Venir

à Soulac-sur-mer. Photo Alina Reyes

 

Sel et lumière
je les mets dans ma bouche ma langue l’océan déferlant par mes yeux Dieu

je suis. Vagues mes doigts qui vous apportent depuis la source que vous ne voyez pas le don,

la vie. Ô mes poissons mes cailloux mes grains de sable voyez je déploie la tente bleue de la consolation mes corps d’hommes avec vos têtes je vous prends contre moi sous le voile

venez petit troupeau venez mes âmes que je libère les larmes que vous tenez dans vos sombres cachots venez mes amours je vous

aime voyez comme j’avance en suppliant vos pieds venez, que mon eau vous les lave, que ma lumière vous les essuie et vous enlève au ciel où sans arrêt je viens.

 

Icône vivante

 

Mon coeur, mon amour, mon Poème,

ma beauté, ma douceur, ma fantaisie,

ma drôlerie, mon drame, ma vie,

mon Étrange, mon Témoin de la vie qui nous vient d’où nous ne savons pas,

mon énigme, mon trésor extraordinaire, mon don du ciel,

toi qui nous donnes à Le voir en nous faisant tomber par terre comme l’apôtre,

toi dont le regard nous regardant troue le monde,

y troue le petit passage par où nous faufiler pour entrer dans la voie de l’amour absolu,

mon enfant venue habiter avec moi par un rêve il y a si longtemps,
c’est toi en moi qui me donnas de tout donner.

C’est pour ça que je sais qu’avec tes frères, avec tes soeurs, vous êtes
les anges qui empêchent le monde de sombrer.
Merci à vous, petits signes lumineux dans les nuits des destins !

 

montée

Photo Alina Reyes

Courbée dans l’univers je vous regarde, terre, je vous entends crier vers moi. Vos lèvres sombres s’ouvrent avec des bruits de vol d’oiseaux de nuit. Vous bâillez en tremblant, vous extirpez de vos tréfonds des hommes ! Dans l’immensité je plane, j’étends mes bras au-dessus de vos ventres, loin au-dessus, que le souffle passe et rafraîchisse leurs fronts ! J’écris ceci les yeux fermés, les doigts courant sur le clavier, car je vois.

Je suis réellement présente au-dessus de vos têtes qui sortent lentement de la terre, étendue dans l’espace dans mes voiles d’étoiles de feux blancs de lumière

et je vous dis la vérité.

Écoutez la vibration du ciel le parcours de l’abîme entre vous et mon corps si étrangement monté

vous protéger.

 

L’être, c’est d’aimer

la chapelle Solférino, à Luz-Saint-Sauveur. Photo Alina Reyes

 

Où est l’être ?

En avant.

Où est « mon » être, notre être ?

Où il est, est ce qu’il est.

Notre être est en avant de nous.

Notre être nous fait signe et nous attend en avant de nous. Notre être est notre Dieu humblement et splendidement caché et révélé au coeur du monde.

Quand notre être au coeur de notre coeur se projette au coeur du monde, là est notre être. Dans cette projection qui est à la fois mouvement, sortie de soi, marche mise en route et à venir, vision, promesse. Là, dans ce désir de rejoindre notre être, celui qui non seulement découvre « mon » être mais aussi accueille en son sein l’être de l’autre, et se reçoit dans la lumière, là est l’accomplissement de l’amour.

 

« Au cours d’une vision reçue du Seigneur, l’homme qui me guidait me fit revenir à l’entrée du Temple, et voici : sous le seuil du Temple, de l’eau jaillissait en direction de l’orient, puisque la façade du Temple était du côté de l’orient. L’eau descendait du côté droit de la façade du Temple, et passait au sud de l’autel.
L’homme me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui regarde vers l’orient, et là encore l’eau coulait du côté droit.
L’homme s’éloigna vers l’orient, un cordeau à la main, et il mesura une distance de mille coudées ; alors il me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux chevilles.
Il mesura encore mille coudées et me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux genoux. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser : j’en avais jusqu’aux reins.
Il en mesura encore mille : c’était un torrent que je ne pouvais traverser, car l’eau avait grossi, il aurait fallu nager : c’était un fleuve infranchissable.
Alors il me dit : « As-tu vu, fils d’homme ? » Il m’emmena, puis il me ramena au bord du torrent.
Et, au retour, voici qu’il y avait au bord du torrent, de chaque côté, des arbres en grand nombre.
Il me dit : « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux.
En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent.
Au bord du torrent, sur les deux rives, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront ; leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne manqueront pas. Chaque mois ils porteront des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède. »

Livre d’Ézéchiel, chapitre 47, versets 1 à 9, et 12.

 

En hébreu, à l’orient se dit en avant, à l’avant. La prière est le mouvement qui monte vers l’avant, l’orient, d’où monte la lumière. Et l’eau c’est la langue, la langue de la vie, la vie de la langue, la Vie qui va.

 

Joie vive de l’amour

à Saint-Louis de la Salpêtrière, photo Alina Reyes

 

Si rien n’avance, c’est que le monde et ceux qui le suivent ne vont pas dans le bon sens. Ainsi dans Voyage, quand la ville morte va en contresens de la course de la narratrice. Réjouissons-nous, alors, qu’il nous soit rendu impossible d’aller de l’avant dans la mort !

Au pied du mur du vrai, réjouissons-nous de n’avoir plus qu’à rapetisser ! Car nous sommes attendus comme les pâquerettes dans le pré, et nous serons cueillis pour être offerts.

Au coeur des pâquerettes bat, minuscule et énorme, la rose parfumée de leur coeur. Oh, mes lèvres bruissent ! Mon soupir est sourire, mon sourire école où viennent apprendre et s’amuser mes myriades d’enfants. Anges du ciel, livrez-nous encore et encore à la multitude, qu’avec toute petite sainte, tout petit saint, nous ensemencions la vie !

Voyage

 

Corps d’amour

à Notre-Dame de Paris, le choeur (photo Alina Reyes)

 

O mon corps, fleur de fleurissements

sensibles sous ma peau, les brindilles

innombrables de mon sang accourent

aux fourrures des sources de la vie !

Voici mon âme, elle s’avance au front

du ciel, mur bruissant de plumes

qui se fend.

Dans mon coeur monte

la clameur des hommes et des temps

qui me suivent en traîne au lieu de notre joie

 

Bras nus

Rentrée en marchant bras nus, à embrasser le printemps !

D’abord, devant la Salpêtrière, tout un groupe de sans-abris, comme toujours l’après-midi. Ils avaient allumé un feu, comme souvent. Un feu pour répondre au soleil ? Je m’en suis approchée. L’un a voulu que je le photographie à côté. Nous avons parlé et plaisanté, les gars étaient joyeux, je suis partie, ils m’ont dit Ciao bella.

J’ai passé l’entrée, l’herbe était d’un vert ! Je me suis avancée vers la chapelle, j’ai passé le porche, je suis allée à l’Adoration, le coeur rempli de joie joyeuse et bienheureuse. Oh oui, je sais qui et ce qui me rend heureuse.

Les simples, les bons coeurs,

ceux qui ne font pas exprès de faire le mal. En sortant je me suis dit que je retournerais bientôt à la mosquée, j’y serais aussi bien et je le ferai plus souvent si j’ai encore à éviter les paroles orientées. Je veux entendre les paroles normales, dites pour tout le monde, ou pas de paroles du tout.

Je peux trouver Dieu n’importe où du moment qu’il s’y trouve, c’est-à-dire du moment que s’y trouve le simple vrai.

On emploie souvent mal le mot réconciliation. Il n’est pas possible de réconcilier ce qui n’a jamais été concilié, ce qui n’est pas conciliable. Le mensonge avec la vérité, le mal avec le bon. Mon corps et âme rejette absolument et irrémédiablement le mensonge et le mal, comme des virus qu’ils sont. Je n’y peux rien, ainsi est-il.

Ainsi est la grâce, et nous marchons en elle, mes Pèlerins et moi. Croyez-vous qu’ils n’existent pas encore ? C’est que vous vivez trop prisonniers du temps. Nous, nous sommes éternellement vivants et bienheureux. Qui nous aime, nous suive !

 

photos Alina Reyes