chanson tendre

Photo Alina Reyes

 

Doigts de la pluie sur le tambourin tendre de la terre

Écoutez ma consolation chantonne-t-elle

le long des feuilles vertes et des toits des maisons

L’entendez-vous perler sur les lèvres des fleurs ?

Elle entre dans ma langue où lentement naît l’être

Dans le ciel le bon Dieu, Jésus et la Vierge Marie

écoutent dans le Saint-Esprit le doux bruit de la pluie

envelopper les coeurs d’exquise nostalgie.

Près du feu, en silence, ils se tiennent bien proches.

Je vois des farandoles d’enfants tracer sur la planète

des sillons aussi humbles que les mille rigoles

qui coulent et se faufilent, dans les prés, dans les villes,

auxquelles dans leurs rêves ils glissent des navires

de liège. Et je les vois, tandis qu’en joie ils mouillent

leurs chaussures, partir à bord de leurs imaginaires

vaisseaux, à l’aventure, par des eaux, des terres

où brûle dans le ciel grand ouvert la lumière de la vie dévoilée.

 

offrande

Photo Alina Reyes

 

Mes mains sont devenues des fleurs,

le jardin que je porte en offrande,

traversant bienheureuse toutes les galaxies,

de maison en maison, de loin en proche.

Elles me saluent sur mon passage,

esquissent des sourires, joyeuses

comme des petites danseuses à respirer

la fraîche odeur des roses et des herbes.

Mes mains avancent devant moi, tendues,

et je les suis. Elles remontent la travée

des âges, des siècles, des instants,

chargées de leur précieux trésor, la création

entière, ses cieux, ses astres, ses océans,

ses terres, ses bêtes et puis ses hommes.

Mes mains qui nous transportent avancent vers l’autel

et mon amour Le voit, vivant, ses mains tendues.

 

Merci pour l’amour

Photo Alina Reyes

 

Puis je vais écrire pas à pas l’action, et faire encore beaucoup de déclarations d’amour car elles sont vraies. Et quand l’amour va tout va, quand le travail va tout va, quand le bonheur vient tout vient. Quand je me fâche c’est comme font les parents responsables et il faut bien dire aussi les choses qui ne vont pas pour montrer qu’elles ne doivent pas se répéter, et il faut bien faire savoir que mon amour est pour toujours comme l’amour du Ciel auquel j’obéis. Et voici l’amie de J qui rentre de voyage avec un délicat ravissant cadeau pour moi et je la remercie, je remercie toute la vie, belle immensément à tout instant pour toujours.

 

Premier mai

tout à l'heure, Paris 13e. Photo Alina Reyes

 

Le premier mai, loin des avenues,
vont et se posent dans les jardins
des brassées d’amis, de familles
et d’anges. Des merles siffleurs chantent
dans le vert des pelouses fleuries
comme les chevelures des mariées
à venir. Joyeuse et invisible,
je marche par les rues, dans les airs.
Vrai, le mois de mai est le premier.

 

fenêtre

Photo Alina Reyes

 

Par la même fenêtre où cette nuit la blanche

Grande Ourse me fit signe, un petit homme en noir

ce midi sur les toits oeuvre au bleu, en miroir

de ma chambre étoilée, notre arbre du dimanche.

 

Ô frère suspendu dans mes phrases, je tiens

dans mon regard ta vie donnée en équilibre

et la cité chancelle en ses rues, ses ruelles,

libres soudain, le temps d’une ordinaire extase.

 

flamme

Photo Alina ReyesPhoto Alina Reyes

Être chrétienne, c’est pour moi pouvoir être aussi juive et musulmane. Je ne dis pas pour tous, loin de là. Il serait très dangereux de penser que cet être est aisément accessible. Presque personne au contraire ne peut le comprendre, car il faut d’abord pour cela faire un parcours très profond, puis ne jamais s’arrêter car il n’est jamais fini. Mais telle est justement la profondeur du christianisme. Il ne s’agit pas de confondre les religions en une seule, pas du tout. C’est aussi impossible que de vouloir faire des mathématiques, de la physique et de la musique une seule science ou un seul art. Il s’agit de comprendre que l’unique chemin qui va au Dieu unique, le Chemin, la Vérité et la Vie, tout entier contenu dans le Christ puisqu’il se définit lui-même ainsi, est aussi un chemin en trois dimensions, les trois monothéismes. Il faut comprendre que chacun a sa langue. L’hébreu, le grec, l’arabe sont les signes respectifs de trois autres langues, trois langues invisibles, par lesquelles Dieu parle. On ne peut pas lire le Coran comme on lit la Bible, on ne peut pas lire l’Évangile comme on lit la Torah, même s’il y a des passerelles et des correspondances entre les textes, et même un lien de génération entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Chacun des trois dit Dieu dans sa propre langue, comme les mathématiques, la physique et la musique forment trois langages différents mais également de vérité. Le relativisme n’a rien à voir dans cette question. On ne peut tout simplement pas les comparer.

Voyage est là pour en témoigner, et c’est juste un début. Si seulement les hommes pouvaient se délester un instant de leurs pesantes combines pour accueillir la grâce, ils ne voudraient plus rien connaître d’autre, et la joie se répandrait dans le monde comme une flamme, une envolée de papillons.

 

entrée

Photo Alina Reyes

 

Je vous tresserai dans la chevelure du ciel
un manteau de pluie douce
Je vous ouvrirai mon habit de perles de lumière
Je vous inviterai, mes reines, mes seigneurs,
à la table qu’en rêvant de vous je dresse
Mes yeux sont un coffre au trésor, j’écarte les paupières
et je vous vois, corps chamarrés allant par les longues
galeries des glaces et des forêts de l’immense univers
Je suis votre palais, l’enceinte en laquelle vous allez
vous unir dans les plis de mon manteau de flammes
douces comme la pluie je suis le mouvement
du ciel qui se penche et vous ouvre les bras,
la parole qu’il vous envoie, source jaillie
de son être amoureux, fendu au coeur comme une entrée