Lumière grecque

En rêve cette nuit j’apprenais à quelqu’un à compter en grec. C’était un rêve agréable.

Pendant un quart de siècle j’ai vécu de mon travail d’écrivain. Et les éditeurs qui m’ont publiée ont gagné, eux, au moins le double de ma part, voire quatre ou cinq fois plus quand ils étaient aussi distributeurs. Aujourd’hui ils me lâchent. L’édition s’est industrialisée, je ne peux pas écrire de façon industrielle. La surveillance et les pressions organisées autour de moi à cause de mon livre Voyage et de son projet d’ordre monastique ont ruiné la paix nécessaire pour écrire, ruiné aussi mes possibilités de travailler correctement et dans un rapport franc avec mes éditeurs. Ceux qui ont fait et font cela, eux, sont à l’abri. Je n’ai plus ni maison ni rien, mais que leur importe de détruire des vies ? Leur importe d’arriver à leurs fins, par tous moyens. Rien d’autre. Or les fins ne justifient pas les moyens, et je ne leur céderai jamais.

Écoutes et foot

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photo Alina Reyes

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Nicolas Sarkozy placé en garde à vue dans l’affaire des écoutes. J’en connais d’autres, qui devraient être placés en garde à vue, et même mis en prison, dans une autre affaire d’écoutes et d’abus divers. Mais eux aussi sont puissants et se croient autorisés à faire ce qui est interdit, du moment que cela reste caché. N’empêche, ça ne les conduira pas au paradis.

Écouté la fin du match Argentine-Suisse à la radio. Di Maria marque sur une passe de Messi, que demande le pape ? J’aime bien le foot, mais ce n’est que du foot. Je suis allée regarder le match suivant dehors. Deux Américaines poussaient des cris de canards pour soutenir leur équipe, ça mettait un peu d’animation, et puis tout à la fin les joueurs se sont réveillés c’est devenu bien. Voilà c’est la vie.

Ramadan : Dieu suffit

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photo Alina Reyes

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Je ne vais pas continuer à faire Ramadan cette année. La première raison en est que cela ne me fait ni chaud ni froid. Je ne souffre absolument pas de la faim ni de la soif, il ne me coûte rien de jeûner pendant dix-huit heures, je n’éprouve aucune impatience à attendre le repas du soir, et j’aime me lever à l’aube. Et tout cela ne change rien à mon état mental. Le fait est que je suis pour ainsi dire pleine de jeûne. L’ascèse, l’ermitage, tout ce que j’ai vécu depuis une éternité et pendant une éternité dans la spiritualité, m’habitent à demeure. J’ai fait le Ramadan entier l’année dernière, c’était indispensable pour éprouver ce qu’il peut apporter, et j’ai vu que cela me ramenait à mes expériences d’ermitage, de retraites, et surtout à l’expérience de solitude que j’ai connue toute petite, et de vie solitaire et isolée que j’ai connue très jeune, à l’âge de dix-neuf ans, longuement, puis plus tard plus longuement encore.

La deuxième raison est que je n’appartiens à aucune religion. Seulement à Dieu. Mon ascèse est permanente, elle m’est facile et béatitude pour me soutenir dans ce que j’ai à faire dans le monde.

La troisième raison est que nous vivons dans la précarité et que j’ai besoin de toutes mes forces pour travailler (écrire), sans quoi c’est ma famille et moi qui serons bientôt privés de nourriture et de toit.

Ramadan est bon, comme le Carême est bon, comme tout véhicule d’ascèse est bon, et je continuerai à soutenir par ce que je peux en dire ceux qui les pratiquent en cherchant à les pratiquer intelligemment.

Mobile home

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 Mobile en cartons à pizza industrielle peints à l’acrylique et vernis, reliés par un fil d’or. Comme c’est très léger, ça bouge tout le temps, faisant jouer les deux faces de chaque pièce les unes avec les autres.

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Continuant à faire ce rêve récurrent depuis des décennies, dans lequel je découvre toujours de nouvelles pièces, insoupçonnées, dans l’appartement ou la maison où j’habite.

Sosies

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photo Alina Reyes

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D’abord j’ai vu l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk, que j’étais un jour allée écouter parler, assis sur le trottoir devant la boulangerie, un accordéon posé à côté de lui, en train de faire la manche. Mince alors, que fait-il là ? ai-je pensé, en le regardant attentivement – sur quoi, il m’a adressé la parole, pour me demander une pièce. J’ai bien dû me rendre à la raison, malgré la silhouette, malgré la barbe, malgré le visage, malgré le maintien, malgré le chapeau, malgré le costume similaires, ce ne pouvait être qu’un autre.

Puis voici que, marchant sur l’avenue, je vois droit devant moi le visage du fameux écrivain Jim Harrison s’afficher sur un panneau de la ville de Paris. Le temps que j’arrive près du panneau, l’affichage a tourné plusieurs fois, mais chaque fois j’ai vu réapparaître le vieux Jim, un petit peu retouché pour être moins abîmé, m’a-t-il semblé. Quand je suis arrivée juste sous le panneau, je me suis arrêtée le temps que revienne son tour dans le roulement. C’est alors que j’ai dû bien admettre qu’il s’agissait en fait d’un autre, puisque ce visage illustrait une campagne municipale pour les droits des SDF.

Si ce n’est nous-même, notre autre en nous est bien peu de chose.

Enterrement, déterrement

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photos Alina Reyes

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Je suis allée faire un tour en librairie, voir s’il sortait quelque chose. Rien vu. Que de la littérature sans poésie, c’est-à-dire de la littérature morte.

Pourtant la poésie, elle, ne peut pas mourir. C’est donc qu’elle est quelque part où on ne la voit pas toujours. Je la vois par exemple sur les murs de la ville. Et je la vois prête à refleurir aussi dans la littérature. Qui sait de quelle terre elle sortira ?