En voyage il arrive toujours des choses extraordinaires

par cette belle journée, à Paris, photos Alina Reyes

 

En chemin, j’ai échangé quelques mots avec un SDF très abîmé, vacillant sur ses jambes. Nous avons un peu plaisanté, puis au moment où je suis partie, il m’a dit : « Salut à toi ! ». J’ai su que c’était le Christ qui le lui avait fait dire, et je vous le transmets : Salut à vous. J’ai voulu aller remercier à Saint Julien le Pauvre, mais l’église était fermée. Quant à Notre Dame, la file d’attente des touristes était si longue que je suis plutôt descendue au bord de la Seine, puis j’ai poursuivi mon chemin. Finalement je suis entrée à Saint Séverin. Je suis allée m’asseoir dans la chapelle du Saint Sacrement, il n’était pas exposé mais la bougie brûlait devant le tabernacle, en bois taillé comme dans l’art africain, ainsi que l’autel et le pupitre. Rapidement, le Christ m’est apparu à travers la pierre. J’ai l’habitude de cela, et de l’immense paix dans laquelle cela transporte. Comme à la mosquée, qui contient l’église, qui contient la synagogue. Mais soudain je me suis tournée et j’ai vu, assis un peu plus loin sur ma gauche, l’exact sosie de mon fils Joachim. J’ai été saisie comme lorsque, le mois dernier, j’ai vu un tigre dans la Seine. Et plus encore. Même cheveux, même coupe, même profil, même allure, même vêtements. Et cependant c’était un autre, même s’il était difficile d’en croire ses yeux. Il est reparti, j’ai regardé en face de moi la peinture du repas d’Emmaüs, puis de nouveau, au-dessus du tabernacle, le Christ à travers la pierre, serein.

Une fois sortie, en consultant mon portable, éteint dans l’église, j’ai vu que pendant que ceci était arrivé, Joachim m’avait laissé ce message : « Je mange dehors ». J’ai continué à marcher, je suis passée devant Saint Éphrem, l’église syriaque où j’allai un jour à une messe de soutien aux chrétiens d’Irak. Je suis passée devant une boutique russe en chantier, où étaient en vitrine des œufs de Pâques et des poupées russes. Plus loin, place Monge, une tente était plantée pour les enfants, à côté de la camionnette du baladin. Bientôt je voyagerai, ailleurs, comme on peut aussi voyager chez soi, où qu’on soit.

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La Voie, la Vérité et la Vie

Jardin des Plantes, en ce moment. Photos Alina Reyes
Paris et Jardin des Plantes, en ce moment. Photos Alina Reyes

 

Ouvrons nos oreilles, c’est le printemps, les oiseaux prient à gorge déployée aux aubes du jour et de la nuit !

Certains, à la « manif pour tous », tout en essayant de forcer les barrages de police, donc inévitablement de créer un contexte de violence, ont été tentés de « mettre les enfants devant ». Et ils prétendaient manifester pour les droits des enfants ! Au-delà de cet abus manifeste, il faut noter ceci : autant il existe des justifications théologiques au refus du mariage homosexuel, autant il n’est aucune justification chrétienne à un mode d’action tel que celui de la « manif pour tous ». Pourquoi avoir empêché les dérives possibles de la théologie de la libération, si c’est pour politiser de nouveau la foi par des voies, en l’occurrence des rues, qui sont du ressort de César ? Le Christ serait-il dans la manif ? De toute évidence, non. Son mode d’action est différent. Son mode d’action, c’est l’évangélisation. C’est œuvrer à purifier les cœurs et éclairer les esprits afin que les hommes apprennent à ne pas tomber dans les pièges du mal. C’est bien plus difficile, mais c’est la voie qu’il nous a laissée.

Petit problème : il y a des années que j’écris en faveur de la liberté de porter le voile, mais je n’ai encore rencontré aucune femme voilée prête à écrire pour la liberté de ne pas porter le voile. Les musulmans et musulmanes d’Occident se raccrochent au voile par réflexe identitaire, mais j’ai confiance, la libération de cette espèce de fétichisme viendra par les musulmanes et les musulmans des pays arabes en train de revenir au monde.

Éditeur de Marcela Iacub, ami et défenseur de l’escroc François-Marie Banier… Que la presse rende hommage aux disparus qu’elle a côtoyés, dans ce petit milieu où l’on aime les côtoiements, c’est humain ; mais qu’elle en déforme la vérité, ce n’est pas bien, surtout de la part de gens censés avoir une éthique de la vérité. Jean-Marc Roberts a malheureusement mis beaucoup de son talent à participer à l’industrialisation de Saint-Germain des Prés, à la fabrication de livres-produits, vendus par des coups montés moins dignes que la dernière « blague » de Carambar pour faire parler de la marque. Et certes il n’est pas le seul à avoir assassiné ainsi la littérature, dans ce « milieu ».

« Les Français favorables à un renforcement de la loi sur les signes religieux ostensibles. » Quels signes « ostensibles » ? « Tout signe d’appartenance religieuse ». Les Français sont coincés. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? Le refus de la liberté d’autrui, c’est le refus de sa propre liberté. Les Français sont embrigadés par leur ego de coq sur son fumier. Que ne sont-ils favorables à la disparition de leur morgue ! Je me rappelle ce pèlerin russe rencontré un jour à Saint-Sulpice, avec son long vieux manteau, son sac usé, sa barbe, sa grande croix sur sa poitrine, ses yeux délavés par la route sous le ciel. Mes Pèlerins iront prier en tout lieu de prière où il leur sera donné permission de prier, mes Pèlerins prieront avec tout priant de toute tradition, mes Pèlerins seront en toute terre un signe vivant d’appartenance de l’homme à Dieu.

Je suis plus patiente qu’ils ne sont calculateurs.

Le jeûne allonge le temps.

La vie moderne dévore le temps.

Le jeûne de nourritures, comme le jeûne d’activités, rend le temps à l’éternité.

Nos très lointains ancêtres, qui vivaient trente ans, vivaient bien plus longtemps que nous qui vivons quatre-vingt-dix ans. De l’aube au soir, chaque journée leur était lente avancée dans la contemplation.

Lumière sur lumière, la gloire de Dieu c’est l’homme vivant dans la paix du temps.

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Oiseau

photo Alina Reyes

 

C’est le printemps. Le merle chante dans la cour de l’immeuble à l’aube du matin et à l’aube du soir. Je sais prier avec les oiseaux ! Je sais vivre en ermite, je sais vivre en compagnie, je sais vivre en communauté. Mon sang danse ! Je sais marcher longtemps, je sais chevaucher, je sais conduire et même dans la neige, dans la forêt, sur le sable. Un petit peu je sais chanter, peindre, danser, jouer de la musique, reconnaître les constellations. J’ai tout fait ! L’amour, oh oui je sais. Je sais m’occuper des bébés, je sais élever les enfants, je sais faire du feu, je sais lire, je sais écrire ! Je sais décider. Je sais attendre. Je sais agir sans hésiter ! Je sais parler avec le ciel, les arbres, les animaux, les herbes, les pierres, tout. Je sais faire la cuisine pour tout le monde. Je sais jeûner. Je sais prier. Je sais les êtres humains. Je sais porter un enfant sur mon dos. Je sais rire ! Je sais aimer. Je sais que je ne sais rien faire, c’est Dieu qui sait à travers je.

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Autre chose

photo Alina Reyes

 

Mine de rien, ça prend de l’énergie.

Je pense à Jésus, quand la malade a touché les franges de son manteau. Il a senti un épuisement, mais l’hémorragie s’est arrêtée.

Qui laisse l’invisible se servir de son énergie peut marcher sur l’eau, mais aussi, par moments, s’inflammer de douleurs. Ce n’est rien, il faut attendre que ça passe.

Quand j’ai dit à O « ça y est, la fumée est blanche », il a dit : « déjà ? ce ne sera donc pas le Franciscain, il leur aurait fallu plus de temps ».  J’ai dit « alors il va s’appeler François ».

Ce jour-là le tigre dans la Seine, c’était sûrement la première fois depuis le début du monde que cela se produisait. Cela ressemble à la parole du Coran, qui parle d’autre chose qui se trouve derrière les apparences.

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Un pape frère

 

S’il ne peut y avoir deux papes « pères », et s’il ne peut y avoir un pape femme, c’est donc que Dieu veut nous donner un pape frère.

Issu de saint François, frère des pauvres, frère de toute l’humanité, qui fit le voyage jusqu’en terre d’islam.

Un frère pour relayer le père disparu et, tout proche du Christ, « réparer son église en ruine », rebâtir la maison tombée.

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