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Dans le magazine de l’avion, j’ai lu une interview de Terry Gilliam où il disait que jusqu’à l’âge de trente ans il avait cru être capable de voler, à cause de rêves qu’il faisait où il marchait en apesanteur à un mètre du sol. C’était la première fois que je rencontrais un témoignage similaire à ce que j’ai vécu. Moi aussi, jusque vers trente ans, j’ai fait ce rêve récurrent, et comme lui, le sentiment de vérité, de vécu, était si puissant que je croyais toujours, au réveil et même après, en être en effet capable. Mais pour moi, il y a quelque temps, ce rêve de nouveau est revenu quelques fois, et je marchais bien plus haut qu’à un mètre du sol, toujours avec la même puissante impression de vérité. Maintenant que je sais que d’autres, ou du moins un autre, a connu la même expérience, je suis d’autant plus convaincue qu’elle signale quelque chose de nos potentialités d’existence que nous ne savons pas.
C’était une commandante de bord qui pilotait, et une cheffe de cabine qui gérait les passagers. Je me trouvais à la place 10A, c’est-à-dire à l’endroit de l’issue de secours, et le stewart est venu m’expliquer comment l’ouvrir si nécessaire, car ce serait alors à moi de le faire. Je me rappelle les jeunes Françaises avec lesquelles j’étais samedi soir au pub à Édimbourg, toutes très intéressantes et libres – notamment une musicologue et chanteuse de jazz, une historienne d’art, une archiviste qui avait découvert récemment une lettre de Tolkien dans les archives de l’université d’Édimbourg, lettre dans laquelle il disait son désir de retourner dans cette ville. Il est mort trois mois plus tard, avant d’avoir pu le faire, je vous laisse réfléchir aux liens entre tout cela, voici la copie de la lettre (quand elle me l’a montrée sur son téléphone, j’ai eu l’impression que c’était un message que Tolkien nous envoyait sur smartphone). Quelle belle écriture, n’est-il pas ?

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à l’aéroport d’Édimbourg, photos Alina Reyes
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aujourd’hui à Édimbourg, photos Alina Reyes
Toujours à Édimbourg, les vols étant annulés les uns après les autres. En profitant pour admirer par la fenêtre les brusques tourbillons de neige, les jeux des oiseaux se réunissant au chaud sur une cheminée fumante puis s’élançant, tentant de voler contre les bourrasques qui finissent par arriver à les déporter dans leur sens, écouter les chants du vent, contempler les lumières et les couleurs changeantes dans le ciel, autour des hautes grues blanches arrêtées dans le même sens pour éviter d’être arrachées par la tempête, et sortir, marcher dans les rues enneigées, dans les poudroiements denses et virevoltants des chutes de neige, dans le bonheur, trouver une épicerie ouverte, faire des courses sur les rayons qui se vident, rentrer, écrire et dessiner un peu dans mon cahier, faire la cuisine, vivre.
Avant-hier soir déjà, à la sortie du pub, il y avait une fine couche de neige, balayée par un vent fort et glacial. Revigorant !
Hier matin, de la fenêtre de l’appartement, on pouvait admirer les chutes tourbillonnantes de neige
Arrivée à l’aéroport hier après-midi, j’ai appris que, après l’annulation de mon premier vol sur Air France, mon second vol sur Flybe pour Paris via Birmingham était annulé aussi. J’ai fait deux heures et demie de queue pour pouvoir avoir un autre billet pour aujourd’hui. Tous les vols pour la France étaient annulés, mais aucune information sur le site de l’aéroport de Roissy. British Airways vient de m’informer que le vol d’aujourd’hui pourrait être annulé aussi. Le soir, du bus qui me ramenait à Édimbourg, j’ai photographié la route derrière la vitre embuée. Heureuse comme tout d’être sortie de l’aéroport dans des tourbillons de neige.
Retour au bercail local sous une lune presque pleine, alors qu’elle était en fin croissant lors de mon arrivée
Le Royal Mile, grande artère, au réveil ce matin
Personne n’est encore descendu de l’immeuble
Mais la veille au soir quelqu’un a tracé sur la terrasse des spirales
Même les oiseaux ont froid. Mais plutôt que de se laisser saisir pour être mis à l’abri, il s’envole, donc ça va encore.
Le Royal Mile, plutôt désert




Il faut filmer ça, la neige est rare ici, la télé est là
à Édimbourg, photos Alina Reyes
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à Édimbourg, photos Alina Reyes







hier à Édimbourg, photos Alina Reyes
Le château, la nuit. 
La mosquée, la nuit.
La ville, la nuit. Avec en haut à droite de l’image une boucle de lumière : l’unique piste de ski, sur les Pentlands.
Licornes enfantines à la Central Library, sur South Street, où je vais travailler l’après-midi.
Lion souriant à Saint Andrew Square.
Victoria Street. La ville change sans cesse de niveaux.
Black Friars Street.
Lors d’une soirée de conteuses d’histoires traditionnelles dans un café, j’ai dessiné dans mon carnet ; et aussi, aux endroits où je travaille, dans mon cahier, toujours avec mon stylo quatre couleurs.
Les cerfs, les licornes et autres animaux sont partout représentés.
Au National Portrait Gallery, l’histoire de l’Écosse sur les murs et le ciel constellé au plafond. L’entrée est gratuite mais un portier de grand style vous ouvre la porte et la referme derrière vous comme si vous étiez reines et rois.
Après une bonne heure de marche dans la nature, sous les arbres, dans le chant des oiseaux (mais c’est toujours Édimbourg), voici Leith, qui fait aussi partie de la ville, avec son port.
C’est jour de matchs de rugby, au pub l’ambiance est plus que chaleureuse et tant d’hommes sont en kilt, quel bonheur.
Toujours à Leith, passage par une brasserie, la Campervan Brewery, installée dans un endroit improbable où l’on rencontre des gens merveilleux au sens littéraire du terme. Sa devise est inspirée d’un vers de Tolkien disant que tous ceux qui errent ne sont pas perdus.
à Édimbourg, photos Alina Reyes
J’ai pris quelques photos avant que la nuit ne tombe, dans cet entre-deux où se rencontrent la lumière naturelle et la lumière électrique.





Ces graphismes m’inspirent.








Pendant tout le vol j’ai pu contempler ce croissant de lune à ma fenêtre
Avec un bougé de l’appareil, il s’est démultiplié
Et puis à la fin, il est devenu doré
Dès huit heures par ce matin radieux je suis partie, réaliser un rêve fait en décembre dernier : m’installer pour de longues heures dans ce café pour travailler, sous le regard de sir Walter Scott
et d’un affreux banquier me présentant une valise de billets pour m’inciter à en gagner
J’ai déjeuné sur un banc au parc, face à l’
dans l’avion depuis Paris et à Edimbourg, photos Alina Reyes

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