses genoux ne lui dira papa »
Iliade, V, 406-408 (ma traduction)

Encore une preuve par Homère qu’Arte s’est servi de l’argent public pour falsifier Homère en appelant Ulysse « l’homme qui défiait les dieux ». Mais il fallait bien oublier l’homme Homère, nier l’homme Homère, pour se permettre de le falsifier. Tel est le principe de tous les crimes contre l’humanité.

Les gens qui pensent qu’Homère n’a pas existé ne font qu’avouer, sans le savoir, qu’il n’existe pas d’Homère en eux. Les gens qui pensent qu’Homère ne pouvait pas être une personne mais un groupe de personnes ne font qu’avouer, sans le savoir, qu’ils ne peuvent être une personne en eux-mêmes, sans un groupe de personnes. Les gens qui doutent de l’existence d’Homère ont beaucoup de sans-le-savoir, à commencer par sans savoir ce qu’est le génie et d’où il vient en l’humain ; d’où le ressentiment qui les pousse à exprimer un doute sur l’existence d’un génie.

Certains Grecs anciens, sans nécessairement faire profession de réciter Homère, apprenaient par cœur l’Iliade et l’Odyssée, même après leur fixation par l’écriture – comme aujourd’hui encore, par exemple, certains musulmans apprennent par cœur le Coran. C’est ainsi que des textes transmis oralement peuvent conserver leur intégrité. Mais quand ont été fixés par écrit les poèmes d’Homère ? Deux siècles après, comme on le pense souvent, ou plus tôt ? C’est au moment où il a vécu que l’écriture grecque, empruntée et adaptée de l’écriture phénicienne et remplaçant l’ancien système d’écriture, est apparue. Certains philologues pensent qu’il n’est pas impossible, en conséquence, qu’Homère lui-même, ou un scribe avec lui, ait fixé par écrit ses œuvres. Voire qu’il ait adapté lui-même l’écriture phénicienne pour pouvoir écrire ses œuvres en grec.

Étant donné l’extraordinaire génie d’Homère, cette hypothèse ne me paraît pas plus invraisemblable que le fait que Léonard de Vinci ait été à la fois peintre et homme de science et de technique. En tout cas, il est tout à fait vraisemblable que, s’il n’a lui-même inventé l’écriture grecque, la voyant apparaître il s’en soit saisi au profit de son poème, exactement comme un génie d’aujourd’hui n’aurait pas tardé à se servir d’Internet. La puissance de tels esprits dépasse la capacité de compréhension de ceux qu’on appelle les esprits forts, ceux qui se sentent d’attaque contre les immortels, comme dit Homère, parce que, en vérité, ils ne savent pas. Les humbles, eux, savent, comme je le sais, qu’il y a beaucoup plus puissant qu’eux-mêmes. C’est ainsi que l’humble et le génie peuvent communier, alors que l’esprit fort s’exclut du supérieur inconnu, s’interdit la possibilité de le connaître. Telle est la condition ordinaire de l’humain moderne, terriblement bornée. Pour sortir de l’implacable finitude, la nôtre et celle de nos civilisations, voire de notre espèce, il faut ouvrir l’esprit. Nous sommes mortels dans le temps, mais hors du temps nous pouvons vivre aussi longtemps que nous le désirons.

Bonne journée !

Selon le cosmos

cosmos

J’ai traduit encore des passages sublimes, et compris des choses sublimes. Mon pauvre vieux dictionnaire tombe en ruines, à force de servir. N’empêche je sens la lumière de ses pages réfléchir sur mon visage, quand il est penché sur lui. Traduit hier plus de cent vingt vers. Littéralement portée par le texte. Si je tiens un bon rythme, j’aurai fini avant l’été. J’y ai pensé ce matin en courant dans le jardin : rythme et persévérance ! Ulysse est d’abord fort à l’arc, mais il est aussi très bon à la course.

J’écris à l’oreille, avec pour seule contrainte formelle d’imposer à mes vers libres de se contenir entre douze et quinze pieds. Pour le reste, le chant du verbe se joue selon les accords que l’oreille perçoit et définit à mesure. Tantôt en teinte continue, tantôt haut en couleurs. J’ai parlé l’autre jour du parler odysséen « kata moiran », selon la moïra, selon la juste part des choses ; odysséen aussi, le faire « kata cosmon », selon le cosmos, selon le bon ordre. Justement ce que j’ai trouvé est lié au cosmos. Et j’ai découvert ce qui est sans doute la plus grande invention d’Homère (non au sens de fiction, mais au sens de découverte). C’est pour ça que le temps n’a pas avalé les très grands textes : parce que nous n’avons pas fini de les lire, de les comprendre.

La beauté que je ne peux plus trouver depuis un an en allant par exemple à la montagne ou à Édimbourg ou en Grèce, je la trouve en traduisant Homère. J’aime la beauté. Mais ce n’est pas seulement cela. Homère me dit mon histoire, la sienne. Et il me guérit de ses horribles passages. Il me guérit des attaques de la mort, il me permet de l’annuler, en me donnant sa tête à manger, avec ce verbe grec, « terpô » qui signifie à la fois rassasier et réjouir. Je ne veux pas être la seule à en profiter.

J’ignore si je tiendrai le rythme d’une centaine de vers par jour pour terminer d’ici juillet, et je ne m’y forcerai pas car c’est le texte qui commande. Je ne relâche absolument pas ma traduction à mesure que j’avance, au contraire il me semble qu’elle s’améliore, ce qui est bien normal. Une fois au bout il faudra bien sûr tout revoir et rédiger le commentaire, et c’est très bien. J’aurai bien mérité, ensuite, mon repos de la guerrière, par exemple deux semaines de marche sac au dos dans des paysages splendides et des nuits à la belle étoile avec O, comme l’été dernier. Et surtout, je pourrai me remettre à mon propre grand roman, mon propre grand poème, fortifiée par l’ambroisie homérique. (Si je ne me lance pas dans une autre grande traduction, celle de l’Iliade par exemple, ou dans l’apprentissage d’une nouvelle langue pour explorer d’autres univers littéraires). Et puis j’apporterai mon dictionnaire à un relieur, afin qu’il lui rende une nouvelle jeunesse, après tant de service.

L’image en vignette est une capture d’écran d’une belle photo d’Alan Novelli trouvée ici

Journal du jour, et Homère vu par Lamartine

lamartine

21-3-21 : c’est le jour du neuf, aujourd’hui. J’ai changé la règle (souple) de mon quotidien afin de pouvoir consacrer davantage de temps à la traduction et à la lecture. Résultat, 59 vers du Chant VIII traduits ce matin – et la journée n’est pas finie, et j’ai eu le temps de consacrer aussi une heure au yoga dans la même matinée. Et j’écoute beaucoup de musique, Bach, De Visée, Mozart, Purcell, Stravinsky, Haydn, Satie, Chopin, Dvorak, Hildegarde de Bingen, la BO de Ghost Dog, etc. Sans compter celle qui se joue en direct dans la pièce d’à côté, par exemple ce matin une répétition d’une chanson de Chris Isaak qui nous accompagne dans notre amour depuis notre rencontre il y a plus de trente ans, O et moi. A voyagé avec nous. Est maintenant jouée par l’un de nos enfants, qui l’a tant entendue dans notre splendide temps qui fut celui de son enfance. Du coup je me rends compte que j’ai négligé de publier la suite de mon journal de jeune femme, « Ma vie douce », alors qu’on en était encore à Montréal il y a trente ans. Mais rien ne presse. Si le passé avec O fut splendide à vivre, le présent l’est aussi. Mort, où est ta victoire ?
Pour continuer avec Homère, voici deux passages du beau texte que lui consacra Lamartine, comme une peinture du poète éternel et absolu :

« L’homme est le miroir pensant de la nature. Tout s’y retrace, tout s’y anime, tout y renaît par la poésie. C’est une seconde création que Dieu a permis à l’homme de feindre en reflétant l’autre dans sa pensée et dans sa parole ; un verbe inférieur, mais un verbe véritable, qui crée, bien qu’il ne crée qu’avec les éléments, avec les images et avec les souvenirs, des choses que la nature a créées avant lui : jeu d’enfant, mais jeu divin de notre âme avec les impressions qu’elle reçoit de la nature ; jeu par lequel nous reconstruisons sans cesse cette figure passagère du monde extérieur et du monde intérieur, qui se peint, qui s’efface et qui se renouvelle sans cesse devant nous. Voilà pourquoi le mot poésie veut dire création.
(…)
le grand poète, d’après ce que je viens de dire, ne doit pas être doué seulement d’une mémoire vaste, d’une imagination riche, d’une sensibilité vive, d’un jugement sûr, d’une expression forte, d’un sens musical aussi harmonieux que cadencé ; il faut qu’il soit un suprême philosophe, car la sagesse est l’âme et la base de ses chants ; il faut qu’il soit législateur, car il doit comprendre les lois qui régissent les rapports des hommes entre eux, lois qui sont aux sociétés humaines et aux nations ce que le ciment est aux édifices ; il doit être guerrier, car il chante souvent les batailles rangées, les prises de villes, les invasions ou les défenses de territoires par les armées ; il doit avoir le cœur d’un héros, car il célèbre les grands exploits et les grands dévouements de l’héroïsme ; il doit être historien, car ses chants sont des récits ; il doit être éloquent, car il fait discuter et haranguer ses personnages ; il doit être voyageur, car il décrit la terre, la mer, les montagnes, les productions, les monuments, les mœurs des différents peuples ; il doit connaître la nature animée et inanimée, la géographie, l’astronomie, la navigation, l’agriculture, les arts, les métiers même les plus vulgaires de son temps, car il parcourt dans ses chants le ciel, la terre, l’Océan, et il prend ses comparaisons, ses tableaux, ses images dans la marche des astres, dans la manœuvre des vaisseaux, dans les formes et dans les habitudes des animaux les plus doux ou les plus féroces ; matelot avec les matelots, pasteur avec les pasteurs, laboureur avec les laboureurs, forgeron avec les forgerons, tisserand avec ceux qui filent les toisons des troupeaux ou qui tissent les toiles, mendiant même avec les mendiants aux portes des chaumières ou des palais. Il doit avoir l’âme naïve comme celle des enfants, tendre, compatissante et pleine de pitié comme celle des femmes, ferme et impassible comme celle des juges et des vieillards, car il récite les jeux, les innocences, les candeurs de l’enfance, les amours des jeunes hommes et des belles vierges, les attachements et les déchirements du cœur, les attendrissements de la compassion sur les misères du sort : il écrit avec des larmes ; son chef-d’œuvre est d’en faire couler. Il doit inspirer aux hommes la pitié, cette plus belle des sympathies humaines, parce qu’elle est la plus désintéressée. Enfin, il doit être un homme pieux et rempli de la présence et du culte de la Providence, car il parle du ciel autant que de la terre. Sa mission est de faire aspirer les hommes au monde invisible et supérieur, de faire proférer le nom suprême à toute chose, même muette, et de remplir toutes les émotions qu’il suscite dans l’esprit ou dans le cœur de je ne sais quel pressentiment immortel et infini, qui est l’atmosphère et comme l’élément invisible de la Divinité.

Tel devrait être le poète parfait ; homme multiple, résumé vivant de tous les dons, de toutes les intelligences, de tous les instincts, de toutes les sagesses, de toutes les tendresses, de toutes les vertus, de tous les héroïsmes de l’âme ; créature aussi complète que l’argile humaine peut comporter de perfection.

Aussi qu’une fois cet homme apparaisse sur la terre, déplacé, par sa supériorité même, parmi le commun des hommes, l’incrédulité et l’envie s’attachent à ses pas comme l’ombre au corps. La fortune, jalouse de la nature, le fuit ; le vulgaire, incapable de le comprendre, le méprise comme un hôte importun de la vie commune ; les femmes, les enfants et les jeunes gens l’écoutent chanter en secret et en se cachant des vieillards, parce que ces chants répondent aux fibres encore neuves et sensibles de leurs cœurs. Les hommes mûrs hochent la tête, et n’aiment pas qu’on enlève ainsi leurs fils et leurs femmes aux froides réalités de la vie ; ils appellent rêves les idées et les sentiments que ces génies inspirés font monter à la tête et au cœur de leurs générations ; les vieillards craignent pour leurs lois et leurs mœurs, les grands et les puissants pour leur domination, les courtisans pour leurs faveurs, les rivaux pour leur portion de gloire. Les dédains affectés ou réels étouffent la renommée de ces hommes divins, la misère et l’indigence les promène de ville en ville, l’exil les écarte, la persécution les montre du doigt ; un enfant ou un chien les conduit, infirmes, aveugles ou mendiant de porte en porte ; ou bien un cachot les enferme, et on appelle leur génie démence, afin de se dispenser même de pitié !

Et ce n’est pas seulement le vulgaire qui traite ainsi ces hommes de mémoire ; non, ce sont des philosophes tels que Platon, qui font des lois ou des vœux de proscription contre les poètes ! Platon avait raison dans son anathème contre la poésie ; car si l’aveugle de Chio était entré à Athènes, le peuple aurait peut-être détrôné le philosophe ! Il y a plus de politique pratique dans un chant d’Homère que dans les utopies de Platon !

Homère est cet idéal, cet homme surhumain, méconnu et persécuté de son temps, immortel après sa disparition de la terre. »

Alphonse de Lamartine, Vie d’Homère texte entier

Et allez voir les deux derniers livres de celle à qui l’immortel Homère donna sa tête à manger !

Lumière chez Homère, et ailleurs

grece--athenes--tetradrachme--athena--chouette,

Je suis de plus en plus amoureuse du texte, et ma traduction devient de plus en plus belle. J’en suis toute éblouie. Sans doute réviserai-je ma traduction des premiers chants, mais peut-être pas tant que ça, peut-être laisserai-je monter ainsi la beauté dans ma traduction, de chant en chant, afin que celles et ceux qui la liront puissent éprouver comme moi cette montée. Ou peut-être essaierai-je de tout reprendre pour harmoniser la beauté partout. Nous verrons.

Ma compréhension du texte ne cesse d’augmenter, elle aussi, et le paysage devient de plus en plus ouvert et splendide sous mes yeux. Je vois que d’autres traducteurs et exégètes s’interrogent sur tel ou tel moment qui leur paraît obscur, et qui s’éclaire étonnamment devant moi, comme si Athéna avec ses yeux de chouette qui voient dans la nuit me précédait et à mesure de mon avancée inondait la voie de lumière. Et ce ne sont pas seulement des passages qui paraissent obscurs qui s’éclairent, mais aussi ceux qui paraissent clairs, si clairs qu’on les a à peine vus, en vérité.

J’ai appris hier en écoutant une conférence de Pierre Judet de La Combe, très talentueux traducteur de l’Iliade, que Philippe Brunet, après avoir traduit l’Iliade en aède, préparait lui aussi, depuis un certain temps, une traduction de l’Odyssée. Je ne doute pas qu’elle sera très belle aussi et je me réjouis de toute cette actualité d’Homère appelée à durer loin dans le temps (contrairement, heureusement, aux impostures subventionnées de Sylvain Tesson, payé par France Inter et par Arte pour parler d’Homère alors qu’il ignore même à quelle époque il a vécu et se trompe dans les noms de ses personnages, et d’Arte, qui commet avec François Busnel une série falsificatrice d’Homère, présentée comme fidèle).

« La capacité de goûter de nouveau Homère est peut-être la plus grande conquête de l’homme européen, mais elle a été payée cher », dit Nietzsche, cité en exergue des Essais sur Homère de Marcel Conche. Nietzsche a raison, et il faut mettre sa remarque au présent. Certains continuent à essayer de faire payer de plus en plus cher la capacité de savoir Homère, de la faire payer au peuple et au poète lui-même, qu’ils assassinent, dans leur volonté de conserver le vieux monde inique et mourant. Facile d’assassiner un mort, ont-ils dû penser, allons-y. Mais quand le mort est Homère, impossible. Toutes ces nouvelles traductions, ces nouvelles études, dans lesquelles je m’inscris, le prouvent : Homère est toujours là, à ouvrir la route devant nous comme derrière nous. « Il n’y a aucune misogynie chez Homère », dit avec justesse Marcel Conche dans le même ouvrage, dont je ne partage pas, loin de là, toute l’analyse. La misogynie des siècles a beaucoup abîmé beaucoup de femmes et d’hommes, et beaucoup de sociétés. Il n’y a aucune misogynie chez Homère : par là passent nécessairement le bonheur, le salut.

« Enseigner la lecture, non pas seulement pour connaître la langue, mais pour connaître comment l’esprit humain dans l’Histoire a travaillé sur lui-même, s’est enrichi, parfois s’est oublié, est revenu… comment l’histoire humaine est une invention permanente… et si on veut ne pas se laisser fasciner par les discours dominants, qu’ils soient les discours nationalistes, racistes, ou les discours religieux fanatiques, mais aussi les discours technocratiques, qui sont quand même les discours les plus forts maintenant, il faut passer par une compréhension de l’histoire de l’esprit humain ; et ça, c’est à travers les grands textes… l’Iliade, Shakespeare, les grands textes philosophiques, les grands textes scientifiques… il faut apprendre à les lire pour inventer du nouveau », dit Pierre Judet de La Combe dans la conférence à laquelle j’ai fait référence. Voilà précisément l’ambition de mes deux derniers livres, bien sûr le vaste panorama d’Une Chasse spirituelle mais aussi, à sa petite mesure, Yogini, qui réfléchit avec les textes de la pensée indienne.

Traverser

meditation

yogini;Et voici mon nouveau livre, un tout petit vademecum de méditation associée au yoga, écrit sur le ton du quotidien mais avec des références sérieuses aux textes de la tradition yogique et une réflexion personnelle appuyée sur ma pratique, mes lectures, mon expérience. Un vrai bonheur de le publier en autoédition, en fait – en toute liberté, et enfin débarrassée des pesanteurs multiples et variées de l’édition classique. Allez le découvrir sur Amazon.

Continuant à repérer maintes manifestations de sexisme de la part des traducteurs de l’Odyssée, qui qualifient les femmes de chastes quand Homère les dit sages, avisées, ou de sages quand, clairement, il les dit intelligentes, ou de bonnes quand il les dit courageuses, etc. (alors que lorsque les mêmes adjectifs sont appliqués à des hommes, ils les traduisent correctement). On finirait par penser que les activistes qui veulent que les traductions soient faites par des personnes culturellement proches n’ont pas complètement tort. Pas complètement parce qu’il est clair là que les traducteurs hommes, du fait d’être des hommes sexistes, ont tous eu une vision faussée des femmes dans l’Odyssée.
Mais ces activistes ont grandement tort quand même car moi qui suis une femme je traduis un poète dont j’ignore s’il était homme ou femme mais qui était plus probablement homme, et très éloigné de moi dans le temps – ce qui ne m’empêche pas de le comprendre, de comprendre chez lui des choses que d’autres n’ont pas vues, comme son absence de sexisme malgré la culture patriarcale dans laquelle il écrit et dans laquelle ses héros et héroïnes sont plongées. L’esprit n’a pas de frontières – même si beaucoup l’ont borné. Et il faut savoir regarder un texte de très près, mais aussi de très loin, pour pouvoir y discerner ce qui y est ; comme il faut savoir regarder, pour comprendre le vivant et ses lois, vers l’infiniment petit et vers l’infiniment grand.

Mon âme est en parfaite paix.

Le destin dans l’Odyssée : tisser la juste part

ulysse et sirenes

Ulysse et les sirènes sur un vase grec, image wikimedia. Cette image qu'on montre aux enfants des collèges sans jamais les faire réfléchir à son sens. Ulysse se fait attacher pour ne pas succomber, voilà tout ce qu'on dit. Quand j'ai dit, à l'institut de formation des profs, qu'il faudrait aller plus loin, personne n'a compris de quoi je parlais, et quand je l'ai précisé brièvement, l'instructrice m'a répliqué qu'on n'avait pas le temps de discuter de ça avec les élèves. La formation des profs de français : une formation à tuer l'intelligence des élèves, comme l'édition et la télévision tuent l'intelligence des gens de tout âge, par bêtise

Ulysse et les sirènes sur un vase grec, image wikimedia. Cette image qu’on montre aux enfants des collèges sans jamais les faire réfléchir à son sens. Ulysse se fait attacher pour ne pas succomber, voilà tout ce qu’on dit. Quand j’ai dit, à l’institut de formation des profs, qu’il faudrait aller plus loin, personne n’a compris de quoi je parlais, et quand je l’ai précisé brièvement, l’instructrice m’a répliqué qu’on n’avait pas le temps de discuter de ça avec les élèves. La formation des profs de français : une formation à tuer l’intelligence des élèves, comme l’édition et la télévision tuent l’intelligence des gens de tout âge, par bêtise


En grec moïra signifie part (portion) ; et parler selon la moïra signifie parler avec justesse, en faisant la juste part des choses. Moïra s’utilise aussi, secondairement, pour exprimer le destin dans le sens « part qui a été attribuée à chacun », que la part soit considérée comme bonne ou non. D’où j’en suis dans ma traduction de l’Odyssée, au chant VII, je constate que Homère emploie très peu le mot moïra, et quand il l’emploie c’est plutôt dans l’expression parler selon la moïra, qui ne fait pas référence au destin mais à la justesse de vue.

Pour ce qui est du destin, il emploie le plus souvent le mot kère, qui signifie d’abord la mort. Qui peut contester que la mort soit le destin de chacun d’entre nous ? Cette subtilité dans les mots grecs est détruite en français du fait que nous employons le mot destin dans le sens d’existence déterminée à l’avance dans toutes ses tribulations, alors que les mots grecs laissent beaucoup plus de champ à l’interprétation de ce que peut être le destin.

Chez Homère, le destin se tisse, surtout. Souvent nous devons traduire en français par destin ou sort ce qui, chez Homère, est contenu dans les seuls verbes du filage et du tissage. Quand il parle des Fileuses, il dit les Fileuses plutôt que les Moires. Mais, Parques ou autres, ces divinités ne sont pas les seules à filer et à tisser, Homère ne les évoque qu’en dernier lieu, comme image ultime d’un sens du destin quand il devient pesant. Dans la vie courante, les humains tissent, les dieux aussi. Au sens propre et au sens figuré. Mais ils tissent le plus souvent au moment de l’action, ou juste avant. Là aussi, nous avons une ouverture dans le temps et dans le champ des possibles. Égisthe est dit avoir bafoué le destin parce qu’il a épousé la femme de son demi-frère, ou cousin, Agamemnon – qu’il a donc agi contre la juste part des choses. Il en est puni, mais voilà un exemple mortifère, parmi d’autres innombrables, de relativisation du destin.

Le destin n’est pas un décret des dieux attribuant absurdement telle ou telle existence à tel ou tel, mais une façon de vivre selon la juste part des choses. Le destin, chez Homère, n’est pas une fatalité mais une négociation avec le réel, de la part de l’humain comme de la part du divin, en vue d’un juste discernement sur la conduite à tenir – à tisser. C’est ainsi que le héros est dit, au chant V, « Le divin Ulysse, réchappé de la mort et du sort ».

Homère tisse, comme Pénélope, et il est subtil, comme Pénélope et Ulysse. La subtilité qui permet de réchapper de la mort et du sort consistant à savoir tisser et détisser les liens entre l’humain et l’humain – mais pas seulement, car se contenter de l’humain c’est, comme le Cyclope, ce simili-dieu qui en bouffe (de l’humain), n’avoir qu’un œil, sombrer dans le crime et la stupidité. Il faut donc toujours tisser et retisser l’histoire et les liens entre le terrestre et le céleste, entre l’humain et le divin, entre la contingence et la liberté. En fin de compte, la liberté se trouve dans la juste part – à trouver, à tisser, à suivre.

Travail de printemps (et débrancher HAL)

2001_odyssee_de_lespace

J’exposerai peut-être bientôt quelques-unes de mes peintures dans un lieu pour la jeune création, l’un de mes rameaux saluera le printemps ! Mais là je suis dans ma branche traduction, chaque jour une soixante de vers, voire plus, beaucoup d’heures de travail mais l’enthousiasme au cœur.

D’avoir évoqué la dernière fois 2001, l’Odyssée de l’espace m’a donné envie de le revoir. Ce que j’ai fait hier soir. Et là j’y ai vu quelque chose que je ne pouvais pas avoir vu avant : la vie du gars, Dave, est la nôtre en temps de confinement : isolement, sport individuel à l’intérieur, le reste de la journée assis devant un écran, et quand il sort on entend sa respiration pénible sous le casque/masque – sans compter qu’il est envoyé en mission au prétexte d’une épidémie. Trop fort, Kubrick. Eh bien, si comme dans le film ça accélère le vieillissement du vieux monde et rapproche l’avènement d’une nouvelle jeunesse, on n’aura pas traversé tout ça pour rien.

J’ai remis en ligne sur Amazon mon livre Une chasse spirituelle, en papier et ebook. Ces derniers mois j’ai essayé de lui trouver un éditeur classique, mais les éditeurs ne prennent même plus la peine de me répondre, donc j’irai chez le grand méchant loup, Amazon, qui en vérité n’est pas pire que les autres et au moins me laisse tranquille. De plus je proposerai, pour ce livre voire pour d’autres à venir, un prix très bas, afin d’avantager tout le monde.