J’étais sot, vraiment, tout à l’heure, de croire que le corps n’était jamais ailleurs, qu’il était un ici irrémédiable, et qu’il s’opposait à toute utopie. Mon corps, en fait, il est toujours ailleurs, il est lié à tous les ailleurs du monde. Et, à vrai dire, il est ailleurs que dans le monde. Car c’est autour de lui que les choses sont disposées ; c’est par rapport à lui – et par rapport à lui comme par rapport à un souverain – qu’il y a un dessus, un dessous, une droite, une gauche, un avant, un arrière, un proche, un lointain. Le corps, il est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser. Le corps, il n’est nulle part. Il est au cœur du monde ce petit noyau utopique, à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place, et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine.

autoportrait dans le miroir, 18 août 2015
(…)
Or, si l’on songe que l’image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible, et que nous ne pourrons jamais être là où sera notre cadavre, si l’on songe que le miroir et le cadavre sont eux-mêmes dans un invincible ailleurs, alors on découvre que seules des utopies peuvent refermer sur elles-mêmes et cacher un instant l’utopie profonde et souveraine de notre corps. Peut-être faudrait-il dire aussi que faire l’amour, c’est sentir son corps se refermer sur soi, c’est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa densité, entre les mains de l’autre. Sous les doigts de l’autre qui vous parcourent, toutes les parts invisibles de votre corps se mettent à exister, contre les lèvres de l’autre les vôtres deviennent sensibles, devant ses yeux mi-clos votre visage acquiert une certitude, il y a un regard enfin pour voir vos paupières fermées. L’amour, lui aussi, comme le miroir et comme la mort, apaise l’utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l’enferme comme dans une boîte, il la clôt et il la scelle. C’est pourquoi il est si proche parent de l’illusion du miroir et de la menace de la mort ; et si malgré ces deux figures périlleuses qui l’entourent, on aime tant faire l’amour, c’est parce que dans l’amour le corps est ici.
extraits de la fin du texte de Michel Foucault, Le Corps utopique, transcription (en Pléiade) d’une création radiophonique prononcée par l’auteur sur France Culture le 21 décembre 1966 ( ici sur Youtube mais sans les textes de littérature qui entrecoupent le texte de Foucault)
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ces jours-ci au jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes







l’arbre penché à l’arrière-plan est un pistachier femelle de 316 ans, son histoire est 


la coccinelle a des cœurs sur les ailes
après le rapprochement, l’accouplement
voilà un panneau d’Izumi que je n’avais pas vu, je vais l’ajouter aux autres de son si 



hier après-midi au jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes
La cour du bâtiment de la Force où furent violées et sauvagement massacrées des dizaines de femmes par des révolutionnaires avinés, lors des massacres de septembre 1792
aujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes
Dans la rue il y a une carte du monde, vivement colorée, enfantine et couchée par terre, ouverte.
Il y a des géométries et des écritures qui jouent en bandes.
Un vélo sans selle mais avec béquille.
Des mots peints sur le béton pour dire une folie.
Un MacDo placardé après avoir été brisé par des blacks blocs.
Un vélo avec selle et cycliste qui passe devant.
Et une passante avec un sac vert qui dit Bio c’ Bon.
Par-dessus, le reflet du ciel avec ses arbres.
En arrivant à l’hôpital, dans une allée, une cour paisible comme au monastère. Du bâtiment d’en face montent, ininterrompus, les cris plaintifs d’un fou.
aujourd’hui à Paris 5e et 13e et à la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes



















Ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes




hier matin à Paris 13e, photos Alina Reyes
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hier à Paris 5e, photos Alina Reyes
La chambre de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise veillée par Madame Terre, 










Tiens, la responsable de l’Unef dont on a fait un fromage parce qu’elle est voilée est là
La police aussi – elle fait un peu peur aux passants. Quand les étudiants ont essayé de partir en manif sauvage en empruntant une petite rue de côté, les gros balourds se sont mis à leur courir après et les ont ramenés dans le droit chemin, celui qui était encadré par leur armada
Finalement tout le monde est arrivé sous les arbres, place Monge


Des appels à recommencer l’occupation de Nanterre ont été lancés, et une partie des manifestants s’est engouffrée dans le métro, peut-être pour y aller tout de suite ?

cet après-midi à Paris 5e, photos Alina Reyes