Chambord compte plus de trois cents représentations de salamandres. Photo Alina Reyes
*
François 1er a bâti le château de Chambord sur l’emplacement d’un ancien château médiéval. Son ambition d’homme, de guerrier et de souverain nourri d’idées chevaleresques n’était pas d’effacer les valeurs du Moyen Âge, comme on crut que ce fut celle de la Renaissance, mais de les exalter. Plutôt que d’une renaissance, il s’agit d’une revivification, que symbolisent d’ailleurs l’emblème et la devise du jeune roi : la salamandre et son inscription latine nutrisco et extingo, « je nourris et j’éteins » (selon la tradition, la salamandre se nourrit de feu et a le pouvoir de l’éteindre).
Liée au feu qu’elle peut nourrir et qu’elle peut éteindre, ou dont elle peut se nourrir, ou par lequel elle peut nourrir ou éteindre, la salamandre pourrait aussi bien afficher, selon mon sens : libido, « désir ». Le désir nourrit et éteint le feu, selon qu’il est bon ou mauvais, régénérateur ou destructeur. Pour ce roi chrétien, le feu est tantôt feu du Saint Esprit, tantôt feu de l’Enfer, feu de la foi ou feu de l’impiété. La salamandre est aussi un symbole du Christ venu porter le feu sur la terre et trancher entre le bien et le mal. Sur le portail du Jugement de Notre-Dame de Paris, la pureté est représentée, sous les statues des apôtres, par une salamandre – donnant à penser sur la symbolique de purification possiblement portée par le récent incendie de la cathédrale.
Si François 1er est salamandre, il a donc pouvoir de nourrir ou d’éteindre les feux de toute sorte en son royaume.
Le Roi à la salamandre est à son seul désir savant comme sa contemporaine la Dame à la licorne. Ces deux animaux fantasmatiques, la licorne, animal phallique, et la salamandre, animal chthonien, ne représentent-ils pas aussi, l’un pour la femme et l’autre pour l’homme, à la fois leur désir et son objet ? La Dame se tient dans l’ouverture de sa tente aux quelque 80 flammèches, le Roi expose la queue enroulée en 8 ouvert de son animal (les salamandres sont réputées pouvoir faire repousser leur queue quand elles la perdent, ce qui contribue à en faire un symbole de régénérescence – n’est-ce pas aussi, dans l’inconscient, une image de la capacité d’une nouvelle érection après la détumescence du pénis ?). En cette période que des historiens d’aujourd’hui préfèrent nommer « seuil de la modernité » plutôt que Renaissance, François 1er s’est employé à ériger un seuil de l’infini : le château de Chambord. Nous verrons comment une prochaine fois.
En attendant, je recommande le visionnage du documentaire d’Arte L’énigme de Chambord. Mes images de ce château sont ici, et mes textes sur la Dame à la licorne là.
*

Nous nous sommes d’abord arrêtés à Gisors. Dans la cathédrale très marquée par le temps,
nous avons découvert les œuvres d’





Étant les seuls hôtes du jour, nous avons eu le choix entre deux suites. Nous avons pris celle au baldaquin.
En plus de la chambre, la suite comprenait un petit salon, et une salle de bains grande comme une grande chambre, avec baignoire. De la fenêtre, en me levant à l’aube j’ai vu le soleil se lever, le ciel rouge, puis dès qu’il a fait jour une martre venir longuement bondir et danser de joie dans le pré. Ensuite j’ai fait mon heure de yoga sur le tapis, face à la fenêtre entrouverte. 











Le lendemain matin, après le petit déjeuner pris dans la belle cuisine ancienne, j’ai contemplé avec joie de notre chambre les chevaux au pré puis l’entraînement de Pierre, le propriétaire, qui devait disputer un concours de saut d’obstacles ce week-end. En fait nos deux hôtes, Pierre et Hélène, sont des cavaliers professionnels qui se sont investis dans l’entretien du château, à l’aide notamment des locations de chambres d’hôtes et de salles de réception pour les mariages. Et à quoi songeaient ces deux cavaliers dans la forêt ? À leur trésor, leur bébé de trois mois, que nous avons eu le bonheur de rencontrer.



Silex partout. « Notre » château aussi était en silex, et briques 






André Masson a vécu dans cette maison de 1937 à 1941, et y a reçu André Malraux, André Breton, Louis Aragon, Jean-Louis Barrault et Sylvia Bataille
Bizarrement l’église se trouve tout au bout du village, isolée, avec son cimetière et le rectangle des tout-petits morts 
Un pays plein d’eaux et de verdure



À l’arrière-plan de l’étang, dont nous avons fait le tour, on aperçoit le bâtiment construit par les moines pour remplacer la première abbaye en ruine. Il abrite désormais un musée que nous n’avons pas visité, préférant rester en compagnie des arbres, des oiseaux et des poissons. 

















Hier et avant-hier dans l’Eure, photos Alina Reyes
*





Rue Dunois, la tour « Le nouveau monde » de Philippe Deslandes avec ses incrustations genre fossiles


La pérégrinante dans le paysage
Square Héloïse et Abélard, un prestidigitateur amuse petits et grands enfants



Sur ce carrefour, des plantes, de la terre dans des sachets de couleur accrochés aux poteaux, et un paon de bois dans l’arbre 












Dans une école une œuvre de Seth non visible en entier, le portail étant fermé
Arrivée tout à l’est de l’arrondissement, une ancienne gare de la Petite ceinture 






En haut de l’escalier, la chouette de Bordalo II, qui fait de la récup et la transforme en animaux





Voici la station de tramway avec sa boîte à livres où j’apporte des exemplaires de mon Voyage
Et je continue en longeant un moment la ligne de tramway 

La galerie Itinerrance, responsable de toutes les grandes fresques du 13e
« Petite Ceinture »














Un autre animal de Bordalo II, un renard dans le lierre





Un théâtre…


Hier à Paris 13e, photos Alina Reyes
Nous sommes allés voir l’une des dernières représentations d’un Cyrano de Bergerac par le Collectif Chapitre Treize, qui a obtenu un beau succès à l’Espace Roseau Teinturiers. L’affiche de la jeune compagnie nous attend dès la sortie de la gare.
Je reparlerai dans une prochaine note de cette pièce et de cette interprétation. Pour le moment, visitons un peu Avignon en cette fin de festival. Ma première fois au festival date d’il y a très longtemps, c’est un bonheur de retrouver la ville et ses remparts que nous longeons pour rejoindre notre logement, près de l’université.
La ville est couverte des affichages des près de 1600 pièces qui s’y jouent. Notre comédien préféré, Sydney, qui joue à Avignon pour la deuxième année consécutive, déplore le caractère non écolo de cette pratique, et d’une manière générale le manque de renouvellement du festival. Eux ont choisi pour leur Cyrano une affiche plus grande mais moins multipliée que les autres. Le Off d’Avignon est une occasion pour les compagnies théâtrales de vivre une aventure artistique exceptionnelle (le Collectif Chapitre 13 joue Cyrano tous les soirs sauf le mercredi du début jusqu’à la fin de juillet), une aventure humaine aussi (un mois de vie en collectivité dans une maison louée, pour eux à une demi-heure à vélo du centre-ville – il a fallu louer des vieux vélos et apprendre à les réparer), un mois de travail intense où il faut tout faire, affichage, montage et démontage des décors tous les soirs (plusieurs pièces se succèdent dans la journée et la soirée dans le même théâtre), chaque jour tractage, parades et happenings, accueil du public et des professionnels, journalistes et producteurs, et bien sûr jouer, 2h10 d’un spectacle débordant d’énergie tous les soirs, jusqu’à plus de minuit. Et c’est une occasion de montrer la pièce à des producteurs susceptibles de la programmer ailleurs dans l’année.
Vers 19 heures, après la parade, la compagnie présente un happening à partir de la tirade du nez scandée en rap, dans ce beau restaurant en plein air et plein d’œuvres d’art, puis sur des places. 










Hier et avant-hier à Avignon, photos Alina Reyes

aujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes
Tout orné de peintures de montagnes de France et du monde, dont celles de chez moi :


























je m’y suis assise et j’ai lu, du début à la fin sans lever un instant les yeux du texte, cette pépite trouvée hier chez Sillage, éditeur-libraire-bouquiniste, et dont je donnerai bientôt un extrait :
Hier à Paris 6e, photos Alina Reyes
Pour commencer, un arrêt à Mortefontaine, où l’on garde (comme moi dans mon cœur) le souvenir de Nerval et de ses Filles du feu 




Je vais contempler ces lieux des heures durant, du rebord de notre fenêtre ou en allant nous y promener. J’observe beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux (je m’abstiendrai de mettre ici les dizaines de photos de hérons en train de pêcher et de ragondins en train de nager ou de brouter que j’ai prises !)






*







*
*


Une Annonciation de Primatice dans la chapelle 





Puis nous passerons beaucoup de temps au musée conçu par Nelie Jacquemart-André, dont je ne montre rien car il est interdit d’y prendre des photos. Allez-y si vous en avez l’occasion et voyez par vous-même, cela vaut vraiment le déplacement. Un peu comme au château on se sent plus chez soi qu’à l’hôtel, on s’y sent comme dans une maison où tout vit encore plutôt qu’au musée.
Nous reprenons la route, et après ce séjour à Ermenonville 
Aussitôt sortis du RER à Chantilly, nous sommes partis à pied.
Nous sommes passés derrière le musée du Cheval, nous avons longé l’hippodrome.
Moins d’une demi-heure plus tard, nous sommes arrivés à l’Auberge du Jeu de Paume, dans le Domaine de Chantilly, où nous avons fait un déjeuner gastronomique raffiné. Puis nous avons repris notre marche.
Après le château et ses étendues d’eau, nous sommes entrés dans la forêt.
Suivant le GR 11, nous avons eu la chance de rencontrer une biche



Dans cette chambre j’ai eu le désir de recommencer à écrire, dans un cahier, un journal intime, en plus de ce journal extime qui s’écrit sur ce blog depuis des années.
Nous avons visité Senlis ; c’était jour de marché dans la très belle vieille cité


La cathédrale, l’une des premières cathédrales gothiques, et ce qui l’entoure, composent un univers admirable, enchanteur
Avec un jardin médiéval
des remparts, et une tour gallo-romaine du IIIe siècle
Tout près, le parc du château royal, en ruine; y eut lieu l’élection de Hugues Capet en 987, puis il fut reconstruit vers 1130
J’adore le détail du petit écriteau rappelant qu’il est interdit de monter sur la statue de Diane. Bien sûr, c’est une déesse vierge, et elle sait se servir de son arc !
L’ancien prieuré et la bouteille de Fanta abandonnée
Le splendide hêtre pourpre et son tronc aussi impressionnant que son feuillage
À l’arrière-plan du puits, un « déjeuner sur l’herbe »
Champs de blé
Monument marquant l’endroit où l’abbé Prévost est mort, terrassé par une « crise d’apoplexie » (Le pèlerinage sur les traces de cet auteur fut 
Ces 6 et 7 mai 2019, photos Alina Reyes










…




Les ponts qui l’entourent en sont interdits.
D’habitude il y a des skaters virtuoses entre le parvis et le pont, le week-end. Là c’est désert. Et il n’y a plus de flèche.
Mais il y a foule sur les quais, tout autour. Des touristes et des Parisiens, qui prennent des photos, comme moi.

Ce samedi à Paris, photos Alina Reyes























à Saint-Nazaire en 2009, photos Alina Reyes
*




La belle place Lucien Herr




Rue Lhomond, les bâtiments rouges du département de chimie de l’ENS

La place de la Sorbonne
L’étal des livres d’occasion de la librairie Vrin, place de la Sorbonne
La grande cour intérieure de la Sorbonne



Hier à Paris 5e, dans le Quartier Latin, photos Alina Reyes