Retour sur une fascisation en marche depuis des années

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Les réponses paranoïaques d’Emmanuel Macron au mouvement des Gilets jaunes ou à l’affaire Benalla, symptomatiques d’une société de l’occulte et du spectacle, marquent l’accélération, sous sa présidence, d’une fascisation du pouvoir politique en France, comme ailleurs en Europe.

« La démocratie peut disparaître en Europe », déclarait Jean Ziegler, vice-président du Comité des droits de l’homme de l’Onu, le 28 décembre 2014. Et il accusait comme dans son livre Retournez les fusils « les oligarchies financières globalisées » de la détruire. La dérive fascisante du pouvoir, dont l’un des symptômes est la tentation d’interdire toujours plus, sanctionner policièrement les paroles « déviantes », et notamment faire obstacle au droit de manifester, n’a pas commencé hier. En 2014, plusieurs manifestations en soutien à Gaza bombardée et martyrisée, ou en hommage à Rémi Fraisse, ont été interdites, dans un pays où, comme en toute démocratie, de telles interdictions sont rares. Ou du moins étaient rares. En revanche, ce sont les représentants de l’État qui ont appelé à la manifestation monstre du 21 janvier 2015, au cours de laquelle la police fut acclamée.

Selon Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur, « il y a des libertés qui peuvent être facilement abandonnées »… pour, bien sûr, lutter contre le terrorisme. Mais les pouvoirs n’ont pas attendu la tuerie de Charlie pour s’emparer des libertés en organisant la surveillance à grande échelle des citoyens, nouvelle forme du fascisme. Qui, dans ce vieux pays hiérarchisé et cloisonné, trouve intérêt à ce jeu paralysant ? « La France a besoin d’autorité », déclarait Manuel Valls le 18 février 2015, en guise de justification du recours à l’article 49-3 pour imposer la loi Macron. La vérité est qu’un gouvernement plus faible que jamais, et affaibli par son manque de vision, d’intelligence et de respect, un gouvernement traître à toutes les promesses qui l’ont porté au pouvoir, n’a aucune véritable autorité. L’autorité vient de l’exemple que l’on est, que l’on donne. Quand l’autorité morale vient à manquer, quand les actes et les comportements contredisent les discours, l’autorité est défaillante : c’est alors que s’y substituent l’autoritarisme, l’abus, la violence, morale ou physique.

Les temps que nous vivons sont souvent comparés à ceux des années 30. L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Si les conditions d’une advenue du fascisme sont réunies, ce dernier, ou sa forme nouvelle, ne vient pas forcément par où on l’attendrait, par où il est déjà venu. Certains portent la mauvaise parole, celle qui fit du mal autrefois, mais ont peu les moyens de nuire, voire ne croient pas eux-mêmes à cette mauvaise parole proférée et entendue avec distance. Alors que d’autres, porteurs d’une « bonne parole » mensongère, sont au pouvoir et n’hésitent pas à en abuser, à porter atteinte aux institutions républicaines et à la liberté d’expression.

Tandis que les irresponsables politiques de tous bords, depuis des décennies laissent empirer la situation de la société, où les inégalités se creusent non seulement sur le plan matériel mais aussi sur celui de l’éducation. Au bas de l’échelle certains pratiquent le trafic d’armes et de drogues comme d’autres, en haut de l’échelle, pratiquent le trafic de la vérité, les trafics politiques, les trafics financiers et les trafics d’influence. Le viol de la loi et le faux règnent du haut en bas de la société, et les uns les autres se regardent au miroir de la mort. Ils croient se combattre mais ils œuvrent pour le même camp, et c’est le pays entier, y compris les innocents et les hommes de bonne volonté, qui en est victime.

Oui, miroir de la mort. Guy Debord avait prophétisé la société du spectacle. Ajoutons qu’elle a son corollaire, qui se développe en même temps qu’elle : la société de l’occulte. Les deux n’en font qu’une. Société de fausse transcendance, creusant sa « fosse de Babel » comme le prophétisa plus synthétiquement encore Franz Kafka. Où est le spectacle, là est la fosse. Le spectacle est l’apparence, l’épidermique. Que font les discours des politiques et des médias dominants ? Ils poussent aux réactions épidermiques en désignant des gens à la vindicte. Quels gens ? Non pas de riches exploiteurs, non pas de puissants corrompus, non pas des intellectuels aux influents réseaux entraînant le pays à semer la mort et le chaos par ses guerres et autres ingérences au Moyen Orient ou en Afrique, et faisant régner en France, dans la presse et l’édition, la pensée unique, la promotion et l’exclusion de telle ou telle voix – mais les pauvres, les stigmatisés de longue date, les personnes parfois poussées au désespoir du fait du mépris dans lequel elles sont tenues, et étaient avant elles tenus leurs parents : tour à tour et à la fois les Roms, les immigrés et enfants d’immigrés, les migrants, les chômeurs, les Gilets jaunes maintenant… Voilà le ressort qu’exploitent les politiciens : épouvanter secrètement les gens, afin d’obtenir leur repli, leur défaite.

Ayant dû renoncer à ses colonies, c’est le peuple de métropole que l’État français s’est mis à coloniser. Ce peuple formé de beaucoup d’immigrés et enfants d’immigrés, du peuple de toujours et de sa jeunesse, de tous ceux qui n’ont pas pour but dans la vie de dominer et exploiter autrui. Au fond les colonisés sont déjà plus libres que les colons, prisonniers de ce besoin de coloniser sans lequel ils ont peur de ne pouvoir survivre. Mais c’est justement leur propre aliénation qui les pousse à faire en sorte que se perpétue leur domination, toujours menacée. Si les dominés ont toujours devant eux la perspective de renverser les dominants, les dominants, eux, passent leur existence dans la crainte de se voir dépouillés de leur domination, sans laquelle ils ne savent survivre. Et pour se maintenir ils sont prêts à tous les artifices, tous les mensonges, toutes les ruses, toutes les tromperies. L’illusionnisme, les tours de passe-passe, sont leurs misérables armes, portées par beaucoup de médias complaisants – aux mains de milliardaires et plus ou moins achetés par les aides que leur verse l’État. Le fascisme en marche en Europe depuis des années a fait ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, un bond en avant avec une spectaculaire banalisation de ses pulsions, de ses ressorts, de ses retours.

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Habitons librement le pays tout entier !

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Le couple Macron transforme plusieurs salles de l’Élysée en appartements bourgeois, rabaissant le génie des lieux, éliminant les rouges, les dorés, les magnificences d’un palais et les remplaçant par les gris, les beiges, les bleus, les discrétions qu’affectionnent les bonnes familles catholiques, soucieuses de façades respectables à l’abri desquelles laver leur linge sale et le salir toujours plus, polluer toujours plus le pays.

Le palais de l’Élysée n’est pas leur bien. Il est celui de tout le peuple. Au cours des siècles nous avons eu des rois, puis nous avons construit une République sans rois. Tout cela est notre héritage, fait partie de notre corps. Le peuple a droit à la magnificence, il l’aime comme il aime la fête, la vie. Le vivant est exubérant. Le peuple qui descend dans la rue et manifeste affirme et récupère son droit à la fête, qu’un petit couple d’arrivistes balzaciens ne saurait lui enlever.

La ploutocratie (une ploucocratie, car ces gens sont des ploucs) qui a pris en otage la République a construit un pays invivable pour les vivants. Elle a voulu les esclavagiser, et cela s’illustre dans les choix urbanistiques et architecturaux qui ont été faits pour le peuple. Mises à l’écart, enfermements, éloignements, béton, déshumanisation. Et quand des humains, Gilets jaunes ou autres, ici ou là bâtissent des lieux à vivre humains, conviviaux, la ploutocratie envoie sa police les démolir. Macron démolit le bien public et les libertés comme sur les ronds-points ou à l’Élysée. En bon banquier il tente de capter notre bien, tous nos biens, de toutes les façons possibles. Mais lui et sa caste de grippe-sous sont bien moins vivants, bien moins unis à la plénitude du réel, bien moins libres, donc bien moins puissants que nous.

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Avant le déluge, la pluie : pas de justice sans vérité

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14 h. J’ajoute à cette note de ce matin sur la justice ce communiqué de Médiapart : « URGENT. Deux procureurs, accompagnés de trois policiers, ont voulu perquisitionner ce matin, à 11h10, les locaux de Mediapart dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet pour (notamment) atteinte à la vie privée de M.Benalla suite à nos révélations de la semaine dernière. »

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10 h.

Le mot vérité (ÊMeT) est formé d’initiales (notarikon) ; Ê pour êmet (vérité), M pour méérets (de la terre) et T pour tasmiah (poussera) ce qui signifie : » La vérité germera de la terre » Le Zohar

Frédéric Lordon écrit dans une tribune du Monde diplomatique intitulée « Le complotiste de l’Élysée » : « Prenons les choses autrement. Hegel écrit quelque part que l’Histoire se trouve toujours les individus particuliers capables d’accomplir sa nécessité. C’est peut-être sous cet angle qu’il faut envisager le cas Macron. Comme une bénédiction imprévue. Peut-être fallait-il l’extrémité d’un grand malade, produit ultime d’une séquence de l’histoire pour en finir avec cette séquence de l’histoire. » À part le mot bénédiction, c’est exactement ce que je pense.

Pendant que Monsieur frappe le peuple et fait couler son sang, Madame, à grands frais, défigure la magnificente salle des fêtes rouge de l’Élysée en lui infligeant une moquette couleur béton et des murs dépouillés assortis, façon banque ou parking souterrain. Cinquante nuances de gris, une affaire sadienne au Palais transformé en Bastille dont les résidents se sont eux-mêmes embastillés. Christophe Dettinger est toujours en prison, Benalla court toujours : police partout, justice nulle part. Allons, la révolution advient, avec la vérité qui pousse de la terre.

« Et il y eut la pluie » et seulement ensuite « et ce fut le déluge ». Le Zohar

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L’affiche rouge de Castaner et Macron

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Le clip de propagande anti-Gilets jaunes posté par M. Castaner sur les réseaux sociaux à la veille de l’acte 12 s’apparente à l’Affiche rouge placardée en 15 000 exemplaires sur les murs de France le 21 février 1944. De même que le clip du ministère de l’Intérieur justifie les crimes de la police contre les manifestants en les présentant comme de violents ennemis de l’intérieur, l’affiche justifiait l’exécution de résistants en les présentant comme des terroristes étrangers. M. Macron avait livré la veille à des journalistes sa vision paranoïaque et complotiste de Gilets jaunes manipulés par les Russes, rappelant le tract qui accompagnait l’Affiche rouge :

“Si des Français pillent, volent, sabotent et tuent… Ce sont toujours des étrangers qui les commandent. Ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent. Ce sont toujours des juifs qui les inspirent. C’est l’armée du crime contre la France. Le banditisme n’est pas l’expression du Patriotisme blessé, c’est le complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France.”

Remplacez dans cette propagande nazie le mot « juifs » par le mot « Russes » et vous obtenez le discours tenu aujourd’hui, plus ou moins ouvertement, par le macronisme. Il ne s’agit évidemment pas ici de mettre sur le même plan les ravages de la crise actuelle et ceux du nazisme, mais de montrer que le mécanisme de défense de la macronie, sous-tendu par la pensée fascisante de l’ennemi de l’intérieur, est le même.

La haine est comme la peste, telle que l’a décrite Antonin Artaud : elle se déplace, mais c’est toujours la peste. Le mépris, la haine du peuple exprimée aujourd’hui par la macronie à coups de violences verbales, de violences politiques et de violences policières, est la même peste que la judéophobie. Haine des juifs, haine du peuple, haine des musulmans, haine des étrangers, sont la même haine qui se déplace dans le temps et d’un groupe humain à l’autre, et aboutit à des effets similaires. Dans La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, Shlomo Sand écrit : « Alors que l’intellectuel parisien moderne est né dans le combat contre la judéophobie, le crépuscule de l’intellectuel du début du XXIe siècle s’inscrit sous le signe d’une montée de l’islamophobie. »

L’islamophobie qui, remplaçant leur vieille judéophobie, fait rage en France chez les élites depuis des années, a constitué en quelque sorte un entraînement à la haine du peuple qui se déchaîne aujourd’hui chez ces mêmes élites. Le peuple est leur musulman, leur Arabe contestataire que les préfets jetteraient bien à la Seine comme le collaborationniste Papon le fit le 17 octobre 1961. Encore une fois, comme la peste, la haine envers des groupes humains est mobile, et s’applique en fonction des situations. Ce n’est pas par hasard que nombreux sont celles et ceux qui constatent aujourd’hui qu’une telle violence de l’État contre le peuple ne s’était pas déployée depuis la guerre d’Algérie. Le mécanisme est le même. Tantôt le Juif, ou l’Arabe, ou le Noir, l’étranger, l’homme du peuple, la femme, le Gitan (prétendu non doué de parole commune, selon Macron)… sont étiquetés comme « ceux qui ne sont rien », comme il le dit aussi, ceux qui n’ont « pas d’âme », comme l’affichaient les Foulards rouges macroniens. Dès lors qu’ils sont déshumanisés, les classes qui s’estiment supérieures peuvent les maltraiter, voire les violenter, et même en venir à les torturer, à les tuer, à les génocider si le mécanisme va au bout de sa folie.

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Pour l’Histoire avec une grande H

Pour la petite histoire, hier je suis allée en bibliothèque consulter certains ouvrages. Parmi lesquels le livre de Macron, Révolution. Une merde froide semblant écrite par un logiciel, sans aucun nerf, sans aucune grâce, à peu près illisible, et qui pourrait se résumer en quelques phrases comportant chacune un « mais » au milieu : la fameuse pensée de l’en-même-temps, une non-pensée, une pensée qui s’annule à mesure qu’elle s’écrit. Si j’étais sa prof, j’essaierai de ramener cet élève à la vie par des exercices appropriés (et non, cela va sans dire, par la pédophilie, qui ne pouvait que l’enfoncer davantage). On y trouve cependant quelques choses intéressantes, outre la preuve du néant de sa pensée. J’aurai sûrement l’occasion d’en reparler dans un article plus général, mais je retiendrai ce matin du moins ces deux petites phrases. À propos de Venise : « Il en ira de même pour nous ». Et à propos de ce qu’il compte faire à la tête de l’État : « Ce travail prendra dix ans ». S’il évoque en fait l’époque d’une révolution des marchands de Venise, comme dirait Shakespeare, en fait aujourd’hui Venise est le symbole d’une cité qui sombre. Faire sombrer la cité, le pays, c’est bien, nous le voyons, à quoi il s’est employé, et il comptait faire ça pendant dix ans, sur deux mandats donc. Petit présomptueux, va.

Pour mémoire, pour la grande Histoire que le peuple est en train d’écrire, ces documents trouvés sur les réseaux sociaux :

 DyFsGYJUUAA_uWX.jpg largeLa convocation d’un des nombreux citoyens poursuivis en correctionnelle avant même d’avoir manifesté

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Menaces reçues d’un macroniste anonyme (de la police ?) par un journaliste de Libé

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Et pour finir, cette affiche de la « révolution » de Pétain

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Macron

French Psycho. Images extrêmement dures mais il faut les voir pour savoir ce que masque la façade policée de la macronie, de la bourgeoisie qui l’a portée au pouvoir et qui continue de la soutenir. Ces gens veulent tuer celles et ceux qui leur résistent, les tuer au moins symboliquement, socialement, psychologiquement, et mutiler, quand ils ne peuvent pas tuer physiquement. Comme d’autres, j’ai dû résister à leur violence, leur folie, leur mensonge, leurs manipulations, et à la complicité qui se noue autour des notables. Honneur à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas cédé. Et que le sang de toutes leurs victimes retombe sur ces salopards.

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Le macronisme, banalité du fascisme

14 février 1936, Léon Blum sur son lit d'hôpital après son agression par les camelots du roi

14 février 1936, Léon Blum sur son lit d’hôpital après son agression par les camelots du roi

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C’est la première fois que je vois BHL essayer de faire profil bas. Lors de son passage à ONPC ce samedi, il n’a pas arrêté de multiplier les signes d’apparente d’humilité, se disant avec des douceurs de tartuffe « un peu écrivain », se reconnaissant « un peu bien né », parlant de sa « modeste place », affirmant que ses quelques « sous » n’étaient pour rien dans sa réussite, expliquant que s’il faisait partie des élites, c’était des bonnes élites, celles qui ont mérité leur situation, enfin tâchant de se donner l’allure d’un brave gars qui veut le bien de tous face au péril fasciste nommé Gilets jaunes, allant jusqu’à se déclarer favorable, pourquoi pas, à étudier la question d’un possible retour de l’ISF ! mais attention, en précisant que seule l’Europe serait éventuellement habilitée à prendre ce genre de mesures. Un agneau, vous dis-je. Un agneau sous cocaïne ou un truc du genre, mais enfin rien de ce fier-à-bras popularisé par ses innombrables poses au milieu de combattants armés, chemise ouverte et cheveux au vent, défiant le danger sur tous les terrains de guerre du monde – mais pas boulevard Saint-Germain ni sur les Champs quand une manif de Gilets jaunes y passe, au milieu des tirs de grenades et de flashballs – son audace a des limites tout de même. Bon, l’exercice de modestie n’était pas du tout convaincant (le manque d’habitude sans doute) mais le fait de l’avoir tenté, à soixante-dix ans pour la première fois de sa vie, indique du moins que la caste tremble sous ses brushings.

Le recours est donc, selon BHL, l’Europe. Mais qu’est-ce que l’Europe ? Selon lui toujours, « une petite princesse » que Zeus a enlevée. Tiens donc. Macron, alias Jupiter (nom latin de Zeus) a donc l’intention d’enlever l’Europe. De l’enlever à qui ? Aux peuples qui la composent ? Pour qui ? Pour le Marché, n’est-ce pas ? Son histoire, l’histoire de son élection et sa politique l’indiquent, mais l’ « un peu écrivain » a prononcé comme pour le prouver cette parole parfaite : « je suis une sorte de camelot de l’Europe ». Je goûte particulièrement ces instants où la vérité nous sort par la bouche malgré nous. Ruquier venait de lui dire qu’il allait se transformer en une sorte de saltimbanque, le temps de jouer sa pièce dans divers pays. Et il eut donc cette réplique fantastique, qui n’a pas été relevée mais qui mérite de l’être. L’entendant, j’ai aussitôt exulté : mais oui ! tout à fait ! À la fois marchand de camelote, « avec force boniments » comme dit le dictionnaire, et camelot du roi (nom des militants de l’Action Française), du roi Macron ! Que ce mot-là soit sorti de lui pour rectifier le terme « saltimbanque » qui semblait l’embarrasser (si on allait le prendre pour quelque Molière débraillé…), que ce mot tellement lié, quand il est suivi d’un complément de nom, à l’extrême-droite collaborationniste dans l’esprit de quiconque connaît un minimum l’histoire du siècle dernier, lui soit venu pour se qualifier – cela ne peut être que très signifiant. L’Europe qu’il sert n’est pas celle des peuples et des pays, mais celle des Marchés. Celle qui va contre les intérêts des peuples. Le 13 février 1936, les camelots du roi lynchèrent Léon Blum, serviteur du peuple, comme ces dernières semaines les policiers de Macron mutilent les Gilets jaunes. L’attaque se produisit au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue de l’Université, à deux pas de chez BHL, et la photo de Blum au visage entouré de bandages rappelle singulièrement celle de nos manifestants à l’hôpital.

En ces temps où comme dans 1984 d’Orwell le sens des mots et les vérités sont inversées par les pouvoirs menteurs et manipulateurs, où se trouve réellement le fascisme ? Chez les Gilets jaunes, comme leurs détracteurs n’arrêtent pas de le dire ? Ou bien du côté du pouvoir et de ceux qui le défendent ? Pour le savoir, le mieux est de partir du principe qu’il n’y a pas de fascisme, seulement des preuves de fascisme. Il est avéré que quelques éléments racistes, antisémites, homophobes, xénophobes, néofascistes, se mêlent ici et là aux Gilets jaunes ; ce qui donne d’ailleurs lieu à quelques bagarres, soit qu’ils soient chassés par les Gilets jaunes, soit, comme ils l’ont fait samedi dernier, qu’ils attaquent des Gilets jaunes d’extrême gauche. Mais quelques éléments plus ou moins infiltrés ne font pas un ensemble, une règle d’ensemble. Alors que du côté du pouvoir macroniste, les marques de fascisme sont massives. D’abord la répression féroce et aveugle, l’utilisation très abusive des forces de l’ordre, dénoncée par Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, le Défenseur des droits et bien d’autres instances, dont des policiers eux-mêmes. Massive aussi, la manipulation de l’opinion, commencée au temps de la campagne présidentielle et qui se poursuit, par le biais de cette spécificité française que sont des médias mainstream possédés par des milliardaires au service du pouvoir qu’ils ont fait mettre en place pour servir leurs intérêts. Ajoutons à cela, entre autres, la gouvernance par ordonnances, la mainmise sur la Justice, les réformes et projets de lois destructeurs des droits du travail, de la liberté d’expression et de l’égalité d’accès à l’éducation, le recours au fait du prince dans le choix et la protection de ses courtisans et serviteurs, jusqu’à la très emblématique affaire Benalla… BHL raille la tendance de Salvini à se déguiser en pompier, mais que dire de son Macron qui n’a cessé de se mettre en scène tantôt en Napoléon, tantôt en Jupiter, tantôt en Louis XIV, quand il ne cède pas plutôt à la tentation de passer une fête de la musique en son palais avec des drag-queens entre lesquelles il se plaît à se faire photographier, comme il se plut à se laisser prendre en selfies enlaçant de jeunes délinquants exotiques au torse nu ? Comédies caractéristiques du goût des fascismes pour l’apparat et le grotesque, délires et mises en scène bien plus grotesques que celles de Salvini, à vrai dire.

Lors de la manifestation macroniste des Foulards rouges, ce dimanche, la face réelle des « élites » s’est révélée aussi méprisante, mauvaise et grotesque que celle de leur champion, M. Macron. Sur un panneau au graphisme mal plagié de l’artiste activiste Voltuan, ils affirmaient : « Nous sommes sans armes vous êtes sans âme », déniant ainsi aux gens du peuple le statut d’humains. Tout au long du cortège, des insultes ordurières aux Gilets jaunes ont jailli de ces rentiers convenables, de ces retraités en loden, de ces bourgeois chapeautés : « on vous nourrit, les chiens », « on va vous crever les tarés », « allez bosser, bande de cons », « fachos », « pourris », « assistés », « mort aux cons », « enfants gâtés »… qui terminèrent leur démonstration de haine en scandant « merci la police » et « Gilets jaunes au boulot ». Oui, de quel côté se trouve, massivement, le fascisme ?

De même qu’on a pu dire de BHL qu’il avait fait, depuis quelques décennies, un putsch sur les médias, y confisquant la parole avec sa bande de « nouveaux philosophes » au détriment de celle des penseurs réels, relégués dans l’ombre, il est aujourd’hui manifeste que ces « nouvelles élites », fausses élites qui ne tiennent que par le pouvoir de l’argent et/ou celui des médias, ont fait un putsch politique en portant Macron et la macronie au pouvoir. Les ligues factieuses ne sont pas dans les rues le samedi, elles sont chaque jour à l’Élysée et dans les autres lieux de pouvoir qui soutiennent Macron. L’Europe est vivante non pas lorsqu’on la considère comme une princesse sur laquelle, comme sur tout le reste, il faut faire main basse, mais comme l’allégorie que porte son nom, qui signifie : « Au regard vaste et portant loin ». Avant de prétendre lui rendre cette magnifique vérité, il nous faut renverser les fascismes qui l’emprisonnent et tentent de s’en emparer, à commencer par chez nous, en France.

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Nous qui résistons, nous qui combattons, nos morts, nos mortes sont avec nous

Mon grand-oncle Albert m’a rendu visite. Je ne m’y attendais pas (il est mort depuis longtemps). Il est venu m’apporter un petit gilet jaune, avec des manches, tricoté à la main pour un nouveau-né. Cette visite m’a beaucoup émue, je me suis réveillée tout heureuse. C’était la fin de l’après-midi, je m’étais endormie – le traitement anticancer me fatigue.

Mon grand-oncle Albert était sympa. Un sacré personnage. Fils d’immigrés italiens misérables, il a été chanteur dans les chœurs et figurant au Grand Théâtre, puis il a été aussi policier. Quand j’étais enfant, il était à la retraite. Il habitait tout près de chez nous, il prêtait de l’argent à mon père quand il n’y avait vraiment plus d’autre moyen d’acheter à manger pour nous sept, quand même le crédit à l’épicerie était dépassé. Il avait un piano, et de temps en temps des « admirateurs » et des « admiratrices » venaient le voir dans sa petite maison maison (toute la smala travaillait dans le bâtiment, y compris mon père, leurs maisons ils les faisaient eux-mêmes).

Je reviendrai dans quelques heures, j’ai quelque chose à dire après avoir vu le passage infect de BHL chez Ruquier, sans contradicteur sur le plateau, insultant les Gilets jaunes, injuriant gravement notamment Ruffin, étalant sa morgue, sa morve et son hystérie de concert avec celles d’Angot qui lui léchait les pieds. J’ai quelque chose à dire, non pas tant sur BHL, dont à peu près tout le monde sait ce qu’il en est, mais sur le pouvoir macronien qu’il défend, que la caste qui était là, défendant son fric, défendant sa position, défendait avec lui. Un immense combat contre les fascismes se livre, va devoir se livrer.

Bella ciao, le chant des résistants italiens, devenu chant de tous les résistants du monde, fut d’abord un chant de résistantes, dont voici le dernier couplet originel :

Mais un jour viendra que toutes autant que nous sommes
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Mais un jour viendra que toutes autant que nous sommes
Nous travaillerons en liberté.

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Déter

photo Alina Reyes

photo Alina Reyes

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J’ai mis une licorne et un papillon dans mes cheveux, pinces d’enfant avec des mèches et tresses multicolores du plus joli effet dans ma chevelure grise libre, et je suis partie travailler à la bibliothèque du Muséum, celle du bas parce qu’il y avait une table libre juste derrière la baie vitrée. Il s’est mis à pleuvoir beaucoup, et un hélicoptère tournait dans le ciel, au-dessus de la proche place de la Bastille où Jérôme Rodrigues, l’une des figures des Gilets jaunes, se faisait délibérément éborgner, alors qu’il était comme toujours parfaitement calme. Tandis que Macron manœuvre bassement et violemment pour récupérer les récupérables (Mouraud, Levavasseur) et intimider les irrécupérés (Nicolle frappé et interpellé à Bordeaux alors qu’il était également parfaitement calme, comme les vidéos en témoignent aussi, et donc Jérôme Rodrigues tiré comme un lapin à bout portant, selon son témoignage d’une grenade au pied et d’une balle à la tête – il aurait pu en mourir), j’écris. Ma meilleure arme, la plus puissante pour accompagner les humains sur la durée.

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Ahou ! ahou ! ahou !

Aujourd’hui samedi, ma black plume se lève avec les Gilets jaunes :

Ahou ! ahou ! ahou !

Un nouveau roi est appelé à régner.

Araignée ? quel drôle de nom pour un roi ! Et pourquoi pas Micron, Castagnette ou Chiassa ? Blanquette, BotuHL ou Cul Ferry ? Jacline Mouron, Nanar Tapine, Lavavassale ? Roteur Goulpil, Con Bandit, Leji Dédé, Paris Catch, les Condés, les Tévés ?

Assez !

Le roi est mort,

vive le peuple souverain !

 

Tags, clip, couleur au plein air vs le ventre des Mimis

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ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Les secrets qui scellent les pouvoirs sont de misérables secrets – c’est parce qu’ils sont misérables qu’ils sont secrets, et c’est parce qu’ils servent à sceller qu’ils sont de si mauvais secrets, aussi infectés que des kleenex partagés par des bandes de pestiférés. Dans leur livre Mimi, sur Mimi Marchand, « papesse des paparazzis, gardienne des rumeurs », qui se fit photographier faisant le V de la victoire derrière le bureau présidentiel au lendemain de l’élection de Macron, les auteurs évoquent ces « rouages obscurs où se terrent les secrets et où se négocient les alliances qui les préservent. Dans le ventre cliquetant de la machine ».

C’est dans ce ventre cliquetant que se trament les récupérations de certain·e·s Gilets jaunes. Et personne n’est dupe. Qu’importe, ce ne sont là qu’épiphénomènes, capables tout au plus de retarder de quelques instants le flux de l’Histoire, qui va et ira toujours son cours, infiniment plus puissant que les petites affaires des petits humains occupés à tenter de détourner, à l’aide d’instruments aussi malins et dérisoires que toutes les Mimi du monde, ce qui les emporte et les emportera, inexorablement.

Les mouvements populaires ont leurs traits au grand air et leurs airs aux paroles publiquement chantées. Un autre rap (après celui-ci) de la « canaille » (« eh bien j’en suis ») a fleuri :

 

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Macron et autres « élites », politique de la prostitution

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Comment ne pas reconnaître dans cette image d’Œdipe aux yeux crevés, au visage en sang, celle de tant de manifestants mutilés par la police de Macron, qui projette son propre désastre sur le peuple ?

Œdipe a l’intelligence froide d’un énarque. Il sait résoudre les énigmes artificielles de la Sphinge, il trouve la formule pour entrer dans la Cité et en devenir le roi. Il a su obtenir, dit-il, « la puissance royale qu’on ne peut obtenir que par les richesses et par la faveur du peuple ». Mais il ignore qu’avec lui, il a fait entrer la peste. Tel est le tableau inaugural de la pièce de Sophocle, qui continue à parler.

« Je te dis que tu ne vois point de tes yeux au milieu de quels maux tu es plongé, ni avec qui tu habites, ni dans quelles demeures », lui dit le devin Tirésias, lui qui, privé de la vue ordinaire, voit au-delà, voit ce que personne ne voit. Pourquoi la peste se déchaîne-t-elle sous le règne d’Œdipe ? Parce qu’il ignore l’homme. Celui qu’il est, celui qui est. Il règne dans l’ignorance. Il croit en ses calculs, qui lui ont permis d’accéder au pouvoir. Il veut étendre son faux bonheur sur la cité. Mais cela ne marche pas ainsi, M. Macron.

« La bonne destinée est ma mère, et le déroulement des mois m’a fait grand de petit que j’étais. Ayant un tel commencement, que m’importe le reste ? », répond-il au chœur qui vient de l’avertir par ces paroles : « Je crains que de grands maux ne sortent de ce silence ». Car ce qui est faussé au départ reste et devient de plus en plus morbide. Il faut rétablir le vrai, la place de l’humain, pour que l’humanité puisse vivre. Au moins, l’Œdipe de Sophocle a le courage de chercher la vérité, de finir par accepter de la regarder. C’est seulement ainsi qu’il peut débarrasser la cité de la peste. Prenez-en de la graine, petits rois. Il n’y a de règne que celui du vivant, de l’humain dans la profondeur de la vie. Ce ne sont pas les richesses ni les faveurs qu’il faut mettre au centre, c’est la vision profonde, le vrai, le juste.

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron interprétait les revendications des Gilets Jaunes comme une demande d’amour. Puisqu’il leur prend de l’argent, il imagine qu’il lui faut leur donner de l’amour en retour. La logique capitaliste crée la prostitution : tout se vend, tout s’achète, y compris l’amour, y compris les âmes. Alain Minc avait dit de lui, en toute sympathie, que, banquier d’affaires, il excellait dans son « métier de pute ». Peut-être, mais Macron devrait comprendre que les Français dégoûtés de sa politique n’ont aucun désir d’acheter son amour. Que la seule idée de son amour leur est même plutôt répugnante : qui a envie d’être « aimé » de quelqu’un qui le plume pour engraisser ses souteneurs ?

Emmanuel Macron, s’étant peut-être aperçu qu’il prenait un râteau avec le peuple, continue à jouer les séducteurs, cette fois auprès de maires choisis par des préfets. Espérant sans doute quelque transfert freudien via les élus des communes. Tout en continuant à assener au peuple son mépris de classe et en le faisant violenter, tabasser, mutiler, tuer, semaine après semaine, il prétend, en toute perversion narcissique, vouloir débattre avec ceux qui tombent sous les coups de sa police comme sous les coups de sa politique, pour la bonne cause et pour leur bien.

Mais rien à faire, les gens ne veulent pas de son amour, ils veulent que justice soit faite. Que le fruit de leur travail ne soit pas confisqué par l’État pour les privilégiés et les riches qu’il soutient et qui le soutiennent, que cesse l’en-même-temps obscène de la destruction de tous les services publics et de l’augmentation des taxes. Au début, les gens ordinaires, comme moi, sont patients avec les abuseurs ; ils se disent que ça va leur passer ; au fond, ils ont même pitié, comprenant qu’ils sont cinglés, avec leur délire de toute-puissance ; puis ils se rendent compte qu’il n’y a pas moyen de les faire changer de comportement, qu’au contraire leurs abus s’amplifient. Et qu’il ne sera possible de se débarrasser du mal qu’ils font et répandent qu’en se débarrassant de sa cause, qu’ils incarnent.

Les gens ne veulent pas acheter du faux amour (le vrai ne peut s’acheter), ils veulent que soit respectée la démocratie. Que celui qu’ils ont élu pour servir la République ne se prenne ni pour un dieu ni pour un roi ni pour un empereur – de façon d’autant plus dérisoire que, face à l’irruption du réel, quand ses concitoyens exigent des réponses, il s’avère incapable de réagir autrement que de façon apeurée, en se cachant derrière des blindés et des forces de l’ordre en quantité démesurée.

Emmanuel Macron n’assume rien. En difficulté, il déconne, comme il le dit élégamment – des pauvres, bien sûr. En fait, il déconne depuis le début, depuis bien avant son élection, comme le rappelle notamment ces jours-ci le signalement au parquet pour soupçons de corruption dans l’affaire (de trahison) Alstom. Il déclare vouloir rassembler le peuple alors que c’est lui qui est divisé, entre désir de s’affirmer et habitude de se vendre (ou d’acheter autrui, ce qui revient au même), entre volonté de domination et érotomanie masochiste (haï ou méprisé, il se sent aimé, bourreau du peuple il se sent bouc émissaire). Ceux qui ne nous ont donné d’autre choix que d’élire Emmanuel Macron, ceux de sa caste, ont apporté avec lui la peste dans le pays. Même si Macron partait, comme Œdipe dans la pièce de Sophocle, il resterait à la cité la tâche de réparer des dégâts moraux et structurels immenses. Bien au-delà de la personne de Macron et de son existence, ce qui est en jeu est une sortie de la prostitution généralisée des « élites » – fausses élites en réalité, médiocratie instaurée par les alliances iniques du vieux monde en fin de vie. Quel que soit le moment où cela viendra, il faudra beaucoup de courage et d’intelligence pour reconstruire une autre, une tout autre société.

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L’image est extraite du film Œdipe roi de Pasolini.

Ce texte est issu de deux textes précédemment publiés sur mon blog de secours et ici ; le dernier, ayant été révisé et augmenté, a également été publié sur Bellaciao.org et sur Agoravox.fr.

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Révolution : le ciel reconnaît les siens

à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

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Les violences des polices de la pensée peuvent s’acharner, elles ne font pas plier le peuple juste : les pouvoirs abusifs veulent à tout prix se faire reconnaître de lui mais, lui, tel Dieu, reconnaît les siens, laisse les faux.

Je lis ou relis les Contes cruels de Villiers de l’Isle Adam et Le meilleur des mondes d’Huxley. Les deux textes peuvent être téléchargés en ligne gratuitement ici et ici. Pour ma part j’ai emprunté le premier en bibliothèque, et trouvé dans la rue, sur un banc, une belle édition du second. J’ai l’intention d’en parler bientôt, car ces textes éclairent singulièrement les temps que nous vivons. Nous sommes au départ d’un long périple, il fait nuit encore, nous avons besoin de lampes frontales pour y voir. Nous atteindrons là-haut les splendides sommets, là-bas les rivages enchanteurs. Voyons-les, nous y sommes à chaque pas.

Deux cairns musicaux pour danser et sourire toute la journée :

 

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Gilets jaunes acte 10, mon reportage photo à Paris

Heureuse d’être allée aujourd’hui défiler en famille, parmi au moins dix mille manifestants (d’après mon expérience des manifs, je disais entre 10 et 15 000 ; je vois que Reuters, une agence sérieuse, les estime aussi à plus de dix mille). Un cortège long et calme, d’autant plus calme qu’on n’y voyait pas la police, concentrée en tête (où elle a fait comme d’habitude à l’arrivée un comité d’accueil aux canons à eau, grenades et flashball – je n’y étais plus). Quand je vais seule en manif j’arpente le cortège du début à la fin et dans tous les sens, là je suis restée avec mes compagnons mais j’ai quand même pu faire des images, les voici :

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gilets jaunes acte x paris 32-minAujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Gilets jaunes : peuple et police, deux forts témoignages

Le documentaire de Taranis News présente, après des images de manifestations plongées dans la violence, le témoignage d’une Gilet jaune sexagénaire qui a été matraquée et sérieusement blessée à la tête. Suit le témoignage extrêmement courageux d’un policier du syndicat Vigi, recueilli par Le Média, sur les conditions de travail indignes et l’instrumentalisation des forces de l’ordre par le pouvoir. Les deux sont à voir pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement et que les médias mainstream ne permettent pas d’appréhender.

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Ces médias indépendants peuvent être soutenus : ici pour Taranis News, pour Le Média

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Ronds-points : des lieux pour changer de position

sonia delaunay*

14-1-2018 : ce texte a été publié sur Lundi matin

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J’appellerai Rond-point cette œuvre de Sonia Delaunay, en référence à l’actualité et à ses Gilets jaunes. Elle figure, avec une philosophie assez orientale, la complémentarité, le mouvement, la pénétrabilité, la changeabilité qui s’opèrent dans un tel espace. Par les lignes, et par la couleur. Et par une circularité ouverte.

La société française est figée. Les « élites », à savoir les bourgeois nés de bourgeois ou ayant intégré l’ordre bourgeois, s’y comportent en maîtres de maison qui trouvent naturel de posséder les biens et de se faire servir par le peuple, qui doit produire et fournir à bas salaire le travail nécessaire à la vie et à la survie de tous. Imaginons BHL en ses appartements et autres palais, servi par toute une domesticité : il ne lui manquerait plus que de les traiter de fainéants pour figurer exactement la France de Macron.

Or la France de Macron n’est pas la France réelle. La France réelle se rappelle à lui en allant sur les ronds-points, en marchant dans les villes et dans les campagnes. Alors que l’élite macronienne campe sur sa position de comfort, comme dit Rimbaud, le peuple combattant, chargé de cette intelligence supérieure née de l’expérience du combat quotidien pour la vie et la survie de soi et d’autrui, est en train de retirer les culs des assis, comme le dit aussi Rimbaud, des sièges où ils sont installés depuis leur naissance, dans un monde qui leur garantit une sécurité éternelle aux dépens de l’exploitation du travail d’autrui.

La France réelle n’accepte pas que les élites, qui ne fournissent pas plus d’effort, comme le dit Macron, au travail – qui en fournissent même souvent moins qu’elle – aient un niveau de vie considérablement plus élevé. L’exploitation, la colonisation des travailleurs par les élites qui sans eux n’auraient ni maison, ni pain, ni éducation, ni soins, ni loisirs, est tout simplement absolument inacceptable. L’Histoire elle-même se charge de renverser cet ordre inique, avec ceux qui la font, ces femmes et ces hommes porteurs de gilets jaunes de sauvetage. Prises de terreur, ces élites qui n’ont aucune expérience des combats pour la survie, qui ne sauraient survivre sans les produits et le travail d’autrui, emploient et justifient les violences policières, les mutilations et les meurtres des combattants pour la justice et la vie.  Mais la vie a un sens, et ce sens les emportera.

Cette réflexion m’est venue en partie en relisant un passage de l’Anatomie de la mélancolie de Robert Burton (Première partition, section 1, membre 2, subdivision 8, p.260-261 dans l’édition de José Corti, 2000, trad. Bernard Hoepffner). Après avoir distingué entre « les bonnes affections », comme la joie, et « les mauvaises affections », comme la peur, il écrit :

« Car il serait tout à fait vain de désirer et de détester si nous n’avions pas également la puissance de chercher à atteindre ou à éviter en déplaçant notre corps d’un lieu à un autre ; c’est donc cette faculté qui permet au corps, ou à n’importe quelle partie de celui-ci, de se mouvoir dans l’espace et de se déplacer. Trois choses sont nécessaires au bon fonctionnement de cette faculté : la cause du mouvement, l’agent du mouvement, l’objet du mouvement. La cause du mouvement est soit efficiente soit finale. La cause finale est l’objet désiré ou évité, comme lorsqu’un chien veut attraper un lièvre, &c. La cause efficiente, chez l’homme, est la raison, ou l’imagination, qui lui est subordonnée, et qui appréhende les objets, bons ou mauvais ; chez les bêtes, l’imagination seule agit sur l’appétit ; l’appétit est cette faculté qui, grâce à un admirable contrat avec la nature et à la médiation des esprits vitaux, dirige l’organe qui permet le mouvement, un ensemble de nerfs, de muscles et de tendons disséminés dans tout le corps, qui se contractent et se relâchent selon la volonté des esprits vitaux, ce qui met en mouvement les muscles, ou les nerfs qui y courent, et tire sur le tendon et per consequens la jointure, jusqu’à l’endroit désiré. Le mouvement du corps se manifeste diversement : marcher, courir, sauter, danser, s’asseoir et d’autres variantes encore, toutes opposées à la catégorie du situs, ou position. »

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La capacité à changer de position appartient à ceux qui savent faire l’amour, physiquement.

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Guignolades de la macronie. Des pantins et des vivants

guignol*

Festival de tentatives d’intimidation des citoyens ces derniers jours. Macron bichonne l’armée, la police, le fisc et l’église, habituels remparts des pouvoirs aux abois, alliés historiques dans les entreprises de répression des peuples.

Marlène Schiappa appelle à fermer la cagnotte en soutien à la famille de Christophe Dettinger et à identifier ses donateurs : la cagnotte est arbitrairement clôturée, l’argent des donateurs confisqué par Leetchi, plateforme gérée par une macroniste, qui annonce qu’elle le redistribuera uniquement selon son bon vouloir (mais ça ne se passera peut-être pas si facilement).

Christophe Dettinger emprisonné en attendant son procès, le 13 février prochain. Une détention préventive arbitraire, que rien ne justifie sinon un motif politique : père de famille, travailleur responsable et calme, sans casier judiciaire, ayant publiquement réitéré son regret de s’être emporté (alors que les policiers violentaient les manifestants au secours desquels il s’est porté – notamment une femme tabassée à terre).

Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, appelle la police à tirer sur les manifestants « une bonne fois » et à envoyer contre eux l’armée.

Aurore Bergé signale au Procureur de la République deux intellectuels, Juan Branco et Thomas Guénolé, accusés d’appeler à la violence alors qu’ils appellent à la justice sociale.

Le parquet de Lyon ne requiert aucune condamnation contre le cardinal Barbarin, dont le procès a pourtant montré qu’il a effectivement couvert des pédocriminels, à commencer par le père Preynat, qu’il a promu, quoique connaissant les accusations portées contre lui.

Après avoir gratifié les policiers d’une prime et d’une hausse de salaire, le gouvernement donne une prime de 200 euros aux agents du fisc. Les autres fonctionnaires, personnels soignants, profs etc., qui lui sont moins utiles, n’ont plus qu’à soutenir les Gilets jaunes, comme les Gitans ont annoncé le faire après l’emprisonnement de l’un des leurs, Christophe Dettinger. Acte 9 après-demain, ça risque de chauffer.

Dieu vomit les tièdes, enterre les froids – rien de plus froid que les cœurs de Barbarin, de Macron, de Philippe, de Blanquer et de toute la clique, de tous les valets qui servent la finance. L’Histoire appartient à ceux qui se lèvent chauds.

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Macron-les-colons

Macron et ses camarades de la promotion Senghor de l’ENA ont pris le pouvoir dans les conditions qu’on connaît, mis en place par les milliardaires qui possèdent les médias français. Le poète et homme politique dont le nom a été donné à cette promotion est aussi celui qui a donné son nom à la passerelle désormais fameuse sur laquelle le boxeur français yéniche Christophe Dettinger s’est illustré – et je pèse mon verbe. Façon boomerang dans la gueule à Macron & co.

De quoi Senghor est-il le nom, politiquement ? De la colonisation. Or c’est une situation de colonisation que nous vivons dans ce pays – comme ailleurs dans le monde. Colonisation des humains par les financiers. De l’espèce humaine par une caste déshumanisée dont le dieu est l’argent. Ceux qui exploitent, ceux qui taxent, sont les mêmes que ceux qui sur les réseaux sociaux demandent que la cagnotte réunie pour payer les frais de justice de Christophe Dettinger (qui contrairement à Benalla est en prison) soit confisquée. La caste des avides, des voleurs, qui fait main basse sur tout ce que le travail, l’inventivité, la créativité, la bonté, le courage, la solidarité humaines produisent.

La police du régime inflige des blessures de guerre aux manifestants, au peuple traité avec le même mépris que des colonisés. Il s’en est fallu de peu qu’elle ne les jette à la Seine, sur cette passerelle Senghor, comme elle le fit aux manifestants pacifiques algériens le 17 octobre 1961. C’est qu’il s’agit bien d’une guerre : une guerre de décolonisation que nous menons. Nos idées, nos sensibilités passent nécessairement au second plan. Il faut se débarrasser du parasitisme, voilà l’étape indispensable à franchir avant toute chose. Cela ne sera pas facile, mais cela réussira, parce que nous sommes assez nombreux à être inflexibles, incorruptibles, quoi qu’il en coûte. Boxons !

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Gilets jaunes, acte 8

D’abord hommage et respect à Christophe Dettinger, dit le Gitan de Massy, champion de boxe qui s’est illustré vaillamment et en grand style sur la passerelle Léopold Sedar Senghor (du nom d’un très grand poète) face à la machine des forces de l’ordre qui ne cessent de mutiler et violenter. J’ai trouvé ce commentaire parfait sur un compte twitter intitulé Macron démission à propos de cet homme : « Je le connais, il fait partie de mon club de poésie ». C’était avant que son identité soit connue, et bien sûr c’était de l’humour. Mais je reprends la phrase à mon compte et au sérieux. Oui, c’est ce que j’appelle un poète, et son acte, de la poésie.

 

Et parce que les Gilets jaunes savent être vivants et joyeux, se rassemblant dans le désir de justice, de vérité, de dignité, de fraternité, faisant passer au second plan leurs diverses opinions (tout en veillant, souhaitons-le, à ne pas se laisser récupérer par des idéologues et religieux de toutes sortes), hommage à eux aussi :

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Joie du combat

J'ai fait ces photos hier au centre d'animation de mon quartier, où se terminait une exposition "Sumo d'Afrique et d'Asie", par Soumaïla Ouedraogo

J’ai fait ces photos hier au centre d’animation de mon quartier, où se terminait une exposition « Sumo d’Afrique et d’Asie », par Soumaïla Ouedraogo

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Eric Drouet arrêté sur les Champs Élysées. Sa figure monte, le pouvoir s’enfonce. Quelle époque fantastique à vivre et à observer.

En Inde, les femmes ont formé une chaîne humaine de 620 kilomètres pour défendre leurs droits.

Picasso disait vivre comme un pauvre tout en étant riche. Nul inventeur, dans quelque domaine que ce soit, ne peut vivre comme un riche. Les riches sont ficelés, leur possibilité de génie encore plus entravée que celle des pauvres.

J’ai tiré à la carabine à Noël dans la montagne. Ni collectivisme ni libéralisme, la liberté invente d’autres solidarités, d’autres existences.

Une autre façon de vivre en combattant est de vivre comme un·e sans-pouvoir tout en étant plein·e de pouvoir. Telle est la révolution du génie, celle que le peuple peut accomplir.

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soumaila ouedraogo 2-min

soumaila ouedraogo 3-minsoumaila ouedraogo 4-min*

Gilets jaunes (3) : acte 5 (note actualisée au fil de la journée)

Lendemain, 16 décembre 2018, 11h40
Et pour terminer cette note, je propose la lecture de cette enquête sauvage sur, notamment, le rapport des Gilets jaunes à l’Europe, réalisée par Gilles Gressani et Carlo De Nuzzo au cœur des manifestations : ici.

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21h
Les Gilets jaunes vont de conquête en conquête. Le pouvoir a peur, leur parole compte, leur action continue à captiver les esprits, et ils continuent à mener leurs manifestations non autorisées, malgré la répression. Ce dernier point est au moins l’un des plus forts. Comme je l’ai écrit dans Forêt profonde, ce qu’il faut, ce n’est pas demander, c’est prendre. Prenons-en de la graine.
Merci à eux pour ce grand vent de fraîcheur, salvateur.

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19h50
Grâce à Déborah de Robertis, qui avec quatre autres femmes a fait une performance en Marianne aujourd’hui face aux forces de l’ordre, beaucoup de visiteurs nouveaux aujourd’hui ici, sur cette note.

18h
À l’instant, je lis ce tweet de France Bleu Occitanie :
« Toulouse Capitole : les CRS se dirigent vers des Gilets jaunes retranchés éclairés par l’hélicoptère »,
illustré par une petite vidéo de la place plongée dans la nuit, la pluie qu’on sait glaciale, sous les projecteurs.
Une phrase et une image illustrant la tentative de terrorisation et d’immobilisation du peuple que les pouvoirs politique et médiatique ont faite pour empêcher ou entraver ce cinquième acte du mouvement, qui a pourtant eu lieu.
Un mouvement de fond, appelé à s’approfondir et à se répandre encore, beaucoup, longtemps.

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14 h 45
Manifestants : se mobiliser, mobiliser, être mobile
Pouvoir politique, via sa police : immobiliser (nasser, parquer, enfermer…)
La vie est mobile, ce qui est mobile finit toujours par l’emporter

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11 h 45
L’intelligence des Gilets jaunes est phénoménale. Spontanée, vivante, se passant de ces calculs machiavéliques dont les pouvoirs se plombent, faute d’imagination et de vitalité. Utiliser Facebook et se servir des ronds-points qui ont couvert tout le territoire à grands frais des contribuables parce que les commissions versées par les entreprises finançaient les politiciens, c’est retourner les armes de l’ennemi contre lui avec une formidable efficacité, digne des spiritualités orientales, chinoise et autres, de la Voie.

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10 heures
La semaine dernière Macron a passé la journée barricadé dans l’Élysée, à grands renforts de police, avec un hélicoptère prêt pour sa fuite si le peuple entrait au palais. Il a gagné dans cette épreuve un autre nom, son nom révélé : Poltron – de même que dans la Bible le nom des personnages change selon la façon dont ils se révèlent dans les épreuves (Jacob devenant par exemple « Combattant divin » après son combat avec une figure humaine non identifiée, souvent appelée ange parce qu’elle fait appel à quelque chose de plus fort que soi).
Une autre image biblique me vient en lisant que de nouveau les blindés déployés aujourd’hui dans Paris sont équipés de stocks de poudre lacrymogène (un concentré équivalent à celui de 200 grenades, capable d’invalider une foule sur 4 hectares). Voilà, c’est la poudre aux yeux avec laquelle Macron s’est fait élire, et qui lui revient dans la figure pour le détruire. Sa police avec ses lacrymogènes à profusion fait pleurer le peuple comme Agar, révoltée par l’injustice qui lui était faite, pleura au puits de Laaï Roï, du « Vivant qui la voit » : et ses larmes se transformeront en une immense descendance, une immense postérité.

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15 décembre 2018, 9 heures
J’ouvre cette note que j’actualiserai au fil de la journée par ce reportage vidéo, en français sous-titré en anglais, de l’excellent magazine The Intercept. Un reportage sans condescendance, contrairement à ceux qu’on peut voir ou lire dans les grands médias français, marqués par cette culture du népotisme et de l’exclusion, cette culture des milieux fermés, de l’entre-soi bourgeois, qui continue de paralyser la France, d’en faire un pays de plus en plus vieillissant, un vieux monde auquel Macron donne encore un sale coup de vieux.

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Pas un jour sans danser

Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

Hier matin dans la salle de danse, photo Alina Reyes

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Effet du hasard ou d’une communication des âmes ? Sans nous être concertées, nous sommes arrivées toutes les trois vêtues de rose vif et de noir pour le cours de danse. La prof nous a fait répéter la chorégraphie en nous tenant les unes les autres par l’épaule, afin que nous dansions vraiment ensemble, que nous sentions physiquement les vibrations et les mouvements d’un corps à l’autre, que nous les accordions ainsi plus finement, avant de danser à la fois individuellement et ensemble. Avec nos morphologies différentes, nos peaux de couleurs différentes, nos âges différents, nos personnalités différentes, nous avons été, chacune et ensemble, heureuses.

Il faut savoir danser seul·e pour pouvoir danser ensemble, et réciproquement. L’une des plus belles inventions des Gilets Jaunes est cette façon de faire mouvement ensemble, en réunissant différentes sensibilités sans pour autant se ranger rigidement derrière une idéologie directrice. Jusqu’ici, ils ont réussi cette chose difficile sans se laisser défaire par les tensions qu’une telle composition génère, et cette réussite est ce qui stupéfie le plus les classes représentantes et garantes de l’ordre social institué, de plus en plus raide à mesure qu’il vieillit. Cette souplesse du mouvement, qui évoluera, s’effacera peut-être mais pour réapparaître plus forte, est un signe de jeunesse à venir pour notre monde.

En face, du côté de l’ennemi (ce n’est pas le peuple qui en fait son ennemi mais lui qui se prouve chaque jour ennemi du peuple), rigidité des genoux et vieilles ficelles machiavéliques. Un attentat tombant à point pour alimenter les « théories du complot », cela prouve seulement que le peuple ne peut avoir confiance en un président et un pouvoir utilisant obscènement au 20 h à la télé le drame des migrants et la question pourrie de l’identité nationale pour détourner des exigences de justice sociale, des exigences de justice. La justice demande la justesse, et pour trouver la justesse, il faut apprendre à danser.

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détail d'une de mes anciennes peintures

détail d’une de mes anciennes peintures

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Voir aussi le mot-clé Danse

et notamment ces vidéos de marches et danses

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